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Full text of "Voyage a travers l'Algerie"

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NOTES ET CROQUIS 



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GEORGES -ROBERT 



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E. DENTU 



[•EDITEUR 



ï)E\:\LOÏS-PALMS-ROYAl 



PARIS 



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BOSTON UNIVERSITY 




Collège of Libéral Arts 
Library 

GRADUATE SCHOOL 
AFRICAN STUDIES 



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VOYAGE 



A TRAVERS L'ALGÉRIE 



PARIS 
IMPRIMERIE DE G. ROUGIER ET Ci'-, i, RUE CASSETTE 



VOYAG 




NOTES ET CROQ^UIS 



GEORGES-ROBERT 



500 ILLUSTRATIONS INÉDITES 
dont 60 hors texte. 



1 ' LA PROVINCE D'ALfiER ; 

2" LA PROVLVCE 1>E C0.V$TA1STL\E ; 



3° LA PROVimCE b'ORAIV ; 
4° LE SAHARA ALCÉRIE.Ï. 



DESCRIPTION, H^STORIQUE, MŒURS, 
LÉGENDES, ITINÉRAIRES, ETC. 

E. DENTU, Éditeur, 3, place de Valois 

(PALAIS-ROT AL) 



LA 



PROVINCE D'ALGER 



3) \ 

pOÙZ- 



DIVISIONS DE L'OUVRAGE 



I. — LA PROVINCE D'ALGER 

L'Algérie. — La population européenne. — L'administralion indigène. — La justice française 
et musulmane. — Les Arabes. — Les mariages. — Les Kouiouriis. — Physionomie géné- 
rale de la province d'Alger. — Alger, son histoire, ses environs — Description et histo- 
rique des principales villes : Aumale, Blida, Cherchell, DcUys, Médéa Miliana, Orléans- 
ville, Tenès, Teniet-el-Haâd, Tizi-Ouzou, etc., etc. — Les gorges de la Chiffa et de 
Palestro. — Hammam-R'irha. — , Les Kabyles. — Légendes arabes, etc., etc. — Princi- 
paux itinéraires. 



II. — LA PROVINCE DE CONSTANTINE 

Physionomie générale de la province de Constantine. — Les Aissaoua. — Les Khouans ou 
confrérie religieuse. — Les Berranis. — Les nègres. — La prière du musulman. —Cons- 
tantine, son histoire, ses environs. — Description et historique des principales villes : 
Batna, Bone, Bougie, Djidjelli, Guclma, La Calle, PhilippeviUe, Sétif, Tebcssa, etc., etc. 
— Les gorges du Chabet-cl-Akhra et d'El-Kantara. — Histoire de Yusuf. — Légendes 
arabes, etc., etc. — Principaux itinéraires. 



III. — LA PROVINCE D"ORAN 

Physionomie générale de la province d'Oran. — Les juifs. — Les maures. — Les mariages 
indigènes. — Makhzen et goum. — L'armée d'Afrique. — Le Ramadan. — La diifa. — 
Les mirages. — Les sauterelles. — Oran, son histoire, ses environs. — Description et 
historique des principales villes : Arzew, Mascara, Mostagancm, Nemours, Reli/ane, 
Sidi-bel-.'\bbès, Tiaret, Tlemcen, etc. — Les cascades d'EI-Ourit. — Le combat de 
Mazagran. — Légendes arabes, etc., etc. — Principaux itinéraires. 

IV. — LE SAHARA ALGÉRIEN 

Physionomie générale du Sahara. — Les Arabes sédentaires et nomades. — Les chameau*. 
— Les chasses à la gazelle, à l'autruche et au faucon. — Description et historique des 
principales oasis. — Laghouat. — Bou-Saâda. — Aïn-Madhi. — Le M'zab. — El-Goléa. — 
Ouargla. — Les missions Flatters. — L'oued R'rir. — Biskra. — Les Oulad-Nail. — Tou- 
gourt. — Temacin. — Les Ziban. — L'oued Souf. — Les dunes et le simoun. — Les 
Oulad-Sidi-Cheikh. — Géry ville. — Les fantasias. — Le cheval arabe. — El Abiod. — Les 
Hamiani-R'araba. — .Aïn-Sefra. — Tiout. — Les principaux itinéraires, etc., etc. 



BOSTON UNIVERSITY LIBRARIES 



LEXIQUE 



AGHA. — Chef arabe, nommé par le gou- 
vernement pour surveiller les caïds des 
différentes tribus placées sous ses ordres 
et pour centraliser l'impôt. 

AGHALICK. — Territoire soumis à l'auto- 
rité d'un agha ; résidence de ce fonc- 
tionnaire. 

ALFA. — Plante fourragère qui couvre une 
grande partie de la province d'Oran. 

BAI ou BEY. — Titre que les mahométans 
donnent au gouverneur d'une province 
ou d'une ville. 

BASSOUR. — Espèce de palanquin porté 
par les chameaux et dans lequel les 
femmes arabes voyagent. 

CADl. — Fonctionnaire remplissant diver- 
ses fonctions et entre autres celles de 
juge et de notaire. 

CHÉRIF (Chorfa au pluriel). — Ce titre 
appartient à tout musulman qui, direc- 
tement et par les mâles, descend du 
prophète par la branche de Futnia 
Zohra, sa fille, mariée à Ali-ben-Bou- 
Taleb. 

CHOTT. — Lac salin, plus ou moins des- 
séché. 

DAYA. — Bas-fond. On trouve dans la plu- 
part une riche et vigoureuse végétation. 

DYS. — Plante fourragère poussant en 
gros gazons touffus sur le flanc des mon- 
tagnes. 

DJEBEL. — Montagne. 

GHAZZER. — Orthographe arabe du mo 
razzier, de razzia. 

HARKA. — Expédition composée d'indi- 
gènes. 

KHALIFA. — Titre qui, avant la conquête, 
était supérieur à celui d'agha et qui, 
maintenant, est donné à l'un des subor- 
donnés de ce dernier. 

KHAMMÈS. — Métayer qui cultive au cin- 
quième. 



KHOUAN. — Secte religieuse. 

KIFF ou KIEF. — Le véritable sens de ce 
mot a quelque chose de très vague, et 
le nombre de ses acceptions est pour 
ainsi dire infini. Il correspond à la fois 
à nos différents mots, santé, plaisir, re- 
pos, bonheur, délassement, flegme, dis- 
traction, humeur, etc. On l'emploie 
aussi pour désigner le fumeur qui se 
grise avec le hachisch. 

KOUBBA. — Chapelle, tombe de mara- 
bout. 

KSAR (Ksour au pluriel). — Village arabe. 

MAKHZEN. — Cavaliers irréguliers fai- 
sant le service dans les bureaux arabes. 
— Dans le Sahara, ces cavaliers sont 
montés avec des chameaux de course 
(mehara). 

MARABOUT. — De l'arabe morabet — 
qui signifie « lié, attaché i>. La qualité 
de marabout, qui est héréditaire, n'a au- 
cune analogie avec celle de prêtre chez 
nous; cependant, l'influence se perd si 
ceux à qui il est transmis ne s'en ren- 
dent pas dignes par une continuation de 
piété et de bonnes œuvres. 

MERCANTIL. — Marchand ambulant, 
juif ou arabe, qui, généralement, suit 
les expéditions. 

OUED. — Rivière avec ou sans eau. 

OU LAD. — Enfants de... gens de. . . 

REDHIR. — Mare d'eau pluviale. 

TARGUI. — Singulier de Touareg — nom 
des tribus berbères qui habitent le 
Sahara central. 

TOLBAS. — • Savants, personnages influents 
dans la tribu. 

ZAOUIA. — Ermitage musulman, centre de 
confrérie où l'on professe quelquefois 
l'enseignement arabe supérieur. 






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L'ALGÉRIE 



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pù^r.A 






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L'Al,i,^érie, cette magnifique colonie que la 
France possède de l'autre c6té de la Méditer- 
ranée, a déjà inspiré beaucoup de littérateurs et 
d'artistes ; mais, jusqu'à ce jour, aucun ouvrage 
complet n'ayant été publié, cet intéressant pays 
est encore presque inconnu de tous et l'on ignore 
généralement ce qu'il a été, ce qu'il est actuel- 
lement et ce qu'il est appelé à devenir. 

Depuis bientôt soixante ans que nous y som- 
mes installés, de nombreux progrès ont été réa- 
lisés, tant au point de vue de la civi- 
lisation qu'au point de vue commer- 
^^^^zC' cial; cependant, il est évident qu'a- 
^^^^>^'^^, vec les ressources considérables que 

^ cette colonie possède, on aurait pu 

obtenir plus rapidement d'heureux 
résultats, si l'administration n'avait 
pas été sujette à de longs tâtonne- 
ments. 

Aujourd'hui, l'Algérie est en 

pleine prospérité et prend chaque 

jour une importance de plus 

■"Ai«,, en plus grande; son 



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VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



commerce d'exportation, qui pendant longtemps avait été insignifiant, 
a augmenté, depuis quelques années, dans des proportions considé- 
rables, surtout depuis l'importation de la vigne dans les régions les 
plus favorables. 

Par suite des nombreuses communications qui ont été créées dans 
ces derniers temps, et grâce aussi aux lignes ferrées qui ont été cons- 
truites, notamment dans les provinces d'Oran et de Constantine, — celle 
d'Alger n'étant pas favorisée sous ce rapport, — l'échange des produits 
de la métropole avec ceux du Sud se fait aujourd'hui facilement, et la 
sécurité la plus absolue règne dans toute la partie de l'Algérie habitée 
par les Européens. 

Bien entendu, ainsi que beaucoup d'autres pays, notre colonie n'est 
pas exempte des vols et des assassinats ; mais la plupart de ces crimes 
ont lieu chez les indigènes, et il serait facile de prouver au moyen 
d'une statistique fort simple, qu'actuellement les Européens ne sont 
pas plus en danger au milieu des Arabes que dans la capitale la plus 
civilisée. 



D'après le recensement de 1886, on compte en Algérie 220,000 
Français, sans l'armée, qui représente à elle seule environ ^,ooo 
hommes, et les Israélites naturalisés au nombre de 42,500. 

Il y a en outre 206,000 étrangers de nationalités diverses, 22,000 
Tunisiens et marocains, et enfin 3,250,000 musulmans. 

La population européenne, en Algérie, est très mélangée ; on y 
rencontre un peu de toutes les nations; aussi, dans les grands centres, 
à Alger, par exemple, est-on étrangement frappé, en visitant les quar- 
tiers excentriques, d'entendre ce méli-mélo de dialectes et de patois, 
plus bizarres et plus discordants les uns que les autres. 




L'ALGÉRIE 







Après rélément fran- 
çais, l'espai^nol domine dans 
une grande proportion , par- 
ticulièrement dans la province 
d'Oran ; puis vient le maltais , ou 
Fanglo-maltais, qui s'est implanté en 
Algérie depuis notre conquête. 

A part les représentants de ces deux 
races, si faciles à reconnaître par leur type, leur costume 
les autres peuples n'offrent physiquement rien de bien ti 
ici ce qu'ils sont en Europe. 



et leurs 
•anché : 



mœurs, 

ils sont 



La superficie de l'Algérie est d'environ 70 millions d'hectares ; 
elle est bornée au nord par la Méditerranée, à l'ouest par le- Maroc, 
à l'est par la Tunisie et au sud par une ligne indéterminée dont nos 
possessions extrêmes, Ouargla et El-Goléa forment à peu près la 
limite. 



Par la conformatitm de son sol, l'Algérie se divise naturellement 
en trois zones : 

1° Le Tell, qui est la partie essentiellement cultivable, dont la terre 
fertile produit les fruits et les grains, sous une température analogue à 
celle du midi de la France. — Cette région est située entre le littoral 
et une ligne imaginaire qui part de la frontière du Maroc au sud de 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



Sebdou, passe par Tiaret, Boghar, Aumale, Batna, Krenchela et va 
aboutir sur la frontière tunisienne à Aïn-Boudriès. 

2" Les Hauts-Plateaux, pays des pâturages, élevés de 900 à 1,200 
mètres au-dessus du niveau de la mer et qui se relient d'un côté au 
Tell et de l'autre au Sahara par des pentes assez douces. 

C'est dans cette région qu'on rencontre les plantes avec lesquelles 
les indigènes nourrissent leurs troupeaux; le guettaf, le drin, le diss. 
Je semara et l'alfa. 

3° Le Sahara, dont les vastes solitudes sont interrompues, de dis- 
tance en distance, par des groupes d'oasis; cette contrée aride et dé- 
solée n'a de fertilité que dans les endroits où, grâce à quelques nappes 
d'eau souterraine, les palmiers sont réunis en assez grand nombre. 



Le climat de l'Algérie est généralement doux et salubre. Sur le 
littoral, la température moyenne est de 1 2 degrés pendant l'hiver, et 
elle s'élève habituellement à 25, 28 et 30 degrés pendant l'été. 

La région des hauts plateaux est moins agréable sous ce rap- 
port; la température y est très variable, il y fait souvent extrêmement 
chaud pendant l'été et l'hiver y est parfois très rigoureux. 

Dans le Sahara, les journées sont toujours très chaudes; mais, 
par contre, les nuits sont excessivement froides ; on ne s'aperçoit 
de l'hiver que par l'arrivée des pluies, qui en tombant quelquefois 
durant plusieurs jours de suite, font le bonheur des Sahariens. 





TRANSATLANTIQUE FAISANT LE SERVICE 
DE MARSEILLE A ALGER. 



L'ALGÉRIE 




L'histoire de l'Algérie est fort 
intéressante et nous montre que, de 
tout temps, la possession de ce beau 
pays fut convoitée par les peuples 
habitant l'autre côté de la Médi- 
terranée. 

Cette histoire remonte à la fon- 
dation de Carthage, par Didon, fille 
de Bélus, qui, en l'an 860 avant J.-C, 
fuyait la tyrannie de Pygmalion , 
son frère, roi de Tyr, et abordait 
irique. 

M. Galibert, dans son ouvrage sur l'AI- 
ie, nous raconte de quel singulier stra- 
se servit cette princesse pour obtenir 
"hospitalité sur ces arides plages; « Elle ne de- 
demandait qu'une petite portion de terre, ce que pour- 
rait cnceindre la peau d'un bœuf; et. pour prix d un si 
faible service, elle offrait des sommes considérables. 
Cette peau, découpée en lanières très minces, finit par 
circonscrire un très grand espace, sur lequel s éleva 
bientôt une importante forteresse, Byrsa, qui comman- 
dait les environs ainsi qu'une rade immense. Jarbas, 
chef des Maxyes et des Gétules, qui lui avait fait cette 
concession, frappé de la beauté de Didon, séduit sans 
doute aussi par ses richesses, voulut l'épouser; mais 
cette fière princesse dédaigna la main du barbare et se 
donna la mort pour se soustraire à ses obsessions. 

Carthage régna sur toute l'étendue du pays qu 
forme aujourd'hui la Tripolitaine, la Tunisie, l'Algé- 
rie et le Maroc; elle fut pendant près de six cents 
ans l'une des plus grandes villes du monde, sa ma- 
rine était redoutable et, partout où elle pouvait abor- 
der, elle fondait des comptoirs. 

En 264 avant J.-C, Carthage engagea contre 
Rome la lutte où elle devait succomber; en 146, elle 
était détruite et son empire passait partie aux mains 
des Romains et partie aux mains des rois de Nu- 
midie et de Mauritanie. 




VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



Bientôt après ce partage, Metellus et Marius, ayant vaincu 
Jugurtha, la Numidie devint province romaine, et la Mauritanie con- 
quise par Jules César, fut destinée, avec l'Egypte, à assurer à Rome la 
subsistance en blé. 

Vers la fin du iv° siècle , les Vandales qui avaient franchi les 
colonnes d'Hercule vinrent ravager ce pays et s'y établirent en maîtres. 

Puis, au vu° siècle, ce fut le tour de la domination musulmane, 
implantée par Sidi Okba-ben-Nafé; la régence "d'Alger fut alors vassale 
du khalifat de Cordoue. 

Vers la fin du xv° siècle, quand, après la prise de Grenade, les 
Maures furent chassés d'Espagne et que les Turcs, maîtres de Cons- 
tantinople, prirent le premier rang dans l'islamisme, Alger devint un 
repaire de pirates qui, malgré les efforts des Etats chrétiens, infestèrent 
la Méditerranée. 

Combattue d'abord par Charles-Quint, qui fut vaincu, Alger entra 
ensuite dans l'alliance de François I" et les flottes barbaresques, sous 
la conduite de Kheired-Din et de Dragiit, ravagèrent alors les côtes 
de Nice et de Naples. 

Tunis fut bombardée au xvi° siècle par la flotte anglaise, com- 
mandée par l'amiral Blak; et, sous le règne de Louis XIV, le duc 
de Beaufort fit subir le même sort à Djidjelli. 

En 1687, Alger fut bombardée par Duquesne ; mais, bientôt après, 
les pirates recommencèrent leurs pillages. 

Enfin, en i8?o, le souverain Hussein-Dey, excité par une réclama- 
tion du consul français, M. Deval, répondit par un coup d'éventail au 
visage de l'agent diplomatique. C'est alors que les satisfactions exigées 
par la France ayant été refusées , une escadre vint bloquer le port 
d'Alger; puis, en présence de l'obstination du Dey, une expédition fut 
décidée, sous les ordres du général de Bourmont, et les Français 
débarquèrent à Sidi-Ferruch, le 14 juin 1830. 





JUIF ALGERIEN, 



L'ALGÉRIE 



L'Algérie est divisée en trois provinces : la province d'Alger, 
la province de Constantine et la province d'Oran. 

Le gouvernement en est confié à un gouverneur général civil, qui 
est lui-même secondé par un secrétaire général et assisté d'un 
conseil supérieur. 

Les troupes déterre et de mer, qui appartiennent au 19' corps, 
sont sous le commandement d'un général en chef. 

Le siège du gouvernement civil est à Alger, ainsi 
que le commandement militaire. 

La colonie est représentée au Sénat par trois séna- 
teurs, et à la Chambre par six députés. 

Chaque province renferme un territoire civil et un 
territoire militaire. 

Le territoire civil est administré par un préfet 
sous l'autorité supérieure du gouverneur général. 
Le territoire militaire est administré par le gé- 
néral commandant Indivision, sous la haute direction 
du général en chef. 

Les arrondissements, sur le territoire civil, 
sont administrés par des sous-préfets et sont 
divisés en communes de plein exercice et en 
communes mixtes. 

Les communes de plein exercice sont 
administrées comme celle de la métropole. Les 
conseils municipaux renferment des membres 
indigènes et européens. 

Les communes mixtes sont des circons- 
' criptions dans lesquelles la population indigène 
domine. 11 y a des communes mixtes en 
territoire civil et en territoire militaire; dans 
le premier cas, elles sont administrées par 
un administrateur civil et, dans le second cas, 
par une commission municipale que pré- 
side le commandant supérieur, maire, sous 
la haute autorité du général commandant la 
division. L'Algérie compte actuellement 232 
communes de plein exercice, 84 communes 
mixtes, dont 6 en territoire militaire et 1 3 
en territoire civil. 




VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 




Depuis notre occupation, afin de maintenir l'ordre plus facilement 
et de percevoir les impôts sans trop de difficultés, les indigènes ainsi 
que le territoire qu'ils occupent ont été classés par catégories et placés 
sous la surveillance et l'autorité de chefs nommés 
par le gouvernement. 

Voici quelles sont les différentes divisions ad- 
ministratives des populations indigènes, sur le ter- 
ritoire militaire, et particulièrement dans la région 
saharienne. 

Le dollar^ qui n'est autre chose que le grou- 
pement de quelques tentes amies ou liées par quel- 
ques questions d'intérêt, peut être considéré 
comme la base de la constitution sociale des 
Arabes. 

La réunion de plusieurs douars forme une 
fcrka (section), obéissant à un cheick, qui, comme 
fonctionnaire, reçoit l'investiture de l'autorité publique. 

Le chcick est nommé par le comm?ndant de la division, sur la pré- 
sentation du caïd, sous la direction duquel il règle, dans sa ferka', les 
contestations relatives aux labours. Il aide à la répartition et à la rentrée 
des amendes et de l'impôt, et rassemble les bêtes de somme requises, 
pour les convois, par l'autorité militaire. Ses fonctions lui donnent une 
position analogue à celle du maire dans la commune française. 

Le cheick est assisté dans toutes les fonctions importantes par la 
réunion des principaux notables des douars placés sous ses ordres. 
Cette réunion prend le nom de djema. 

Plusieurs ferkas, ou même une seule ferka, si elle est considé- 
rable, constituent une tribu. 

La tribu est commandée par un caïd. 

Le caid est choisi parmi les hommes les plus marquants de sa 
tribu. Il est nommé par le commandant de la division, sur la présenta- 
tion du commandant de la subdivision. Le caïd est responsable de sa 
tribu vis-à-vis de l'autorité française. C'est lui qui perçoit l'impôt, qui 
est chargé du bon ordre et juge les actes de désobéissance et les rixes. 
Il peut frapper des amendes jusqu'à concurrence de 25 francs. En temps 
d'expédition, le caïd lève un contingent de cavaliers qu'il commande, et 
qui marche avec nos troupes. 

Les caïds n'ont pas de traitement fixe, mais ils sont autorisés à per- 



cevoir un tant pour cent sur les impôts et les amendes. 



L'ALGERIE 



Le groupement d'un certain nombre de tribus forme un aghalick, 
sous les ordres d'un agha ou d'un kaïd-el-kaïd (caïd des caïds) appella- 
tion qui tend à se substituer à celle d'agha. 

Uagha, généralement issu d'une famille influente, ou ancien chef 
militaire à notre solde, est nommé par le ministre, sur la présentation du 
commandant de la subdivision. 

L'agha a pour mission de surveiller les caïds des différentes tribus 
placées sous ses ordres. Il centralise l'impôt. 

En temps de guerre, il commande les contingents convoqués par 
l'autorité militaire. Comme le caïd, il juge les contestations ; mais, dans 




DOUAR 



des cas plus graves. Il peut imposer des amendes de 50 francs. Il y a trois 
classes d'aghas. 

Des aghalicks, peuvent former une circonscription relevant d'un 
bach-aha (chef des aghas). 

Cette division est en train de disparaître. 

Il n'est, en effet, plus nommé de bach-aghas. Des événements ré- 
cents ont démontré l'inconvénient qu'il y avait à laisser une autorité et 
une puissance aussi considérables entre les mains d'un chef indigène, 
qui peut, à un moment donné, s'en servir contre nous. 

Certains bach-aghas et aghas indépendants exercent sur leur terri- 
toire une autorité politique et administrative. Ils ont une troupe indigène 
armée et soldée par la France, pour assurer la tranquillité, mais ils ne 



lO 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGER lE 



peuvent entreprendre d'opérations sans l'assentiment du commandant de 
cercle. 



Dans chaque tribu est installé un kadi, qui rend la justice, règle les 
contestations civiles, dresse les actes de mariage, prononce les divorces. 
Le kadi nommé par le commandant de la subdivision doit avoir un cer- 
tificat de capacité du tribunal supérieur indigène. 

Les kadis ne peuvent condamner à la prison, sans prendre l'avis 
de l'autorité française. 

Ils n'ont pas de traitement fixe, mais touchent des droits pour les 
actes qu'ils rédigent. Les jugements qu'ils rendent sont (disent les mé- 
chantes langues) également pour eux une source de bénéfices. 

Les kadis des villes, indépendamment du prix qu'ils prélèvent sur 
les actes qu'ils établissent, ont un traitement fixe. 

En dehors du kadi, qui a des attributions toutes spéciales, l'orga- 
nisation judiciaire en Algérie est la même qu'en France ; seulement les 
nécessités mêmes de l'existence, les besoins de la colonisation et de la 
sécurité publique, les conditions des relations économiques ont dû 
amener certaines modifications de détail dans la compétence, dans la 
procédure, dans les délais et dans les moyens d'exécution. 





INTÉRIEUR DE MAISON MAURESQUE. — VUE DU PORT D'ALGER EN 1840. 



L'ALGERIE 



II 



LES ARABES 



Les Arabes ne s'installèrent sur cette partie de l'Afrique septen- 
trionale que vers le milieu du xi° siècle de Jésus-Christ; ils en chas- 










sèrent les Berbères et, peu à peu, se formèrent en tribus afin d'aller 
camper dans toutes les parties de cette vaste région. 

« L'Arabe, dit le colonel Niox, c'est le pasteur, le cavalier qui 
aime les grands espaces et vit sous la tente. Dédaigneux du travail de 
la terre, il reste fidèle au précepte de Mahomet : « Où entre la 



12 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



charrue entre la honte. » Quelques tribus ont cependant fini par se fixer 
au sol. 

« L'organisation politique des Arabes est en général aristocra- 
tique. Il existe chez eux trois espèces d'aristocraties : une aristocratie 
militaire, les djouad, représentés par les descendants des anciennes 
familles conquérantes; une aristocratie religieuse, formée par les descen- 
dants des marabouts dont l'influence est en rapport avec leur réputation 
de sainteté; et une aristocratie de race formée par les chorfa, qui font 
remonter leur généalogie à Mahomet. Abd-el-Kader appartenait à la 
fois à l'aristocratie militaire et à l'aristocratie religieuse : c'est la raison 
du grand prestige qu'il exerçait. » 

L'Arabe est de race blanche et, malgré sa sobriété, est très vigou- 
reux. Il supporte facilement la fatigue et les privations ; c'est même là 
sa seule supériorité sur le soldat français, qui, lui, doit non seulement 
lutter contre le climat, mais doit encore soutenir de longues et pénibles 
marches en souffrant parfois de la soif et de la faim. 

L'Arabe, très superstitieux, se couvre de talismans ; il en attache 
au cou de ses chevaux, de ses lévriers, pour les préserver du mauvais 
œil, des maladies, de la mort; il est généralement vaniteux, humble, 
obséquieux, arrogant tour à tour; il est menteur, voleur; il est pares- 
seux de corps et d'esprit. 




Les Arabes , comme du reste tous les musulmans, sont poly- 



games 



Pour l'Arabe riche, la femme est un objet de luxe; chez l'Arabe 
pauvre, c'est une aide pour ses travaux, souvent une bête de somme; 
mais quelle que soit sa condition, la femme arabe est toujours tenue 
dans le plus complet état d'infériorité. 

Les Arabes disent : La naissance d'une fille est une malédiction. 

Les mariages, sauf ceux contractés entre familles influentes, ne 
sont que marchés. Quand un Arabe a trouvé, parmi les familles qui 
l'entourent, une jeune fille qui lui plaît, il va trouver le père de celle-ci 
et lui demande, non la main de sa fille, mais quelle somme il veut en 



L'ALGERIE 



15 



échange. L'affaire conclue, le mari emmène chez lui celle qu'il vient 
d'acheter pour en faire sa femme. 

Souvent, ces mariages ne donnent pas de bons résultats, il y a ra- 
pidement désaccord entre les époux. L'Arabe riche s'en console aisé- 
ment en achetant une nouvelle femme, mais l'Arabe pauvre, qui n'a pas 
à sa disposition l'argent nécessaire, a recours au divorce. 

Moyennant une somme modique, le divorce est prononcé. Si les 
torts sont du côté de la femme, son mari la renvoie dans sa famille 




et son beau-père lui rend la somme qu"il a payée. Si les torts sont réci- 
proques, moitié seulement de l'argent est rendue au mari ; enfin, si le 
divorce est prononcé contre l'époux, la femme retourne chez ses 
parents et celui-ci n'a droit à aucune restitution. 

D'après la loi de Mahomet, tout musulman a droit de posséder trois 
femmes légitimes, plus une négrese. 11 peut, outre celles-ci, en avoir 
d'autres illégitimes, autant que sa fortune lui permet d'en nourrir; c'est 
alors un harem. 

Les femmes sont d'un prix plus ou moins élevé, suivant leur beauté, 
leur âge, leur naissance et aussi suivant les contrées. 



u 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



Une femme coûte, prix minimum, vingt douros (loo fr.i: il yen 
a de mittin douros (i,ooo fr.) et au-dessus. 

Une femme divorcée se paie moins cher qu'une jeune fille. 

Certaines unions étant conclues alors que la jeune fille est encore 
enfant, le mariage n'est consommé que lorsque celle-ci est nubile 
(environ douze ans). 



Les koulour'lis, que l'on rencontre] surtout à Alger, sont fils de 
Turcs et de Mauresques. Ils portent le costume oriental, avec la chéchia 
ou le turban et sont souvent confondus avec les Maures. 

Généralement grand et élancé, les membres souples et nerveux, 
le koulour'li porte la tête haute, et semble toujours se souvenir que ses 
pères ont été pendant longtemps les maîtres de ce pays. 

Sa principale occupation consiste à fumer son chibouk, tranquille- 
ment installé au café maure où il absorbe un kaoua ou un thé: parfois 
aussi, il y fait une partie de dames, ou chante en s'accompagnant de la 
guzla (instrument à corde). 

Cette race tend à disparaître, elle s'éteint chaque jour davantage et 
se confondra bientôt avec les Arabes. 





PERRUQUIER ARABE. 




LA PROVINCE D'ALGER 



La province d'Alger, située entre celle d'O- 
ran et de Constantine, a une superficie d'environ 
millions d'hectares, dont 3,600,000 dans le 
Tell. Sa longueur du nord au sud (d'Alger à El- 
GoLéa) est de 906 kilomètres; sa largeur, sur le 
littoral (de l'Oued-Aberri à l'Oued-Kherouli), est 
de 320 kilomètres, et son pourtour est d'environ 
2,500 kilomètres. 

Ses pnncipaux massifs montagneux sont au 
nombre de cinq : 

L'OuARSE.Ms, qui se partage entre la pro- 
vince d'Oran et celle d'Alger (point culminant 
I .n04 mètres d ait.). 

Le MASSIF ALGÉRIEN, qui comprend 

le Z.Kcar, le Djebel des Bc/n-Salah 

(p.c. 1,629 m.), le Mou:;aiaet\eSahel. 

Le Djitrdjiua, qui s'étend sur 

une longueur de 90 kilomètres 

(p. c. 2,308 m.). Le Dira, qui 

sépare le Tell des hauts plateaux 

(p. c. 1,010 m.'i. 

Le MASSIF SAHARIEN, 

qui traverse la province 
d'Alger 

1,570 m.). 



i6 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



Entre ces massifs s'étendent les plaines du Chélif a l'ouest, de 
la Mitidja au centre, et des Issersa l'est. 



Cette province est assez boisée et ses forêts les plus remarquables 
par leur étendue sont celles qui se trouvent près de Blida, de Médéa, 
d'Orléansville, de Miliana, de Teniet-el-Haâd, d'Aumale, de Boghar, 
de Guelt-el-Stel et de Djelfa. 

Elles couvrent une superficie d'environ 325,000 hectares où sont 
réunies les différentes essences, telles que le chêne-liège, le chêne vert, 
le chêne zéen, le pin d'Alep, le cèdre, le thuya, etc., etc. 



Les principaux cours d'eau de cette province sont : 

Le Chélif^ dont le parcours est de 650 kilomètres ; c'est le plus con- 
sidérable de toute l'Algérie. 

LaChifa, qui traverse les gorges qui portent son nom et qui, après 
avoir parcouru la plaine de la Mitidja va jusqu'au pied du Sahel. 

UHarrach, qui divise en deux la Mitidja, et se jette dans la baie 
d'Alger, après être passée près de Rovigo, au gué de Constantine et à 
la Maison-Carrée. 

Visser oriental, dont le parcours est de 200 kilomètres et qui 
passe à Tablât, près de Palestro, de Beni-Amran, de Souk-el-Haâd et 
de Bordj-Ménaïel. 

Le Sébaou, qui prend sa source dans le Djurjura et arrose Rébeval, 
Ben-N'ehoud et Bellefontaine. 

Les Zahre:{, qui se divisent en Zahrez-R'arbi et Zahrez-Chergui. 
On peut encore citer le Boudouaou, le Haini\, le Mazagran, le Mador, 
VOued-Dahinou, etc., etc. 



Les principales curiosités naturelles de cette province sont les 
gorges de la Chiffa, de VOued-el-Kébir, de VHarrach, de Palestro; les 
monts de Teniet-el-Haâd et la forêt des cèdres ; la cascade de l'Oued- 
el-Melah, près Djelfa; etc., etc. 



LA PROVINCE D'ALGER 



17 




Le panorama d'Alger, vu de la mer, est un des plus merveilleux 
spectacles que Ton puisse contempler; en y arrivant la nuit, la ville est 
enveloppée d'une brume rougeàtre sur laquelle se détachent en points 
lumineux les longues lignes des becs de gaz qui éclairent les quais 
et le port; mais le matin, de quatre à cinq heures, au moment où le 
soleil se lève, l'aspect est tout différent et devient alors féerique. 

Les premiers rayons du soleil, en frappant sur la terrasse de la 
Kasbah, donnent à cette cité l'aspect d'une immense carrière de 
marbre blanc; tous les détails disparaissent dans l'ensemble, et seuls, 
les quais et le boulevard de la République, avec ses nombreuses arcades 
et ses splendides hôtels, ainsi ensoleillés, se détachent de l'arrière-plan 
et semblent s'avancer dans la mer comme une barrière infranchissable. 

Du bateau, on peut aussi admirer les environs d'Alger: à droite, 
sur la hauteur, c'est Notre-Dame d'Afrique, ayant à ses pieds le village 
de Saint-Eugène; puis, un peu 'plus loin, la pointe Pescade; à gauche, 
c'est Mustapha-Supérieur, avec ses magnifiques propriétés parmi les- 



i8 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



quelles se trouve le palais d'été du gouverneur; plus loin le grand sémi- 
naire de Koubba; puis, en bas, Lagha, Mustapha-Inférieur, Hussein- 
Dey, la Maison-Carrée ; puis enfin, tout là-bas, à gauche, le Fort de 
l'Eau, la Rassauta et le cap Matifou. 

Avec les services rapides, inaugurés depuis deux ou trois ans par 
la compagnie Transatlantique, on arrive généralement à Alger pendant 
la nuit; aussi, si l'on y gagne en vitesse, y perd-on d'un autre côté; 
car, non seulement on ne peut admirer la ville, vue d'une certaine dis- 




tance, mais encore on n'assiste pas au spectacle amusant d'un débar- 
quement en plein jour. 

A l'approche du paquebot qui est signalé longtemps à l'avance, 
les portefaix et les bateliers se préparent à l'assaut, et le bateau n'est 
pas plutôt entré dans le port, qu'ils s'accrochent à ses flancs, escaladent 
le bord et se précipitent au-devant des étrangers, afin de s'emparer des 
bagages. 

C'est une bousculade insensée, un charivari de tous les diables; 
c'est à qui aura les paquets et les valises, à qui transportera les voya- 
geurs jusqu'aux quais, et tout cela accompagné de cris, de jurements, 
de disputes, etc., etc. 

La scène recommence en arrivant à terre; mais alors elle est exé- 



LA PROVINCE D'ALGER 



19 




20 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



cutée par les yaouleds, ces gamins qui, simplement vêtus d'un séroual 
blanc (pantalon), d'une chemise et d'une chéchia (calotte rouge), font 
à Alger l'office de commissionnaires et de cireurs. 

Ils ne crient pas moins fort que leurs aînés les portefaix et il n'est 
pas facile non plus de se débarrasser d'eux; ils y mettent souvent un 
acharnement insupportable, et la personne ainsi assiégée, afin d'en 
finir, cède et leur confie sa valise ou son plaid. 

Ces porte faix et ces yaouleds, sont connus sous le nom général 
de b'iskn; ils sont originaires de Biskra, capitale du Zab, et quittent 
leur pays pour venir à Alger gagner quelque argent qui leur permette 
de retourner chez eux vivre à l'abri du besoin. Ils occupent tout un 
quartier de la ville, et les plus âgés ou les plus vigoureux sont em- 
ployés soit à porter de l'eau chez les particuliers, soit à travailler sur 
le port. 




Alger, qui est la ville la plus importante de notre colonie, et qui 
en est aussi la capitale, compte actuellement 75,000 habitants environ, 
parmi lesquels 24,000 Français, 17,000 Musulmans, 8,500 Israélites. 
25,500 de nationalités diverses. 

Cette ville est entourée d'une enceinte continue, flanquée de bas- 
tions et bordée d' un large fossé ; depuis longtemps déjà, des projets 
ont été présentés au gouvernement afin d'obtenir l'autorisation de dé- 
molir les fortifications pour agrandir la ville; mais aucune solution n'a 
encore été donnée. 

Cinq portes donnent accès dans la ville; au S.-O. la porte A:{oun 
(Bab-Azoun); au-dessus, lu porte d'Isly; puis en haut, la porte du Sa/iel; 
au N.-O., la porte Vallée et en bas h porte de l'Oued (Bab-el-Oued). 



LA PROVINCE D'ALGER 



■21 



Alger est divisé en deux parties bien distinctes : le quartier eu- 
ropéen et le quartier arabe. 

Dans le quartier arabe, qui, du bas de la ville, c'est-à-dire des rues Bab- 
el-Oued et Bab-Azzoun , s'étend jusqu'au haut de la Kas- 



f -^ 



^. -^ 



".., bah, les rues sont étroites et tortueuses; c'est là qu'ha- 



^^^^^%%'^^'^t)itent les Arabes, les Juifs, les Maures et les Mauresques. 
y^-'Àp^^'f'^JKi-i Dans le quartier européen, qui s'agrandit chaque 
v'J^^^^'^'^'^^'^'^^fy'- •i"''"" ' surtout du côté de la place Bresson 
f^ii^i^',- et de la Poste , les maisons sont ma 



gnifiques, elles ont toutes trois étages 
sur la façade et un qua- 
?->4» -j- tième sur la terrasser 
qui remplace le toit. 

1 




'22 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



Le quartier de la Pré- 
fecture et de la Marine, c'est- 
à-dire le vieux quartier eu- 
ropéen, est habité presque 
entièrement par les Espa- 
gnols, les Mahonnais et les 
Maltais. 

On rencontre à Alger, 
comme endroits intéressants : 
la place du Gouvernement, 
avec la statue du duc d'Or- 
léans; \a. place MaJakoff, où 
se trouve la cathédrale, l'ar- 
chevêché et le palais du 
gouverneur; le marché de la 
place de Chartres; la place Bressan, avec le square et le théâtre; la 
place d'Isly; avec la statue du général Bugeaud et l'hôtel du général 
commandant le h/ corps; le marché couvert de la place de la Lyre; la 
place Randon, où est la synagogue; la place Bab-el-Oued oh est le lycée; 
les deux mosquées Maleki et Hanejî, dans la rue de la Marine; la Zaouïa 
de Sidi Abd-er-Rahman, qui domine le Jardin Marengo; la K.asbah, etc. 




La Kasbah véritable, où habitait le dey Hussein, domine Alger du 
point culminant occidental au 



du 



triangle 



de 



la 



sommet 

ville. 

Elle est antérieure à 
1516, année où elle fut res- 
taurée et augmentée par Se- 
lim-Ben-Teumi. 

Ali-Khodja, surnommé 
le fou , avant-dernier dey 
d'Alger, s'étant aliéné l'es- 
prit des troupes, fit trans- 
porter nuitamment ses trésors 
à la Kasbah , où il s'enfer- 
ma, avec une garde à lui, 
le i" novembre 1817. 




LA PROVINCE D'ALGER 



25 



Les janissaires s'étant insurgés à cette nouvelle, Ali fit décapiter 
un grand nombre de meneurs. 

Le soufflet donné par Hussein à notre consul, 
M. Deval, est le dernier épisode de l'histoire 
de la Kasbah. 

Aujourd'hui, c'est une immense caserne habitée 
par les zouaves et l'artillerie, et 
traversée par la route d'El- 
Biar, route qui a fait dispa- 
raître la plus grande partie des 
fameux jardins du dey. 

A Alger, on appelle géné- 
ralement la Kasbah cette par- 
tie de la ville située entre la 
Kasbah proprement dite et le 
quartier européen, c'est-à-dire 
le quartier arabe dont 
les maisons blanches 
s'élèvent en amphithéâ- 
tre sur le flanc du marne- 
on qui fait face à la mer. 
Toute cette par- 
tie haute se com- 
de construc- 
tions car- 
rées, d'un 
éta^-es '•■''^'Si^^s^BÊa^SÊ^mÀi-^ c <) ,V'3:^:>^^^s ou deux 

au plus , ^S 
blanchies à 
la chaux et sans 
ouvertures sur les rues ; 
les chambres ne reçoi 
vent de jour que par une 
cour intérieure; les rues sont 
étroites, sales, tortueuses, 
et l'aspect général est des plus 
monotones. 

« Toutes les maisons mau- 
resques sont bâties sur le même 




24 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



modèle, dit M. Piesse ; aucune n'a de façade extérieure. La seule diffé- 
rence existe dans les dimensions, car c'est toujours, partout, chez le riche 
comme chez le pauvre, un quadrilatère dont les étages sont surmontés 
d'une terrasse ou d'un toit plat. Sauf la saillie des balcons, les murs de la 
rue sont unis; quelquefois, et c'est rare, des arcatures couvrent la façade, 
comme à Constantine. Les portes d'entrée, massives, garnies de clous 
à grosses têtes, s'enchâssent dans des jambages en marbre ou en pierre 
dont les rosaces forment l'ornement. Dans' les grandes malsons, la porte 
est précédée d'un portique garanti par un auvent supporté par des pou- 
tres carrées en bois de cèdre, plus ou moins sculptées ou peintes. Quand 
on a franchi la porte de la rue, qui généralement n'est jamais directe 
avec celle des appartements, on entre dans un vestibule, ou skififa, garni 
de bancs des deux côtés; c'est là que le maître de la maison reçoit 
ceux qui viennent lui parler et expédie ses affaires; peu de personnes, 
pas même les plus proches parents, ont la permission d'entrer plus avant, 
à moins que ce ne soit dans les occasions extraordinaires. 

« Ensuite on arrive dans une cour ouverte qui, suivant que le pro- 
priétaire est à son aise, est pavée de marbre ou d'autres matériaux qui 
sèchent facilement. 

« Cette cour répond assez à Vimphivium cava œdium des Romains, 
les unes et les autres étant ouvertes par-dessus et donnant un jour à la 
maison. 

« Dans les grandes cérémonies, lorsqu'on est obligé de recevoir 
beaucoup de monde, comme pour un mariage, la circoncision d'un en- 
fant ou autre occasion semblable, on se contente d'introduire la com- 
pagnie dans la cour, dont le pavé est alors couvert de nattes et de tapis 
■ pour la commodité de la conversation. 

« Autour de la cour il y a quatre galeries, puis les appartements 
bas, salle de bain, cuisine et citerne ; au-dessus de ces galeries, soutenues 
par des colonnes en pierre ou en marbre, unies, à cannelures torses 
ou octogones, qui supportent des arcades en fer à cheval, il y a quatre 
autres galeries, soutenues également par des colonnes qui sont reliées 
par des balustrades à hauteur d'appui, décorées de colonnettes ou de 
panneaux découpés ou pleins, mais alors sculptés. 

« Nous avons vu, rarement il est vrai, et dans de très anciennes mai- 
sons, des balustrades en maçonnerie, déchiquetées en triangles ou en 
trèfles. Les portes des chambres, qui sont ordinairement de la hauteur 
de la galerie, sont à deux battants et faites d'une infinité de petits pan- 
neaux unis ou sculptés. Des fenêtres carrées et grillées s'ouvrent à côté. 



LA PROVINCE D'ALGER 



Les galeries soutiennent une terrasse qui sert de promenade aux 
hommes, le jour, et la nuit, aux femmes; elle sert aussi pour étendre 
et faire sécher le linge; sur l'un des côtés, il y a ordinairement un 
pavillon où l'on peut travailler à l'abri des injures de l'air et observer ce 
qui se passe du côté de la mer; car la plus grande attention des Algé- 
riens était d'observer si leurs corsaires revenaient avec des prises. » 

C'est l'usage, en été, quand la 
réception doit être nombreuse, de 
préserver la cour des ardeurs du 
soleil ou des effets de la pluie à 
"aide d'un rideau ou vélum qui, 
tenant par des cordes aux crochets 
fixés sur les terrasses, peut être 
plié et étendu suivant qu'on le 
uge convenable. 
L'intérieur des cham- 







VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



bres est généralement blanchi à la chaux; le plafond est formé par 
des poutrelles en bois de cèdre; mais dans les maisons riches, les murs 
sont ornés de faïence, et les plafonds en bois sculpté offrent des rosaces, 
des fleurs, des fruits, des poissons peints en couleurs voyantes et 
dorés. 

(( Quant à l'ameublement, rien de plus simple : des nattes ou des 
tapis, quelques glaces et, à l'extrémité de la chambre, un divan servant 
de siège le jour, délit la nuit; de grands coffres en bois peint, his- 
toriés de clous, renferment les hardes et les bijoux des hommes et 
des femmes. Les carreaux de faïence ornent, avons-nous dit, l'inté- 
rieur des appartements; ils concourent également à la décoration des 
escaliers, dont les marches sont en marbre ou en ardoise, et aussi 
à celle des arcades. 




« L'usage des cheminées est inconnu, si ce n'est pour les cuisines ; 
on a su en tirer un parti très élégant : des conduits placés à chaque côté 
de la terrasse se terminent par une série de bouches ouvertes de côté, 
coiffées de pyramidions faïences et ornés de boules. 

« En somme, rien de mieux compris, sous un climat chaud, que la 
maison mauresque avec ses galeries, ses portiques, ses ventilateurs 
finement évidés, ses appartements oblongs ouverts sur une cour inté- 
rieure rafraîchie par une fontaine. Quand on a déployé le velarium 
antique, elle est harmonieuse, tempérée et douce au delà de toute 
expression ; la chaleur y perd son énergie sauvage et Ja lumière son 
intensité et ses reflets brûlants. 



LA PROVINCE D'ALGER 



29 




Tout, dans 
rexistence, les goûts, 
"architectonique des 
Maures , s'explique 
donc merveilleuse- 
ment par les condi- 
tions climatériques 
sous l'influence desquelles ils 
sont placés ; tout est le ré- 
sultat des lois hygiéniques 
instinctivement pratiquées. 

« Dans les maisons mau- 
resques de quelque impor- 
tance, on trouve souvent une 
autre petite maison (douira) 
où l'on pénètre par un escal 
donnant sur l'escalier principa 
c'est dans cette douira, appropri 
au style général de la grande m; 
son , que les Maures ou les Tur 
se retiraient pour leurs travaux, ou plu 
leurs plaisirs. » 




La fondation de la ville d'Alger date des temps les plus reculés. 
Sous le nom d'Icosium, a l'époque chrétienne, elle posséda des évêques; 
lorsque les Arabes envahirent l'Afrique, les Berbères s'y installèrent. 



30 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



Ensuite, soit qu'elle ait été détruite ou anéantie d'une façon ou 
d'une autre, elle fut reconstruite au iv"' siècle de l'hégire (V de l'ère 
chrétienne), sous la dynastie arabe Sanhadjienne, par Bologguin, fils 
de Zïri, qui lui donna le nom d'El-Djezaïr-Beni-Mer'ana, nom que les 
Musulmans lui donnent encore aujourd'hui. 





MAURESQUE 



LA. PROVINCE D'ALGER 




:^*-, y/.V, /^^ wFa/-^4i/p 

L'occupation d'Alger par les trou- 
pes françaises eut lieu le 5 juillet 1830, 
après vingt jours de combats et d'escar- 
mouches. 

M. Léon Galibert raconte ainsi l'entrée des troupes dans la 
ville : 

(( Le 5 juillet au matin, alors que, dans le camp français, tout le 
monde s'apprêtait à relever par une brillante tenue la solennité qui 
avait été annoncée, un envoyé du dey venait encore implorer du général 
en chef un nouveau délai. Mais les ordres les plus précis avaient été 
donnés la veille pour que l'armée opérât sans retard sa concentration 
sur Alger. C'eût été commettre une faute grave que de contremander 
ce mouvement. D'ailleurs, on avait fait aux vaincus toutes les conces- 
sions possibles ; il fallait donc que la capitulation s'accomplît. « Au 
reste, » dit le général en chef à l'envoyé du dey, « si votre maître n'est 
pas satisfait des avantages qui lui ont été accordés, qu'il retire sa 
signature. Vous le voyez, tout ici s'apprête à canonner la Kasbah. » 
En effet, le général La Hitte, craignant une surprise, avait mis à profit 
la nuit du 4 au 5, pour ouvrir de nouvelles tranchées et s'approcher de 
la place. 

<( Au moment où l'envoyé du dey cherchait encore à négocier, une 
batterie se dressait à quatre cents mètres de la Kasbah. La réponse du 
général en chef fut considérée comme définitive, et Hussein ne songea 
plus qu'à exécuter la capitulation. 



p 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 





(( A onze heures, les 
trois divisions de l'armée 
française se mirent en mar- 
che pour prendre posses- 
sion des différents postes qui leur avaient été 
assignés. La porte Neuve, qui était la plus rapprochée 
des attaques, fut choisie pour l'entrée triomphale; le'^*^ 
"■énéral Achard, avec sa brigade, devait occuper la porte 
Bab-el-Oued et les forts qui l'avoisinent ; le général 
Berthier de Savigny, le fort Bab-Azoun et les différents -g 
postes de la marine, car l'escadre, depuis la canonnade "^^ 
du 3, était tenue au large par les vents contraires. Le che- 
min qui conduit du fort l'Empereur à la Porte-Neuve est étroit, 
encaissé, rocailleux ; il se trouvait, en outre, obstrué par les bou- 
lets, des éclats de bombes et des débris de toute espèce, au milieu des- 
quels les chevaux et les roues des caissons demeuraient sans cesse 
en'^a'^és. Une batterie de campagne ouvrait la marche; venaient ensuite 
les sapeurs du génie, l'une des gloires les plus éprouvées de l'armée 
française; puis, le ô*" régiment de ligne, qui, par son numéro d'ordre, 
formait la tête de colonne de la deuxième division. Ces troupes devaient 
occuper la Kasbah. Le général en chef, entouré d'un nombreux et 
brillant état-major, escorté d'un escadron de chasseurs , dont les lances 
et les shakos étaient ornés de branches de myrte et de laurier, s'avan- 
çait ensuite, au bruit des fanfares guerrières. — Le ciel était d'une limpi- 
dité extrême, et des flots de lumière se jouant à travers toutes ces masses 
d'hommes et de chevaux, rehaussaient l'éclat de leurs armes et la cou- 
leur variée de leurs uniformes. Officiers et soldats partageaient l'ivresse 
de leur général ; tous savouraient à longs traits les délices de cette jour- 
née. Cependant, lorsqu'on fut près des remparts, un profond sentiment 
de tristesse remplaça ces élans de bonheur; là se trouvaient, entassés 
pêle-mêle, les cadavres horriblement mutilés des prisonniers français que 
les Arabes avaient faits pendant la durée du siège; leurs membres étaient 
déchirés et la tête séparée du tronc. C'était un spectacle affreux. 
Les drapeaux s'inclinèrent devant ces glorieuses dépouilles, les tambours 
roulèrent la marche funèbre et l'armée défila au port d'armes; enfin, on 
franchit la porte Neuve. 

« Ici, les difficultés du chemin augmentèrent; delà porte Neuve' 
à la Kasbah, ce n'est plus qu'une ruelle étroite, bordée de mauvaises 
bicoques, bâties sans alignement, et où trois hommes peuvent à peine 



LA PROVINCE D'ALGER 



?î 




passer de front. Les essieux de l'artillerie renversaient à chaque instant 
des pans de muraille, et ces démolitions imprévues entravaient la marche 
de la colonne. Pendant que l'on était occupé à déblayer la voie, le 
colonel Bartillat, chargé de faire le logement du quartier général, sur- 
montant tous ces obstacles, s'avança avec un faible détache- 
ment vers la Kasbah. Aussitôt qu'on le vit s'approcher de 
l'enceinte, le dey, qui s'y trouvait encore, en sortit précipi- 
tamment ; ses domestiques maures et les esclaves nègres 
imitèrent son exemple, emportant tout ce qui leur tombait 
sous la main . et laissant échapper, dans leur fuite, la plupart 
des objets qu'ils enlevaient; si bien, qu'en un clin d'œil l'en- 
trée de la Kasbah et ses abords semblaient avoir été livrés au 
pillage. Les juifs profitèrent seuls de cette pa- 
nique; ils recueillirent ces épaves avec une avidité 
extrême. Nos soldats s'emparèrent bien de quel- 
ques objets, mais moins à cause de leur valeur 
intrinsèque que de leur bizarrerie. 

(( Dans ses autres quartiers, Alger était loin 
de présenter l'aspect triste et désolé d'une ville 
où la victoire vient d'introduire l'ennemi. Les 
boutiques étaient fermées, mais les marchands, 
assis tranquillement devant leurs portes, sem- 
blaient attendre le moment de les rouvrir. Ni 
l'harmonie d'une musique qu'ils n'avaient jamais 
entendue, ni l'éclat du triomphateur 
ne firent impression sur les Algé- 
riens. Assis ou couchés sur les bancs 
de pierre, ils ne se retournaient 
même pas pour voir défiler nos 
troupes. — Dans les faubourgs, on 
rencontrait des Arabes montés sur 
leurs ânes, ou conduisant leurs cha- 
meaux, qui faisaient signe aux déta- 
chements français de les laisser 
passer, en criant de toute leur force : 
Balak ! balak! (gare ! gare !) Cet im- 
perturbable sang-froid s'expliquait 
par la confiance que notre parole ^ 
leur inspirait. En effet, tous les ~^iÂÂ^ 



34 VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



habitants d'Alger savaient que la capitulation garantissait à chacun l'in- 
violabilité de ses propriétés, le respect des femmes, la sûreté indivi- 
duelle ; n'ayant rien à craindre, ils n'éprouvaient que de l'indifférence 
pour les nouveaux venus. — Seuls, les Maures et les Koulouglis. les 
Juifs surtout, accueillirent notre arrivée avec joie, car ils espéraient que 
la lon'^ue oppression des Turcs allait faire place à un régime meilleur. 

Quelques musulmanes voilées se laissaient entrevoir, à travers le 

grillage épais de leurs balcons ; les juives, plus hardies, garnissaient les 
terrasses de leurs demeures , sans paraître surprises du spectacle nou- 
veau qui s'offrait à leurs yeux. « Nos soldats, au contraire, dit le com- 
mandant Pédissier, jetaient partout des regards avides et curieux, car 
tout faisait naître leur étonnement dans une ville où leur présence seule 
semblait n'étonner personne. » 

« Les portes Bab-Azoun et Bab-el-Oued, les forts qui leur corres- 
pondent et les batteries de la côte furent occupés en même temps que 
la porte Neuve et la Kasbah. Nulle part on ne rencontra des janis- 
saires; sur aucun point la garnison turque n'avait laissé de postes. — 
Les miliciens célibataires s'étaient retirés dans les casernes; ceux qui 
étaient mariés avaient cherché asile dans les habitations de leurs 

familles. Malgré cet abandon, jamais ville en Europe ne fut 

occupée avec plus d'ordre. 

(( Le quartier général s'établit, ainsi que nous l'avons dit, à la 
Kasbah; un bataillon seulement de la division Loverdo et quelques 
compagnies d'artillerie en formèrent la garnison. Deux autres batail- 
lons de cette division s'installèrent 
près de la porte Bab-Azoun; le reste 
:^tf ,.^^^1^- ^^ campa près de la porte Neuve et 

autour du château de l'Empereur. 
Une partie de la brigade Achard forma 
la irarnison du fort Bab-el-Oued 
et de celui des Anglais; l'autre campa dans les terrains environnants. 
Le fort Bab-Azoun fut occupé par un bataillon de la division d'Escars; 
le deuxième régiment de marche avait pris position une demi-lieue en 
avant, sur les bords de la mer. — Les autres corps de cette division 
étaient répartis sur les hauteurs qui dominent la plage orientale. — 
Les sapeurs du génie et la plus grande partie des canonniers furent 
logés dans les bâtiments de la Marine. 

<c A peine les différentes divisions eurent-elles occupé leurs 
postes respectifs, que tout changea de face dans Alger et les environs 




LA PROVINCE D'ALGER 



Vi 



de la ville. Les préjugés des musulmans s'opposaient à ce qu'on fit 
loger les troupes dans les maisons particulières. Aussi observa-t-on 
rigoureusement tout ce qui avait été prescrit à cet égard dans la capi- 
tulation. 

(( Nos soldats ne franchirent le seuil d'aucune habitation privée; 
des sentinelles ou simplement des consignes écrites suffirent pour 
empêcher l'accès des mosquées. 

« Disons-le à la gloire de l'armée française, sa modération et sa 
retenue prouvèrent au monde civilisé qu'elle comprenait parfaitement 




^^\ft 

















^^j/'V*.-" 



la haute mission qui venait de lui être confiée. Les brigades qui 
étaient entrées dans la ville établirent leurs bivouacs sur les places, 
sans que leur présence excitât la moindre alarme parmi les habitants. 
Un grand nombre, au contraire, accouraient pour les voir de près, et 
les nègres finirent par danser au son de la musique de nos régiments. 
11 semblait que ce fût pour eux un véritable jour de fête. La plupart 
venaient offrir gratuitement leurs services aux soldats et se prosternaient 
devant eux, en criant : » Allah! » Dans les bivouacs de l'extérieur, la 
scène était encore plus pittoresque et plus animée. Ici, les soldats 
avaient pour tentes des palmiers, ou de larges platanes, ou bien des 
haies de laurier-rose et d'aubépine. 

<( Une fraîcheur délicieuse, entretenue par des sources d'eau vive, 
régnait sous tous ces ombrages, tandis que la fumée grise et vapo- 
reuse des cuisines, qui s'échappait à travers ces masses touffues, pro- 
duisait avec le beau vert du feuillage et l'azur des cieux un piquant 
contraste. — Le bivouac était rempli d'Arabes qui venaient offrir à 



J& 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



nos soldats des légumes, des œufs, des volailles. Ils s'étonnaient qu'on 
leur en offrît le paiement, et, quand ils avaient reçu l'argent, ils se 
prosternaient, frappaient la terre de leur front et murmuraient avec 
une grande volubilité des phrases inintelligibles qui provoquaient de 
longs éclats de rire. » 

Aussitôt après son entrée dans la KLasbah, le général en chef fit 
chanter le Te Deiiin pour remercier Dieu de la victoire qu'il venait 
d'accorder aux armes de la France. (M. l'abbé Dapïgez, à qui nous 
sommes redevables de plusieurs détails très intéressants ^ur la cam- 
pagne de 18^0, nous apprend, particularité .assez curieuse, qu'au 
nombre des personnes qui assistaient au Te Deuin, se trouvait une 
danseuse de l'Opéra de Londres.) 

Le premier soin des chefs qui occupaient les ports de la Marine 
fut de délivrer les esclaves chrétiens enfermés dans le bagne. On en 
trouva cent vingt-deux, dont quatre-vingts appartenaient aux équipages 
français du Sylcne et de V Aventure échoués sur les côtes d'Afrique 
quelques mois auparavant. — Parmi les esclaves français se trouvait 
un nommé Béraud, de Toulon, qui était là depuis 1802. 




■^jïïPt'ï^^-l 












ALGER. — TYPES DIVERS. 



LA PROVINCE D'ALGER 



57 







LES 

ENVIRONS D'ALGER 



Toutes les promenades qui environ- 
nent Alger sont très intéressantes , parti- 
culièrement les hauteurs de Mustapha- 
Supérieur, d'où l'on domine tous les pays 
situés sur le bord de la mer; c'est là, sans 
contredit, l'endroit le mieux choisi pour 
y passer quelques mois en villégiature ; 
l'air y est excellent, la vue merveilleuse 
et les propriétés y sont ravissantes. 

Les voitures et les omnibus (cor- 
ricolos) sillonnent toute cette région et il 
est facile pour le touriste de la parcourir 
en quelques jours sans aucune fatigue. 

Parmi les excursions que l'on doit 

faire , lorsqu'on séjourne quelque temps à 

Alger, sans trop pouvoir s'en éloigner, il 

ne fautpas oublier Blida, la ville des fleurs ; 

les gorges de la Chiffa, situées non loin 

■^,^•^•1.^ de là et oi!i l'on peut se faire conduire en voiture ; 

^^ et Hammam-R'irha, station thermale, desservie 

par la station de Bou-Medfa, un peu plus loin que celle de 

Blida sur la ligne d'Alger à Oran. 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



SAINT-EUGENE 



En se rendant d'Alger à Saint-Eugène, on côtoie la mer et l'on 
rencontre, à gauche, les anciens jardins du Dey, dans lesquels se 
trouve maintenant l'hôpital militaire ; un peu plus loin, les Sept Fontaines 
ou fontaines des Génies, et ensuite le cimetière européen et juif . A droite 
de la route, au milieu des nombreuses pointes rocheuses qui sillonnent 
le bord de la mer, s'élève le Fort des Anglais, dans lequel est installé 
l'entrepôt des poudres de chasse de la ville d'Alger. 

C'est dans la grotte des Sept Fontaines, qu'a lieu, tous les mer- 
credis, le fameux sacrifice des négresses, qui consiste à égorger quel- 
ques poules pour conjurer le mal. 

La grande prêtresse est représentée 
par une vieille négresse, affreuse comme 
elles le sont toutes et affublée d'un man- 
teau rouge et d'un turban blanc ; elle est 
entourée de quelques-unes de ses sem- 
blables qui l'aident dans ses opérations. 
Dès le début de la cérémonie, et avant 
même que le public ne soit entré, la py- 
thonise trace autour d'elle un grand cer- 
cle, puis dispose ensuite un petit fourneau 
sur lequel elle installe une collection de pots qui répandent aussitôt 
une forte odeur d'encens et de benjoin mélangés. 

Cette mise en scène, toute primitive, terminée, les clientes sont 
introduites. 

C'est alors que l'on voit défiler Arabes, Juives, Espagnoles, Mal- 
taises, Mahonnaises et même Françaises! 

Toutes ces croyantes, ou plutôt ces superstitieuses, apportent des 
poules blanches et noires, qu'elles remettent aux négresses en adres- 
sant leur demande. 

Naturellement, ces demandes sont presque toutes les mêmes, 
elles ne varient que dans les détails, souvent fort amusants; c'est tou- 
jours le même motif, l'amour, qui pousse ces malheureuses à venir 
raconter là leurs petites affaires. 

Après avoir pris connaissance des faits qui amènent sa cliente, 
la vieille négresse l'encense des pieds à la tête^, puis brandit trois 




LA PROVINCE D'ALGER 



39 



fois autour d'elle les volatils auxquelles elle coupe ensuite le cou, en 
procédant lentement et partiellement. Alors, elle barbouille avec le 
sang qu'elle recueille dans un bassin de métal les mains, les pieds, 
le front et les yeux de la trop croyante personne, tout en récitant des 
prières ou plutôt des incantations magiques. 

C'est pendant ce temps que les pauvres poules, à moitié mortes, 
achèvent le sortilège. — Agitent-elles leurs ailes tremblotantes du 
côté de la mer, c'est bon signe et la grande prêtresse pousse des cris 
joyeux; si, au contraire, les malheureux oiseaux se débattent du côté 
du rocher, le charme est rompu et l'opération est à recommencer. 

Dans le cas de réussite, l'intéressée, après cette cérémonie, 
boit un peu d'eau de la source, puis s'y lave par trois fois et se retire 
enfin pleine d'espoir. 



Sainl-Eiigène possède environ 3,400 habitants; c'est un endroit 
oij l'on vient surtout en villégiature et où, à cet effet, de nombreuses 
villas ont été construites. 

Les restaurants y abondent et sont très fréquentés, les dimanches 
et jours de fête, par la jeunesse algérienne. 



l^ POINTE PESCADE 




Pescade 



en 
des 



Anglais, par Adj-Ali-Agha; il est occupé main- 



40 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



tenant par des douaniers qui ont construit un petit logement sur l'un 
des côtés. 

De ce point, la vue est superbe ; on découvre toute la côte, ainsi 
qu'Alger. 

La pointe Pescade est très renommée parmi les amateurs de pro- 
menade qui tiennent aussi à se bien restaurer, et l'établissement de 
Saint-Pons, construit sur les rochers, au bord de la mer, y est non seu- 
lement apprécié pour sa situation, mais aussi pour son excellente cuisine. 

De la pointe Pescade, une des excursions les plus intéressantes 
est celle des gorges de Radjel-Afroun, où il est impossible de se rendre 
en voiture. 



GUYOTVILLE 

A 5 kilomètres avant d'arriver à Guyotville, on voit le cap 
Caxine, sur lequel s'élève un phare de 64 mètres de haut et qui éclaire 
à environ 25 milles en mer. 

Le village de Guyotville a été bâti sur l'ancien emplacement 
d'Aïn-Benian ; il tient son nom du comte Guyot, qui fut directeur de 
l'intérieur de 1840 à 1846. 

C'est un pays très fertile et les récoltes y sont abondantes. 

Parmi les endroits à visiter, on peut signaler : les ruines romaines 
de Ras-Knatcr à i kilomètre vers l'ouest; la grotte préhistorique du 
Grand-Rocher^ a i kilomètre S.--0. ; et les nombreux dolmens qui 
existent encore près du Rjpin des Beni-Messoiis, à environ i kilomètre 
plus loin et dans la même direction que le Grand-Rocher. 



NOTRE-DAME D'AFRIQUE 

Quoique l'église de Notre-Dame d'Afrique soit construite sur 
un des mamelons les plus élevés des environs d'Alger, on peut cepen- 
dant y arriver en voiture; la montée est rude, mais la vue n'en est que 
plus belle et plus étendue lorsqu'on arrive au sommet. 

Cette église, aux murs demi-sphériques, terminés par des demi- 
coupoles alternées par des clochetons, est surmontée d'un dôme que 
décore, à demi-hauteur, une colonnade et que termine une croix; aper- 



LA PROVINCE D'ALGER 



41 



çue de la mer, elle fait énormément d'effet et, ainsi perchée sur 
cette hauteur, semble être inaccessible. 

A l'intérieur de Notre-Dame d'Afrique, on peut voir une statue de 




saint Michel, en argent massif, donnée par la corporation des pêcheurs 
napolitains et dont la valeur est estimée à près de 100,000 francs. 

Une petite chapelle consacrée à Monseigneur Pavy, le 20 sep- 
tembre iBcT, se trouve en avant de l'église. 



')/ 



LE FRAIS-VALLON 



Le chemin qui mène au Frais-Vallon, ainsi appelé parce que le 
soleil n'y pénètre jamais, est des plus pittoresques; tracé à mi-côte sur 
le flanc d'un mamelon, il est ombragé par une route verdoyante et en- 
toure l'oued, dont le lit, presque à sec pendant l'été, roule ses eaux 
avec tapage, au milieu des pierres et des rocs, pendant l'hiver. 

On trouve au Frais-Vallon plusieurs sources, dont l'une d'elles, 
bien connue des Arabes, est renfermée dans la Koubba de Sidi-Medj- 
bar, marabout vénéré des musulmans d'Alger. 

C'est cette source, qui, d'après la légende, a le privilège de faire 
retrouver un mari aux femmes divorcées qui y font trois voyages. 

L'ASILE DES VIEILLARDS 

Cet établissement, desservi par les petites sœurs des pauvres, est 
situé non loin du Frais-Vallon. 



42 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



LE FORT L'EMPEREUR 

Le fort l'Empereur (ou Sultan-Calang), qui aujourd'hui sert de prison 
disciplinaire pour les officiers, fut bâti en 1545 par Hassen, successeur 
de Kheir-ed-Din. 

C'est dans ce fort que fut organisée la défense, lorsqu'en 1830, les 
troupes françaises assiégèrent Alger. 

Les janissaires turcs s'y distinguèrent par leur courage, conti- 
nuant à lutter malgré les ravages causés par nos boulets et nos obus, et 
ne quittèrent leur poste que devant l'impossibilité absolue de tenir 
davantage et après avoir fait sauter la tour ronde qui contenait la pou- 
drière. 




EL-BIAR 

El-Biar est un village européen d'environ 2,500 habitants, entouré 
de quelques fermes et de propriétés arabes éparpillées au milieu des 
coteaux verdoyants. 

A un kilomètre environ au delà d' El-Biar se trouve le couvent des 
jeunes filles du Bon-Pasteur, où sont reçus les enfants abandonnés de 
huit à quatorze ans et les jeunes filles qui, ayant déjà mené une vie de 
désordres, viennent librement ou sont amenées là par leurs parents pour 
se repentir. 

D'El-Biar on peut rejoindre la route d'Alger à Birmandraïs, en pre- 
nant un petit chemin qui domine tout Alger ainsi que Mustapha-Supé- 



LA PROVINCE D'ALGER 



43 



rieur et qui aboutit au point connu sous le nom de la colonne Voirol. — 
A droite et à gauche, ce chemin est environné de riches habitations 



indigènes. 

BOU-ZARÉA 

Du village de Bou-Zaréa, situé à 

402 mètres d'altitude, le panorama est 

superbe et la vue s'étend au loin, d'un 

côté sur la plaine de la Mitidja jusqu'au 

tombeau de la Chrétienne et, de 

JJi l'autre jusqu'à la vallée de l'Har- 

i^^^ rach. 

.__ On peut arriver aussi à cet 
endroit en passant 
par Notre-Dame d'A- 
frique et la vallée des 
Consuls. 

La mosquée de 
Sidi-Nouman, entourée 
de plusieurs koubbas, se trouve à un kilomètre au-dessus du village. 




CHERAGA 

Principalement habité par d'anciens colons venus du Var, le vil- 
lage de Cheraga possède outre la culture des céréales, celle des 
arbres et arbustes odoriférants dont on distille les produits. 

Sidi-Ferruch, Staouëli, Zeralda et la Trappe sont des annexes de 
Cheraga et portent sa population à environ 4,700 habitants. 

Le buste du maréchal Pélissier, duc de Malakort, est placé dans 
ce village, sur une fontaine, au centre de la place. 



LA TRAPPE DE STAOUËLI 

Fondée en 1843, par les trappistes, sur le plateau oia futlivré, le 
19 juin 1830, le fameux combat qui décida du sort de l'Algérie, l'abbaye 
de Staouëli est aujourd'hui un des plus beaux et des plus utiles établis- 
sements de notre colonie algérienne. 



44 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



Malgré les subventions qui leur furent accordées de toutes parts, 
malgré l'aide qu'ils rencontrèrent et cent cinquante condamnés mili- 
taires qu'on avait mis à leur disposition, les trap- 
pistes eurent énormément de mal pour transformer 
ce plateau en un pays fertile. 

Cependant, leurs efforts furent couronnés de 
succès et, à l'heure actuelle, la colonie agricole 
de Staouëli possède : ^oo hectares de cultures di- 
verses, 1 5 hectares de géranium pour la dis- 
tillerie et 425 hectares de vigne, dont le vin 
fort apprécié est expédié dans toutes les di- 
rections. 

De plus, une importante ferme dans la- 
quelle sont installés des ateliers, un moulin à 
farine, quatre cents ruches et un nombreux 
bétail, occupe de deux cents à deux cent cin- 
quante ouvriers. 

L'abbaye, dont l'entrée est formelle- 
ment interdite aux femmes, compte cent 
vingt pères trappistes, parmi lesquels on 
rencontre plusieui"s officiers démission- 
naires. 

Leur existence , quoique des plus 
tristes, est des plus intelligentes ; cha- 
cun s'occupe suivant ses goûts, ses con-^tjji^^p 
naissances ou ses dispositions ; aussi 
l'ordre le plus parfait règne-t-il dans cet établissement modèle. 

En avant de l'abbaye se trouvent les dix palmiers qui abritent la 
statue de la vierge, Notre-Dame de Staouëli. Le milieu du bâtiment, qui 
a la forme d'un rectangle, est occupé par un jardin entouré d'un cloître à 
deux rangs d'arcades au rez-de-chaussée et au premier étage. 

Partout, on ne trouve que le strict nécessaire, mais les frères trap- 
pistes, dont l'hospitalité est légendaire, reçoivent les visiteurs avec tant 
d'amabilité qu'on oublie bien vite le manque de confortable ou de mets 
délicats. Tout individu sans ressources peut sans crainte frapper à la 
porte des trappistes, il est reçu à bras ouverts et hébergé pendant plu- 
sieurs jours; il peut rester plus longtemps, s'il consent à travailler, et 
peut même, plus tard, entrer dans Tordre si cette existence lui convient. 

Le village de Staouëli est à 5 kilomètres de la Trappe. 




LA PROVINCE D'ALGER 



45 



SIDI-FERRUCK 

C'est dans la presqu'île de Sidi-Ferruch que les Français débar- 
quèrent le 14 juin 1830 et qu'après avoir organisé leur camp ils lurent 
attaqués par les contingents d'Ibrahim, gendre du dey d'Alger, et par 
les beys d'Oran et de Constantine. qui avaient eux-mêmes planté leurs 
tentes à 9 kilomètres delà, sur le plateau de Staouëli. 

Le village de Sidi-Ferruch fut créé en 1844 et est habité par des 
pêcheurs et des maraîchers. 

Cette presqu'île tient son nom de Sidi-Ferredj, qui fut marabout 




vénéré dans la contrée. La légende raconte que Sidi-Ferredj devait surtout 
son prestige à un enlèvement dont il avait été victime de la part d'un Es- 
pagnol. Emmené en pleine mer par son ravisseur, ils se retrouvèrent, 
après avoir voyagé toute la nuit, à l'endroit même d'où ils étaient partis 
la veille. « Reconduis-moi à terre, dit le marabout ]à l'Espagnol, et tu 
pourras continuer ton chemin. » Il fut fait ainsi qu'il le'désirait, et, le len- 
demain, comme le navire, après avoir marché sans cesse, se retrouvait 
encore à la même place, l'Espagnol, ayant aperçu sur le pont les ba- 
bouches du marabout, ne douta pas un seul instant que cet oubli ne fût 
seul cause de l'insuccès de sa marche, et, émerveillé par ce nouveau 
miracle, s'empressa de reporter les chaussures à Sidi-Ferredj, auquel il 
demanda en grâce de continuer à vivre auprès de lui. 



46 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



C'est ainsi que ce chrétien, devenu musulman, fut enterré avec 
Sidi-Ferredj dans une koubba qui n'existe plus aujourd'hui, et après la 
démolition de laquelle on transporta les ossements du marabout et de son 
fidèle admirateur dans la koubba de Sidi-Mohammed, près de Staouëli. 



MUSTAPHA-SUPERIEUR 

La route qui mène à Mustapha-Supérieur, en quittant Alger par la 
porte de Constantine, traverse d'abord l'Agha, le bourg d'Isly et 
ensuite des jardins remplis de plantes exotiques et renfermant de 
blanches villas mauresques. 

Cette route, qui se dirige directement sur Birmandraïs par la 
colonne Voirol, serpente sur le flanc de la colline, toujours en vue de 

^ la mer et est entourée des nom- 



t> 



^ „J\~ ■. -'' r- ^-:£Si -"^^J"" •.-^) breuses et superbes villas, ha- 

^' . ^^" »<^ ' ■' ^■'^' 'M>-J^l?^yj^:^' i: bitées, pendant 1 hiver, par de 






familles étrangères. 





r algérien ; il est surtout 

^^5 très fréquenté, l'après- 

':zz~J==r- midi, après la sieste, 

_^^t- par de nombreux équipages et 

5^-_ par les amateurs de chevaux qui 

r'"F^ viennent exhiber là des produits anglo- 

J^£-^ normands ou autres. 

C'est un peu avant d'arriver au petit 
'il^ village de Mustapha-Supérieur, situé 

à mi-côte, qu'est l'entrée du palais d'été du gouverneur ; cette pro- 
priété est remarquable, non seulement par l'ensemble de ses bâtiments, 
mais^encore par ses plantations de toute beauté. C'est dans ce palais 
qu'ont'Jieu toutes les réceptions et toutes les fêtes officielles. 

Une des plus jolies promenades qui conduisent d'Alger à Mustapha 
est celle que l'on connaît sous le nom de chemin des Aqueducs. Ce 
chemin commence à la rampe Rovigo, à la cité Bitche, et, après mille 
détours, vient aboutir sur la route de Birmandraïs, presque à hauteur du 
palais du gouverneur. 

La colonne Voirol s'élève à 5 kilomètres d'Alger, sur le point cul- 
minant de la route ; c'est là qu'aboutit le chemin qui mène à El-Biar et 



48 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



qu'est situé l'endroit connu sous le nom de Bois de Boulogne^ par lequel 
on peut descendre à la fontaine Bleue. 



BIRMANDRAIS 

Birmandraïs, village de très peu d'importance, est cependant très fré- 
quenté par les promeneurs ; les chemins qui y conduisent sont très pit 
toresques, entre autres celui du Ravin de la femme sauvage^ qui prend 
naissance au Ruisseau, à 5 kilomètres de Birmandraïs, sur la route 
d'Alger à Hussein-Dey. 

De la place de Birmandraïs, où sont plantés de nombreux platanes 
qui abritent la mairie, l'église, l'école et les restaurants à la mode, la 
route qui se dirige sur Birkadem monte et descend, traversant des ter- 
rains bien cultivés. 

BIRKADEM 

Petit village dans le genre de Birmandraïs, mais beaucoup plus 
nu ; quelques fermes dans l'intérieur du pays et aux alentours. 

Birkadem est surtout connu à cause de son pénitencier militaire et 
de l'orphelinat de Jeunes filles arabes, fondé par Monseigneur de la 
Vigerie en 1867. 

L'AGHA 

Situé aux portes d'Alger, ce petit village n'a d'intéressant que son 
établissement de bains de mer ouvert toute l'année et auquel est atta- 




LA PROVINCE D'ALGER 



49 



ché un café-restaurant. La route se bifurque au milieu du pays, sur la 
place de l'Abreuvoir et va d'un côté à Mustapha-Supérieur et, de 
l'autre, à Mustapha-Inférieur. 



MUSTAPHA-INFERIEUR 

C'est à Mustapha-Inférieur que se trouve le champ de manœuvres 
sur lequel les escadrons de cavalerie logés non loin de là, dans le 
quartier de Mustapha, en face du parc à fourrage, viennent s'exercer. 




Cet immense terrain sert aussi de turf à l'époque des courses 
d'Alger, qui ont lieu au printemps et à l'automne. 

Entre Mustapha-Inférieur et le café des Platanes du jardin d'Essai, 
se trouve, à droite, sur le bord de la route, la koubba de Sidi-Moham- 
med-Abd-er-Rahman-fiou-Kobrin, marabout très vénéré et fondateur 
d'une confrérie. Cette koubba ainsi que la maison de son gardien sont 
closes par un mur entouré d'un cimetière musulman ; tous les ven- 
dredis, jour de repos chez les Arabes, les Mauresques y viennent en 
grand nombre, non seulement pour prier, mais encore pour s'y réjouir, 
car il est rare de passer de ce côté, ce jour-là, sans entendre de joyeux 
éclats de rire et sans voir quelques jolies Mauresques dévoilées, en 
train de festoyer sous les arbres mêmes du cimetière. 

4 



50 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



De temps en temps, les Arabes viennent faire quelques fantasias 
sur le terrain de manœuvres de Mustapha, en l'honneur du marabout 
Bou-Kobrin. 




JARDIN DU HAMMA 



ou JARDIN D ESSAI 



Le jardin d'Essai est une des plus jolies et des plus intéressantes 
promenades des environs d'Alger; son entrée principale, sur la route du 
Ruisseau, est ombragée par d'immenses platanes sous lesquels sont 
installés un vieux café maure et un hôtel-restaurant français. C'est à 
cet endroit que s'arrêtent voyageurs et promeneurs ; européens etjndi- 
gènes ont là tout ce qu'il leur faut. La situation est ravissante et la 
brise de mer qui vient jusque-là arrive embaumée par toutes les 
fleurs et plantes du jardin qu'elle traverse. 

Le jardin d'Essai fut créé en 1832 par M. Hardy; il s'étend au- 
jourd'hui sur un espace de 80 hectares. 

Entre autres curiosités, on peut citer principalement ses plates- 
bandes, larges de 3 à 4 mètres et réunissant par groupes de familles 
toutes les plantes d'un intérêt horticole reconnu; l'allée des platanes, 
vis-à-vis de l'entrée principale; l'allée des palmiers, plantée en 1847 
et qui est terminée par une petite oasis qui donne sur la mer, au bord 
de la route et de la voie du chemin de fer et qui est séparée du jardin 




AU JARDIN D'ESSAI 



u 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



proprement dit par une des portes; enfin, l'allée des magnolias et des 
ficus roxburghii. A citer aussi beaucoup de végétaux du plus grand 
intérêt forestier et une allée bordée d'eucalyptus globulus dont la 
végétation est si extraordinaire. 

Dans ce jardin, on élève aussi des autruches, des alpacas, des 
lamas, des zèbres et des gazelles. 



LE RUISSEAU 

Petit village duquel on peut se rendre à Koubha, à 3 kilomètres 
de là, où vient d'être inaugurée la statue du général Margueritte. 

Un peu avant d'arriver à Koubba, et déjà 
sur la hauteur, s'élève le grand séminaire 
fondé par Monseigneur de Lavigerie et dont 
les bâtiments, d'une grande importance, mais 
très simples, produisent cependant de loin un 
imposant effet. 

C'est aussi du Ruisseau que l'on peut se 
rendre à Birmandraïs par le Ravin de la femme 
sauvage , qui tient simplement ce nom 
bizarre d'une jeune et jolie marchande 
de vin, qui, d'après ce qu'on raconte, était 
établie en cet endroit vers 1844. 




HUSSEIN-DEY 

C'est à Hussein-Dey, village composé 
de villas, d'usines et de fermes, que l'artille- 
rie a installé son école de tir. Chaque an- 
née, les troupes casernées au Tagarin, à 
Alger, viennent camper là pendant plusieurs 
mois et se livrent alors aux exercices si 
intéressants du tir en mer. 

Au centre du village 

„ s'élèvent l'église et les 

è;' écoles, vis-à-vis des- 

^ quelles on a foré un 

puits artésien. 



LA PROVINCE D'ALGER 



Î5 



LA MAISON-CARRÉE 




La Maison-Carrée, qui fut bâtie par les Turcs en 
1724, après avoir été en 1830 un port militaire, est 
devenue aujourd'hui une prison centrale. 

Le village qui a été construit en bas 
du ffort, sur le bord de THarrach, est 
actuellement un des plus importants ; il s'y 
tient, tous les vendredis, un marché à bes- 
tiaux. 

L'archevêque d'Alger, Monseigneur le 



y 



cardinal de Lavigerie, a fait élever, entre la 







prison et la mer, d'énormes 
bâtiments, entourés de ma- 
gnifiques plantations, qui, 
depuis 1868, sont affec- 
tés à un orphelinat de 
jeunes indigènes et à la 
maison mère des Missions africaines 



LE FORT-DE-L'EAU 

Le Fort-dc-l'Eau est une petite commune 
d'environ 1,500 habitants, dont la plus grande 
partie sont Mahonnais ; ils s'occupent de cul- 
ture et sont considérés comme les premiers maraîchers du pays. 



Î4 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



LA RASSAUTA. — CAP MATIFOU 

Le petit village de la Rassauta n'est séparé du cap Matifou que 
par VOued-K/iramis, à 24 kilomètres d'Alger, oij était établie une bat- 
terie basse défendant l'embouchure de cette petite rivière, et par les 
ruines de Rusgunia, à 26 kilomètres et demi d'Alger, qui sont très 
intéressantes à visiter. 

De triste mémoire pour les malheureux qui ont eu à subir la 
quarantaine infligée aux navires pendant le choléra de 1884, le cap 
Matifou n'a pour tout ornement qu'un phare. 

A l'époque des quarantaines, un lazaret y ayant été installé, avait 
apporté un peu d'animation ; mais les voyageurs n'en étaient pas plus 
heureux pour cela et, s'ils n'avaient su créer d'eux-mêmes quelques 
distractions, ils auraient pu mourir d'ennui en vue d'Alger. 

L'ancien fort turc de Matifou, aujourd'hui démantelé, servait, vers 
1685, de salle d'attente aux pachas envoyés de Constantinople à Alger; 
ils demeuraient là pendant quelques jours, de façon à donner le temps 
de^déménager à leursjprédécesseurs. 



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UNE RUE DE LA KASBA (ALGER) 



rp. 



LA PROVINCE D'ALGER 



15 




D'ALGER A ORAN 



Une ligne ferrée, la première 
qui fut créée en Algérie, conduit 
d'Alger à Oran en treize heures ; 
elle traverse la plaine de la Mitidja et dessert les principaux centres, 
tels que : Boufarik, Bcni-Mered. Blida, Affreville et Orléansville, dans 
la province d'Alger. 



BOUFARIK 

Boufarik, après avoir été l'endroit le plus malsain de l'Algérie, 
par suite des marais dont ce pays était sillonné, est aujourd'hui la 
région la plus florissante de la Mitidja. 

Les nombreuses plantations d'eucalyptus dont on l'a gratifié et 
les importants travaux d'assainissement qui y ont été exécutés, après 
avoir longtemps combattu les miasmes, ont fini par les vaincre. 

Cette ville, ombragée par de magnifiques platanes, est très bien 
entretenue ; ses rues sont larges, ses maisons bien construites; en un 
mot, tout, dans cette charmante petite cité, sent le confortable et le 
bien-être. 

Le chemin de fer d'Alger à Oran, qui dessert Boufarik, amène 
beaucoup de monde au marché du lundi, où l'on compte 3 à 
4,000 Arabes des tribus voisines. 



56 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



C'est à Boufarik qu'a été inauguré, il y a quelques mois, le monu- 



ment du sergent Blandan, le héros de Beni-Mered. 




BENI-MERED 



Beni-Mercd fut, dès 1841, habité par des militaires libérés, puis, 
en 1846, le village fut augmenté et des colons civils y furent installés. 

Depuis cette époque, cette localité, qui compte aujourd'hui envi- 
ron 550 habitants, n'a fait que prospérer, et sa situation, auprès du 
chemin de fer et à proximité de Blida et de Boufarik, lui donne beau- 
coup de chances d'augmenter encore. 

Sur la place s'élève une fontaine surmontée d'un obélisque, que 
nos soldats appellent la colonne de Beni-Mered, et qui fut élevée par 
souscription en souvenir de l'héroïque fait d'armes du sergent Blandan 
et de ses vingt-deux hommes. 

Le II avril 1841, vingt-deux hommes du 26° de ligne, chargés de 
l'escorte de la correspondance, furent assaillis, entre Boutarik et Beni- 
Mered, par 200 ou 300 cavaliers arabes; le sergent Blandan, comman- 
dant le détachement, sommé de se rendre par l'un des assaillants, lui 
répondit par un coup de feu et le renversa; alors s'engagea un combat 
acharné pendant lequel, Blandan, frappé de trois coups de feu, tomba 
en s'écriant : « Courage, mes amis, défendez-vous jusqu'à la mort. » 
Ses paroles furent entendues, et tous furent fidèles à l'ordre héroïque 
de leur chef. Mais bientôt, le feu des Arabes, si supérieurs en nombre, 
mit dix-sept de ces braves hors de combat; cinq seulement restèrent 
debout. Ils défendirent encore leurs camarades blessés ou morts, jusqu'à 
l'arrivée des secours amenés par le lieutenant-colonel Moris, du 
4° chasseurs, qui se précipita sur l'ennemi et le mit^en fuite.. 



LA PROVINCE D'ALGER 



■iÇ 



BLIDA 




La charmante 
ville de Blida, ap- 
pelée aussi le « jar- 
din de l'Algérie et 
la ville des fleurs », 
est située au mi- 
ieu de forêts d'orangers et d'oli- 
viers; elle est entourée d'un mur 
en pierre de 4 mètres de hau- 
teur, percé de six portes, qui sont celles d'Alger, 
du Camp des Chasseurs, d'Ez-Zaouïa, d'Er-Rabah, d'Es- 
Sebt et d'El-Kebir ou Bizot. 

Mahomed ben Yussef, de Miliana, le mara- 
bout voyageur dont les dictons sont restés popu- 
laires en Algérie, a dit de Blida : « On vous 
appelle une petite ville, et moi je vous ap- 
pelle une petite rose! » 

Détruite en 1O25 par un terrible trem- 
blement de terre qui ensevelit sous les dé- 
combres 7,000 habitants, la moitié de sa 
population, Blida fut sur le point d'être re- 
construite dans une enceinte dont on voit 
encore les murailles en ruines à 2 kilomètres 
au nord-ouest. Mais les constructions com- 
mencées furent abandonnées pour rebâtir 
^j"" l'ancienne ville, et, en 1B50, lorsque le gé- 
f> '^f'^'-^néral de Bourmont arriva dans ces parages, 
Blida existait de nouveau. 

A plusieurs reprises, Blida se dé- 
fendit d'une façon remarquable : d'abord 
en novembre 1830 contre le général 
Clauzel, qui n'y put péné- 
trer qu'après un combat 
i^l'^^jÊr-. '^'~~ sanglant et qui fut ensuite 

se retirer; puis 



,^^f4i.'6^'^<-» 



obligé de 



OO 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



contre le duc de Rovigo, qui, en novembre 1834, s'en empara de 
nouveau, massacra tout et l'évaçua encore; enfin, le maréchal Vallée, en 
mai 18^8, l'occupa sans coup férir ; mais, afin de ne pas provoquer 
l'émigration, il fit camper ses troupes aux environs dans deux endroits 
où ont été élevés depuis les villages de Joinville et de Montpensier. 




Aujourd'hui, Blida compte 24,000 habitants; ses principales rues 
et places sont entourées de maisons européennes, mais une grande 
partie de la ville est encore composée de constructions arabes. 

On peut se rendre d'Alger à Blida, par le chemin de fer, en 
quatre heures ; la gare est située au bout d'une belle avenue, à environ 
500 mètres des fortifications, lesquelles ne tarderont pas à disparaître 
si l'importance qu'a prise Blida, depuis quelques années, augmente 
encore. 

Place militarre de second ordre, cette ville possède le dépôt du 
1" chasseurs d'Afrique et du i" tirailleurs algériens; un grand nombre 
de bâtiments affectés aux différents services militaires ont été cons- 
truits dans les environs de la place d'armes, laquelle, avec la place 
Saint-Charles, où est l'église, la place du Marché européen et la place 
du Marché indigène, forment les quatre principaux centres. 

Les environs de Blida sont ravissants ; toutes les villas sont entou- 
rées de grands jardins remplis de fleurs et d'arbustes ; on y compte 
actuellement, non compris 40,000 jeunes plants, près de 50,000 oran- 
gers, citronniers, limonadiers, cédratiers et orangers-chinois, dont les 
produits sont bien connus sur les marchés où l'on exporte jusqu'à 5 à 
6 millions d'oranges. 

Deux magnifiques jardins offrant aux habitants, pendant l'été, de 




'«'57 '<à ~-"^ 



LA RUE DES KOULOUGLIS A BLIDA 



LA PROVINCE D'ALGER 



6? 




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charmantes promenades : le Jardin 
Bi^ot, près la porte du même nom. 
et le Bois sacré où les koubbas 
sont ombragées par des oli- 
viers séculaires. 



AFFREVILLE 



Affrcville, bâtie dans la plaine 
au bas de Miliana, a une popu- 
lation d'environ 2,800 habitants. 

Sa situation, sur le chemin 
de fer, lui a donné immédiate- 
ment une certaine importance, 
qui ne fera qu'augmenter par suite 
de l'extension que prend chaque 
jour la colonie agricole de cette 
région. D'après les découvertes 
faites, à plusieurs reprises, dans 
les environs, on suppose que le 
village actuel est construit sur 
l'ancien emplacement de la ville 
romaine de Zuccabar. 







64 



VOYAGE. A TRA-VE-RS; L'ALGERIE 



ORLÉANSVILLE 

C'est au général Bugeaud qu'on doit la création de cette ville, 
qui compte aujourd'hui près de 9,000 habitants'. 

Construite en 1843, toujours sur d'anciennes ruines romaines, 
elle commença à recevoir des colons en 1845 et, en 1856, fut 
constituée en commune. 

Au point de vue militaire, la position stratégique de cette ville 
lui donnait immédiatement une importance incontestable; aussi, comme 
toute garnison attire toujours dans son voisinage des débitants et 
des marchands, Orléansville fut promptement habitée, et, aujourd'hui, 
cette cité, entourée d'un mur bastionné défendu par un fossé, est une 
des plus importantes de la région. 

Cinq portes donnent accès dans la ville, dont les rues sont bien 
alignées et les habitations bien construites. 

Voisine des hautes montagnes, oi!i la neige séjourne pendant 
une grande partie de l'année, Orléansville n'a pas un climat bien 
agréable ; l'été, la chaleur est accablante ; l'hiver, le froid est d'autant 
plus rigoureux et persistant qu'il est entretenu encore par des vents 
très violents. 

De nombreux travaux d'irrigation ont été exécutés aux environs 
de la ville, et bientôt les jardins, déjà nombreux, formeront, avec le 
magnifique bois de pins et de caroubiers qui a été créé au sud-ouest, 
un splendide horizon de verdure. 




LA PROVINCE D'ALGER 



6? 



LA MITIDJA 

KOLÉA. TOMBEAU DE LA CHRÉTIENNE. TENÈS. TENIET-EL- 

HAÀD. MILIANA. HAMMAN-r'iRHA. 

La plaine de la Mitidja s'étend sur un espace d'environ 75 kilo- 
mètres de long sur 30 de large; après avoir été longtemps couverte 
de marais et de marécages, elle est aujourd'hui complètement assainie, 
et, grâce aux nombreux canaux d'irrigation dont elle est sillonnée, sa 
fertilité est remarquable. 




KOLEA 



La création de Koléa remonte à i^^o, et cette ville, lieu de 
pèlerinage des Arabes, fut détruite, comme Blida, en 1825, par un 
tremblement de terre. 

Le comte de Castellane nous raconte, dans ses Souvenirs, que 
la mosquée et la koubba qui attiraient un si grand nombre de 
pèlerins, avaient été construites en l'honneur de Si Embareck, » un 
homme des Hachem de l'Ouest, qui quitta sa tribu avec deux domes- 
tiques et vint à Miliana. Comme il était pauvre, il renvoya ses domes- 
tiques, qui se rendirent sur les bords du Chélif et donnèrent naissance 
à la tribu des Hachem de l'Est, qui s'y trouve encore. Si Embareck 
se rendit à Koléa, et là il s'engagea comme krammès imétayer qui 
cultive au cinquième) chez un nommé Ismaïl ; mais Si Embareck, 
au lieu de travailler, ne faisait que dormir. Pendant ce temps, chose 

5 



66 VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 

merveilleuse, ses bœufs, attelés à la charrue, marchaient toujours, de 
telle façon qu'au bout du jour ils avaient fait leur ouvrage. — On 
rapporta ce prodige à Ismaïl qui, voulant s'en assurer par ses propres 
yeux, se cacha, un jour, près de là et vit Si-Embareck couché sous un 
arbre, tandis que ses bœufs labouraient. 

« La tradition même ajoute que des perdrix, pendant ce temps, 
s'approchaient de Si Embareck pour lui enlever sa vermine. Ismaïl, 
se précipitant alors à genoux, lui dit : « Tu es l'élu de Dieu ; c'est 
toi qui es mon maître, je suis ton serviteur. » Aussitôt, le ramenant 
chez lui, il le traita avec le plus profond respect. Sa réputation de 
sainteté s'étendit bientôt au loin : de toutes parts, on venait solliciter 
ses prières et lui apporter des offrandes. Ses richesses ne tardèrent pas 
à devenir considérables ; mais son influence était plus grande encore, 
et les Turcs eux-mêmes le respectaient. Les descendants de ce saint 
personnage furent, à leur tour, regardés comme les protégés de Dieu; 
en leurs mains habiles, cette puissance était toujours restée considé- 
rable. » 

Aujourd'hui, il ne reste plus rien de la ville ancienne ; les nou- 
velles constructions qui y ont été faites sont toutes européennes ; 
seules, la mosquée de Si-Embareck, qui a été convertie en hôpital, et 
la koubba de ce saint ont été respectées. 

Koléa, avec les annexes de Fouka et de Douaouda, compte 
environ 6,000 habitants. 




LA PROVINCE D'ALGER 



67 



TOMBEAU DE LA CHRETIENNE 



Le tombeau de la Chrétienne, que l'on aperçoit à l'extrémité de 
la plaine de la Mitidja. est un vaste monument dont le soubassement 
carré a 63 mètres sur chaque face ; il est entouré de soixante-huit 
demi-colonnes engagées, de l'ordre ionique, divisées par quatre 
portes. Le tout est surmonté d'un dôme formé de trente-trois degrés 




qui, en rétrécissant graduellement leur plan, donnent à cet édifice 
l'aspect d'un cône tronqué; sa hauetur est de 50 mètres. 

Malgré les recherches qui ont été faites à différentes reprises en 
185^, iK0, 186^, 1866. etc., et qui n'ont abouti qu'à faire connaître 
l'intérieur de ce mausolée qui se compose de couloirs et d'excavations, 
on n'a pu, jusqu'à ce jour, définir d'une façon positive son emploi et 
l'époque de sa construction. 

Les uns prétendent que c'est là qu'avaient été déposés les restes 
de Juba II et de Clcopàtre Séléné; les autres, que ce monument a 
servi à la sépulture de toute une famille de rois maures; enfin, une 
légende arabe raconte qu'un certain Ben-Hassen, qui avait été chargé 



68 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 

par son maître de se rendre au tombeau de la Chrétienne, pour y 
brûler un papier en se tenant tourné vers l'Orient, n'eut pas plutôt mis 
cet ordre à exécution, que le tombeau s'entr'ouvrit, laissant s'échapper 
un nuage de pièces d'or et d'argent qui prit, en s'élevant, la direction 
du pays des chrétiens. 

Le pacha, qui était alors Salah-Kaïs (en 1552), toujours d'après 
la même légende, ayant appris ce fait, jura de détruire le monument et 
y envoya, à cet effet, une armée d'ouvriers qui, à leur tour, au moment 
où ils donnèrent le premier coup de pioche, virent tout à coup appa- 
raître au sommet de l'édifice une femme chrétienne qui, étendant les 
bras vers le bas de la colline, s'écria : « Halloula! Halloula! à mon 
secours! » Aussitôt, une nuée de sauterelles s'abattit sur les ouvriers 
qui se sauvèrent au plus vite. 




CHERCHELL 



La ville de Cherchell compte 0,000 habitants environ ; elle est 
construite à la mauresque sur les pentes septentrionales des collines qui 
bordent la mer. Son port, peu important, n'est accessible que pour les 
navires d'un tonnage moyen. 

Son enceinte, percée par les trois portes d'Alger, de Miliana et 
de Tenès, renferme des rues et des places dont l'alignement a néces- 
sité la démolition de beaucoup de maisons indigènes; ces habitations 
se, composent, en général, d'un rez-de-chaussée avec toiture en tuiles 
creuses et d'une cour couverte de vigne. 

Les bâtiments militaires sont, comme dans toutes les places de 
l'Algérie, construits sans aucun goût; ce sont toujours ces énormes 
casernes carrées, percées de fenêtres régulières, alors qu'il eût été. 
si facile, sans augmenter les dépenses et sans nuire à l'organisa- 



LA PROVINCE D'ALGER 



69 



tion intérieure, de donnera ces constructions un cachet tout oriental. 

A l'est de la ville se trouvent les bains maures, dont les bâtiments, 
récemment construits, sont bien dans la note voulue. 

Une partie des murailles de l'ancienne ville, qui s'appelait alors 
Césaréc ou Julia-Caesarae, existent encore, ainsi que les restes d'un 
cirque, d'un forum, du palais des proconsuls, d'un temple de Neptune, 
de bains consacrés à Diane et d'une belle mosquée à trois nefs suppor- 
tées par cent colonnes de gra- 
nit, dont les chapiteaux sont 
admirablement sculptés. 

Cherchell a été fondée, 
quelques années avant Jésus- 
Christ, sur l'emplacement de 
l'ancienne Jol , par Juba II : 
c'est lui qui lui donna le ncjm 
de Césarée, en commémora- 
tion des bienfaits qu'il avait 
reçus d'Auguste. 

Par ses ruines, il est facile 
de voir que cette ville devait 
être prospère et digne d'être 
la capitale de la Mauritanie cé- 
sarienne. 

Après avoir appartenue 
aux Vandales, puis de nou- 
veau aux Romains, elle tomba 
entre les mains des Arabes et, 
dès cette époque, déchut rapidement. Les Maures, chassés d'Espagne 
vers la fin du xv° siècle, la reconstruisirent en partie; en 155 1, l'amiral 
André Doria s'en empara à son tour ; mais, peu de temps après, elle re- 
tomba au pouvoir des deys d'Alger, qui la conservèrent alors jusqu'à 
l'époque de notre conquête. 

Le 26 décembre iH^9, un bâtiment de commerce français ayant 
été abordé par des barques de pécheurs et mis au pillage, l'occu- 
pation de cette ville fut décidée et, le 1 5 mars 1840, le général Vallée 
en prit possession. 

Les Arabes, qui avaient abandonné la ville, vinrent alors l'attaquer 
à différentes reprises ; mais ils furent toujours repoussés par le lieute- 
nant-colonel Cavaignac. 




70 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



Les tribus voisines se décidèrent bientôt à faire leur soumission 
et une partie des habitants rentrèrent dans leurs maisons. 




TENES 



Tenès, située sur le bord de la mer, compte environ 5,000 habi- 
tants. C'est une jolie petite ville, où les rues sont larges, bien alignées 
et plantées d'arbres. Les maisons sont bien construites et sont même 
coquettes à côté des constructions de l'administration, telles que les 
casernes, la douane et l'hôpital. Quatre portes donnent accès dans la 
ville. 

Tenès est bâtie sur les ruines de l'ancienne Cartenna, dont les 
citernes, les silos et les hypogées, qui constituaient une ville souter- 
raine, ont été utilisés pour faire des magasins ou des caves. 

Tenès, comme Bône dans la province de Constantine, est fré- 
quentée par les pêcheurs de corail, dont les barques vont et viennent 
le long de la côte. 

L'histoire de Cartenna (Tenès) est peu connue. Pline nous ap- 
prend que cette ville était le chef-lieu de la deuxième légion. Rogatus, 
évêque donatiste de Cartenna, joue un rôle dans l'histoire africaine. 
Il avait modifié l'hérésie de Donatus et comptait quelques sectaires qui, 
tirant leur dénomination de son nom, s'appelaient rogatistes. Ce per- 
sonnage, très peu évangélique, mit à profit l'éphémère domination de 
Firmus (370) pour exercer de cruels traitements envers ses ennemis 
religieux et politiques. Du reste, l'hérésie, née dans les murs de 
Cartenna, ne fit pas de grands progrès ; car, sous l'épiscopat de Vicen- 
tius, successeur de Rogatus, on ne comptait guère que deux évêques 



LA PROVINCE D'ALGER 



71 



qui en fussent partisans. Cartenna a-t-elle disparu lors de l'invasion 
vandale ou de l'invasion arabe? On ne sait. La position de Cartenna, Cf 

reconnue une première fois par le général Chan- 

garnier, le 27 décembre 1842, fut choisie par' ',^ 
le maréchal Bugeaud, le i" mai de - ^^i^l 
l'année suivante, pour la création d'un , 1 
centre de population et de force 
militaire, à l'abri d'un coup de 
main ou dune incursion des 
Arabes, entre Miliana, Mosta- 
ganem et Orléansville, et pou- 
vant servir de port à cette der- 
nière ville, créée à la môme 
époque, et dont les communi- 
cations par terre n'étaient pas 
toujours faciles. Les développe- 
ments du nouveau Tenès furent 
rapides. Aux environs de Tenès, 
sur un plateau élevé, se trouve 
Vieux-Tenès, qui fut bâti, sui- 
vant El-Bekri, l'an 262 de l'hé- 
gire (875 après J.-C.) et peu- 
plé par deux colonies anda- ^^^ ^^^ 
lousiennes. Ses habitants étaient ^ ^^^^^^S 
très mal famés, car on les re- 
gardait comme des voleurs et des pirates. Les anciens remparts de cette 
petite ville arabe ne renferment guère aujourd'hui que des bâtiments 
en ruines, une grande mosquée et la mosquée de Lella-Aziza. 

Vieux-Tenès, annexé à Tenès en 18;; i, ne compte pas plus de 
1,200 habitants qui font le commerce des grains ou exercent le métier 
de journalier ou de portefaix. 




TENIET-EL-HAAD 

Le village de Teniet, qui est situé sur le plus important des cols 
taillés sur les contreforts de l'Ouarsenis, ne possède qu'une grande 
avenue bordée d'arbres et de maisons, au milieu de laquelle s'élèvent, 
sur une place, la mairie, l'église et. les écoles. 



72 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



L'altitude de Teniet est de 1,145 "mètres et la température y est 
toujours très modérée pendant l'été, en raison du voisinage de la neige 
qui, pendant une grande partie de Tannée, couvre les montagnes. 

Sur un mamelon à l'est est construit un village nègre, appelé, d'un 
côté, Tomboudoii-Inférieur et, de l'autre, Tomboiiclou-Siipéricur. 

Au nord-ouest se trouve le poste occupé par la garnison et créé 

en 1843. 

La fameuse forêt des cèdres se trouve à 14 kilomètres de Teniet. 

Cette forêt, qui s'étend sur les deux versants du Djebel-en-Nedal, 
dont le point culminant est à 1,700 mètres d'altitude, embrasse une 
étendue de 3,000 hectares environ, dont 1,200 de chênes et 1,800 de 
cèdres remarquables par leurs gigantesques dimensions; — le plus beau 
de tous, \a Sultane, a 3 mètres de diamètre. Le Sultan, qui était plus 
gros encore, a été abattu. 




LA PROVINCE D'ALGER 



75 



MILIANA 



Miiuvia n'est séparée de la gare d'Aflreville que par une 
distance de 9 kilomètres, que l'on peut franchir soit „^T 
à pied, en prenant les sentiers, soit en voiture, en '^- 

suivant la route. 

D'après les historiens, la fondationMe Mi- 
liana date de la même époque 
que celle d'Alger ; elle passa 
donc entre bien des mains avant 
d'arriver dans celles de l'empereur 
du Maroc qui, en 1850, après la 
prise d'Alger et la chute du Dey 
Hussein, envoya un de ses lieute- 
nants pour en prendre posses- 
sion. Mais il avait compté sans 
Abd-el-K.ader, qui bientôt après 







en chassa les Marocains, l'occupa J^^J^'"^ ^-, 
à son tour et, en iB;;4, y installa ^f ■ - ' ' 
comme khalifa, Ali-ben-Emba- 
rech, notre ancien agha de la 
Mitidja. 

Cependant, l'occupation de 
Médéa, en 1840, devait amener 
celle de Miliana ; nos troupes 
s'en emparèrent le 8 juin suivant. 
A notre approche, les Arabes 
avaient évacué la ville en y mettant 
le feu; aussi ne présentait-elle, 
lorsque nous y entrâmes, qu'un ^— 
amas de ruines, et c'est à peine 
si l'on put, après beaucoup de travail, en réparant les maisons qui 
avaient le moins souffert, ménager un abri pour les troupes pendant 
l'hiver. 

Bâtie sur le flanc d'un rocher, à 740 mètres d'altitude, la ville de 
Miliana est défendue par des murailles reconstruites sur l'emplacement 
des anciennes et percées de deux portes: au nord, celle du Zakkar; à 
l'ouest, celle du Chéliff. 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



Le quartier européen comprend la partie centrale de la ville où 
ont été percées une avenue et plusieurs rues ; la plupart des maisons 
arabes et mauresques ont été transformées en habitations européennes, 
excepté cependant dans la partie ouest et autour des murs où les indi- 
gènes ont conservé leurs demeures intactes. 

Les nombreuses mosquées que comptait encore la ville à l'époque 
où nous en prîmes possession ont été atTectées aux ditTérents ser- 
vices militaires; l'une'd'elles'fut même convertie en théâtre ; cependant, 
la grande mosquée qui est dans le quartier indigène, ainsi que celle où 
repose le marabout Ben Yusef, n'ont pas été profanées. 

Au sud des remparts [se'trouve la fameuse promenade appelée la 
Terrasse et plus connue des habitants sous le nom de Coin des bla- 
gueurs; de là, la vue s'étend sur toute la vallée du Chélif. 

Les environs de Miliana sont d'une fertilité remarquable, la vigne 
y vient très bien et a] déjà donné des résultats qui sont fort appréciés. 

De Miliana, on peut faire facilement l'ascension du Zakkar 
(1,500 mètres d'altitude, c'est-à-dire 800 mètres au-dessus de la ville). 




.jil,A: 



HAMMAM-R'IRHA 

De la station de Bou-Medfa un service de voitures qui correspond 
à tous les trains conduit en une heure et demie à l'établissement thermal 
d'Hammam-R'irha. 

La route, à droite du chemin de fer, assez plate d'abord, monte 
ensuite, laissant à gauche le pont de fer qui mène au petit village 
à'Oiied-Djer. Un profond ravin où coule l'oued Hammam, et qui a pour 
horizon les cimes du Zakkar, côtoie la route qui, en faisant de nombreux 
lacets, conduit aux différents bâtiments qui constituent l'établissement 
thermal d'Hammam-R'irha et au chalet de la poste et du télégraphe. 



LA PROVINCE D'ALGER 



7? 




"^^à-^-^ 




=r' 



'H.-: 



Hammam-R'irha occupe l'empla- 
cement des Aquce-Calidœ des Ro- 
mains, ^ville florissante sous le règne 
de l'empereur Tibère, vers l'an 32 de 
notre ère, et qui fut le rendez-vous gé- 
iidicil des malades et amaleiirs de bains. 

11 y a plus d'un siècle, le docteur 
Shaw, l'archéologue anglais, dans la des- 
cription qu'il ''donnait de ces ruines, 
parlait des vestiges d'un antique rempart, d'un bâtiment à colonnades 
situé au centre de la ville et d'un monument en forme de temple qui la 
dominait. 11 décrit deux bassins, destinés l'un aux juifs, l'autre aux 
mahométans, et comme perdus dans les ruines des galeries et des 
constructions qui s'élevaient alentour, mais qui ont disparu depuis. 
Des stèles à personnages ou à inscriptions fort intéressantes, des 
sculptures qui paraissent être d'ordre ionien, quelques médailles, des 
pierres sculptées et des fûts de colonnes accusant nettement l'époque 
de Constantin, de nombreux ustensiles de formes diverses, l'existence 
d'une vaste nécropole à i kilomètre sud de l'hôpital militaire actuel, 
les traces d'un Immense incendie, tout cela témoigne à la fois de la 
célébrité et de la splendeur d'Aquœ-Calidœ, aussi bien que des catas- 
trophes nombreuses dont elle fut plusieurs fois victime. 

M. Arlès-Dufour, le directeur et fondateur de l'établissement 
actuel, a créé un petit musée avec tout ce qu'il a rencontré : inscrip- 
tions tumulaires, tètes d'enfants et de femmes, bustes de déesses, 
torses de guerriers, lampes funéraires, dont l'une porte la signature 



76 VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 

Oppi^ fioles à parfums en verre irisé, quelques bijoux, des masses 
d'armes, fragments de colonnes, moulures de pierre, vingt amphores 
et vases, et une infinité de médailles, etc. 

Hammam-R'irha est situé presque exactement sous le méridien 
de Paris, à 12 kilomètres de la gare de Bou-Medfa, à 26 kilomètres 
de Miliana, sur la rive gauche de l'oued Hammam, à 5 kilomètres du 
Zakkar-Chergui, à 50 kilomètres de la mer, à vol d'oiseau, enfin à 
600 mètres d'altitude environ, en face du joli village de Vesoul-Benian, 
dont il n'est séparé que de 3 à 4 kilomètres, mais avec lequel les com- 
munications sont cependant très pénibles à cause du ravin très profond 
qui sépare les deux localités. 

Le village d'Hammam-R'irha, qui se trouve à côté de l'établisse- 
ment thermal, est aujourd'hui chef-lieu de commune mixte; il ne compte 
guère au point de vue de la colonisation, ce qui n'empêche pas qu'il 
tienne une place tout à fait unique en Algérie par sa situation vrai- 
ment pittoresque, par son climat, par son air pur et surtout par les eaux 
minérales qu'il possède et qui en font une station de premier ordre, 
jouissant encore du rare avantage de pouvoir être ouverte toute l'année 
aux malades qui y accourent des quatre coins du globe. 

L'Etat, reconnaissant la valeur curative de ces eaux, y a lui-même 
installé depuis longtemps un hôpital militaire, après quoi, en iS-y, 
il a concédé pour quatre-vingt-dix-neuf ans, à M. Arlès-Dufour, 
toutes les sources thermales et minérales d'Hammam-R'irha. 

M. Arlès-Dufour, d'après les stipulations de son cahier des charges, 
a ouvert, dans un délai de trois ans, un hôpital civil destiné à recevoir 
les colons indigents, rhumatisants et anémiés, qui y sont envoyés pour 
faire usage des eaux; de plus, il a réservé un certain nombre de piscines 
aux Arabes pour qui ces eaux chaudes sont sacrées, qui y attachent une 
légende vraiment biblique et y viennent de fort loin en pèlerinage pen- 
dant toute l'année. Les Arabes aiment beaucoup les bains chauds, 
mais ils ont une manière à eux de les prendre ; souvent on voit les 
familles arabes faire huit ou dix lieues pour venir aux bains; elles ont 
le soin d'apporter toutes les provisions nécessaires et s'installent pour 
un ou deux jours. Quant aux femmes, leur présence est plus qu'indi- 
quée par les nombreux et stridents you! you ! you! you ! qu'elles 
poussent. 

Le peu de durée de séjour que font les Arabes à Hammam-Rir'ha 
est cependant d'un grand rapport pour l'établissement, vu le renouvel- 
lement continuel des baigneurs. 



LA PROVINCE D'ALGER 



// 




L'établissement de M. Arlès-Dufour est divisé en deux corps de 
bâtiments distants l'un de l'autre de i:;o mètres environ et formant un 
out homogène : le Grand-Hôtel et Belle-Vue. 

Le Grand-Hôtel est assis sur un mamelon ; c'est moins un hôtel 
qu'un palais de proportions gigantesques ; son grand salon de 20 mètres 
carrés est peut-être unique. 

Cet hôtel, qui comporte environ cent chambres, d'ailleurs 
presque toujours occupées, est aménagé avec tout le luxe et le 
confort parisiens. On y trouve toutes les commodités et les instal- 
lations les plus modernes : téléphone, électricité, etc.; c'est plutôt, 
à vrai dire, une organisation américaine que française. 

^^-^^ Les sources chaudes 

^ ^ de la montagne ont été 
^-^r^^ savamment captées et ar- 

'^'^"^'^^ — "^- rivent à de fort jolies bai- 

gnoires, à des salles d'hy- 
drothérapie et à deux pis- 
cines dont une est creusée 
sous une ancienne crypte 
romaine. 

La salle à manger, très 
haute et très vaste, peut 
contenir trois cents cou- 
verts. Un salon de repos 
et de lecture, un petit salon 
avec piano, des salles de 
billard et de jeux, un grand 
café, etc., [sont installés 
dans cet établissement thermal entouré de tous 
l'arbustes et de fleurs. 

'un tout autre style et de dimensions plus mo- 
la fois du cottage anglais et du'chalct suisse. De 
vue est d'une beauté indescriptible. 

aire se compose de plusieurs bâtiments à un 
r3z-dc-chaussée. 

Le bâtiment central renferme une grande salle contenant trente- 
quatre lits de soldats, une petite pièce réservée aux sous-officiers et 
quatre petites pièces pour les officiers. Le bâtiment de gauche, en en- 
trant est affecté aux différents services de l'hôpital. Les piscines, dans 






i^^M 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



un bâtiment à gauche, sont assez vastes et bien disposées. Dans chacune 
d'elles, il y a une douche dont l'eau est à 43 degrés. 

De l'avis des divers docteurs qui ont étudié les eaux d'Hammam- 
R'irha et consigné les cures obtenues, il résulte qu'elles combattent avec 
succès un grand nombre d'affections, mais principalement les maladies 
de poitrine et la phtisie. Il est vrai que ce ne sont pas les eaux seules 
qui arrêtent le processus morbide et y substituent une évolution répara- 
trice ; il faut compter aussi l'air, le voisinage d'une forêt de pins de 
800 hectares, le climat, l'altitude, un ensemble enfin de conditions 
hygiéniques qui complète heureusement l'effet du traitement thermal et 
rend à la santé des gens totalement abandonnés des médecins. 

Les amateurs de chasses, hôtes de l'établissement, trouvent aussi 
à Hammam-R'irha une immense forêt, oià ils peuvent tirer la perdrix 
rouge, le lièvre, le lapin, le sanglier, le chacal et l'aigle, à l'occasion. 





TVPES KABYLES 



LA PROVINCE D'ALGER 



79 




D'ALGER A CONSTANTINE 

La ligne d'Alger à Constantine a été inaugurée tout dernière- 
ment; les travaux, qui présentaient d'énormes difficultés, ont été menés 
avec une grande rapidité, et leur exécution fait honneur aux ingé- 
nieurs de la Compagnie de l'Est Algérien. 

Cette ligne, qui traverse la Kabylie, desserties principaux centres, 
tels que : Ménerville, Palestro et Bouïra, dans la province d'Alger; 
le trajet, d'un point extrême à l'autre, se fait en dix-huit heures et 
demie. 

Un embranchement mène directement de Ménerville à Tizi-Ouzou, 
en passant par Bordj-Ménaïel. 



MENERVILLE 

Ménerville s'appelait encore, il y a une dizaine d'années, le Col 
des Beni-Aïcha; ce n'était alors qu'un pauvre petit village qui, ruiné 
par l'insurrection de 1871, commençait à sortir de ses décombres; 
aujourd'hui, ce pays est transformé ; de nombreux colons alsaciens et 
lorrains y ont été installés, et les terrains environnants, bien cultivés, 
sont maintenant d'une fertilité remarquable. 

Avec ses annexes de Bellefontaine et Souk-el-Hàd, Ménerville 
compte plus de 7,000 habitants. 



8o 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



Le chemin de fer d'Alger à Constantine passe en tunnel sous 
le village et bifurque, d'un côté, vers Tizi-Ouzou et, de l'autre, vers 
Palestro. 



PALESTRO 

Situé sur un plateau, à un kilomètre de la ligne du chemin de 
fer, le village de Palestro eut à subir, plus que tout autre, en 1871, 
les conséquences de l'invasion kabyle. 

Dès le début de la révolte, les insurgés descendirent immédia- 
tement de leurs montagnes et se précipitèrent sur ce malheureux 
petit bourg, qui n'était créé que depuis trois ou quatre ans. 

Ainsi attaqués à l'improviste, les habitants se défendirent coura- 
geusement dans l'église, le presbytère et la maison cantonnière. A 
bout de vivres, de munitions, cernés par des milliers de sauvages et 
loin de tout secours, ils le croyaient du moins, ils se rendirent! 
Cinquante-huit habitants, dont trois femmes, furent massacrés surplace ; 
les cinquante autres furent sauvés. Quand on apprit les premières 
défaites des insurgés dans la Mitidja, les chefs les épargnèrent pour 
exploiter leur clémence au jour de la rétribution. Quand le colonel 
Fourchault arriva, par une marche hardie, pour sauver le village, 
Palestro n'existait plus ! 

Les gorges de Palestro sont une des curiosités les plus intéres- 
santes de la province d'Alger, quoiqu'elles aient été endommagées 
par les travaux d'art exécutés pour le passage de la ligne ferrée ; 
elles présentent encore dans plusieurs endroits, qui ont été respectés, 
des points de vue très pittoresques. 





KABYLES TRAVERSANT LA FORÊT DU KSÉNA ^Insurrcclion de 1871) 



LA PROVINCE D'ALGER 



BOUIRA 

Bouïra, par sa position actuelle sur le chemin de fer, est appelé 
à devenir un centre important; déjà, quoique de création récente, ce 
village, habité par une colonie intelligente et active , composée en 
majeure partie par des officiers retraités, avait, avant l'installation du 
chemin de fer, donné des preuves de son savoir, aussi bien en matière 
administrative qu'en matière agricole. Il serait donc bien étonnant qu'il 
s'arrêtât maintenant au milieu de sa prospérité. 










LE FONDOUK 

De la Maison-Carrée, la route, qui est en bon état, est parcourue 
par une voiture qui fait le voyage deux fois par jour et conduit au Fon- 
douk en cinq heures. 

Ce village, qui avec Bou-Hamedi compte actuellement 4,800 habi- 
tants environ, a été créé sur l'emplacement d'un poste français,[établi là 
en 1839 et qui lui-même aurait été construit sur les ruines d'un ancien 
poste turc. 

Du Fondouk on peut entreprendre l'ascension du Bou-Zegza, 
élevé de 1,032 mètres au-dessus du niveau de la mer. 



De la Maison-Carrée, on peut aussi se rendre à VArha, beau et 
riche village où se tient, tous les mercredis, un marché important; puis 
à Sainl-Pierre et Saint-Paul, à 10 kilomètres au delà du Fondouk et 
où l'on peut admirer les sites les plus ravissants. 

Quoique peu connues, les gorges de Saint-Pierre et Saint-Paul 
peuvent lutter, au point de vue du pittoresque, avec celles de la Chiffa 
et de Palestro. 

6 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 




KABYLIE 



« Pour avoir une idée d'ensemble de la Kabylie, dit le colonel 
Niox, il faut s'élever sur les flancs du Djurdjura, en dépassant Fort- 
National ; vers le Sud, on voit alors se développer le beau bassin 
elliptique du Sebaoun, ancien lac dont les eaux se sont vidées par les 
coupures de la chaîne côtière. 

,( Les énormes torrents d'un autre âge qui descendirent des arêtes 
du Djurdjura n'ont laissé sur ces sommets que le squelette des rochers, 
creusant, dans leur course, des ravins d'une profondeur prodigieuse, 
séparés les uns des autres par des arêtes si étroites que, en certains 
points, elles ressemblent à des chaussées artificielles, à des ponts 
jetés d'une rive à l'autre et sur lesquels quatre cavaliers ne pourraient 
passer de front. 

« Les villages kabyles couronnent tous le§ sommets de ces crêtes. 
Les préoccupations de la défense et certainement aussi un instinct de 
race les ont amenés à grouper leurs habitations sur ces arêtes. Ils 
en voient ainsi les deux versants et en utilisent les lambeaux de terre 
cultivables ; mais ils n'ont pas d'eau ; aussi leur faut-il aller la chercher 
dans les ruisseaux, à une grande distance, et c'est là le labeur principal 
et quotidien des femmes kabyles. 

« Autour des villages sont souvent de beaux jardins, des arbres 
fruitiers , surtout des oliviers et de nombreux figuiers sur les branches 
desquels la vigne, qu'on laisse croître en liberté, étale follement ses 
guirlandes et fait mûrir ses grappes magnifiques. 



LA PROVINCE D'ALGER 



8? 




INTERIEUR KABYLE 



84 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 

(c Vues à distance, les habitations offrent un aspect pittoresque; si 
l'on gravit les sentiers escarpés qui conduisent au village, le charme 
du tableau s'évanouit et l'on voit que l'incurie kabyle ne le cède en 
rien à l'incurie arabe. » 

Les deux sommets principaux du Djurdjura atteignent : celui de 
Lella Kredidja 2,308 mètres et celui de Tamgonf, 2,066 mètres. 

Cette montagne, une des plus importantes de l'Algérie, sépare la 
Kabylie en deux parties : la première, appelée Kabylie du Djurdjura, 
s'étend jusqu'à la mer ; la seconde jusqu'à la ligne du chemin de fer 
d'Alger à Constantine. 

Les villages kabyles, accrochés sur le flanc ou assis sur les arêtes 
du Djurdjura, sont composés de maisons basses, couvertes en tuiles 
rouges et séparées entre elles par de petites ruelles étroites. Leur 
intérieur est plus confortable que chez les Arabes, quoique les animaux 
vivent dans la même pièce que les habitants. Des bahuts, des coffres, 
des bancs, des escabeaux et des poteries de toutes formes constituent 
l'ameublement. Une espèce de soupente aménagée au-dessus de 
l'endroit où couchent les animaux sert de lieu de repos pour les 
hommes, les femmes, et les enfants sont relégués dans une pièce parti- 
culière, souvent située sous la toiture. 

Naturellement, ces demeures ainsi organisées appartiennent aux 
travailleurs ; celles des Kabyles aisés sont plus confortables et se com- 
posent alors de plusieurs pièces bien meublées, dont les poteries les 
plus diverses et les plus bariolées forment le principal ornement. 



LES KABYLES 

Les Kabyles sont les plus anciens habitants de ces contrées ; à 
l'époque romaine, ils formaient le fond de la population de la Berbérie. 

Ne voulant pas subir le joug des différents envahisseurs qui, à tour 
de rôle, s'emparèrent de l'Algérie, ils se réfugièrent dans les montagnes 
du Djurdjura qu'ils n'ont pas quittées depuis et oij leurs tribus, privées 
de tout mélange, sont restées ce qu'elles étaient il y a plusieurs cen- 
taines d'années. 

Leur langage diffère de l'arabe ; mais cependant, en prêtant un peu 
d'attention, on y rencontre une certaine analogie. 

Les Berbères, ou Kabyles de l'Algérie, sont vêtus d'une chemise 
en lainefcheloukhaj qui dépasse les genoux, d'un ha'ik et d'un burnous ; 



LA PROVINCE D'ALGER 



85 




LA PROVINCE D'ALGER 87 



leur tête est presque toujours nue; lorsqu'ils se répandent dans le Tell, 
pour aider aux moissons, ils se servent alors d'un chapeau de paille. 

D'une taille moyenne et bien prise, d'une constitution robuste, 
le Kabyle a la physionomie plutôt européenne; il a le teint blanc, les 
cheveux généralement rouges, le visage carré, le front large et droit, 
les yeux bleus, les pommettes un peu saillantes et le nez et les lèvres 
épaisses. 

Le Kabyle est travailleur, laboureur, horticulteur et prêtre, et s'il 
voyage souvent, au moment des travaux de la plaine, il rentre toujours 
à son douar(village) lorsque la saison est terminée. — 11 aime sa famille 
et n'a généralement qu'une femme, qui partage avec lui ses fatigues et 
ses labeurs. 

La femme, chez les Kabyles, n'est pas vue de la même façon que 
chez les Arabes; elle jouit d'une grande considération et l'on rencontre 
même chez eux des femmes maraboutes. 

Chez ce peuple, certainement plus intelligent que l'Arabe, les 
enfants cherchent à s'instruire ; aussi, depuis la création des écoles 
françaises en Kabylie, écoles très fréquentées par tous les indigènes, 
voit-on les jeunes gens kabyles se faire rapidement des situations, soit 
dans l'armée, soit dans des emplois du gouvernement oii ils savent 
parfaitement tenir leur rang. 

Depuis l'insurrection de 1P.71, où les Kabyles se soulevèrent ei 
marchèrent contre nous, sous les ordres d'El-Mokhrani, les idées de ce 
peuple se sont considérablement modifiées, et, aujourd'hui, il cherche 
à s'assimiler le plus possible à sa nouvelle nationalité. 




88 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



DRA-EL-MIZAN 

La création de Dra-el-Mizan (ait. 447 m.), d'abord poste militaire, 
remonte à 1855 ; puis, peu à peu, un village s'est organisé et n'a pas 
tardé à augmenter, grâce à la bonne qualité des terrains environnants 
qui sont aujourd'hui couverts de vignes, de figuiers et d'oliviers. 

En dehors du village existe un endroit appelé le camp et dans 
lequel, pendant l'insurrection de 1871, les colons trouvèrent un refuge. 

D'Alger à Dra-el-Mizan, par Ménerville, la route est bonne, et 
une voiture en fait chaque jour le voyage. 

On peut aussi se rendre à Dra-el-Mizan en prenant le chemin de 
fer d'Alger jusqu'à la station d'Aomar-Dra-el-Mizan, d'où l'on n'a plus 
que deux heures de voiture. 




TIZI-OUZOU 



Le bordj de Tizi-Ouzou est remarquable par sa construction ; il fut 
bâti par les Turcs sur des ruines romaines et reconstruit en partie par 
le général Cuny qui, en 185 1, époque à laquelle il en prit possession, 
le trouva en assez mauvais état. 

Le\illage, qui est desservi par le chemin de fer (ligne d'Alger à 



LA PROVINCE D'ALGER 89 



Ménerville et de Ménerville à Tizi-Ouzou), est un chef-lieu d'arron- 
dissement qui compte, avec ses annexes de Ben-Khasfa et de Drà-ben- 
Kedda, une population européenne et indigène d'environ 31,500 ha- 
bitants. 

Un chemin, ou plutôt une traverse, relie Dra-el-Mizan à Tizi- 
Ouzou, et n'est praticable qu'à pied, à cheval ou à mulet. 



FORT-NATIONAL 

Situé à 916 mètres d'altitude sur un plateau élevé, Fort-National 
possède un bordj flanqué de dix-sept bastions qui offrent un dévelop- 
pement de 2,200 mètres. 

C'est un des points stratégiques les plus importants. 

Une garnison, qui est relevée chaque année, est logée dans le 
bordj, où sont aménagés tous les services militaires. 

Le village, qui comprend environ quatre-vingts maisons, s'étend 
sur les deux côtés de la route qui conduit au bordj. 



. .' DELLIS 

De Ménerville à Dcllis, la route est carrossable, et une diligence 
fait le service une fois par jour, en correspondance avec le chemin de 
fer. 

Dellis, bâtie sur un plateau incliné au bord de la mer, rappelle un 
peu, dans son ensemble, la kasbah d'Alger; toute la partie nord de la 
ville est occupée par les indigènes ; et les constructions européennes, 
qui sont relativement en petit nombre, se trouvent à l'est, particuliè- 
rement du côté de la mer. 

De nombreuses ruines romaines ont été trouvées dans cet endroit, 
ainsi que dans les environs ; d'ailleurs, on prétend que cette petite ville 
maritime, fondée par les Carthaginois, fut détruite par un tremblement 
de terre pendant l'occupation romaine et rebâtie, plus tard, par les 
Arabes. 

En 1837, les habitants firent une première fois leur soumission au 
gouvernement français, et, en 1844, le maréchal Bugeaud en prit défini- 
tivement possession. 



90 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



Une muraille, qui a environ 2 kilomètres de tour, sert de fortifica- 
tions à la ville ; cette enceinte est percée de cinq portes : celles 
d'Alger, d'Isly, des Jardins, d'Aumale et d'Assanaf. 

Dellis est une subdivision militaire, et l'hôtel du général, ainsi que 
le bureau arabe, l'hôpital, l'église, la mosquée, la douane et l'abattoir, 
constituent la nouvelle ville. 



AZZEFOUN 

Ce petit village, de création récente, situé au bord de la mer, 
entre Bougie et Dellis, a déjà pris, grâce à l'intelligente initiative de ses 
habitants, une importance considérable, tant au point de vue de son 
organisation intérieure que sous le rapport commercial. 

De nombreuses vignes y ont été plantées et donnent déjà des 
résultats surprenants; et, avant peu, si cette marche ascendante con- 
tinue, Azzefoun deviendra un des points importants de la côte. 

La municipalité a obtenu des fonds pour la construction d'une 
mairie, d'une gendarmerie et d'une petite caserne ; c'est déjà beau- 
coup, vu le nombre encore restreint d'habitants ; mais maintenant, ce 
qu'il faudrait, ce serait d'obtenir l'établissement d'une route conduisant 
à l'un des centres les plus rapprochés ; car, à part le bateau à vapeur 
qui fait le service une fois par semaine, il n'existe, pour toutes commu- 
nications, que quelques mauvaises traverses arabes, qu'il faut parcourir 
à dos de mulet ou de bourricot. 







■^ITiB) . 




LA PROVINCE D'ALGER 



91 










Les voyageurs qui 'wj^'." 
se rendent d'Alger à ^f*'- - 
Lagliouat en voiture prennent le chemin de fer jusqu'à la Chiffa, oi!i 
ils trouvent une diligence qui, en quatre jours, les conduit à desti- 
nation. 

Par étapes, les troupes mettent dix-neuf jours, y compris quatre 

séjours. 

Si l'on fait ce voyage sans se servir du chemin de fer. on se 
rend directement d'Alger à Douera, en passant soit par El-Biar, soit 
par Birmandraïs et Birkadem, ces deux routes étant à peu près sem- 
blables comme distance. 



DOUERA 



Douera est une petite colonie agricole dont presque tous les habi- 
tants sont là depuis la création du village. 

Les alentours de Douera sont très bien cultivés et les céréales y 
donnent de très beaux résultats. 

Douera possède un pénitencier militaire, un hospice pour les vieil- 
lards et un hôpital de deux cents lits. 



92 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



LES GORGES DE LA CHIFFA 



Dans les gorges de la Chiffa, la route serpente à mi-côte des 
rochers sur une longueur de 20 kilomètres; pendant l'été, la Chiffa ne 
représente qu'un petit ruisseau oi!i des bandes de singes descendent 
s'abreuver après le coucher du soleil; mais l'hiver, ce petit ruisseau 
grossit à vue d'œil, alimenté par les milliers de cascades qui tombent 
des sommets escarpés ; il devient bientôt un torrent et présente alors le 
spectacle le plus merveilleux. 

L'auberge du Ruisseau des Singes, située à peu près au milieu des 
gorges, est très fréquentée par les touristes et les voyageurs ; on y 
voit, dans la salle à manger, d'amusantes peintures représentant des 
singes et des chiens, peintures exécutées, il y a longtemps déjà, par 
un capitaine de chasseurs d'Afrique, M. Girardin. 

Près de cette auberge, et sous la route, se trouve une grotte de 
stalactites très intéressante. 

En 1859, la roche Pourrie s'éboula à la suite de pluies torrentielles 
et l'on fit démolir le reste à coups de canon; mais depuis cette époque, 
il arrive encore parfois que quelques morceaux se détachent des 
roches environnantes et viennent intercepter la route. 

Le camp des Chênes, étape où il n'y a qu'un puits, est formé par 
une espèce d'auberge et une maison forestière. 




94 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



MEDEA 

y'^^=^} f/' Mcdéa, dont la possession défini- 

tive ne date que de IU40, après le combat 
|lj|ii| du 17 mai au Mouzaïa, était d'abord 
tombée entre les mains du maréchal 
lauzcl en novembre 18^0, après une lutte 
acharnée ; puis, le bey Omar qui y avait été 
laissé avec 1,000 hommes, ayant été attaqué et 
chassé par les insurgés, le général Desmichele 
en prit de nouveau possession en 1836, lais- 
sant à son tour le bey Mohammed-ben-Hus- 
sein avec 600 fusils et 50,000 cartouches; un 
mois après le départ des Français, celui-ci 
fut attaqué à son tour et fait prisonnier par 
El-Berkani, khalifa d'Abd-el-Kader, qui l'en- 
voya à l'émir. 

Médéa a complètement changé d'aspect de- 
Ipuis l'occupation française ; de nombreuses mai- 
sons européennes ont remplacé les constructions 
arabes ; de nouvelles rues ont été percées, les 
anciennes ont été élargies ; la caserne et l'hôpital 
occupent l'emplacement de la kasbah. Divers services mi- 
litaires, comme la manutention par exemple, ont été in- 
stallés dans une ancienne mosquée ; en un mot, la ville a été entière- 
ment transformée. 

Un quartier de cavalerie a aussi été construit, et il est occupé par 
le dépôt du i" spahis. 

Une muraille percée de cinq portes, d'Alger, du Maroc, de 
Miliana, Sah'raoui et des Jardins, entoure la ville, qui compte actuel- 
lement 14,000 habitants. 

Les coteaux environnants Médéa sont couverts de vignobles 
dont les vins ont déjà une bonne renommée, particulièrement les vins 
blancs. 

A 2 kilomètres au nord-ouest se trouve le petit village de Lodi 
d'où l'on peut faire l'ascension du piton du Daklo (1,062 mètres). 




LA PROVINCE D'ALQER 



97 



BOGHARI 



ï Boghari, située à moitié route d'Alger à Laghouat, a pris, de- 
puis quelques années, une très grande extension ; ses constructions 

toutes récentes sont nombreuses et très con- 
fortablement organisées ; sa population est 
d'environ 2,300 habitants. L'importance de 
cette localité augmentera en- 
core le jour oij l'autorité mi- 
litaire se décidera à faire des- 
cendre 'de Boghar, où ils sont 
actuellement perchés, à 8 ki- 
lomètres de la route, tous les 
services militaires, depuis le 
commandant supérieur jusqu'au 
secrétaire du bureau de la 
place. 

Actuellement, les militaires 
faisant étape et séjour à Boghari 
sont obligés, aussitôt leur arri- 
vée, de grimper jusqu'à Boghar 
pour faire viser leur feuille de 
route. 

Baukhari, petit village arabe, 
fondécn 1O29 par quelques mar- 
chands originaires de Laghouat, 
se trouve à quelques centaines 
de mètres de Boghari. 

Le ksar, construit sur un 
rocher, à 200 mètres au-des- 
sus du Chélif, a une physio- 
nomie toute saharienne, et le 
soir, ainsi que dans toutes les 
villes du Sud, on peut assister 
aux concerts des nègres et aux 
danses des Oulad-Na'il. 




98 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



BOGHAR 

Boghar, qui fait face à Boghari, compte environ 2,300 habitants. 

Du bord] construit sur le flanc d'une montagne, à 970 mètres 
d'altitude et où sont réunis les bâtiments militaires, la vue est admi- 
rable ; aussi l'a-t-on surnommé le Balcon du Sud; de là, on découvre 
le Tell et Médéa au nord ; au sud, le regard s'étend sur un espace 
d'environ 80 kilomètres. 

En quittant Boghari, on arrive dans la vallée du Chelif, vaste 
plaine aride et désolée, où l'on ne rencontre aucune végétation, 
jusqu'à la région de l'alfa, qui commence à 20 kilomètres de là et se 
continue pendant 100 kilomètres environ, jusqu'au Rocher de Sel. 

Le Rocher de Sel est un des points intéressants de cette route 
pour le voyageur qui vient de parcourir 120 kilomètres sans voir autre 
chose que l'horizon et ses mirages. 

Plusieurs sources, très riches en sel marin, émergent du Rocher 
de sel et vont se jeter dans l'Oued-Mélale; leurs bords se couvrent 
de croûtes salines formées par l'évaporation spontanée. 

Ce sel, emmagasiné dans des bassins en argile damée, sert à la 
consommation des garnisons de Boghar, Djelfa et Laghouat. 




Pendant les 276 kilomètres qui séparent Boghari de Laghouat, 
les voya>-^eurs peuvent s'arrêter et reprendre haleine dans les différents 
caravansérails répartis sur cette roule à des distances à peu près 
égales (de 30 à 40 kilomètres). 

Ces caravansérails sont des espèces de bordjs (forts) dans lesquels, 



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VlLLAGti KABYLE 




Lt KSAR DE BOGHARI 



LA PROVINCE D'ALGER 



99 



en cas d'insurrection, une troupe pourrait facilement se défendre, et où, 
en temps ordinaire, militaires et civils trouvent le strict nécessaire pour 
se réconforter et se reposer au besoin. 



DJELFA 

Le village de Djelfa est moderne ; le bordj fut construit en 18^2, 
par la colonne expéditionnaire du général Yussuf, sous le commande- 
ment du maréchal Randon. 

La population de Djelfa est de 1,600 habitants, presque tous 
européens ; un quartier est cependant réservé aux indigènes et aux 
femmes Oulad-Naïl. Ces dernières y sont en assez grand nombre. 

La ville est entourée d'une muraille ; un marché important s'y 
tient tous les vendredis et samedis. 

L'autorité militaire est représentée par un commandant supérieur 
et par un chef du bureau arabe, dont les services sont installés dans 
le bordj. 

Un escadron de spahis tient garnison dans cette place. 




100 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



LE DJEBEL-AMOUR 

Le chemin qui conduit de Boghari à Laghouat, en passant par le 
Djebel-Amour, n'est plus praticable pour les voitures à partir de Chel- 
lala; de ce point, il n'existe qu'une traverse arabe qu'il faut parcourir 
à cheval ou à mulet. 

Chcllala est un village arabe aux constructions européennes qui 
lui donnent un aspect tout différent de celui qu'on est habitué de voir 
dans le Sud; un bureau arabe annexe de Boghari y est installé. 

A Chellala se tient un marché important où viennent s'approvi- 
sionner les nombreuses tribus du Djebel-Amour. 

Plusieurs marchands juifs et m'zabites tiennent des magasins dans 
le village. 

Les jardins, d'une très grande richesse, produisent d'excellents 
fruits. 



AFLOU 



L'annexe du bureau arabe chargée d'administrer la région du 
Djebel-Amour se trouve à Aflou ; elle est composée d'un capitaine et 
de deux officiers adjoints, d'un docteur et d'un interprète; la garnison 
est formée d'une compagnie d'infanterie et de quelques spahis. 

La population du cercle d'Aflou est d'environ 1,300 habitants. 

D'Aflou à Laghouat, on rencontre Aïn-Madhi et Tadjemout, vil- 
lages arabes, décrits dans la partie de cet ouvrage relative au Sahara 
algérien. 




LA PROVINCE D'ALGER 



loi 



D'ALGER A BOU-SAADA 



■M^LJfJmtÀ 





y \ Par la diligence, on peut se 
rendre d'Alger à Bou-Saâda en 
trois jours. 
Jusqu'à Tablât, la route est très pit- 
toresque, surtout au point culminant de Sa- 
kamoudi, à 800 mètres d'altitude, d'où Ton 
découvre un horizon do montagnes qui semble s'étendre à perte de vue. 
Par suite des pluies qui, pendant l'hiver, tombent en grande quan- 
tité dans toute cette région, les routes ne sont jamais dans un état par- 
fait, surtout aux environs de Tablât et d'El-Bethom ; aussi le voyageur 
doit-il s'armer de courage lorsqu'il s'engage dans la seconde partie de 
ce voyage, c'est-à-dire d'Aumale à Bou-Saàda, où les chemins à peine 
tracés sont encore en plus mauvais état. 



AUMALE 



La ville d'Aumale est située sur un plateau légèrement élevé à 
850 mètres d'altitude et au pied nord du Djebel-Dira. — Son mur 
d'enceinte, bien bâti, repose sur des rochers arrosés à l'ouest par 
rOued-Lekal (rivière Noire). 

Quatre portes, d'Alger, de Bou-Saàda, de Sétif et de Médéa, 
donnent accès dans la ville. 

La rue principale, longue de i ,000 mètres, à laquelle aboutissent 



102 VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



quelques rues secondaires, commence à la porte d'Alger et finit à celle 
de Bou-Saàda. 

La population est d'environ 5,500 habitants. 

La construction d'Aumale sur les ruines d'Auzia, dont la fondation 
remontait au règne d'Auguste, ne date que de 1846, époque à laquelle 
le Gouvernement français se décida à y établir un poste militaire perma- 
nent. 

Les environs d'Aumale sont très bien cultivés et, quoique la tempé- 
rature y soit très malsaine, en raison de ses changements brusques, la 
population a cependant rapidement augmenté. 

Chaque année, plusieurs cas de fièvres sont signalés parmi les 
hommes de la garnison. 

En raison de sa situation exceptionnelle, Aumale est un poste 
militaire d'une certaine importance et possède un détachement de toutes 
les armes, relevé tous les ans, sauf cependant pour les spahis, dont le 
4" escadron du i"' régiment y est à titre permanent. 

Depuis que la ligne d'Alger à Constantine est créée et qu'une 
gare existe à Bouira, les communications sont beaucoup plus faciles, 
la distance qui sépare Aumale de Bouira n'étant que de 28 kilomètres. 
On passe alors aux Trembles, puis à Aïn-Besscin, village dont la créa- 
tion remonte à une quinzaine d'années seulement et qui a pris, en peu 
de temps, une extension considérable. 



C'est dans cette région que les amateurs de grandes chasses se 
donnent généralement rendez-vous ; et, quoique depuis quelques 
années, le nombre des lions et des panthères ait considérablement 
diminué, il ne se passe pas d'hiver sans que les dépouilles de quelques- 
uns de ces fauves ne soient apportées à Aumale. 





OULAD-NAIL. 



LA PROVINCE D'ALGER 



lOJ 




LA FORÊT DU KSENNA 



LA FOSSE AUX LIONS ET LES EAUX-CHAUDES 



A 40 kilomètres h l'est d'Aumale se trouve la forêt du Ksenna, 
dont une grande partie fut incendiée en 187 1, lors de rinsurrection 
kabyle ; c'est dans cette forêt, qui couvre encore environ } 5 ,000 hec- 
tares, qu'a été installée, il y a déjà longtemps, la fameuse fosse aux 
lions destinée à attraper le roi des fauves avec la même simplicité que 
la plus vulgaire des souris. 

Cette fosse, entourée d'une haie assez élevée, est confiée à la 
garde d'un Arabe, ancien militaire; elle consiste en un grand trou 
ayant la forme d'un entonnoir renversé et recouvert d'une plate-forme 
rectangulaire, placée au niveau du sol. Cette plate-forme, qu'un pivot 
traverse par le milieu, ressemble, tout en étant beaucoup plus large, à 
ces balançoires que les enfants construisent avec des planches. Un rien 
suffit pour faire enfoncer l'un ou l'autre côté de cette sorte de bascule, 
sur le milieu de laquelle le garde a soin d'installer un mouton. La nuit 
venue, le mouton bêle et, par ses gémissements, attire bientôt l'attention 



104 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



des lions qui, descendant du Djurdjura, viennent, de temps à autre, 
s'abreuver dans la rivière qui traverse la forêt. 

C'est alors que le fauve, sentant près de lui son régal favori, 
franchit d'un bond la haie, tombe comme une masse sur l'un des côtés 
de la plate-forme qui, cédant sous le poids, s'enfonce rapidement et 
envoie les deux animaux rouler ensemble au fond de la fosse. La fureur 
du fauve est telle qu'il en oublie la pauvre petite bête qu'il aurait si bien 
dévorée un instant avant; il ne voit qu'une chose, c'est qu'il est enfermé 
et fait des bonds prodigieux pour regagner l'orifice du trou; mais ses 
efforts sont inutiles, et, lorsqu'après avoir été avertis par le garde, les 
officiers de la garnison d'Aumale arrivent pour le tirer, on le trouve 
affaissé dans un coin, tandis que le pauvre mouton, plus mort que vif, est 
blotti dans un autre. 

Cependant, à la vue des hommes, le lion se redresse, s'élance 
encore et de ses griffes cherche à s'accrocher aux parois de la fosse ; 
il lutte ainsi comme un désespéré jusqu'à ce que le plus ancien des 
officiers accouru, l'ayant ajusté, le renverse d'un coup de feu. 

La dépouille de ce lion est portée ensuite chez le commandant 
supérieur d'Aumale, qui remet au garde la prime convenue, puis, la 
peau étant généralement conservée par cet officier, la viande est parta- 
gée et distribuée aux différentes popotes d'officiers et de sous-officiers 
de la garnison. 

C'est aussi dans cette forêt, près d'un petit village appelé Ksar- 
Ksenna, que se trouvent les sources sulfureuses de Hammam-Sian. 
Deux sources sortent au bas d'un rocher qui forme une baignoire 
naturelle ; une troisième tombe en douche de quelques mètres plus 
haut. 

Les Arabes et les Kabyles vont en foule faire usage de ces eaux, 
et l'énorme quantité d'ex-voto qui pendent -eux arbres d'alentour 
prouve combien elles sont salutaires. 




LA PROVINCE D'ALGER 



105 



Après avoir quitté Aumale, on arrive au caravansérail deSiiii-A'i'ssa, 
à 300 mètres duquel s'élève la koubba blanche qui renferme les 
restes sacrés du marabout Sidi-Aïssa; puis, après avoir traversé l'Oued- 
el-Hamm (rivière de la Viande), on aperçoit le caravansérail de Aîn-el- 
Hadjcl. 

La route ne varie guère d'Aumale à Bou-Saàda : des montées, des 
descentes, n'ayant pour toute vue qu'un soi sans végétation, voilà tout 
ce qu'il y a d'intéressant jusqu'à Ed-Dis, petite oasis de ooo palmiers. 

De là à Bou-Saàda il n'y a que quelques kilomètres qui sont rapi- 
dement franchis. 




>-^^^ 



D'AUMALE A TIARET 



Cette route, qui est plutôt une traverse arabe, ne peut ôtre par- 
courue qu'avec des chevaux ou des mulets; d'un bout à l'autre, sauf sur 
la route d'Alger à Laghouat, le terrain est très accidenté et présente 
souvent des passages difficiles. 

En quittant Aumale, on côtoie pendant un certain temps les pentes 
du Djebel-Dira ; puis, après avoir franchi le ruisseau qui est au fond 
du Guelt-er-Rous (la mare des Têtes), on arrive dans un pays boisé et 
bien arrosé où est située la R'orfa des Oulad-Meriem (ancien poste 
militaire). 

A Sour-Djouab, où se trouvent de nombreuses ruines romaines, 
il n'y a qu'une maison, celle d'un caïd ; ce plateau est très boisé 
et est cultivé dans plusieurs endroits. De Sour-Djouab à Berrouaguïa, 
le chemin continue à être suffisamment tracé, et, quoique le sol soit 
très mouvementé, la marche est facile. 



io6 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



De Boghar on s'engage dans la superbe forêt de pins et de 
chênes qui s'étend sur tout le pays montagneux occupé par les Oulad- 
Antar; puis, après avoir parcouru un espace de i6 kilomètres environ, 
on se retrouve dans un pays dénudé, triste et sauvage. 

Sur tout ce parcours, et particulièrement à Taza, la vue est superbe 
et embrasse un vaste horizon; on redescend ensuite légèrement pour 
arriver à Teniet-el-Haâd. 

De Teniet on parcourt un pays plat et déboisé, mais fertile 
en céréales; après avoir quitté les ruines romaines de Dar-el-Hajadj, 
d'oij l'on aperçoit, à 3 5 kilomètres au nord, le sommet de l'Ouaran- 
senis, on arrive par les hauts plateaux au pied de la crête sur le pen- 
chant de laquelle est située Tiarct (province d'Oran). 





o3& i^f'''. 



s. E. MONSEIGNEUR LE CARDINAL LAVIGERIE 



ITINÉRAIRES 



LES ENVIRONS D'ALGER 



KIL. 

Saint-Eugène 3 

Pointe Pescadc 6 

Cap Caxine lo 

Guyotviile ' î 

Notre-Dame d'Afrique 3 

Frais-Vallon 21/2 

Fort l'Empereur 2 

El-Biar et Bou-Zaréa .... î et 9 

Chéraga 12 

La Trappe de Staoucli 17 

Sidi-Ferruch 25 

Mustapha-Supérieur 5 



Birmandraïs ~ 

Birkadem lo 

L'Agha 2 

Mustapha-Inférieur 3 

Jardin d'Essai i; 

Le Ruisseau et Koubba. . . 6 et 8 

Hussein-Dey 7 

Maison-Carrée 12 

Fort-de-l'Eau «8 

Sa Rassauta 20 

Le càp Matifou 27 



D'ALGER A ORAN [par U chemin de fer) 



PROVINCE d'aLGER. 

KIL. 

L'Agha 2 

Hussein-Dey 7 

Maison-Carrée 12 

Le Gué de Constantine 15 

Baba-Ali 20 

Bir-Touta 26 

Boufarik 57 

Beni-Mered 45 

BUda 5' 

La Chiffa 58 

Mouzaïaville 6} 

El-Afroun . 69 

L'Oued-Djer 78 

Bou-Medfa 91 



KlL. 

Vesoul-Benian 9^ 

Adélia >io 

Affrei'ilk '^o 

Lavarande '24 

Littré '38 

Duperré M'J 

Oued-Rouina l'^o 

Salnt-Cyprien-des-Attaf 170 

Ouled-Abbès 171 

Les Attaf '7? 

Bir-Safsaf 180 

Tmoulga 185 

Oued-Fodda 186 

Le Barrage «95 

Ponteba 20) 



io8 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



KIL. 

Orléansvillc 209 

Malakoff 217 

Charon 232 

PROVINCE d'oRAN 

Oued-Merdja 243 

Inkermann 254 

Saint-Aimé 263 

Les Salines 283 

Relizane 296 

Les Silos 301; 

L'Hillil 315 



KIL. 

L'Oued-Malah 332 

Sahouria 340 

Perrégaux 346 

L'Habra 560 

Saint-Denis-du-Sig 370 

L'Ougasse 374 

La Mare d'Eau 381 

Sainte-Barbe-du-Tlélat 395 

Arbâl 404 

Valmy 411 

La Senia 416 

Oran 421 



KOLEA ET TOIMBEAU DE LA CHRÉTIENNE 



D'Alger àZeralda(village europ.) 
Douaouda (village européen). . . 

Saint-Maurice (hameau) 36 

Koléa (ville) 39 



KIL, 

3'-, 



DeKoléaà Bérard (village europ.) 
Tombeau de la Chrétienne (vil- 
lage européen) 



CHERCHELL ET TENÈS 



D'Alger à El-Afroun, en chemin 

de fer 

Ameur-el-Aïn (village européen) . 
Bou-Rkika (village européen) . . 
Marenfjo (village européen) . . . 
Fedjana (village européen) . . . 
Zurich (village européen) .... 
Bled-Bakhora (village européen). 



69 

80 
86 
98 

lOI 

105 



Cherchell (ville) 115 

Novi (village) 122 



KIL. 

La Fontaine-du-Génie (village^ . 130 
Oued-Nesselmoun (mine de fer). 132 
Aïn-Soudana (gisements d'héma- 
tite et de carbonate de fer). . 1 36 

Gouraya (village) 145 

Villebourg (village) 155 

Oued-Dahmous (village) 179 

Maison-du-Caïd (village) 198 

Aïn-el-Bid (village) 221 

Tenès (ville) 254 



TENIET-EL-HAAD 



D'Alger à Affreville, en chemin 

de fer 120 

Le Puits (hameau) 152 

El-Bir (maison cantonnière) . . . 131; 

Pont-du-Caïd (auberge) 136 



Oued-Massin (caravansérail). . . 149 
Camp des Chênes (hameau et 

auberge) 158 

Camp des Scorpions (auberge) . 16^ 

Teniet-el-Haâd (ville) 179 



LA PROVINCE D'ALGER 



109 



MILIANA 



D'Algerà Affreville, en chemin Je 
fer 120 



De Miliana à Affreville, en voi- 
ture 9 



HAMMAM-R'IRHA 



D'Algerà Bou-Medfa, en chemin 
de fer 9» 



De Bou-Medfaà Hammam R'irha, 
en voiture '^ 



D'ALGER A CONSTANTIXE [par le chemin de fer) 



PROVINCE D ALGER 

KII.. 

L'Agha 2 

Hussein-Dey 7 

Maison-Carrée 12 

Oued-Smar i ? 

La Maison-Blanche 19 

Rouiba 26 

La Reghaia Ji 

L'Aima 59 

Oued-Corso 42 

Bellefontaine 48 

Menervillc '(4 

Souk-el-Hâd 60 

Beni-Amram ''>4 

Palesiro 77 

Thiers 87 

Aomar-Drà-el-Mizan 98 

Bouïra 123 

Aïn-el-Esnam ij8 

El-Adjiba 150 

Maillot .160 

Bordj des Beni-Mansour 171 

Pont de rOued-Mahrir 174 

PROVINCE DE CONSTANTINE 

Sidi-Brahim 185 



KIL. 

LesBibanou Portes de Fer. . . 189 

Mzita 200 

Mansoura 209 

El-Achir 226 

Bordj-bou-Areridj 239 

El-Anasser 24O 

Chenia 2-,4 

Ain-Tassera 263 

Tixter 271 

Le Hammam 28} 

Mesloug 296 

Sétif 508 

Ras-el-Ma 322 

Saint-Arnaud 3 59 

Bir-el-Arch 5Î2 

Saint-Donat 3^7 

Châteaudun-du-Roumel 584 

Talar'ma 4°? 

El-Guerra 426 

Oulad-Rahmoun 43^ 

Le Khroub 448 

Oued-Hamimin 4î2 

L'Hippodrome. . . .■ 4<^o 

Sidi-Mabrouk. 462 

Constanlinc 4^5 



no 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



LE FONDOUK 



D'Alger à la Maison-Carrée, en 

chemin de fer 12 

Le retour de la chasse 16 



La Maison-Blanche 20 

Bou-Hamedi 27 

Le Fondouk ?2 



LA KABYLIE 

DRA-EL-MIZAN. — TIZI-OUZOU. — FORT-NATIONAL. — BOUGIE. 
LES BENI-MANSOUR. 



D'Alger à Ménerville, en che- 
min de fer 54 

Isserville (village européen, route 
carrossable) ^9 

Chabet-el-Ameur (village euro- 
péen, route carrossable). ... 82 

Tizi-Renif (village européen, 
route carrossable) 88 

Bou-Faïma (village européen, 
route carrossable) 96 

Drâ-el-Mizan (grand village). . 116 



KIL. 

De Drâ-el-Mizan à Aïn-Zaouïa 
(village, chemin arabe) 6 

Bordj-Borni (fort et village, che- 
min arabe) 16 

Souk-el-Khramis (gîte d'étape, 
chemin arabe) 33 

Imesdaten (gîte d'étape, chemin 
arabe) 40 

Tizi-Ouzou (station et ligne di- 
rectesur Ménerville, parBordj- 
Menaïel) 50 



DRA-EL-MIZAN A FORT-NATIONAL ET BOUGIE 



KIL. 

Aïn-Zaouïa (village, chemin arabe). 6 

Bordj-Borni (fort et village, che- 
min arabe) 16 

Ouadia (café-poste, chemin 
arabe) 54 

Takourt (café-poste , chemin 
arabe) 59 

Fort-National (fort et village, che- 
min arabe) 70 

De Fort-National à Mekla (vil- 
lage européen, chemin arabe). 10 



KIL. 

Azazga (commune mixte, chemin 
arabe) }<, 

lacouren (commune mixte, che- 
min arabe) 47 

Taourirt-Iril (bordj d'un adminis- 
trateur, chemin arabe) 72 

El-Kseur (village, chemin arabe). 92 

La Réunion (village, chemin 
arabe) 104 

Bougie (ville de la province de 
Constantine) 118 



LA PROVINCE D'ALGER 



1 1 1 



DE FORT-NATIONAL AUX BENI-iLANSOUR 



La maison cantonnière (aux Beni- 
Mansour, chemin arabe). ... 35 

Col de Tirourda (aux Beni-Man- 
sour, chemin arabe) Jî 

Hamedoun (village Icabyle, che- 
min arabe) 4S 



Maillot (village européen, chemin 
arabe) • ■ • ^^ 

Bordj des Beni-Mansour (station 
sur le chemin de fer d'Alger à 
Constantine) 60 



DELLIS ET AZZEFOUN 



KIL, 

D'Alger à Ménerville, en chemin 
de fer 54 

Blad-Guitoun (village, route car- 
rossable) (jo 

Isserville (village, route carros- 
sable) <;>i 

Bordj-Ménaïel (bordj et village). 65 



XIL. 

Haussenviiliers (village) 75 

Reybevdl (village) 88 

Bois-Sacré (village) 9 

Dellis (ville) 106 

Azzefoun, entre Dellis et Bougie 
(chemins arabes). 



D'ALGER A LAGHOUAT 



KIL. 

D'Alger à Douera 25 

Boufarik 34 

Beni-Mered 4' 

Blida 48 

La Chiffa, les gorges 6i 

Le ruisseau des Singes 64 

La Roche Pourrie 66 

Le Camp des Chênes 69 

Médéa 90 

Damiette ..'.'.. 94 

Hassen-ben-Ali 100 

Ben-Chikao . 1 1 1 

Berouaguïa 121 

Aïn-Makhlouf 15? 

Aïn-Moudjérar 148 



KIL. 

Oued-el-Hakoum 157 

Boghari et Boghar 166 

BouRézoul 186 

El-Khrachem 191 

Aïn-Ousera 222 

Bou-Sedraïa 259 

Guelt-el-Stel 61 

El-Messeran 288 

Rocher de Sel joo 

Djelfa 328 

Oued-Seddeur 35} 

Aïn-el-lbel 366 

Sidi-Maklouf. 400 

Mettili 426 

Laghouat (Sahara algérien). . . . 44^ 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



DE BOGHARI AU DJEBEL-AMOUR ET A LAGHOUAT 



KIL. 

De Boghari à Aïn-Seba (route 
d'Alger à Laghouat) 9 

Bou-Rézoul (route d'Alger à La- 
ghouat) 21 

Chabounia (relai) 62 

Redoute Marey-Monge (bordj 
en ruines) 67 

Koubba de Sidi-el - Hadjel 
(koubba) 77 

Chellala (la route est carrossable 
de Boghari jusqu'à ce point). . 106 

Taguin (sources, fourrages etalfa). 144 

Djelita (puits) 154 



KIL, 

Heïta-Souami (puits) 159 

Mekhraoula (puits) 169 

El-Beïda (puits) 189 

Sidi-Bou-Zid (village arabe). . . 212 
Aflou (caravansérail, bureau 

arabe et garnison) 242 

Aïn-Madhi (village saharien, voir 

Sahara algérien) 307 

Tadjemout (village saharien, voir 

Sahara algérien) 332 

Laghouat (ville saharienne, voir 

Sahara algérien) 367 



D'ALGER A BOU-SAADA 



D'Alger à Sidi-Moussa (village 

européen) 23 

L'Arbâ (village européen). ... 30 

Sakamoudi (auberge) 53 

Tablât (village européen) .... 71 

EI-Bethom (auberge) 96 

Bir-Rabalou (village européen) . 104 



KIL. 

Les Trembles (village européen). 110 

Aumale (ville) I2j 

Sidi-Aïssa (caravansérail). ... m8 

Ain- Hadjel (caravansérail). . . . iQ& 

Aïn-Kerman(caravansérail) ... 217 

Bou-Saâda (Sahara algérien). . . 2^8 



D'AUMALE A TIARET 



KIL. 

Sour-Djouab (ruines romaines) . 26 

Aïn et Oued-Temda (source). . . 33 

Souaki (ruines romaines) 45 

Berouaguïa (village européen}. . 67 
Route d'Alger à Laghouat. 

Boghar (bordj et village} 112 

Kerba des Oulad-Hellal (ruines 

romaines et fontaine) 132 

Koubba de Sidi-Bouzid (koubba). 140 
Djebel-Echéaou (montagne, fon- 
taine romaine) 156 



Taza (bordj en ruines) 160 

Teniet-el-Haâd (ville) 182 

Aïn-Missousi (source) 205 

Aïn-Toukria (source et ruines 

romaines) 210 

Aïn-Sfa (source) 221 

Aïn-Tesennil (deux fontaines 

romaines) 232 

Dar-el-Hadjadj (ruines romaines). 242 

Tiaret (ville) 277 



LA PROVINCE 

DE CONSTANTINE 



II. — LA PROVINCE DE CONSTANTINE 

Physionomie de la province de Constantine. — Les Aissaoua. — Les 
Khouans ou confrérie religieuse. — Les Berranis. — Les nègres. — 
La prière du musulman. — Constantine, son histoire, ses environs. 
— Description et historique des principales villes : Batna, Bône, Bougie, 
Djidjelli, Guelma, La Calle, Philippeville, Sétif, Tebessa, etc., etc. — 
Les gorges du Chabet-el-Akhra et d'El-Kantara. — Histoire deYusuf. 
— Légendes arabes, etc., etc. — Principaux itinéraires. 



PROVINCE 




STANTINE 






Cette province est celle 
qui, jusqu'à ce jour, a été la 
plus favorisée sous le rapport 
de la colonisation; de nom- 
breuses améliorations y ont 
été apportées, particulière- 
ment dans le sud, et sa trans- 
formation est telle que ceux 
qui l'ont parcourue, à l'épo- 
que de notre occupation 
1 1H37), la reconnaîtraient dif- 
ficilement aujourd'hui. 

Plusieurs lignes ferrées 

sillonnent cette province; à 

l'heure actuelle, on peut 

se rendre d'Alger à 

Tunis en passant 



114 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



Constantine, Duvivier, Souk-Ahrras et Ghardimaon, et bientôt il sera 
possible aussij avec la ligne de pénétration qui s'arrête en ce moment 
à El-Kantara, d'arriver jusqu'à Biskra, première oasis du Sahara. 

C'est à la Société de Batna et du Sud Algérien, ainsi qu'à la Com- 
pagnie de l'Oued R'rir, que l'on doitles importants travaux qui ont été 
exécutés dans le sud de cette province. 

Afin de fertiliser cette contrée et de la rendre habitable, non seu- 
lement pour les Européens, mais même pour les indigènes, ces sociétés 
ont creusé de nombreux puits artésiens et ont planté sur ce sol jus- 
qu'alors aride et dénudé, plus de cinquante mille palmiers. 

Le littoral de la province de Constantine est particulièrement 
incéressant au point de vue de l'agriculture et de l'élevage, là, on ren- 
contre im grand nombre de villages peuplés de colons français, parmi 
lesquels les Alsaciens dominent, et qui ont fait de cette région un des 
plus beaux pays de notre colonie algérienne. 




LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



"Ç 



DESCRIPTION GENERALE 

La province de Constantine, située entre celle d'Oran et la Tunisie, 
aune superficie d'environ 19,253,500 hectares, dont 5,950,000 dans 
le Tell. Sa longueur du nord au sud (de Philippeville à Ouargla) est 
de 660 kilomètres, et sa largeur sur le littoral ide l'Oued-Kerouli au 
cap Roux) est d'environ 460 kilomètres. 



Ses principaux massifs montagneux sont: 

Le Djchcl Amantous (à 1,660 m. d'alt.), le Djcbcl-cl-GcuJft 
(1,183 ni-) '^^ VEdoni^h (1,004 ^■) pfès du littoral, aux environs de 
\\. Djidjelli, CoUo et Bône. 

' X/^d ^^ Djehel-Tûkinfouc/i f 1.674 m.-, le Takouc/i (1,870 m.). 
le Tabahorl (1,963 m.), le Pic de TamesguiJa 
1 1 ,663 m.) et le Djchcl-Oum-Chcnak ( i ,477 m.) 
sur une ligne plus éloignée de la côte que le 
massif précédent, mais toujours parallèle au 
littoral. 

Le Djcbcl-Morissane (1,497 '^•) ' '*^ 

Maâdid i\,i\j^\ m.i. le Magri- (1.724 m.), le 

,y//4> Giicrgoiir (1,800 [m.), le Djcbel-Ycuccf 

^^/ (1,43 ' m-)' 'e Djebel-Scubella[(\.-^i} m.) et 

' '' le Boii-T/ialeb (1,820 m.), autour de Sétif. 

Le Djcbcl-OiiLic/i (1.292 m.), le Djebel- 
Dc/uT/- (1,049 "■"■)> lei?c7^-c'/-A//a (1,290 iti.)^ 
le Djebc-Miihabouba (1,261 m.) et le 
Djebel M'C/J (1,408 m.), entre Constantine 
et la Tunisie. 

Le Djebel- A lires, qui est formé de 
4&^> plusieurs chaînes et qui s'étend entre 

' Batna, Krenchela et les 

Ziban, a, comme point 
culminant , le Cbellia 
(2,328 m.). 

Entre ces nonr- 
breuses montagnes. 




i6 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 





s'étendent les plaines de ÏOucJ-SciinaJja, de Bônc, des K/hvc~as, 

des Bcni-Urgine, de la Mafrag, de VOiicd- 
el-Kébir, de la Medjana et de Sétif dans le 
^_,=:«« Tell; du Hodna sur les Hauts-Plateaux, et 

■^c-l »:«3<-f»'./^.'a.. à'El-Outara dans le Sahara. 

De nombreuses forêts couvrent une 
-^|i- superficie d'environ un million d'hectares 
dans cette province ; les essences 
,5. --,,^-*^È - ^ v^~;~"^CS— "'""" dominantes sont : le chène-liège, le 
-f0^rtsf'~\_ chêne vert, le chène-zéen, lepind'Alep, 
z^jTf-:''^' ~ le pin maritime et le cèdre. 
y^~ Les forêts les plus importantes sont celles 

de VOiied-Okris, à'Akfadou, des Babors, de Giier- 
gour, de Drcals^ des Bcui-Fourhjl^ du Bou-ThalclK du D/cbcl-Bou- 
Arif, des A(;rà, etc. 

Les chasseurs trouvent dans ces plaines et dans ces forêts du 
gibier en abondance; aussi les lièvres, les lapins et les sangliers ou 
marcassins scnt-ils la nourriture favorite des habitants de ces régions, 
qui s'en procurent facilement pendant presque toute l'année. 

La province de Constantine est celle où on trouve le plus de lions 
et de panthères; d'après les statistiques, il y a été abattu, depuis une 
quinzaine d'années, environ deux cents lions et huit cents panthères, 
alors qu'on n'a tué que trente lions et quatre cent trente panthères dans 
celles d'Alger et d'Oran. 

Par contre, les hyènes et les chacals sont en plus grand nombre 
dans ces deux dernières provinces, où, pendant le même laps de temps, 
on en a tué environ dix-sept cents de la première catégorie et vingt- 
cinq mille de la seconde, pendant que, dans la province de Constantine, 
on n'abattait que deux cents hyènes et trois mille chacals. 

Les principales rivières qui sillonnent cette province sont : 
L'Oued-Scihel qui passe à Aumale, Bouïra et à Beni-Mansour. 
VOued-Agrioun qui traverse les gorges du Chabet-el-Akhra; 
L'Oued-Djindjcn qui se jette dans la mer, près de Djidjelli. 
h'Oued-el-Kébir qui, sous le nom de Riiinmcl, coule au pied du 
ocher de Constantine et qui, après avoir îeç\x\e Bou-Mei-yOu^, va se 
jeter dans la mer à ^2 kilomètres de Djidjelli. 

La Saf-Saf qui passe à El-Arrouch, Gastonville, Saint-Charles, 
Vallée, etc. 

]J Oucd-Sancndja qui se jette dans le golfe de Stora. 




LA CHASSE AU LIÈVRE 



LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



ii: 



La Scybousc qui, après un cours de 220 kilomètres, se jette dans 
la rade de Bône. 

LaMjg-/t7/qui tombe dans la mer au même endroit que laSeybouse. 

La Mcdjcrdd qui passe près de Souk-Ahrras. 

VOued-Djedi qui, sous le nom à'Oued-M' Zi,^a.%s.e à Laghouat, et 
VOucd-Biskra qui passe 
dans les fameuses gorges 



d'El-Kantara. 




Dans la pro- 
vince de Constan- 
tine, les lacs et 
les cliotts sont en 
plus grand nom- 
bre que dans les 
deux autres pro- 
vinces ; ceux du 
grand Hodna , à 
50 kilomètres de 
Bou - Saàda , du 
petit Hodna et de 
Melr'ir, à 66 ki- 
lomètres nord- 
ouest et à 70 ki- 
lomètres sud de Biskra, sont les princi- 
paux, et couvrent à eux trois une super- 
ficie de près de 300 hectares. On peut 
encore citer les chotts M'Zonri 
et El-Bcïda , ainsi que les lacs 
Fetzara, de la 
Calle, Ank-Djc- 
mel-d-Kébir, El- 
Guellif, El-Tar/\ 



^b-Aïi^-^JË 



fi8 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



mais qui n'ont que peu d'importance, relativement aux premiers. 

Cette province possède un grand nombre de curiosités, entre 

autres les gorges du Chabct-El-Akhra, entre Bougie et Sétif ; les 




■cascades du Ruininel. a Constantine ; les Bibans ou Portes de Fer; et 
les gorges d'El-Kantara. sur la route de Batna à Biskra. 



Le climat est à peu près le même que dans les autres provinces ; 
la température moyenne, sur le littoral, est de 18°; sur les hauts-pla- 
teaux, elle varie de 4 à 46°, la moyenne est de 15°; dans la région 
mixte, elle varie ^de 8 à 38°, la moyenne est de 16°; enfin, dans le 
Sahara, la moyenne est de 20 et 22". 




LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



no 




LES KHOUANS 



ou CONFRERIES RELIGIEUSES 



Les différents ordres religieux musulmans 

ont inspiré beaucoup d'écrivains, et M. Bros- 

selard, le colonel de Nevers et le commandant 

Rinn. entre autres, ont donné sur les Khouans des 

détails très intéressants. 

M. Piesse, dans son Guide de l' Algérie, résume 
ainsi les principaux passages de ces ouvrages : 

« L'idée de nationalité et 
les notions de patrie font dé- 
faut dans la société musulmane ; 
le seul lien qui solidarise les tribus, c'est le lien 
religieux; mais là se manifeste l'esprit de division ; 
ce qui explique les différentes associations, dont 
les adeptes sont connus sous le nom de khouans. 
(i Les khouans ou frères sont les membres 
d'ordres religieux musulmans dont les rites, les 
règles et les statuts, différents pour chaque ordre, 
sont essentiellement basés sur le mahométisme. 

« Les ordres répandus dans le monde musul- 
man sont nombreux. On compte, chez les Algé- 
riens, ceux d'Abd-cl-Kader-ed-Djilani, 
de Chadeli, de Moulaï-Taïeb, de 











120 VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 

Sidi Mohammed-ben-Aïssa, de Sidi Mohammed-ben-Abd-er-Rahman, 
de Sidi Ahmed-Tedjani, de Sidi Youcef-el-Ham-sali, des Derkaouao et 
de Si-Mohdammed-ben-Ali-es-Senoûsi. 

« Le fondateur de chacun de ces ordres a reçu en songe, de 
Mohammed en personne, ses rites, ses règles et ses statuts. Ce fonda- 
teur est quelquefois un homme que ses vertus et sa piété ont fait 
choisir par Dieu pour être r'oiif, c'est-à-dire l'homme chargé de prendre 
pour lui les trois quarts des maux de toutes sortes, chutes, blessures, 
maladies et morts tombées du ciel sur la terre, au nombre de 380,000, 
pendant le mois de Safar. Le r'out affecté de 285,000 maux n'a tout au 
plus que quarante jours à vivre, quelquefois moins. Abd-el-Kader-ed- 
Djilani a été r'out. 

« Chaque ordre relève d'un k/iralifa, supérieur général ou grand 
maître, descendant souvent du marabout fondateur et résidant dans le 
lieu oi!i l'ordre a pris naissance. Des cheikhs ou mokkadcms, directeurs 
provinciaux, en nombre indéterminé, administrent chacun une circon- 
scription plus ou moins étendue. Le nekil est au cheikh ce que celui-ci 
est au khralifa. Le cheikh a sous ses ordres d'autres agents secondaires: 
messager, porte-bannière, chaouch. Le messager ou rekkas est l'intel- 
ligent intermédiaire entre le cheikh et le khralifa, que ses instructions 
soient écrites ou verbales. 




« Entrer dans un ordre s'appelle recevoir le dikr ; c'est la révélation 
de la formule, de la courte prière qui distingue l'ordre d'un autre. On 
dit encore prendre le oueurd (rose) de tel ou tel. « Quelle rose portes-tu? 
demandera un musulman à un autre. — Celle de MouLïi-Taïcb ou de 
Sidi Ahnicd-Tidjani, » répondra Tmlerpellé. S'il n'appartient à aucun 
ordre, il dira : « Je suis un pauvre serviteur de Dieu et le prie pieuse- 
ment. » Le futur frère se prépare à prendre la rose par la prière, le 







MUEZZIN APPELANT LES FIDÈLES A LA PRIERE 
(Croquis d'après Yriarte). 



LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



121 



jeûne et l'aumône. Introduit ensuite auprès du cheikh, il lui demande 
l'initiation, promettant soumission et fidélité à la règle et aux pratiques 
de l'ordre. L'oraison continue, qui consiste à dire un certain nombre de 
fois des formules ou des invocations propres à chaque ordre, entretient 
ou réveille chez les khouans les sentiments d'exaltation religieuse. 
Négliger l'oraison serait se faire chasser à tout jamais comme un mfàme 
de la corporation. 

(( Les femmes sont reçues dans les corporations religieuses; elles 
ont alors pour chefs des femmes et prennent entre elles le nom de 
sœur, khouata. 




« Quelques mots sur les fondateurs des associations religieuses : 
« Abd-el-Kadcr-cd DjUani v\va\i au vi° s. de l'hég. L'ordre qu'il a 
fondé à Bar'dad est le plus ancien et le plus populaire de ceux auxquels 
les Arabes de l'Algérie se sont affiliés; ses koubbas en Algérie sont 
innombrables ; ses khouans sont des agents très actifs de la propagande 
islamique ; ils reçoivent, le cas échéant, le mot d'ordre de Constanti- 
nople, car tous les princes musulmans s'honorent d'appartenir à l'ordre 
de Sidi Abd-el-Kader. 

.1 Tadj-cd-Din-cch-Chaddi^ mort au vii° s. de l'hég., disciple de 
Ben-Machich et héritier spirituel d'Abou-Median de Tlemcen, a 
fondé un ordre auquel vinrent plus tard se rattacher ceux des Zianya, 



122 VOYAGE A TRAVERS LALGERIE 

des Nacerya, des Kerzazya, de Cheikhya, des Habibya, des Youcefya 
et des Derdourya, et dont on rencontre quelques adeptes en Algérie. 
<( Moulaï-Ta'ieb. L'ordre des khouans de Moulaï-Taïeb a été fondé 
au xi" s. de l'hég., par Moulaï-ed-Dris, de la famille Impériale du 
Maroc, il y a environ trois cents ans. Les Taïbya ont aujourd'hui pour 
chef spirituel et grand maître Si Abd-el-Sellem, plus connu sous le nom 
de chérif d'Ouazzan; c'est un grand admirateur de la civilisation euro- 
péenne et un ami de la France. Il a obtenu, en 1804, le titre de protégé 
français. C'est là un acte d'une haute importance politique et dont les 
résultats peuvent être considérables. 

(1 SidiMohammcd-bcn-A'issi\ vivait, il y a environ quatre cents ans, à 
Meknès, dans le Maroc. Le sultan Moulaï-Ismaïl, jaloux de l'influence 
du marabout, en prit de l'ombrage, et l'expulsa de Meknès. Le saint 
allait, avec sa femme, ses enfants et ses disciples, vers un endroit 
nommé Hameria, quand un jour on ne rencontra rien qui pût rassasier 
les voyageurs. Comme les khouans se plaignaient à leur maître-: » Man- 
gez du poison, » leur dit ce dernier. Ils se mirent à chercher sous les 
pierres des serpents et des scorpions qu'ils mangèrent. De là la croyance 
encore répandue aujourd'hui que les Aïssaoua peuvent manger impu- 
nément tout ce qui leur plaît et qu'ils jouissent du privilège de guérir 
toutes les piqûres de bètes venimeuses. Le sultan essaya de lutter avec 
le marabout; mais il dut compter avec lui. Aïssa, protégé par Dieu, 
resta toujours le plus fort ; on connaît les pratiques étranges auxquelles 
se livrent les Aïssaoua; on trouvera plus loin la description de leurs 
immondes jongleries auxquelles il est facile d'assister sur tous les points 
de l'Algérie. 

(( Sidi Molmimncd-bcn-Abd-er-RahinLin-boii-Kobrin est mort au com- 
mencement de notre siècle. Après avoir étudié au Caire, il vint plus 
tard répandre en Algérie les doctrines des soufis, religieux musulmans 
dont l'institution remonte aux premiers temps de l'islamisme. Après 
avoir fondé l'ordre des Rahmaniens à Alger, il alla s'établir chez les 
Beni-Ismaïl, tribu centrale des Guetchtoula. dans le Djurdjura septen- 
trional. Quand il mourut, son corps, dit la légende, se dédoubla, si bien 
qu'il repose à la fois au Hamma, près d'Alger et chez les Beni-IsmaïI, 
d'où le surnom de Bou-Kobrin (le père aux deux tombes), qu'on lui 
donna. 

Cl Sidi A/imcd-Tcdjani a ïondé son ordre vers la fin du xvni° s., à 
Aïn-Madhi, ville du Sahara algérien, qui appartenait à sa famille. Comme 
l'ordre portait ombrage au gouvernement turc, et plus tard à Abd-el- 



LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



123 



Kader, Aïn-Madhi fut prise et saccagée pour se relever. Il s'est fondé 
à Temacin, dans l'Oued-R'ir, une zaouïa de l'ordre, devenue aussi 
puissante que celle d'Aïn-Madhi. L'ordre professe actuellement que, 



^ 




Zaouïa de SiJi Mohanimed-ben-Abd-cr-Rahnian. 



Dieu ayant donné l'Algérie aux Français, il est permis de vivre avec eux 
et qu'il ne faut pas les combattre. 

'< Sidi Youccl-cl-Hamsali est né, il y a environ deux cents ans, dans la 
petite ville kabyle de Zamoura, à 20 kil. N. de Bordj-bou-AreridJ. Il a 
fondé son ordre dans le Djebel Zouaoui, partie O. du Chettàba. près de 
Constantinople. 

« L'ordre des Derkaoua a été fondé, il y a une centaine d'années, 
dans le Maroc, par Sidi AU-cd-Djcmal ; c'est une sorte d'ordre men- 



124 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



diant qui se confond avec la secte d'Ech-Chadeli. Des Derkaoua ont 
essayé à plusieurs reprises de s'opposer à notre pouvoir : Zer'doud, 
dans la province de Constantine, et Moustafa-ould-Mahi-ed-Din, frère 
d'Abd-el-Kader, dans l'Ouaransenis, tous deux tués en 1843. 

<( L'ordre de Sidi Mohammcd-hcn-A li-cs-Senoûsi. fondé en 1 85 5 , est 
le plus hostile et le plus dangereux. Son fondateur, de la tribu des 
Medjàher, né à Mostaganem, quelque temps avant l'occupation 
française, après avoir parcouru l'Algérie, visité le Caire et la Mecque, 
devint le successeur du célèbre Ahmed-ben-Edrîs, le plus haut repré- 
sentant du chadélisme. Nouveau Luther musulman, il poussa le rigo- 
risme à ses limites les plus extrêmes. La confrérie a pris une extension 
immense en Asie et en Afrique, mais elle n'existe en Algérie qu'à l'état 
de société secrète; on connaît cependant le nombre des affiliés qui est 
de ^ 1 1 . Le chef actuel de l'ordre, fils d'Es-Senoûsî, qui réside à Djer- 
boud, dans le pays de Barca, n'est autre que Mohammed-el-Madhi qui 
a dit: « Les Turcs et les chrétiens sont tous d'une même catégorie, je 
les briserai d'un môme coup! » 



« Voici comment sont répartis, d'après M. le commandant L. Rinn, 
les chiffres des différents ordres de khouans en Algérie : 



Rahmanya, Ahd-er-Rahman - bou- 

Kobrin 96,916 

Ta'ibya, Moulaï-Taïeb 16,045 

Kadrya, Affd- el- Kader- ed- Dji- 

lani i-t.S4^ 

Tidjanya, Ahmed-Tedjajii 11,182 

Chadelya, Ecli-Chadeli 10,252 

Halansya, Youcef-el-Hamsali. . . . î,648 

Zianya, branche d'Ech-Chadeli. . . >.4o3 

Total 



Aïssaoua, Mohanimed-ben-Aïssa . . 3,116 

Kerza?ya, branche d'Ech-Chadeli . 2,986 

Cheikhya, branche d'Ech-Chadeli . 2,819 

Madanya, branche d'Ech-Chadeli . 1,601 

Nacerva, branche d'Ech-Chadeli. . 1,000 

Snuossiya, Mohamnied-es-Senoûsî . ;ii 

Youcefya, branche d'Ech-Chadeli . 41; 

Derdourya, branche d'Ech-Chadeli. 204 

Habibya, branche d'Ech-Chadeli. . 4° 

168,971- 




LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



LES AISSAOUA 




%> ES Aïssaoua forment une secte religieuse très répandue en 
"• Afrique et surtout en Algérie. C'est, parait-il, le mara- ■ 
bout Sidi-Aïssa qui, au seizième siècle, fonda cette con- 
frérie, et qui donna à ses fanatiques le privilège d'être 
insensibles à la souffrance et aux privations. 
Les Aïssaoua parcourent l'Algérie en tous sens et vivent du produit 
des représentations qu'ils donnent particulièrement, pendant le ramadam 
(carême). 

Accompagnés d'une musique composée de tambours et de krakeuls 
(énormes castagnettes en métal), ces hallucinés commencent d'abord 
par exécuter une danse désordonnée en poussant des hurlements épou- 
vantables. 

Sautant tantôt sur un pied, tantôt sur l'autre, sans quitter leur place, 
ils augmentent graduellement leur mouvement au fur et à mesure que la 
musique accélère la cadence et arrivent ainsi à tourner avec une rapidité 
vertigineuse. Étourdis par le bruit ainsi que parles émana- 
tions odorantes répandues dans la salle, les yeux éblouis par 
l^|a les mouvements des danseurs, les spectateurs sont 

' ■ bientôt pris du même délire et joignent leurs chants 

à ceux des exécutants. Les femmes poussent leurs 
you ! you ! cri perçant, sorte de trille suraigu, qu'elles 
soutiennent avec une force d'haleine incroyable et 
une grande justesse d'intonation ; le bruit assour- 
dissant des krakeuls et des tambours augmente 
encore , s'il est possible ; les pauvres endiablés 
sentent la folie arriver; ils ne dansent plus, 
ils se démènent ; ils ne chantent plus, 
ils vocifèrent, et bientôt, épuisés, 
trempés de sueur, ils s'abattent les uns 
après les autres et restent ainsi 
anéantis pendant que la mu- 
sique ralentit sa mesure et 



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^■fsr^ 



126 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 

que les chanteurs baissent graduellement la voix de façon à ne plus faire 
entendre qu'un léger trémolo. 

Après ce prologue qui met toute l'assemblée dans un état voisin de 
la folie, les fanatiques exécutent, à tour de r(')le, les différents exercices 
de leur répertoire, toujours accompagnés de leur musique infernale. 

L'un entame un chant triste et, tout en dansant, verse d'abondantes 
larmes, implorant ainsi la miséricorde de Sidi-Aïssa. 

Puis il se livre ensuite à des contorsions désordonnées, jetant vio- 
lemment la tète en avant et en arrière et paraissant avoir le cou complè- 
tement désarticulé. 

Il continue de la sorte jusqu'à ce que. haletant et brisé, il s'affaisse 
et tombe, laissant la place à un autre de ces coreligionnaires. 

Viennent ensuite les insensibles qui mangent des scorpions vivants, 
des vipères, avalent des feuilles d'aloès avec leurs épines, et broyent du 
verre avec leurs dents pour l'absorber ensuite. 

Puis, c'est le tour des invulnérables, qui jonglent avec des barres 
de fer rouge ; se les passant de temps à autre sur la langue ; ramassent à 
terre un morceau de charbon ardent avec leur bouche et le broyent avec 
les dents; éteignent un brasier avec leurs pieds nus; marchent sur le 
tranchant d'un sabre fraîchement effilé, sans seulement s'entamer la peau 
et enfin à l'aide d'un poignard, font sortir leurs yeux de l'orbite et les 
rentrent avec leurs doigts. 

Ce spectacle ne dure pas plus de deux heures, fort heureusement! 

Les nerfs tendus, la respiration oppressée, on en attend impatiem- 
ment la fin et l'on en sort affolé, ayant toujours dans les oreilles ce tinta- 
marre infernal et devant les yeux ces horribles exercices et leurs malheu- 
reux interprètes. 

C'est une curiosité que l'on peut voir une fois, mais alors il faut 
s'armer de courage et y assister jusqu'au bout, afin de ne plus avoir envie 
d'y retourner. 




LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



127 



LA PRIERE 







Les mahométans font, 
dans les vingt-quatre heures, 
einq prières : la première, 
le matin, au lever de l'au- 
rore ; la deuxième, immédia- 
tement après l'heure de midi; la troisième, 
dans l'après-midi, à l'heure moyenne entre 
midi et la tombée du jour; la quatrième, au 
moment où le soleil se couche ; la cinquième, 
le soir à la nuit close. 

L'attitude y joue un grand rôle. 

On évite, pour la prière, d'avoir des 
habits somptueux et des bijoux. Les femmes 
ne prient point publiquement avec les 
hommes, mais chez elles cm bien à la mos- 
quée quand ceux-ci n'y sont pas. 

Ce sont les muezzins qui avertissent 
les fidèles en criant du haut des minarets 
des mosquées; chaque musulman fait alors 
ses ablutions et se rend à la mosquée ou, 
s'il est dehors, se tourne vers la Mecque. 

Cette purification corporelle par les 
ablutions précède toujours la prière; elle en 
est le prologue obligatoire. Cette coutume 
a évidemment été empruntée par le pro- 
phète aux juifs de l'Arabie. 

En voyage, il est permis de remplacer 
l'eau par du u sable fin et pur ». La main 
ouverte ayant touché la terre fait sur le 
corps la même opération que si elle conte- 
nait de l'eau. 

Le croyant, avant de commencer sa 







128 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



prière, étend un tapis ou un vêtement, se place dessus en se tenant 
debout, la figure tournée vers la Mecque ; il répète le isti^ far (de- 
mande de pardon); puis, haussant les deux mains, il porte le pouce sur 
la partie inférieure de l'oreille et récite l'oraison préliminaire appelée 
teklnr (allah ekbar). Passant au fatilrab, il récite trois versets ou ayat 
de cette oraison qui est le premier chapitre du Coran, en posant les 
deux mains au-dessous de la ceinture, la main droite toujours sur la 
main gauche et les yeux baissés vers la terre. 

Pour réciter le tckbir. puis le tesbihk. il incline profondément le 
corps en posant les mains sur les genoux. 

Il se redresse en reprenant la position du fatUrab qu'il garde un 
instant. Alors succède une prosternation pendant laquelle on répète le 
tckbir et trois fois le tesbihk ; la face est contre terre ; les doigts des 
pieds, ceux de la main, à plat, serrés, le bout du nez touchant le sol. 

Relevé, il reste un instant assis sur ses genoux, les mains posées 
sur les cuisses, les doigts séparés et il répète le tckbir. 

Enfin, après une dernière prosternation, la cérémonie se termine 
par une salutation à droite et à gauche, que le croyant, restant age- 
nouillé, adresse aux deux anges gardiens supposés toujours à ses côtés, 
l'un pour l'exciter au bien, l'autre pour le charger du mal qu'il pour- 
rait commettre. — (Racinet.) 







BISKRI, 
ARABES ET MAURESQUES. 




'^^^ 




LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



129 



LES BERRANIS 




Les Biskris, les Kabyles, les 
M'zitis, les nègres, les M'zabites, 
les Lar'ouatis, ainsi que les Tuni- 
siens et les Marocains, qui sont 
répandus dans le Tell, soit comme 
commerçants, soit comme ouvriers, 
sont compris sous la dénomination 
générale de Berranis; en un mot, 
ce sont les individus qui, par leur 
origine ou leurs races, sont étran- 
gers aux gens et au pays au mi- 
lieu desquels ils vivent. 
Les Biskris se trouvent sur- 
tout dans les grandes villes ; ils sont originaires de Biskra. et vont ainsi, 
loin de leur pays, exercer les professions de porteur d'eau, commis- 
sionnaire, etc., jusqu'à ce que, jugeant leurs économies sullisantcs pour 
acheter un coin de terre et quelques palmiers, ils s'en retournent chez 

eux. 

Les Kahvlcs quittent leurs montagnes à l'époque des récoltes, et 
s'engagent chez les cultivateurs pour faire la moisson; on en rencontre 
aussi beaucoup parmi les manœuvres, les maçons, les terrassiers, les 
boulangers et les bijoutiers ambulants. — Les M'^ilis, Kabyles des en- 
virons de Bordj-bou-Areridj, sont surtout connus comme marchands 
de blé ; on en trouve quelques-uns 
employés dans les bains maures, 
oi!i ils exercent la profession de 
masseur. 

Les M'-ir/'//t'5 viennent du 
M'zab, dont Ghardaïa est la ville 
principale ; ce sont des gens essen- 
tiellement commerçants; aussi les 
voit-on, dans toute l'Algérie et 
particulièrement dans le Tell, tenir 
des petites boutiques d'épicier, 
de fruitier, de marchand de char- 
bon, etc., etc. 




no 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 




Par leur costume, ils sont faciles à reconnaître : ils 
portent, comme les Arabes, le haïk entourant le visage, 
mais chez eux la coiffure est rejetée en arrière, le front 
est découvert et souvent, par suite de l'habitude contractée 
dans leur pays, le menton et la bouche sont cachés. 

La gandoura ou grande chemise blanche sans manches 
fait aussi partie de leur accoutrement, mais ils la remplacent 
souvent par un vêtement plus court, en laine de différentes 
nuances et composé d'une quantité de petites pièces for- 
mant des dessins, quelquefois très curieux. 

Les nègres, qui viennent de nos possessions du Sud, 
oij la plupart d'entre eux ont été amenés par les caravanes du Soudan, 
forment une population laborieuse. 

Jusqu'en 18R2, époque de l'annexion du M'zab à la France, les 
nègres subissaient encore les rigueurs de l'esclavage ; leur émancipation, 
dans cette région désormais soumise à nos armes , fut décrétée le 
1" novembre de la même année, et ces malheureux qui, jusque-là, étaient 
considérés comme de véritables bêtes de somme, purent enfin jouir 
des prérogatives de l'homme libre et choisir leur métier et leur 
maître. 

Les nègres sont marchands de chaux, blanchisseurs de maisons, 
fabricants de sparterie, manœuvres, portefaix, etc., beaucoup d'entre 
eux appartiennent à nos régiments de tirailleurs et de spahis, où ils se 
font remarquer par leur intelligence et leur bonne volonté. 

Les négresses sont les bonnes d'enfant du pays ; tout Arabe 
aisé possède une négresse comme servante, quelquefois même 
comme femme. Beaucoup d'entre elles sont aussi 
marchandes de petits pains arabes et s'installent à 
cet effet aux environs des marchés, des fondouk 
(hôtellerie) et près des endroits fréquentés par les indi- 
gènes. 

Les Lar'ouatis, qui viennent de Laghouat, sont 
mesureurs et porteurs d'huile ; leurs costumes graissés 
ainsi que l'odeur qui s'en dégage indiquent suffisam- 
ment à quelle profession ils appartiennent. 

Les Marocains et les Tunisiens se trouvent en 
assez grand nombre en Algérie ; ils exercent les mé- 
tiers de charbonnier et de manœuvre. 




.:•♦ 




NEGRESSE. 



LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



LA CHASSE AUX LIONS 




La chasse aux lions et aux panthères est 
une des plus rudes que l'on puisse faire, moins 
à cause des dangers à courir que par les diffi- 
cultés que l'on éprouve pour aborder ces fauves. 
Même dans les localités qu'ils fréquentent, les 
montagnes du Djurdjura par exemple, les lions 
et les panthères, quoi qu'on en dise, deviennent 
02 plus en plus rares. 

L'époque des grandes chasses oi!i se sont 
illustrés Jules Gérard, le général Margueritte 
et tant d'autres, est déjà bien 
éloignée, et il est certain 
qu'aujourd'hui, ces hardis 
chasseurs auraient beaucoup 
■de peine à renouveler leurs prouesses. 

Les quelques fauves qui restent maintenant 
pourraient facilement vivre inaperçus s'ils ne pre- ^ 
naient à tâche de révéler, de temps à autre, leur "^ . 
présence par leurs déprédations. 

C'est surtout l'hiver que l'on entend parler "y^/-r-'^ ■• 

d'eux; la neige n'a pas plutôt fait son apparition qu'ils se mettent en 
campagne, ne cherchant même pas à se dissimuler, et exécutent alors 
quelques razzias dans les troupeaux des environs. 

Le lion rend la vie très dure aux gens dans le voisinage des- 
quels il se cantonne, et, selon l'expression arabe, il leur enlève le 
sommeil des yeux. 11 est vrai qu'il n'attaque pas toujours , mais 
par l'appréhension qu'il donne de sa visite et ses 
rugissements, il maintient les douars à deux ou 
trois lieue 5 à la ronde dans un état d'anxiété 
fort pénible ; les hommes veillent toute la nuit en 
poussant de minute en minute des cris perçants 
et en jetant en l'air des tisons enflammés, quand 
les chiens, par leurs aboiements furibonds, an- 
noncent l'approche du lion. 





152 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 




On ne se figure pas le trouble et la con- 
fusion qu'amène l'apparition de cet animal 
au milieu d'un douar. Le général Margue- 
ritte, dans son ouvrage sur les chasses de 
l'Algérie, raconte ainsi une scène de ce genre 
à laquelle il assista, une nuit que, s'étant 
attardé à la chasse, il couchait chez les Mat- 
matas : 

(( Je m'étais profondément endormi après 
avoir fait honneur au souper que les pauvres gens chez lesquels j'avais 
demandé l'hospitalité m'avaient offert. 

« Tout sommeillait dans le douar, lorsque le lion, sans avoir été 
comme d'habitude annoncé par les chiens, bondit en rugissant au milieu 

des tentes. 

« A cette subite agression, à cette voix puissante, répondit un 
immense cri d'angoisse de tout ce qui vivait dans le douar. 

« Un irrésistible mouvement d'effroi s'empara des gens et des 
bêtes : chevaux, bœufs, moutons, chiens, se ruèrent dans les tentes 
pour y chercher un refuge et foulèrent aux pieds, hommes, femmes et 

enfants. 

« Pendant un bon moment, ce fut un pêle-mêle tourbillonnant 
duquel sortaient des cris, des pleurs, des lamentations, renforcés de 
bêlements et d'aboiements à rendre sourd pour la vie. 

« Le lion n'avait mis que quelques secondes pour commettre son 
larcin et s'élancer avec sa brebis en dehors du douar, mais l'émoi qu'il 
avait causé dura Jusqu'au jour. 

« Ce qu'il y a de plus bizarre, c'est que ce furent les femmes qui 
les premières, se dégageant de la mêlée, se mirent à poursuivre le lion 
pour lui reprendre sa proie. 

« Il en est souvent ainsi chez les Arabes, notamment chez les 
Matmatas, qui croient que le lion ne fait aucun mal à la femme. Trois ou 
quatre des plus ingambes s'armèrent à la hâte de tisons encore 
embrasés et coururent sur les traces du ravisseur en lui criant : 

<< O trahisseur des musulmans, tu te couvres de honte en prenant 
le bien des femmes et des orphelins. Laisse-nous notre brebis, pour 
l'amour de Dieu... va dérober chez les puissants; les sultans ne font la 
guerre qu'aux sultans ! » 

<c Le lion ne se laissa pas séduire par ce discours, comme les 
Arabes prétendent que cela lui arrive quelquefois ; il avait sans doute 



LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



Mî 



trop faim pour le quart d'heure, il emporta bel et bien la brebis, et 
s'en fut la croquer à son aise dans le bois ; les femmes revinreîU exas- 
pérées de leur insuccès. » 




Les quelques passages qui suivent, relatifs à une chasse dl'.x lions, 
sont extraits du même ouvrage, et nous laissons ainsi la parole au 
général Margueritte : 

« El-Mokhtar (le guide), après nous avoir fait exécuter un circuit 
pour donner moins d'éveil, nous conduisit sur le sommet de Kef-el- 
R'orab. 

« Ce rocher surplombait à pic, d'une hauteur déplus de 1 5 mètres, 
le fourré dans lequel était le lion; mais le bois en était si dru que, 







j::^r^^^x.^^s^c^^X"-H 



malgré l'élévation et notre vue plongeante, nous ne pouvions rien 
découvrir. 

(( A mesure que nous arrivions sur le rocher, nous nous placions 
les uns à côté des autres, sur un rang, les fusils armés et prêts à mettre 
en joue. 

« Les deux tiers de notre troupe avaient déjà pris place de cette 
manière et sans faire de bruit, lorsqu'un des derniers Arabes, en^mar- 



134 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



chant sur la partie déclive du rocher, glissa en arrière en laissant 
échapper son fusil, qui rendit sur la pierre un son de ferraille. 

« A ce moment, le lion, qui sans doute nous voyait agir depuis 
quelques instants et n'attendait qu'un prétexte pour se révéler, 
répondit à ce bruit, qu'il prit pour le commencement des hostilités, 
par un rugissement formidable qui nous donna la chaire de poule! 
En même temps, il s'élança vers nous du milieu du fourré, en couchant 
sous son élan de jeunes chênes de la grosseur du bras, comme s'ils 
n'eussent été que des roseaux. 

« Bien nous prit, et nous ne fûmes pas longtemps à le reconnaître, 
d'être placés assez haut pour que, de ses premiers bonds, il ne pût 
nous atteindre. 

Il nous aurait certes fait un mauvais parti, malgré quelques balles 
qu'il reçut d'une décharge presque 
générale, mais qui n'eurent d'autre 
effet que de le rendre furieux ! 

<( La hauteur de notre rocher 
était trop grande pour qu'il parvînt à 
la franchir; il le tenta néanmoins à 
plusieurs reprises par des sauts prodi- 
gieux, en poussant les rugissements 
qui agaçaient nos nerfs et vibraient 
fortement en nous. 

« J'avais réservé mon feu ainsi 
que El-Mokhtar, cequi nous permit, après les efforts que ce fier animal 
fit pour arriver jusqu'à nous, de le bien viser et de le tirer au bas de 
l'escarpement, dans un moment où il s'apprêtait à un nouvel assaut. 

« La balle d' El-Mokhtar lui entra par le poitrail, longea les côtes 
sous l'épaule droite et sortit par le flanc, ne lui faisant ainsi qu'un séton. 
La mienne, qui avait été tirée au front, n'eut pas cette destination, par 
suite d'un de ses brusques mouvements de tète ; elle pénétra dans la 
gueule, cassa une grosse dent du bas et sortit par la joue en entamant 
la mâchoire inférieure. 

v( Ces deux nouvelles blessures portèrent au comble son exaspé- 
ration ; de sa queue qui sifflait dans l'air, il se battait les flancs avec 
rage, ses pattes de devant arrachaient des racines d'arbres et des pierres 
qu'elles faisaient voler en arrière comme lancées par une fronde. 

<( Ce moment d'action n'avait pas encore duré deux minutes, 
lorsque, voyant qu'il ne pouvait nous joindre, le lion sembla prendre 





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LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



'5î 




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un parti et se mit à fuir vers notre droite, afin de nous tourner» 

i< Sur le conseil d'El-Mokhtar, nous fîmes choix à la hâte des 
chênes les plus rapprochés pour y monter, et à peine étions-nous juchés 
sur ces arbres, dont la plupart, peu élevés, ployaient sous notre poids, 
que nous le vîmes apparaître nous cherchant des yeux. 

(I II était effrayant d'aspect: sa gueule, à chaque contraction, lan- 
çait une écume sanglante-; ses yeux injectés semblaient jeter des 
lueurs rouges; sa longue crinière noire, hérissée et rabattue sur son 
front, la faisait paraître énorme... Sa queue, fouettant autour de lui, 
abattait les branches des arbres. 

<( C'était un des plus grands lions que l'on ait jamais vus, et. dans 
l'action, il nous parut démesurément long et haut. 

(( Il aurait pu nous cueillir sur nos arbres comme des pommes 
mûres, s'il l'eût voulu. 

(i Rien qu'en se dressant sur ses pattes de derrière, il pouvait 
atteindre le plus haut perché d'entre nous, mais le lion ne grimpe 
pas comme la panthère. 



156 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



» Il se contenta de courir d'un arbre à l'autre dans la direction des 
coups de fusil et des cris qui les accompagnaient. 

« Nous avions fini par nous griser au bruit de la poudre et aux ru- 
gissements de notre brave adversaire; c'était à qui l'interpellerait le plus 
fort et Dieu sait comment, surtout quand il allait vers un arbre qui rece- 
lait un des nôtres ; les cris redoublaient afin d'attirer ailleurs son atten- 
tion. 

(( Le combat dura ainsi pendant un quart d'heure, tirant sur le lion 
quand nous l'apercevions à découvert, entre les arbres; lui, courant 
dans toutes les directions vers les appels et les coups de fusil, qui de 
moment en moment lui causaient de nouvelles blessures 

« Enfin, s'étant une fois plus rapproché de moi en me prêtant le 
flanc gauche, je lui tirai r.:a troisième balle qui l'atteignit au cœur. 
11 s'affaissa sous ce coup, qui lut salué des plus brillantes acclamations ! 

(( Le croyant mort, nous descendîmes de nos arbres pour aller le 
contempler de près sans attendre, comme nous disait El-Mokhtar, que 
son sang se fût refroidi. 

u A peine avions-nous fait quelques pas vers lui, que, dans un su- 
prême effort de sa violente agonie, il se releva sur ses pattes et fit deux 
ou trois pas comme pour s'élancer sur nous. 

(( Nouvelle émotion, comme bien on pense, mais c'était là son 
dernier effort ; il retomba presqu'aussitôt, en exhalant sa vie dans un 
dernier et sourd gémissement. 

" 11 avait reçu dix-sept balles! » 





CONSIAN UNE. ~ L'AKCAUE NATURELLE. 



LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



Ï57 




Constantine est une forteresse naturelle, bâtie sur un rocher h 
()44 mètres d'altitude et détendue sur les deux tiers de son pourtour 
par un ravin au fond duquel coule le Rummel. Ce plateau a la forme 
d'un trapèze, et son inclinaison, de la Kasbah à Sidi-Rached, est 
d'environ iio mètres. 

L'aspect de Constantine est des plus pittoresques, et des hauteurs 
de Mansoura et de Sidi-Mecid qui dominent la ville, on peut facile- 
ment se faire une idée de sa configuration. 

Le quartier arabe, qui, tout récemment, a été très abîmé par le 
percement de la rue Nationale, est circonscrit, au nord, par ladite rue, 
à l'est, au sud et à l'ouest par le ravin; il compte environ 20,000 habi- 
tants et est le point central où aboutit le commerce à l'intérieur. Ce 
quartier, malgré les transformations de son voisinage, a conservé son 
aspect primitif, ses rues étroites et tortueuses, mal entretenues, oii 
grouille une population bigarrée, donnant encore une idée exacte de 



>5» 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



ce que devaient être les grands centres musulmans avant notre occu- 
pation. C'est là, dans ces ruelles, que sont établis tous les commerçants 
M'zabites et autres, dont les petits magasins exigus sont bondés de 
marchandises. Une rue de ce quartier est réservée aux cordonniers 
chez lesquels tous les indigènes de la province viennent s'approvisionner. 

Le quartier européen, composé 
des anciens bâtiments de la kasbah, 
de l'église, de l'ancien palais d'Ahmet- 
Bey, des hôtels du gouvernement, tels 
que la préfecture, la mairie, la banque, 
le trésor et la poste, ainsi que des cons- 
tructions particulières, est situé au 
nord-ouest de la ville, et en occupe un 
peu plus du tiers. On retrouve là le 
mouvement et l'animation qui existent 
dans toutes les grandes cités euro- 
péennes ; dans son ensemble, il pré- 
sente aussi la même physionomie, avec 
cette différence cependant que la to- 
nalité générale est rehaussée par le 
burnous blanc de l'Arabe, le voile 
bleu de la mauresque et le brillant cos- 
tume des juives, qui sont plus belles 
à Constantine que partout ailleurs. 

La population de cette ville est 
actuellement de 4^,000 habitants en- 
viron, dont 10, ■;oo Français, 5,500 is- 
raélites, 21,000 musulmans et 8,000 
de nationalités diverses. 



Les fortifications de Constantine 
consistent principalement dans les rochers infranchissables qui bordent 
le Rummel; avec les murs de la kasbah, les seuls remparts qui exis- 
tent s'élèvent du sud à l'ouest. 

Des six portes par lesquelles on pénétrait dans la ville au 
xvi^ siècle, il n'en reste plus que deux aujourd'hui : celle de Bab-el- 
Djabia à l'ouest et celle de Bab-el-Kantara où se trouve le pont jeté 
sur le Rummel. 




LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



139 



pour 
fran- 
7; il 



e se 



Ce pont en fer, d'une seule arche, a été construit en 1859, 
remplacer celui qui, en 1836 et en 1837, avait servi aux troupes 
çaises pour franchir le ravin, et dont une partie s'écroula en iQy 
relie maintenant la rue Nationale à la gare. 

La kasbah, qui date de la fondation de la ville et dans laquell 
réfugiaient toujours les habitants aux 
époques d'investissement, a été consi- 
dérablement améliorée depuis l'occu- 
pation française. Elle renferme aujour- 
d'hui trois casernes pour l'infanterie, 
le génie et l'artillerie, un hôpital, une 
manutention et un arsenal. Les citernes 
immenses, creusées à cet endroit par 
les Romains, ont été réparées aussi et 
servent actuellement de réservoir et 
de château d'eau. 



Le quartier européen est séparé 
du quartier arabe par la rue de France, 
et ce dernier est lui-même partagé en 
deux par la rue Nationale. 

La nouvelle préfecture, qui est 
le plus beau monument moderne de 
la ville, est située sur le boulevard de 
l'Ouest, qui, avec ceux de l'Est, du 
Midi et du Sud, forme les princi- 
pales voies de communication. 

Les quartiers européen et arabe 
renferment de nombreuses places, 
entre autres la place Vallée, la place 



de Nemours, la place du Palais, la place du Caravansérail, la place 



d'El-Kantara, etc. 




Les maisons arabes ressemblent absolument à celles que l'on 
rencontre à Alger et dans tous les grands centres : c'est toujours la 
même disposition avec la cour intérieure entourée d'arcades, n'ayant 



'40 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



d'autre ouverture sur la rue que la porte d'entrée; c'est toujours la 
même architecture, fort simple et bien uniforme d'ailleurs; il n'y a, en 
somme, qu'une différence à signaler, c'est celle qui existe dans la sup- 
pression des terrasses, qui ici sont remplacées, à cause des pluies et 
des neiges, par des toits en tuiles. 

Avant 1837, Constantine possédait plus de quatre-vingt-quinze 
mosquées ; depuis, plusieurs ont été détruites, mais les principales 
sont restées debout. On peut voir encore Djama-el-Kebir, qui est pos- 
térieure auvi" siècle de l'hégide ; Djama-Sidi-el-Akhdar, qui fut achevée 
en 174", ; puis Djama-Rahbat-es-Sauf, Djama-Sidi-el-Kettani, etc. 

C'est dans la mosquée de Souk-er-Rézel, bâtie en 1143, que 
l'église ou cathédrale de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs a été 
installée. 




Sous les Romains, le territoire de la province de Constantine for- 
mait à l'est et jusqu'au fleuve Ampsajas (Rummel) une portion de la 
Numidie, qui avait pour capitale Ciiia (Constantine). Il comprenait 
aussi la Mauritanie sitéfienne, chef-lieu Sitéfie (Sétifj. 

Conquis par Genséric sur les Romains, ce territoire passa au 
pouvoir des Vandales en 476, puis il fut repris par Bélisaire en 553. 
Les Arabes n'en prirent possession qu'en 670. 




LE RALLIEMENT 



10 



142 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



Sous les califes, ce pays, souvent morcelé par des guerres intes- 
tines, faisait partie du Magreb-el-Aousat, lorsqu'on 1509 il fut soumis 
par les deux Barberousse et ensuite par l'odjak turc ; il devint alors 
partie intégrante du gouvernement d'Alger. 

C'est de cette époque que date l'élévation de la famille des Ben- 
Lefgoum (Oulad-Sidi-Cheik), dans laquelle pendant trois cents ans consé- 
cutifs, jusqu'en 1837, s'est maintenu intact, de père en fils, le titre de 
Cheik-el-Islam. C'est aussi à partir de ce moment que les gouverneurs 
prirent le titre de Bey. 

« Hadj-Ahmet, le dernier bey, 1242 de l'hég. (1826 de J.-C), 
dit M. Cherbonneau, gouverna onze ans et fut tout à fait indépendant 
de 1830 à 1837. Avant la signature de la capitulation d'Alger, Hadj- 
Ahmet, qui s'était battu vaillamment contre les Français, voulant ren- 
trer dans la ville de Constantine, en trouva les portes fermées. Mais 
Hadj-Ahmet, en peu de jours, réunit sous son drapeau une armée de 
Kabyles, s'attribua le titre de pacha, qui lui fut confirmé par la Porte. 
Un forgeron de la tribu des Beni-Ferguen, appelé Ben-Aïssa, devint 
son ministre, pour ne pas dire son exécuteur des hautes œuvres. 

« Lorsqu'il se fut débarrassé des janissaires, il. les remplaça par des 
Kabyles et par des cavaliers du désert, qui se comportaient comme en 
pays conquis. Tous ces excès n'étaient pas faits pour lui assurer un 
appui contre les menaces de la France ; mais l'horreur du nom chrétien 
est si grande chez les musulmans qu'il vit même les victimes de sa 
tyrannie défendre avec acharnement son drapeau. » 




LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



■45 




■^■•j'e/^- •^y^iVflï Al 



La prise de Constanliiie. qui eut lieu en \'ô}j, présenta des dif- 
ficultés énormes, que nous ne pûmes vaincre qu'au prix de grands 
sacrifices. 

Le maréchal Clauzel partit de Bône avec son armée le 8 novem- 
bre 1856 et arriva sous les murs de Constantine le 21. La première et 
la deuxième brigade, sous le commandement du général de Rigny, se 
portèrent sur le Koudiat-Aty, à l'ouest; le reste de l'armée s'établit à 
Mansoura, à l'est. 

Voici comment M. Léon Galibert raconte ce premier siège de 
Constantine : » Il s'offrait donc deux points d'attaque : l'un par Kou- 
diat-Aty, dominant une porte à laquelle on arrive de plain-pied ; l'autre 
par Mansourah, prenant la place par le bas et dominé par les assiégés. 
Evidemment, le premier était préférable ; aussi, dès que les troupes fu- 
rent réunies à Mansourali, le maréclial envoya la brigade de Rigny 
pour s'en emparer; mais le terrain était si mauvais et le passage de 
rOued-Rummel si difficile, qu'il fut impossible d'y transporter les 
pièces de 8 ; le général se trouva donc réduit à ses obusiers de mon- 
tagne, arme trop faible pour battre des remparts. Son avant-garde fut 
d'abord repoussée par une masse d'Arabes qui gardaient le plateau ; 
mais vivement abordés à la baïonnette par les chasseurs d'Afrique, ils 
cédèrent le terrain et rentrèrent en ville. 

« Dans la journée du 22, le maréchal fit canonner la porte d'El-Can- 
tara à une distance de 400 mètres. N'ayant plus de vivres et que très 
peu de munitions, il songeait plutôt à un coup demain qu'à une attaque 



144 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 




régulière, et, après avoir endommagé la porte à coups 
de canon, il espérait se la faire ouvrir entièrement dans 
la nuit par les troupes du génie. Le soir, la galerie 
crénelée et les pieds-droits étant à peu près détruits, le 
capitaine Hackett, suivi de quelques hommes d'élite, 
se glisse à la faveur des ténèbres, jusqu'au milieu des 
ouvrages attaqués, où il essuie une décharge meur- 
trière. La porte était à demi abattue ; mais, plus en 
arrière, il s'en trouvait une seconde complètement 
intacte, et qu'il s'agissait d'enfoncer au moyen du pé- 
tard. Cette opération, qui exigeait quelques prépara- //,^^w^^^^^^^^Jl 
tifs, fut remise au lendemain. "^' 

<< Le 23, les batteries de Mansourah commencèrent leur feu contre 
la porte d'El-Cantara; mais, vers le milieu de la journée, on dut le sus- 
pendre pour répondre à une attaque que les Arabes campés hors de la 
ville dirigèrent simultanément sur Koudiat-Aty et Mansourah : des 
charges brillantes de cavalerie et le tir à ricochet de nos obusiers dis- 
percèrent, sans trop de peine, ces hordes tumultueuses. Le soir, les 
munitions de l'artillerie étant presque épuisées, le génie s'apprêta à 
faire sauter les deux portes. Les sapeurs, à qui cette opération était 
confiée, s'avancent intrépidement sur le pont ; mais un rayon de lune 
les signale à l'ennemi, et ils sont reçus par un feu de mousqueterie à 
bout portant qui en renverse quelques-uns. Le général Trézel, chargé 
de les soutenir avec des détachements des 59° et 63" de ligne, s'avance 
alors; lui aussi est accueilli par une vigoureuse fusillade. Entassés dans 
cet étroit passage, nos soldats reçoivent, sans en perdre 
une seule, toutes les balles de l'ennemi; le général 
lui-même tombe grièvement blessé, et le désordre se 
répand parmi eux : on ne retrouve plus les mineurs 
chargés des fougasses ; ceux qui portaient les divers 
instruments de sape manquent aussi, tant le feu des 
remparts est meurtrier. Au milieu de ce pèle-mèle 
d'hommes appartenant à deux armes différentes règne 
une hésitation d'autant plus douloureuse que la blessure 
du général Trézel l'a contraint à se retirer. Le colonel 
Hecquet du 63" lui succède, et, reconnaissant l'impos- 
sibilité de donner suite à l'attaque, fait rebrousser che- 
min. 

« Afin de partager l'attention de l'ennemi, le mare- 




LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



Mî 





>■ 



chai avait ordonné une contre- 
. attaque sur Koudiat-Aty ; là, il s'a- 
gissait également d'enfoncer 
une des portes qui débou- 
yt^"^"^ chent vers le plateau, et le 
lieutenant-colonel Duvivier fut 
■\ Jii^-*'-— chargé de conduire cette opéra- 

\^W'- , y'^\/ ,;f « De même qu a Mansourah, 

,^^^'^-hÉ'': les mineurs qui portent les fou- 
^'"'Mt^%,'^ ' gasses tombent sous les balles do 
'* 'V"^i,#' l'ennemi, et couvrent les sacs do 
plj.f..'.- poudre avec leurs cadavres. Le ba- 
•''''" taillon d'Afrique, qui devait les pro- 
téger, s'avance à leur secours avec une 
si grande hâte qu'il augmente l'encombrement. 
On cherche à enfoncer la porte à coups d'o- 
puis avec la hache, jusqu'à ce que, enfin, 
voyant qu'il perd inutilement beaucoup de monde, M. Duvivier ordonne 
la retraite. Le capitaine Grand, de l'arme du génie, et le commandant 
Richepanse, fils de l'illustre général républicain de ce nom, qui faisait 
la campagne en qualité de volontaire, y perdirent la vie. 

« Les deux attaques ayant échoué, les vivres manquant tout à fait 
et les munitions de l'artillerie étant réduites à 15 kilogrammes do 
poudre, le maréchal se résigna à ordonner la retraite. « Quatre heures 
« de plus devant la ville ennemie, ont dit quelques officiers dévoués au 
« comte Clauzel, et il y entrait en maître, car les habitants organisaient 
<< la députation qui allait lui en apporter les clefs! Quatre heures de 
« plus, et, pour la centième fois de sa vie, il était proclamé un grand 
« capitaine! » Quoi qu'il en soit, le mouvement rétrograde commença 
avec une déplorable précipitation ; le matériel qu'on ne put emporter 
fut détruit, on précipita dans les ravins les tentes, les bagages. les 
caissons d'artillerie, et, chose affreuse à dire, on abandonna même les 
prolonges chargées de blessés! La brigade de Rigny reçut d'abord 
l'ordre de revenir sur le plateau de Mansourah; le général y arriva le 
premier avec les chasseurs d'Afrique. Malheureusement, on avait 
oublié plusieurs petits postes sur le Koudiat-Aty ; quelques traînards y 
étaient aussi restés; le commandant Changarnier, du 2' léger, revint sur 
ses pas pour les dégager et les arracher à une mort certaine : c'est 



146 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



ainsi que ce brave officier inaugurait une journée qui devait être si glo- 
rieuse pour lui. 

« Enfin, à huit heures, le signal du départ général était donné : les 
spahis éclairent la marche ; le 17" léger vient après, et le convoi, flan- 
qué des 59° et 62°, reprend en ordre le chemin que l'on avait déjà 
suivi, pendant que le 63% en colonne serrée, contient l'ennemi qui sort 
en foule par la porte d'El-Cantara. Enfin, l'armée s'avance lentement 
au milieu du feu roulant des soldats d'Ahmet, qu'elle maintient par ses 
tirailleurs, et qui fuient dès qu'un bataillon leur fait face. 

(( Dans un de ces moments oij elle se trouvait pressée par un en- 
nemi implacable, supérieur en nombre, exalté par sa victoire, la bravoure 
et le sang-froid du chef de bataillon Changarnier la tirèrent d'affaire. 
Arrivé à Mansourahà l'instant où le 63° se mettait en marche, le 2° léger, 
réduit à un peu moins de trois cents hommes, se trouvait former l'extrême 
arrière-garde et porter à lui seul la responsabilité des prolonges en- 
combrées de blessés. Devant une si faible poignée d'hommes, les 
Arabes se décident à charger à fond, et la ligne de tirailleurs est en- 
foncée, en partie sabrée. Mais le commandant Changarnier a deviné 
leur intention ; il rallie sa troupe au pas de course, fait former le carré, 
et attend de pied ferme. « Ils sont six mille, dit-il, et vous êtes trois 
.( cents, la partie est donc égale. Regardez-les en face, et visez juste! » 

(( Les soldats ont entendu la voix de leur chef ; ils laissent arriver ces 
bandes sanguinaires jusqu'à portée de pistolet et les accueillent par un 
feu de deux rangs des plus meurtriers. Renonçant à l'espoir d'enfoncer 
cette troupe héroïque, elles reprirent leur système d'escarmouches, tou- 
jours tenues à distance par le bataillon Changarnier, le 6y' de ligne et 
quelques escadrons de chasseurs. » 




LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



147 



Il était impossible que la France restât sous le coup d'un pareil 
échec, et, l'année suivante, le général Damrémont reçut l'ordre de mar- 
cher de nouveau sur Constantine. 

Le corps expéditionnaire, composé de dix mille hommes, était 
divisé en quatre brigades, commandées par le duc de Nemours, le gé- 
néral Trézel, le général Rulhières et le colonel Combes. Le général 
Vallée commandait l'artillerie, et le général Rohaultde Fleury, le génie. 

L'armée arriva devant Constantine, le 6 octobre, et le 12, tout 
étant disposé pour l'attaque, le général Damrémont envoya faire les 
sommations d'usage. 

L'émissaire chargé de cette mission' revint avec une réponse qui 



-**>^W 







'•i- re^l V-sn (v^, 



repoussait en termes outrageants des propositions dictées par l'huma- 
nité. " 11 y a à Constantine. y était-il dit, beaucoup de munitions de 
guerre et débouche. Si les Français en manquent, nous leur en enverrons. 
Nous ne savons ce que c'est qu'une brèche ni une capitulation; nous 
défendrons à outrance notre ville et nos maisons. Vous ne serez maîtres 
de Constantine qu'après avoir égorgé jusqu'au dernier de ses défen- 
seurs. )i 

Le général Damrémont se rendit alors pour examiner la brèche, 
qu'un obusier, pointé la veille par le commandant Malichard, avait 
déterminée dans les murs de la ville. C'est alors qu'ayant mis pied à 
terre, un peu en arrière des ouvrages, le général en chef s'arrêta sur 
un terrain trop découvert et fut renversé sans vie par un boulet parti 



148 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 




/ de 11 place. Le général Perrégaux, qui s'était porté à son secours, 
'' fut tué à ses côtés par une balle qui le frappa au-dessous du front. 

Le général Vallée prit alors la commandement des troupes, et 
le lendemain 1 3 il ordonnait l'attaque. « Deux heures avant le jour, 
les première et deuxième colonnes d'attaque furent placées dans 
la place d'armes et le ravin y attenant ; la troisième se trouvait der- 
rière la Bardo, grand bâtiment en ruines sur les bords de la rivière. 
A sept heures, toutes les dispositions étaient prises, 
et le colonel Lamoricière, à la tête de ses zouaves, 
dait avec impatience le signal de l'assaut ; le duc 
mours le lui donna. Stimulés par la voix de leur chef, 
\ se précipitent aussitôt sur la brèche, à travers 
A balles, et, renversant tous les obstacles, ils cou- 
remparts de leurs baïonnettes, au-dessus des- 
le drapeau tricolore, soutenu par le capitaine 
De vives acclamations saluent ce premier succès. 






atten ^^J 
de Ne 
ces braves 
une grêle de 
ronnent les 
quelles flotte 
Garderens. 
Dansle trajet 
ment atteints; mais le 
des murailles est plus 
des assiégés. Cher '^W 
trer dans la ville, ils en ^ 
obstacles ou des entrées 
meurtrier de mousqueterie. Alors 
rible, s'engage de maison en mai 
le canon avait créé un terrain fac^^^ 
remuées et de décombres, qui, "'^ 
posant au sol primitif, avait fermé 
ges, obstrué les portes, défiguré en 
les localités : on escarmouchait sur les toits ; 
lait aux croisées ; on chargeait à la baïonnette 
boutiques et les allées. Après avoir sondé plu- -% 
sieurs couloirs qui paraissaient des entrées de "^ 
rues, mais qui n'aboutissaient nulle part, on en 
rencontra un qui, s'élargissant à distance, semblait promettre un 
débouché; les zouaves s'y précipitent. 11 serait impossible de 
dire avec détail les attaques partielles, les luttes, les assauts qu 
fallut livrer et soutenir avant de pénétrer dans la ville ; les 
lignes tortueuses des rues, la construction des maisons, le carac- 
tère opiniâtre des Arabes, n'en donnent qu'une idée imparfaite. 



plusieurs zouaves tombent mortelle- 
nombre de ceux qui arrivent au sommet 
que suffisant pour comprimer les efforts 
chant partout un passage pour péné- 
rencontrent partout que des 
sans issue, et partout un feu 
un combat acharné, ter- 
son. En faisant brèche, 
tice composé de terres 
se super- 
\ CS\ les passa- 
tièrement 
on tu'ail- 
dans les 






LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



H9 





Cependant, à mesure que la première colonne 
gagnait du terrain, le général en chef, qui se tenait 
à la batterie de brèche avec le duc de Nemours, 
lançait de nouvelles troupes prises dans les deux 
autres colonnes. 
Ces troupes n'arri- 
vaient que par dé- 
tachements de deux com- MjfM'<.'^ 
pa;.,^nies: disposition sage ^ - 
**'^''' et 'prudente qui prévint U-J'K 
l'encombrement et qui rendit moins 
considérable le chiffre des morts et 
des blessés. Cependant, un grand 
nombre de ces braves, et parmi eux 
beaucoup d'officiers, furent mortelle- 
ment frappés. La chute d'un mur en ' ,'>" 'twlf:||î[.''^?p^|i^^ 
écrasa quelques-uns, entre autres le - - • . nv 

commandant Serigny, du 2'' léser. Ils 
eurent à souffrir d'une explo- 
sion terrible, que l'on crut 
d'abord être l'effet d'une 
mine creusée par les assié- 
gés, mais qui provenait de 
l'incendie d'un magasin à 
poudre. Le 
colonel La- 
mori ci ère 
se trouva 
parmi ceux 
qu'elle mit 
hors de 
combat. 
Cet habile 
et intrépi- 
de officier 
était horri- 



r,^ 




150 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



blement brûlé ; on craignait même pour sa vie, ou du moins pour sa 
vue, mais heureusement il conserva l'une et l'autre. Le colonel Combes, 
qui l'avait suivi de près sur la brèche, fut moins heureux ; il reçut deux 
blessures mortelles, au moment où un mouvement qu'il dirigeait livrait 
l'intérieur de la ville à nos troupes. Il eut pourtant encore la force de 
s'assurer du succès, et vint en rendre compte au duc de Nemours, 
avec un calme stoïque : k Heureux, dit-il en terminant, ceux qui ne 
sont pas blessés mortellement ; ils jouiront du triomphe ! » Après ces 




dernières paroles, il chancelle et s'affaisse ; on s'aperçut alors qu'une 
balle lui avait traversé la poitrine ; le surlendemain, il n'était plus! 
Ceux qui l'ont vu dans ce moment suprême ne parlent encore qu'avec 
un religieux enthousiasme de son admirable sang-froid. 

Privées de leurs chefs, les troupes montraient quelque hésitation. 
Le colonel Corbin, du 17% commandant la troisième colonne, arriva à 
temps pour relever leur courage et diriger leurs efforts. Il les répandit 
à droite et à gauche, en ordonnant à chaque détachement d'opérer un 
mouvement concentrique vers le cœur de la place. Bientôt, les zouaves 
rencontrèrent les premiers une des grandes voies de communication, 
la vraie route stratégique à travers ce dédale de rues et d'impasses. 
Dès ce moment, la défense devint timide et incertaine. Quelques 
grands édifices, des magasins publics, opposèrent pourtant encore une 
opiniâtre résistance. Dès que les colonnes d'attaque eurent pénétré 
assez avant pour être maîtresses de la ville, le général Rulhières en 
prit le commandement supérieur. On se battait encore, il est vrai, mais 



LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



I W 



les autorités faisaient leur soumission, et imploraient la clémence du 
vainqueur. Le général fit cesser le feu et se dirigea sur la Kasbah. où 
il entra sans difficulté. 

Pendant l'assaut, une partie de la population avait tenté de fuir 
parles côtés de la ville non exposés à nos coups; mais un grand 
nombre de ces malheureux se brisèrent sur les rochers escarpés 
qui ceignent Constantine, et d'où ils ne pouvaient descendre 
qu'au moyen de longues cordes que leur poids faisait rompre. 
— Nos soldats furent saisis d'horreur et de compassion 
lorsque, plongeant leurs regards dans le fond de l'abîma, 
ils virent cette multitude d'hommes, de femmes et d'en- 
fants écrasés, mutilés, entassés les uns sur les autres, 
et se débattant encore dans les ansroisses d'une dou- 
loureuse agonie. Ben-Aïssa, le lieutenant du bey. fut 
du petit nombre de ceux qui parvinrent à s'échappar; ^ 
le Kaïd-el-Dar (intendant du palais), blessé la veille, 
était mort pendant l'assaut. Un des cadis 
avait suivi le bey ; l'autre, quoique blessé, 
s'était enfui des qu'il avait été en état de sup- 
porter la fatigue. Il ne restait dans Constan- 
tine, à l'exception du cheik El-Belad, aucune' 
des autorités principales. Ce vieillard véné- 
rable, affaibli par l'âge, n'avait pas assez 
d'énergie pour faire face à toutes les nécessités 
de la situation. Heureusement, son fils se char- 
gea d'organiser une espèce de pouvoir, une muni- 
cipalité composée d'hommes dévoués, à l'aide des- 
quels on parvint à connaître et à classer les ressources 
que la ville offrait, ainsi qu'à faire rentrer la contribu- 
tion de guerre imposée aux habitants pour subvenir 
aux besoins de l'armée. 



Quelques jours après notre installation à Cons- 
tantine, on vit arriver, non sans quelque surprise, le 
12° régiment de ligne, ayant le duc deJoinville 
à sa tète. Le jeune^ prince, monté sur ['Hercule, 
avait fait relâche à Bône, le 4 octobre . Instruit 
de l'ouverture de la campagne, il voulut courir 
les mêmes périls que son frère ; mais il dut diffé- 




M2 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



rer son départ jusqu'à la quarantaine prescrite. Cette arrivée soudaine 
jeta une espèce de panique dans l'armée : le régiment traînait à sa suite 
un grand nombre de fiévreux, et, comme durant la traversée de France 
en Afrique, plusieurs de ses hommes avaient été atteints du choléra, on 
prétendit qu'il apportait avec lui ce fatal fléau. En effet, soit qu'il fût 
réellement atteint, soit que la peur eût contribué au développement de 
la maladie, la mortalité devint très grande dans les hôpitaux; les décès 
s'y succédaient avec une effrayante rapidité, non seulement chez les 
soldats, mais encore chez les officiers; un général, le marquis de Cara- 
man, succomba même de cette affection. 

Pour arrêter le progrès de l'épidémie, le général Vallée résolut 
d'évacuer Constantine; l'approche de la mauvaise saison lui en faisait 
d'ailleurs un devoir rigoureux. Plusieurs colonnes partirent donc de 
cette place à différents intervalles et il ne resta bientôt plus que deux 
mille cinq cents hommes sous les ordres du général Bernelle, casernes 
dans la Kasba et chargés de défendre la ville en cas d'attaque. 





MAURESQUE 



LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



lî? 



LES ENVIRONS DE CONSTANTINE 




Constantine est entourée de'promenades ravissantes, parmi 
lesquelles il faut tout'(f abord citer : l es deux 
collines de Mansourah et de Koudiat-Aty; sur 
la première, on a établi un fort et des casernes. 
Ces deux endroits sont maintenant des fau- 
bourgs de Constantine, peuplés d'aubergistes, 
de forgerons, de charrons, etc., etc. 

Au sud-est de Koudiat-Aty se trouvent 
les cimetières français et arabe. 

A droite de la route de Sétif, au point 
de rencontre des rues Saint-Antoine et Ro- 
hault-de-Fleury , on voit la pyramide élevée 
en l'honneur du général Damrémont, sur la face 
nord de laquelle on lit : 

Ici fut tut^ par un boulet en risitant la bat- 
terie Je brèche le 12 octobre 1837, veille de la 
prise de Constantine, le lieutenant général Dcnys, 
comte de Damrémont, gouverneur général, com- 
mandant en chef l'armée française expédition- 
naire. 

Du côté de Vaballoiroù l'on arrive en sor- 
tant par la porte Vallée et après avoir descendu 
un chemin rapide bordé de fondouks (hôtelle- 






<!?v^ 




'H 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



ries arabes), de maréchaux-ferrants, de teinturiers, de marchands de 
fritures, etc., on peut voir le Bardo^ ancien quartier de cavalerie 
turque. 

C'est au delà de ce point qu'est situé Y aqueduc romain, qui fut 
construit sous Justinien et dont il ne reste plus que cinq arcades dont 
la plus élevée a encore environ 20 mètres de hauteur. 

Une source thermale, où les indigènes vont prendre des bains, se 
trouve de l'autre côté du Po/il du Diable ; ce pont, d'une seule arche, 
construit en bas de la pointe de Sidi-Rachet qui forme l'extrémité sud 
du rocher de Constantine, traverse la rivière à l'endroit oij elle com- 
mence à s'engouffrer dans le ravin. 

La gare de Constantine se trouve dans la plaine qui sépare Man- 
sourah du ravin ; lors de sa construction, on a trouvé de nombreuses 
pierres de taille ainsi que des quantités de corniches, chapiteaux, 
colonnes, etc., etc., qui prouvent que des monuments devaient exister 
là à une certaine époque. 

Les cascades du Rummel, encadrées par des rochers hauts de 200 
à 300 mètres, sont superbes ; on y arrive en prenant le sentier qui se 
trouve entre la ville et la route de Philippeville et qui est entouré 
d'une quantité de masures et de gourbis où loge une population en 
loques. 




Lorsque le Rummel est à sec, ce qui arrive quelquefois, on peut 
alors s'avancer jusqu'à la première arche naturelle qui existe entre la 
kasba et Sidi-Meçid, et, en prenant le pont en bois qui est construit 
entre cette arche et la cascade, gravir un petit sentier taillé dans le 
roc, à quelques centaines de mètres duquel on aperçoit V établissement 
thermal de Sidi-Meçid. C'est à cet endroit, fort bien aménagé d'ailleurs, 
que les habitants vont se baigner le matin ; c'est un charmant but de pro- 



LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



T i* ■* 



menade où l'on trouve non seulement l'utile, mais aussi l'agréable, 
puisque, après le bain, on peut aussi s'y récon- 
fcjrter par un excellent déjeuner. 

C'est sur la hauteur de Mcçici d'où l'on a une 
vue superbe, que se réunissent de préférence les 
fameux corbeaux, émou- 

chets et vautours, qui sont en si grand nombre 

aux environs de Constantine ; leur présence 

est une nécessité et un bien pour cette région, 

puisqu'à l'instar des chacals qui généralement 

se chargent de ce travail en Algérie, ils font disparaître toutes les cha- 
rognes que les indigènes précipitent dans la rivière. 





LE HAMMA 

Le Hamma, village d'une certaine importance, qui compte environ 
4,800 habitants, est situé dans une région d'une fertilité merveilleuse. 
De nombreuses sources arrosent toute la campagne, et les jardins, en- 
tretenus avec soin, possèdent des arbres de toute nature ; les plantes 
exotiques s'y trouvent mélangées à celles d'Europe et le palmier du 
Sud s'y trouve côte à côte avec le peuplier. 

Dans les environs du Hamma, d'importantes prairies sont ré- 
servées pour l'élevage du bétail, et les terrains non irrigables sont 
ensemencés et produisent l'orge, le blé et le sorgho, ou bien alors 
sont plantés de vigne. 

De Constantine on vient à ce village soit par le chemin de fer 
(7 kilomètres), soit par la route (13 kilomètres) qui est ravissante à par- 
courir. 




Mo 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



KRENEC ET OUDJEL 



Kreneg (la gorge) est située à 24 kilomètres de Constantine ; 
on peut s'y rendre en voiture en passant par le village du Pont-d'Au- 
male, le hameau de Salcih-Bey et YOiied Beyrai, affluent du Rummel. 

M. Charbonneau nous raconte ainsi l'histoire de Salah-Bey : 
« Vers la fin du dernier siècle, il n'y avait autour de la ville romaine 
qu'un champ de fèves et de maïs. Salah- 
Bey eut la fantaisie d'en faire une demeure 
princière. Alors il était loin de prévoir .-;>:-a^, 
que sa destinée le condamnerait un jour à '--';:^^r^^^^C'- 
fonder, près delà, une chapelle expiatoire. '' ■^''^^S'i',.- 

Tandis que Salah-Bey gouvernait la 
province, un marabout influent et vénéré, 
Si-Mohammed, dirigeait contre son autorité /'i^l 
une opposition acharnée; Salah-Bey sur- 
veilla ses démarches, le fit prendre et le 
condamna à mort ; le chaouch fit son de- 
voir et la tête de Sidi-Mohammed roula 
sur le sol ensanglanté. — En ce moment, 
le corps du marabout se transforma en corbeau, 
et l'oiseau, après avoir poussé des croassements 
lamentables, s'élança à tire d'aile vers cette mai- 
son de plaisance, il y jeta une malédiction, puis 
il disparut. — Averti de ce miracle, le bey, pour 
calmer les mânes de sa victime, fit élever sur 
l'emplacement où le corbeau s'était abattu l'élé- 
gant mausolée à coupole blanche que l'on dé- 
signe sous le nom de Sidi-Mohammed-el-R'orab, 
Monseigneur Mohammed-le-Corbeau. 

C'est cette zaouïa que l'on aperçoit 
sur le mamelon situé au nord-ouest en y ^^/-'^^iSi 



face de Constantine, au milieu 

d'une petite oasis. ^ ^"'^^ 

Kreneg est le but d'une des "'"" 

plus intéressantes excursions des' 




LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



157 



environs; les ruines de l'ancienne Tiddi, petite ville qui était entourée 
d'escarpements infranchissables, se voient encore, et l'on se sert même 
encore aujourd'hui de la voie romaine qui la traversait. 

A côté de Kreneg se trouve le ravin de l'oued Smcndou, site re- 
marquable. Y^QXouedBegrat, c'est-à-dire à 12 kilomètres avant d'arriver 
à Kreneg, on trouve le chemin (non carrossable) qui conduit à Oiidjel, 
petite colonie où sont encore des ruines romaines. 

A cet endroit, le colonel Le Neveu a découvert une inscription, 
■dédicace à Caracalla, 15° année de son règne, 212 do J.-C. par les 
Uzelitains. 

Plusieurs épitaphes couvrent aussi la surface d'un rocher situé à 
environ 500 mètres de là. 




■«T^ " -XA^. «/ 




LES CHETTABA 

ET LES NOUVEAU.\ VILLAGES 

Pour se rendre au Djebcl-Chet- 
tabà qui fait partie des monts de Cons- 
tantine et qui fut habité par une im- 
portante colonie romaine, on peut 
prendre la diligence qui conduit de 

Constantine à Sétif en passant par Aïn-Smara 

où l'on descend. 

R'ar-e^-Zeinma (la grotte des inscriptions) 
n'est distante d'Aïn-Smara que de ^ kilomètres; 
on y arrive en traversant une série de ruines. 
A cet endroit, près de l'entrée de la grotte, le 
panorama est très étendu, et l'on jouit d'un 
magnifique coup d'œil. 

A'in-Kenna (la fontaine du figuier) se 
trouve à 5 kilomètres plus loin ; on s'y rend en 
doublant la pointe sud du Chettabà. 

En suivant la route romaine, au sud-est 
du Chettabà et en prenant comme point de dé- 
part R'ar-ez-Zemma, on rencontre, à 6 kilo- 

II 



m8 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



mètres de là, Arsacal, qui, au quatrième siècle, fut le siège d'un évèché. 

El-Goulia, qui fut probablement une forteresse, devait être aussi, 
d'après les ruines retrouvées, entourée d'un grand nombre de cons- 
tructions ; on y arrive en suivant toujours la route qui conduit à l'Ar- 
sacal et qui s'arrête au pied du mamelon sur lequel s'élèvent ces ruines. 

MM. Creuly et Cherbonneau ont découvert dans ce dernier 
endroit une inscription indiquant le nom précis de la ville : le château 
d' Arsacal. 

En quittant Constantine par la route de Mila, on arrive aux nou- 
veaux villages bâtis au nord et à l'ouest du Chettabâ après avoir pris 
le chemin carrossable qui se trouve à gauche, au 17° kilomètre. 

Rouffach, Bel fort, Altkirch, Ribeauville , Eguishe'un et Obernal sont 
habités par des colons alsaciens-lorrains ; ils ont été construits sur 
l'emplacement d'anciens villages arabes, et, grâce à la fertilité des ter- 
rains environnants, se sont développés rapidement. 




LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



159 



^ ''"^^t; !, ./ 






■"j^ir^jj^î^' 











AÏN-EL-BEY 

Aïn-el-Bey, dont l'ancien caravansérail 
a été transformé en pénitencier pour les in- 
ditcènes, s'élève, d'après les recherches qui 
ont été laites, sur l'ancien emplacement de SiIi-At/', première étape de la 
voie romaine de Cirta iConstantine) à Lambéze. 

On y arrive en suivant cette route montueuse qui, avant la construc- 
tion du chemin de 1er, conduisait de Constantine à Batna. Après avoir 
dépassé le Polygone, on aperçoit sur la gauche le sJminaire, puis on 
Sin'wQ h Fcdj'AUah-ou-Akbar, d'où l'on domine toute la capitale. 

Alors que Aïn-el-Bey s'appelait Sadar, cet endroit, ainsi que Kreneg 
et le Chettebà, avait la réputation d'avoir les habitants les plus âgés 
de la région ; en effet, Tiddi (Kreneg) en comptait plusieurs, au nombre 
desquels yElius, mort à cent cinq ans. Sadar, de son côté, a eu Sc.xtus 
Arias, mort à cent quinze ans, C. Secoruiinus, a cent vingt ans et Qiiin- 
fiis Coiniinis à cent vingt-six ans. Une femme, Lucia Manda, a encore 
dépassé cet âge et est morte à cent trente-deux ans ! 




i6o 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



SIDI-MABROUK ET L'HIPPODROME 

Le chemin de fer de Constantine à Sétif conduit à Sidi-Mabrouk. et 
à l'Hippodrome. Le premier de ces deux endroits est situé sur les 
pentes de Mansourah, et la cavalerie, la remonte et le haras de Cons- 
tantine y sont installés. 

De nombreuses habitations entourées de jardins y sont aussi grou- 
pées près des principaux bâtiments. 

L'Hippodrome est à un kilomètre plus loin. Cet emplacement, ré- 
servé pour les courses, est bien choisi et très fréquenté à l'époque de 
ces fêtes. Ainsi que dans toutes les villes de la colonie qui s'occupent 
de sport, les indigènes luttent avec les Européens et présentent ainsi 
un très curieux spectacle. 





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LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



i6i 



DE CONSTANTINE A PHILIPPEVILLE 







De Constantine, le chemin de fer conduit 
directement à Philippeville en quatre heures; le 
^fi— " pays qu'il traverse est très accidenté et présente même 
à divers endroits de très jolis points de vue. 



PHILIPPEVILLE 



Philippeville, par sa situation, est le port le plus fréquenté de la 
province de Constantine; créé au prix d'immenses travaux et de dé- 
penses énormes, il possède d'un côté un avant-port de 2;; hectares, 
et de l'autre un petit port intérieur de 19 hectares, bien abrité et bordé 
de quais où les navires peuvent mouiller directement. 

Une muraille crénelée, percée de trois portes, entoure la ville dont 
les rues droites et larges, bordées de maisons modernes bien cons- 
truites, lui donnent l'aspect d'un véritable centre européen. 

c< La situation de l'Algérie, dit M. Barbier, était, à la fin de l'année 
1838, calme partout, et les agressions des indigènes se bornaient à des 
attaques individuelles eu par bandes de malfaiteurs, qu'on réprimait 
aisément. Le gouverneur général profita de cette tranquillité pour or- 
ganiser l'administration de la province de Constantine. Après les re- 



i62 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 

connaissances effectuées en janvier et avril précédents, le chemin de 
Stora était ouvert à l'armée ; les camps de Smendon et d'El-Arrouch 
étaient occupés et fortifiés. La tête de la route de Constantine ne se 
trouvait plus qu'à neuf lieues de la mer et s'en rapprochait chaque 
jour, — Le 6 octobre, quatre mille hommes étaient réunis au camp d'El- 
Arrouch. Ils en partirent le lendemain et allèrent camper sur les ruines 
de Ritssicada. Aucune résistance n'avait été opposée; seulement, dans 
la nuit, quelques coups de fusil tirés sur les avant-postes protestèrent 
contre une prise de possession à laquelle les Kabyles devaient bien- 
tôt se résiarner. 

Mais, le 8, un convoi de mulets arabes, escorté par des milices 
turques à notre service, ayant été, dans un étroit défilé, attaqué avec 
quelque avantage, les indigènes, encouragés parce factice succès, diri- 
gèrent, la nuit suivante, une nouvelle attaque contre le camp d'El-Ar- 
rouch, qu'ils savaient n'être plus gardé, depuis le départ de l'armée 
pour Stora, que par des Turcs. Ceux-ci opposèrent une si énergique 
résistance, que les assaillants, ayant éprouvé des pertes considérables, 
firent connaître au commandant du camp leur intention de rester dé- 
sormais tranquilles. L'armée travailla sans relâche à fortifier la posi- 
tion qu'elle venait d'occuper. Le sol, jonché de ruines romaines, lui 
fournit les premiers matériaux, et des pierres taillées depuis vingt siècles 
revêtirent des murailles toutes neuves, La ville reçut le nom de Pln- 
lippei'ille. » 




LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



i6? 



DE CONSTANTINE A ALGER 




SETIF 



Le chemin de fer de Constantine à Alger passe à Sétif, seul en- 
droit important de la ligne ; on y arrive en cinq heures, après avoir 
parcouru i ^6 kilomètres. 

Sétif est un chef-lieu de commune d'environ i 1,500 habitants, au 
nombre desquels on compte 2,300 Français. 

La ville se divise en deux parties : la ville proprement dite, en- 
tourée d'un mur d'enceinte percé de trois portes, et le quartier militaire. 

Sétif est la Sittifa des anciens, métropole de la Mauritanie sitti- 
fienne qui, d'après les historiens, pouvait avoir 4 kilomètres de circuit,, 
lorsque les Arabes l'ont détruite de fond en comble. 

La première occupation de Sétif, ou plutôt du lieu où s'élève cette 
ville, par les troupes françaises, remonte au 31 octobre 1839. 

« Dans le mois de septembre 1839, dit M. Barbier, on jugea le mo- 
ment arrivé de reconnaître la partie de la province de Constantine qui 
s'étend de la capitale du Biban jusqu'à l'oued Kaddara, en passant par 
le fort de Hamza. Le duc d'Orléans vint une seconde fois en Algérie 
pour s'associer à cette expédition. Après avoir visité une partie du ter- 
ritoire soumis à notre domination, le prince se rendit à Milah, où le 
gouverneur général avait réuni un corps expéditionnaire composé de 
troupes de toutes armes. Cette armée, sous les ordres du gouverneur 



i64 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



général, fut partagée en deux divisions ; le duc d'Orléans prit le com- 
mandement de la première. On se mit en marche le i8 octobre. La co- 
lonne arriva à Djemilah le 19, et le 21 au soir à Sétif, où le maréchal 
fit prendre position sous les murs de l'ancienne forteresse romaine. Le 
prince royal reçut partout sur son passage les hommages des chefs in- 
digènes soumis ou nommés par la France. Le 25 octobre, les deux di- 
visions quittèrent le camp de Sétif et vinrent s'établir sur l'oued Bomela, 
position qui domine les routes de Bougie et de Zamourah. De là, le 
corps expéditionnaire se porta rapidement sur Sidi-Embarech. Après 
avoir traversé le territoire des Ben-Bou-Khetou et des Beni-Abbas, les 
deux divisions de l'armée se séparèrent. L'une, sous les ordres du géné- 
ral de Galbois, devait rentrer dans la Medjena, pour continuer à occuper 
la province de Constantine, rallier les Turcs de Zamourah et terminer 
les travaux nécessaires à l'occupation définitive de Sétif; l'autre, 
forte de trois mille hommes, sous les ordres du gouverneur général et 
du prince royal, se dirigea immédiatement vers la Porte de Fer. Le 28, à 
midi, commença le passage de ces redoutables roches que les Turcs n'a- 
vaient jamais franchies sans payer des tributs considérables, et oià ja- 
mais n'étaient parvenues les légions romaines. Quatre heures suffirent à 
peine à cette opération difficile. Après avoir laissé sur les flancs de ces 
immenses murailles verticales, dressées par la nature à une hauteur de 
plus de cent pieds, cette simple inscription : Armée française, 1839, la 
colonne se dirigea vers le territoire des Beni-Mansour. » 




LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



165 



Parles anciennes routes, un service de diligence conduit de Cons- 
tantine à Sétif en douze heures, en passant par les A bd-en-Nour { 1 26 kilo- 
mètres). On traverse alors les villages de Aïn-Snmra, Oucd-Atmenia, 
Châtcaudun-du-Rumel et Sainf-Annaud. 




Par Milj, la diligence ne conduit que jusqu'à cet endroit, situé à 
52 kilomètres de Constantine ; les 96 kilomètres qui séparent encore 
Mila de Sétif ne peuvent se parcourir qu'à cheval ou à mulet. Pendant 
la première partie de cette route, on ne rencontre que le village de 
A'in-Tinn (^2 kilomctresde Constantinei, construit sur les ruines de Pras- 
dise-Celise Maxima;. 

Sur la seconde partie se trouve Zcra'ia là 64 kilomètres de Cons- 
tantine) et Djcmilah (à 1 i() kilomètresi. 

Djcmilah fut occupée une première fois, par les troupes françaises, 
le I I décembre iH^U. La moitié du r' bataillon d'infanterie légère d'A- 
frique y fut laissée d'abord avec une section d'artillerie de montagne et 
un détachement du génie pendant que l'armée continuait sa marche 
sur Sétif. Le demi-bataillon fut attaqué dans son poste à plusieurs re- 
prises par les Kabyles, mais sans succès. 

A son retour de Sétif, le général commandant 
le corps expéditionnaire craignant un nouveau retour 
offensif de l'ennemi, compléta le 3' bataillon d'Afrique, 
et l'effectif de la garnison s'éleva alors à six cent 
soixante-dix hommes. 

Vers la fin de décembre, quatre mille Kabyles 
descendirent des montagnes, entourèrent la place, 
et la garnison ainsi bloquée, s'étant retranchée de son 
mieux, repoussa avec une merveilleuse énergie toutes 
les attaques. Ce ne lut que le 23 qu'elle fut secourue 
par le 26° de ligne et put rentrer à Constantine. 

Djemilah fut de nouveau occupée le i^ mai i^^}C), 
mais cette fois sans coup férir. 




i66 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGKRIE 



E L - M I L I A 

La route stratégique de Constantine à El-Milia n'est accessible 
qu'aux chevaux et aux mulets ; elle traverse d'abord l'oued Smendou 
au-dessus de Kreneg, puis passe à El-Bénia, de là gravit le Djebel- 
Sgas à 1.^41 mètres d'altitude, contourne ensuite les pentes du Mçid- 
el-Aïcha et arrive à El-Milia, après avoir laissé à gauche le Djebel- 
Mahanda. 

El-Milia est un poste militaire créé en 1858 sur une montagne es- 
carpée et entourée de forêts. 

Le village est un chef-lieu de commune mixte qui compte environ 
44,000 habitants, dont 200 Français. 




Femme de la Peiile Kabvlie. 




LES GORGES DU CHABET-EL-AKHRA 



LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



167 



LA PETITE KABYLIE 



BOUGIE. LES BEM-MANSOUR. 



DJIJELLI. COLLO. 



Un 
court les 
La 



service de diligence est établi de Sétif à Bougie, et l'on par- 

1 1 5 kilomètres qui séparent ces deux villes en douze heures. 

route traverse des ravins dénudés, presque stériles, jusqu'à 

la plaine de Fermatou ; de là, elle suit un petit défilé 

entre les contreforts du Djebel-Matrona; puis, après 

avoir passé El-Ouricia, descend 

dans une vallée qui sépare le 

Magris(i722 mètres d'altitude) 

de Takitount. 

Takitount est un petit village 
dominé par un fort à 105 1 mè- 
tres au-dessus du niveau de la 
mer et d'où l'on jouit d'une vue su- 
perbe. 

A cet endroit, on trouve des 
guides et des mulets pour l'ascension 
du Bal'or, distant de 1 5 kilomètres et 
à 2,000 mètres d'altitude. 

Cette montagne, couverte de 
cèdres et de pins, d'où l'on domine 
la mer ainsi que toutes les vallées en- 
vironnantes, est une des plus jolies 
excursions de cette région, après, 
toutefois, les gorges du Chabet-el- 
Akhra (le défilé de l'agonie ou de la 
morti. 

Les gorges dit Chabet-el-Akhra , 

situées entre deux gigantesques mon- 

tatrnes de i-oo à 1800 mètres 




i68 VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



d'altitude, presque partout à pic, quelquefois même surplombant l'abîme, 
surpassent de beaucoup les gorges de la Chiffa et de Palestro. 

Sur un parcours de lo kilomètres, la route est tantôt creusée sur 
la paroi verticale du rocher, tantôt portée sur des arceaux. 

Au fond, l'oued Agrioun roule, en mugissant, de chute en chute ; 
il coule toujours et jamais au-dessous de 500 litres par seconde. 

Quelquefois la route est suspendue à plus de 100 mètres au-dessus 
de l'Agrioun, toujours dominée par ces deux gigantesques murailles 
de rocher qui n'y laissent tomber le soleil qu'à midi. A cette heure on 
y rencontre très souvent des groupes de singes. 

Les cavernes dont les montagnes sont percées, servent d'abri à 
une quantité innombrable de pigeons. 

A mi-chemin de la gorge, un pont hardi, élevé d'environ 100 mè- 
tres, réunit les deux rives de l'oued Agrioun. 

Environ 4 kilomètres plus loin, une belle cascade s'échappe d'un 
trou de rocher. 

A l'entrée du Chabet-el-Akhra une pierre porte l'inscription sui- 
vante : 

Les premiers soldats qui passèrent sur ces rives furent des tirailleurs 
connnandcs par M. le commandant Desmaison, 7 avril 1864. 

Avant de sortir des gorges, on lit sur le rocher : Ponts et chaus- 
se'es. Sétif. Chabet-el-Akhra. Travaux exécutés 1853-1870. (Extrait du 
Guide de l'Algérie de M. Piesse.) 

Delà, la route traverse de superbes forêts, puis côtoie la mer et 
fait le tour du golfe sur le bord duquel s'élève Bougie. 





2 



O 



LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



169 




BOUGIE 

oiigie, adossée au revers d'une haute montagne, 
avec ses maisons perdues dans les 
assifs d'orangers, de grenadiers 
et de caroubiers, a un aspect 
des plus pittoresques; 
elle occupe l'empla- 
cement de l'ancienne 
colonie romaine de 
qui fut, avant Car- 
taie de l'empire éphé- 
dales ; puis, soumise 
accepta les dynasties 
successives qui occupèrent l'Afrique. 

Ce fut l'époque de la plus grande prospérité de Bou- 
gie; elle comptait jusqu'à 20,000 maisons. En 1509, les 
Ifîv' Espagnols s'en emparèrent, et Charles-Quint la fortifia en 
^Y\ iH'- Après le départ des Espagnols,'Jivrée aux compa- 
gnies turques des deys d'Alger, exposée aux coups des 
Kabyles, elle déclina rapidement, et quand le général Trézel s'en 
empara en 1833, elle ne présentait plus qu'un amas de ruines. 

Aujourd'hui, Bougie possède un port de 7 à 8 hectares, suffisant 
pour les besoins du commerce ; la ville se compose d'une rue principale, 
qui est la rue Trézel, et dans laquelle viennent aboutir, à droite et à 
gauche, d'autres rues plus ou moins importantes. 

De tous côtés on retrouve des traces des nombreuses peuplades 
qui, depuis vingt siècles, ont occupé Bougie. 

Les fortifications actuelles ne sont que la septième partie de l'en- 
ceinte sarrasine dans laquelle elles sont englobées. Les ruines de cette 
dernière se développent encore sur une étendue de :;,ooo mètres. Sur 
un grand nombre de points, l'enceinte romaine, qui mesurait 3,000 mè- 
tres, est encore debout. 

En outre des cinq portes qui donnent accès dans la ville, s é- 
lève surle quai, isolée, l'ancienne porte sarrasine construite en briques 
et qui donne une idée parfaite de l'architecture arabe au xiv' siècle. 
On aperçoit encore les ruines du Bordj-el-Ahmar et du fort Abd- 

12 



170 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



cl-Kadcr, l'un près du Gouraïa, l'autre au sud-est, sur une terrasse de 
rochers. 

La Kasbah, dont une partie fut rasée en 1853, a été restaurée de- 
puis et convertie en bâtiments militaires; il en est de même du fort 
Barrai, sur la terrasse duquel on a construit une caserne. 



De nombreuses promenades environnent Bougie; entre autres : 
le chemin bordé d'oliviers centenaires qui conduit au cap Bouak, a 
2 kilomètres; la koubba de Lella-Gouraïa, au sommet de la montagne 
de ce nom, à 3 kilomètres; la vallée des singes, à 5 kilomètres; les 
ruines de l'aqueduc romain de Toudja, à 21 kilomètres; et les ruines 
de Tubusectus, à 28 kilomètres. 




LES BENI-MANSOUR 



De Bougie aux Beni-Mansour, un chemin de fer est en cons- 
truction ; il conduit actuellement jusqu'à Sidi-Aïch, en longeant la route 
de terre et en traversant plusieurs viaducs, sous lesquels passent les 
ruisseaux qui vont se jeter dans l'oued Sahel. 

De Bougie à Sidi-Aïch, on ne rencontre que le village d'El-Kseur, 
où la plus grande partie des habitants sont Français, et le village kabyle 
d'Ilmaten, où les trains ne font qu'une halte. 

Sidi-A'icli est un chef-lieu de commune mixte d'environ 50,000 ha- 
bitants, dont 225 Français. De ce point, on se rend à Akbou avec la 
voiture qui vient de Bougie. 

Akbou (Metz) principalement habitée par des Français est 













O 

o 

23 



LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



appelée à prendre une grande extension ; ce n'est maintenant qu'un 
simple chef-lieu de commune de 1.400 habitants, dont près de 600 
Européens. 

On se rend d'Akbou aux Beni-Mansour en cinq heures, avec une 
diligence qui fait tous les jours ce trajet. 



DJIDJELLI 



La route qui conduit de Constantinc à Djidjelli n'est plus prati- 
cable pour les voitures à partir de Mila; elle traverse alors les nom- 
breuses montagnes boisées qui s'étendent dans cette région appelée 
vulgairement la Pctitc-Kabylic. 

On ne rencontre, sur ce parcours de Mila à Djidjelli, à part plu- 
sieurs villages indigènes, que Slrasbour^, chef-lieu de commune de 
2,000 habitants dont 180 Français. 

Djiiijcili, sous l'Empire romain, était une ville épiscopaie ; 
elle devint plus tard le berceau de la puissance 
de Barberousse et acquit, dès lors, une très 
grande importance par son trafic et 
surtout par sa piraterie. 

En 1664, le duc de Beaufort, 
envoyé par 

Louis XIV, -.=^=2^^^ --fl, 

s'empara de 
cette ville 
pour y fon- 
der un éta- 
blissement 
français , et 
posa la pre- 
mière pierre 
du fort que 
les Arabes 



désignent 
encore sous 
le nom de 
Fort des 
Français. La 




172 VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



petite garnison qui y avait été laissée, environ 400 hommes, ne s'en- 
tendant pas avec les marins, les Arabes profitèrent de ces dissensions 
pour les attaquer ; ils enlevèrent facilement le fort, massacrèrent tous 
les Européens et restèrent maîtres de la ville avec trente pièces de canon. 
Cette ville, après avoir été presque entièrement détruite par un 
tremblement de terre en i8:;6, est aujourd'hui très florissante ; de nom- 
breux colons sont venus s'y installer depuis quelques années, et ont 
contribué à donner à ce pays, resté longtemps stationnaire, un déve- 
loppement qui augmente chaque jour. 



L'ancienne ville arabe occupe une petite presqu'île rocailleuse, 
réunie à la terre, oi!i s'étend la ville française, par un isthme fort bas. 

Cette dernière, bâtie au pied des collines, est remarquable par ses 
constructions, ainsi queparses belles rues bordées de magnifiques platanes. 

La ville arabe est défendue par des parapets construits sur les 
rochers et garnis de canons ; la ville française est entourée d'un mur. 

Le port de Djidjelli n'est accessible que pendant la belle saison ; 
il possède un phare placé à l'extrémité d'une ligne de rochers qui le 
protègent en partie contre les vents du nord. 

Cette ville communique, par des routes muletières, avec Bougie 
(105 kil.), Collo (i 10 kil.), etc., etc. 

COLLO 

Collo est situé au pied du Djebel-Goufi; son port, d'une très petite 
étendue et peu profond, ne lui permet pas de recevoir un grand nombre 
de bâtiments ; les paquebots qui font escale à Collo mouillent à 1 kilo- 
mètre environ du port. 

La ville est de peu d'importance ; c'est un chef-lieu de commune 
de 2,700 habitants, dont 450 Français. 

On peut faire la moitié de la route de Constantine à Collo en 
chemin de fer, en s'arrètant au Col des Oliviers, à l'endroit oîi est 
établi le buffet sur la ligne de Philippeville ; il ne reste plus à parcourir 
que 56 kilomètres, mais par un chemin inaccessible aux voitures. 





DANSEUSES OULAD-NAIL 



LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



17Î 



k 



L'AURES 



KRENCHELA. 



TEBESSA. 



/passent 2,500 mètres. En général 



4 



" \Jkiucs, dit le colonel Niox, est un vaste pâté monta- 
gneux délimité: à l'ouest, par la route de Batna à Biskra; au 
nord, par une ligne tirée de Batna à Krcnchela; à l'est, par la 
vallée de l'Oucd-El-Arab, entre Krcnchela et Khrenga; au sud, 
par la ligne de Biskra à Khranga. L'Aurès doit sa formation à 
deux plissements considérables. L'un, celui du nord de l'Afri- 
que, a produit les escarpes de Kef-Mohmed à l'ouest, et 
du Chélia à l'est, cimes les plus hautes de l'Algérie, qui dé- 
suivant la loi ordinaire 
des érosions de l'Algérie, c'est au 
nord et à l'ouest qu'ont été sculptées 
les escarpes, parce que les grands 
courants diluviens couraient du nord- 
est au sud-ouest, avec tendance con- 
^*^\n stante à descendre au sud dans le bas- 
V sin saharien. 
" Les populations de l'Aurès sont de race 
berbère avec mélange arabe ; on les appelle des 
C/hiouui, pasteurs, bergers nomades , bien qu'ils 
soient devenus sédentaires. Les femmes jouissent 
d'une grande liberté et travaillent au dehors comme 
les hommes. On y a signalé la coutume de célébrer 
// certaines fêtes dont les dates présentent la plus 
f'j grande analogie avec les fêtes romaines, israélites et 
^"^ chrétiennes, telles que Noël, le jour de l'an, les 
^ Rogations, les fêtes de l'Automne. 

« La physionomie de l'Aurès est très variable. 
Dans le nord, des plateaux fertiles à plus de 1000 
mètres d'altitude, couverts de neige pendant une partie 
de l'hiver, rappellent par leurs productions certaines con- 
trées du centre de la France. De belles forêts de cèdres 
couronnent encore quelques sommets ; elles disparais- 
sent malheureusement chaque jour, mourant naturelle- 



174 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



ment, frappées d'une malédiclion céleste, disent les Arabes. Les 
pentes du Chelia étaient aussi couvertes de cèdres superbes. Quelques- 
uns seulement ont conservé une touffe de branches vertes à leurs cimes. 
La plupart sont desséchés. Les arbres géants sont encore debout sans 
écorce, sans feuillage; d'autres, violemment renversés par l'ouragan, 
gisent comme de gigantesques cadavres aux membres tordus. Ce n'est 
pas sans mélancolie que l'on traverse ces forêts mourantes. » 




KRENCHELA 



Une diligence fait le service de Constantine à Aïn-Beïda en douze 
heures, et de là à Krenchela en onze heures. 

A'in-Bc'iJa est un petit village construit autour des deux bordjs 
qui furent élevés sur ce point en 1848 et en i8:;o. On rencontre là des 
ruines magnifiques, ainsi que celles d'un ancien poste romain. De nom- 
breux juifs occupent cette localité et font le commerce avec la tribu 
des iVIaracta qui, après avoir fourni des guerriers aux Turcs, fournit 
maintenant des cultivateurs au sol. 

Krenchela, chef-lieu d'un cercle militaire et d'une commune mixte 
de 17,000 habitants, dont 350 Français, est situé au pied de l'Aurès. 



LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



TEBESSA 

Pendant le trajet d'Aïn-Beïda à Tebessa, qui se fait en douze 
heures, on rencontre le village de la Meskiana dont les environs bien 
irrigués produisent de grandes quantités de fourrages; puis on traverse 
de nombreuses ruines romaines, les grands pâturages de Chabro et 
d'immenses plaines couvertes d'alfa. 

Tebessa, située à 17 kilomètres de la frontière tunisienne, com- 
mande les vallées qui descendent dans le Sahara ; c'est, par sa situa- 
tion, un point militaire d'une certaine importance. 

Cette petite ville compte environ 2,000 habitants : elle est le 
chef-lieu d'un cercle militaire, d'une commune de 5,500 habitants, dont 
220 Français, et d'une commune indigène de 1 5,500 habitants environ. 

Tebessa est d'une haute antiquité et renferme encore plusieurs 
monuments anciens. 

« Au temps des Turcs, dit M. Letrone, une petite garnison de 
quarante janissaires appuyait l'autorité du ca'i'd de Tebessa pour assurer 







LE TEMPLE DE MINERVE A TEBESSA 



176 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 

la rentrée des contributions et protéger les caravanes qui se rendaient 
de Constantine à Tunis. — Le caïd choisi par les habitants de la ville, 
avait sous ses ordres, au dehors, un douar nommé El-Aazib. 

Depuis la prise d'Alger, Tebessa se gouvernant à peu près seule, 
était pour les tribus environnantes un terrain neutre oij elles creusaient 
leurs silos et déposaient leurs grains pour se soustraire au hasard des 
querelles fréquentes qui leur mettaient les armes à la main les unes 
contre les autres. La plus puissante de ces tribus, celle des Nemencha, 
établie au sud de Tebessa, supportait peu facilement Faction de l'au- 
torité centrale. Lorsqu'on pouvait envoyer des troupes sur son territoire, 
ce qui n'arrivait qu'à des intervalles irréguliers et souvent éloignés, on 
nommait un caïd qui profitait de la présence des troupes pour perce- 
voir les impôts. Mais après leur départ, l'autorité du caïd devenait à 
peu près illusoire, et souvent même, ce fonctionnaire ne pouvait de- 
meurer sans danger au milieu de ses administrés. 

Tebessa, où une première reconnaissance militaire a été faite du 
i" au 3 Juin 1842, par le général Négrier, et une seconde en 1846 par 
le général Randon, a été définitivement occupée en 185 1 par le général 
de Saint-Arnaud, depuis maréchal, lors de son expédition à travers 
l'Aurès oriental. Une garnison a été laissée, dès cette époque, dans 
ce nouveau cercle destiné à contenir les Nemencha, comme le cercle 
d'Aïn-Beïda est destiné à contenir les Haracta. 

La ville arabe de Tebessa fut construite sur les ruines de Thereste, 
et renfermée tout entière dans l'enceinte de la citadelle élevée par 
Salomon. La muraille, encore debout de cette citadelle, haute de 12 à 
15 mètres, épaisse de 2 mètres, longue de 300 mètres au nord et au 
sud, et de 250 mètres à l'ouest et à l'est, est percée de trois portes; 
douze tours à deux étages flanquent cette muraille. 

La ville, sauf la kasbah française, construite à l'angle sud-ouest, et 
qui fait face à la kasbah turque, construite à l'angle nord-ouest, sauf 
encore quelques constructions européennes, est un amas de ruines, dans 
lesquelles les Arabes se sont ménagé quelques logements et au milieu 
desquels surgissent l'arc de triomphe, le temple de Minerve et la mos 
quée. 

L'arc de triomphe^ dont la masse principale forme un cube de]près 
de 1 1 mètres, est du genre de ceux appelés quadrifons. Chaque^face 
représente un arc de triomphe ordinaire à une seule arche. Trois de 
ses côtés sont en ruines. Construit pendant les années 211, 212 
et 213 après J.-C. et dédié à Septime Sévère, à Julia Domna, sa 




cVp^^j^V^^, 



TEBESSA 
Ruines de l'Arc de Triomphe. 



,78 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



femme, et à Caracalla, son fils, cet arc de triomphe est un véritable 
chef-d'œuvre d'architecture, et doit être rangé parmi les monuments 
les plus remarquables, et surtout les plus rares de l'antiquité romame. 

Le /^m/)/<?ûf^M//;frp^, situé entre l'ancienne kasbah turque et l'arc 
de triomphe, après avoir servi de fabrique de savon, de bureau affecté 
au service militaire, de cantine, de prison, a été transformé en église 
catholique. C'est un fort beau monument dans le style corinthien, placé 
à 4 mètres au-dessus du sol, soutenu par trois voûtes, et auquel on arri- 
vait par un escalier de vingt marches. Le temple est large de 8 mètres 
et long de 14 mètres, y compris le proonos ou portique entouré de six 
colonnes, mais non surmonté, comme c'était l'usage, d'un fronton, sans 
•doute remplacé par des statues. 

La mosquée n'a rien qui puisse captiver l'attention des touristes, 
c'est un monument très simple et sans aucun caractère. 

Dans l'intérieur de l'enceinte bizantine. on trouve encore les rumes 
■connues sous le nom de la muison ronminc, dont les importantes di- 
mensions donnent à supposer que c'était là la demeure de quelque 
grande famille du pays. 

Dans la ville bizantine dont Tebessa occupe l'angle sud-ouest, 
on a retrouvé, au milieu de magnifiques jardins, des bassins, des 
puits, etc., etc. 

Le cirque présente une arène circulaire de 45 à 50 mètres de dia- 
mètre, environnée d'un massif en maçonnerie qui se terminait intérieu- 
rement par quinze ou seize rangées de gradins pouvant contenir six 
à sept mille spectateurs. 

Le sol, aux environs de Tebessa, est jonché de ruines romaines. 
Les montagnes qui avoisinent la ville offrent les sites les plus pitto- 
resques. Cène sont que rochers, accidents de terrain, cascades, beaux 
points de vue, etc., etc. 




LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



179 



DE CONSTANTINE A BONE 



Avec le chemin de ter, on se rend aujour- 
d'hui de Constantine à Bône (219 kil.) en dix 
heures ; Hammam-Meskhroutin, Guelma et Du- 
vivier, sont les endroits les plus intéressants 
traversés par cette ligne. 

Hammain-Meskhroutin (les bains des mau- 
dits ou les bains enchantés) possède des sources 
thermales dont un nuage de vapeur trahit de loin 
remplacement : 

'( Les eaux d'Hammam-Meskhroutin, dit 
le docteur Hamel, sourdent sur la droite de 
l'oued Bou-Hamdcm, qui, réuni à 10 kilomètres 
plus bas, à l'oued Cherf, donne naissance à la 
Seybouse. Le plateau d'où s'échappent ces 
eaux forme la partie inférieure d'un versant à 
pente douce, exposé au Nord et n'offrant pas 
moins d'intérêt par sa végétation que par les phénomènes géologiques 
anciens ou modernes dont il est le théâtre. Vues de haut, elles occupent 
le centre d'un large bassin, entouré d'une ceinture de montagnes modé- 
rément élevées. Sur le second plan, le Djebel-Debbar, le Taya, le 
Ras-el-Akba, la Mahouna, contreforts atlantiques dont l'altitude varie 
entre 1,000 et 1,500 mètres, dessinent leurs crêtes abruptes aux quatre 
coins de l'horizon, et encadrent le pays le plus pittoresque qu'il soit pos- 
sible d'imaginer. Le nombre des sources est en quelque sorte illimité; 
des changements se sont opérés dans leur lieu de dégagement, à une 
époque reculée, et continuent de nos jours sur une moins large échelle. 
(( Les eaux de la cascade, ajoute M. le D' Hamel, après avoir 
parlé des différentes sources, comptent parmi les plus chaudes que l'on 
connaisse; leur température s'élève à 95". Celles des geysers, en 
Islande, sont à 109", et celles du lac Tricheras de 90°,6i. Les Arabes 
utilisent cette température pour dépouiller de leurs parties solubles 
certaines plantes textiles qu'ils emploient à la confection de cordes et 
de nattes, pour laver leur linge, pour faire cuire des œufs, des légumes, 




i8o 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 






de la volaille, etc. Les sources de la Ruine font monter le thermomètre 
à 90°. La source ferrugineuse atteint 78^25 . 

« Les eaux de Meskhroutin sont indiquées dans les cas suivants, 
pour lesquels de nombreuses guérisons ont été obtenues : hémiplégies 
et paraplégies, cachexies palustres, affections cutanées, accidents syphi- 
litiques, névralgies, sciatiques, plaies d'armes à feu, fistules, douleurs, 
engorgements glandulaires chroniques, ulcères atoniques, 
douleurs rhumatismales, arthritiques et musculaires. » 

Au milieu de ce superbe et intéressant pays, un 
petit hôpital militaire a été construit près de la gare, 
ainsi que de nombreuses piscines pour les Européens, 
indigènes et Israélites. Enfin, sur la hauteur, un 
hôtel, entouré de plusieurs chalets, a été ins- 
tallé, afin d'offrir tout le confortable néces- 
saire aux malades et aux touristes. 



Giiclnm, l'ancienne Kalama, nommée 
pour la première fois par saint Augustin, est construite à côté de l'en- 
droit occupé par cette première ville, devenue depuis sa citadelle. 

Une muraille percée de cinq portes entoure cette place qui fut, 
à l'époque oi!i nous occupâmes cette province, c'est-à-dire vers 1837, 
l'un des plus beaux établissements militaires de l'Algérie. 

De nombreuses ruines romaines ont été trouvées sur cet emplace- 
ment, et par les soins du génie militaire ont été réunies dans un 
jardin, sur la place de l'Église, où elles forment un véritable musée. 

Guelma compte environ 4,000 habitants; des rues plantées d'ar- 
bres la traversent dans toutes les directions et aboutissent aux places 
de l'Église, Saint- Augustin, Saint-Cyprien, Coligny, de la Fontaine et 
du Fondouk. La rue d'Announa, entre autres, longue d'un kilomètre, 
est très remarquable par son originalité et son animation le lundi, jour 
du grand marché arabe. 




Dui'ivier n'est qu'un petit village de 5 :;o habitants, situé sur la 
rive droite delà Seybouse, à i kilomètre de la station. 

A cet endroit existe l'embranchement de la ligne de Souk-.A.rras 
qui conduit à Tunis. 




z 

o 



LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



I8l 





Bône fut 
fondéeauvii* 
siècle sur les 
•iù ruinesd'Hippone, 
dont saint Augus- 
tin fut l'évêque. 

^«Dv m''''tW --^' ''^ "' Ancienne Hippo- 

■^i '^::^^^:'^:- Regius des Latins, la Beled-el- 

y > .-;.. '^^ Anab ou ville des dattes des Arabes, 

"_;: Bône est le centre de la pêche du corail 

i^ sur les côtes de l'Algérie. Sous Louis XIV, la 

f Compagnie Française d'Afrique y établit un 

/^ comptoir qui fonctionna jusqu'en 1789. 

Aujourd'hui, Bône compte environ 20,000 
^ habitants et forme deux quartiers, l'ancienne et la 
nouvelle ville, séparés par le cours National. 

Vancienne Bône s'étend du cours National jus- 
qu'au pied de la falaise sur laquelle s'élève l'hôpital 
militaire; c'est un quartier mal 
entretenu, n'ayant aucun ca- 
ractère particulier, et dont les 
maisons, basses et mal con- 
struites, bordent sans aucun 
^^ alignement, les rues, qui sont 
"^^ étroites et sales. C'est là le 

quartier arabe. .^^^ , 

La nouvelle Bône' '^- Ai , au 




l82 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



frappant avec l'ancienne. Ici, c'est la ville européenne, avec ses belles 
maisons à plusieurs étages, ses splendides magasins et ses grandes rues 
larges où règne toujours une animation qui rappelle celle des grandes 
citées. 

Six portes, percées dans une muraille crénelée, donnent accès 
dans la ville. 

L'ancienne Kashah, construite au xiv" siècle, a été convertie en pri- 
son centrale pour les condamnés aux fers. 

Le port est certainement le mieux favorisé de tous ceux de la côte 
algérienne; son accès est facile, et sa situation au fond et sur la côte 
occidentale d'une rade bien abritée contre les vents d'ouest, offre une 
grande sécurité aux navires qui viennent y mouiller. 







LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



183 



Par suite de la canalisation des eaux stagnantes de la Seybouse et 
de deux autres petites rivières, toute cette région assainie a pris une 
très grande importance, et cela d'autant plus facilement que les environs 
de la ville sont d'une remarquable fertilité. 

Les Français occupèrent en cette ville 1832. 

« Préoccupé avant tout, dans l'expédition d'Afrique, de la 
perte de nos anciennes concessions de la Calle, le gouvernement 
avait prescrit à M. de Bourmont, dès les premiers jours de juil- 
let 1830, de diriger le plus tôt possible sur Bône un corps de 
troupes, pour y faire reconnaître les droits de la France. L'ordre 

fut mis à exécution ; mais, malgré tous les 



efforts, l'escadre qui devait transporter ce 
détachement ne se trouva prête à appareiller 

que le 2^ juillet. Contrariée par les vents. 







L.^ PRISE DE BONE (Japrès H. Vernel). 



i84 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



elle n'arriva que le 2 août devant le port de Bône, où elle avait été 
devancée par M. Rimbert, ancien agent de nos concessions. 

« Les exhortations de cet agent, appuyées par les conseils de quel- 
ques maures de distinction qui l'accompagnaient, la haute opinion que 
la chute d'Alger avait donnée des forces de la France, et surtout la 
crainte d'être pillés par les Arabes, déterminèrent les habitants à faire 
les plus vives instances pour que l'occupation s'effectuât sans retard. 
En effet, quelques jours auparavant, un des lieutenants du bey de Con- 
stantine s'était présenté pour prendre le commandement de la ville ; sur 
le refus d'admettre sa prétention, il avait demandé qu'on lui livrât au 
moins la poudre qui se trouvait dans les magasins, demande qui fut éga- 
lement repoussée. Instruit de ces diverses particularités, l'amiral Ro- 
samel ordonna le débarquement^ et le général Damrémont entra dans 
Bône à la tète de sa brigade. » (L. Galibert.) 

Après son entrée dans Bône, le général en chef fit réparer la 
kasbah, puis construire deux redoutes en avant de la porte où aboutit 
le chemin de fer de Constantine. Il se prépara alors à la défense, 
sachant bien que les Arabes, encouragés par le bey de Constantine, 
viendraient l'attaquer avant peu. Aussi, le 6 août, les ennemis s'étant 

montrés dans différentes directions, il résolut 
de prendre l'offensive et envoya quelques 
pelotons appuyés de deux obusiers dans la 
direction du couvent de Saint-Augustin, 
T où les Arabes avaient déjà pris position. 
Pendant plusieurs jours, les escar- 
mouches et les combats se succédèrent 
jusqu'à ce que les pertes de 
l'ennemi, devenant très sen- 
sibles, celui-ci devînt moins 
entreprenant. 

Le général Damrémont 
allait profiter de cette trêve 
pour s'occuper de l'organi- 
sation intérieure de Bône, 
lorsque, malheureusement, 
le corps expéditionnaire fut 
rappelé à Alger. Obligé d'a- 
bandonner cette ville et ses 
fidèles habitants, qui depuis 



--a&î. 




LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



185 



l'arrivée des troupes n'avaient cessé de donner les plus grandes preuves 
de dévouement, le général, avant de les quitter, leur remit des muni- 
tions, leur donna quelques conseils sur la défense, et reçut d'eux la pro- 
messe qu'ils ne livreraient la ville aux Arabes qu'à la dernière extrémité 



^-v/ 



-^^-- 



"-ev 




Le 1 5 septembre, un faible détachement de zouaves commandés 
par plusieurs officiers, occupa de nouveau la ville, et la majorité des habi- 
tants les reçut à bras ouverts. Cependant, cette nouvelle occupation 
n'étant pas du goût de certaines familles influentes, ces dernières se 
liguèrent pour expulser cette troupe. 

Les hommes étant casernes dans la kasbah, les officiers prenaient 
leurs repas en ville; or, pendant une de leurs absences, les conjurés 
gagnèrent les zouaves à prix d'argent et s'emparèrent de la citadelle. 

Lorsque les officiers revinrent, ils furent reçus à coup de canon et 
n'eurent que le temps de rejoindre les bricks le Cygne et le Voliio-eur 
qui se trouvaient en rade. Tous les efforts que l'on fit alors pour recon- 
quérir la kasbah restèrent infructueux, et Bône fut encore une fois aban- 



iB6 VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 

donnée. Sur les demandes instantes et réitérées de secours, adressées au 
général en chef, parles habitants de Bône et même par les conjurés, qui 
après s'être emparés de la kasbah craignaient maintenant les menaces 
du bey de Constantine, l'occupation de cette ville par une garnison 
française fut décidée. 

« En attendant la saison favorable et la réunion des troupes et du 
matériel nécessaire, dit M. Galibert, le duc de Rovigo confia au capi- 
taine d'artillerie d'Armandyet au capitaine de chasseurs algériens Yous-- 
souf, la mission d'aider les assiégés de leurs conseils, d'entretenir leurs 
bonnes dispositions et de les encourager dans la résistance. Malgré les 
efforts de ces officiers, Bône fut obligée, le 5 mars, d'ouvrir ses portes 
au bey de Constantine, et subit dans toutes leurs horreurs les calami- 
tés de la guerre : livrée au pillage et à la dévastation, ses habitants 
furent massacrés, ou déportés dans l'intérieur. Ibrahim (le chef des 
conjurés qui avaient acheté la kasbah aux zouaves) se maintint jusqu'au 
26 au soir, et, désespérant de se voir secouru, il sortit furtivement de 
la citadelle. Instruits de cette circonstance, les capitaines d'Armandy et 
Youssouf formèrent le courageux projet de s'y introduire de nuit avec une 
trentaine de marins; ils réussirent, et arborèrent le pavillon français à 
la grande surprise des assiégeants comme des assiégés. Pendant les 
premiers jours, les zouaves obéirent aux deux jeunes capitaines, pensant 
qu'ils seraient bientôt soutenus par une force imposante ; mais voyant 
leur espérance trompée, ils se mutinèrent et résolurent de les tuer. 
Youssouf déconcerta ce complot. 

Instruit de ce qui se tramait, il fait rassembler les principaux me- 
neurs et leur annonce qu'à leur tête il va faire une sortie contre les 
troupes de Ben-Aïssa. 

(' Mais c'est à la mort que tu cours, malheureux, » lui dit son frère 
d'armes, le capitaine d'Armandy. 

(( C'est possible ; mais qu'importe, si je te sauve, si je sauve la 
kasbah ! » 

A ces mots, il ordonne d'abaisser le pont-levis et sort avec ses 
Turcs, la tête haute, le visage calme et serein. Lorsqu'il a franchi les 
glacis, il se retourne vers eux, et, les regardant d'un œil sévère : '< Je 
sais, dit-il, que vous avez résolu de me tuer; je connais aussi vos pro- 
jets sur la kasbah; eh bien! voici le moment propice de mettre voire 
projeta exécution; frappez, je vous attends! » 

Ce sang-froid impose aux conjurés ; tous restent stupéfaits. L'in- 
trépide Youssouf profite de leur trouble et reprend: » Eh quoi ! Jacoub, 



LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



187 



diges de va- 
rés, ils veu- 
capitaine. 



toi le grand meneur, tu restes impassible, tu ne donnes pas à tes cama- 
rades le signal de l'attaque! Puisqu'il en est ainsi, c'est moi qui vais 
commencer, » et, d'un coup de pistolet, il lui fracassa la tète. 

L'un des conjurés porte la main à la poignée de son sabre ; mais 
Youssouf, le devançant, lui plonge son yatagan dans le cœur. 

« Maintenant, à l'ennemi !» s'écrie-t-il. 

Tous ces hommes, qui naguère se disposaient à l'assassiner, le 
suivent sans murmurer, et font à ses côtés des pro 
leur, pour lui prouver que, s'ils ont été un instant éga 
lent désormais se montrer dignes d'un si vaillant 

Deux heures après, Youssouf rentrait charge 
des dépouilles de l'ennemi, et recevait les étreintes 
fraternelles du capitaine d'Armandy.' 

Le duc de Rovigo ne put envoyer à Bône que 
quelques faibles détachements; mais le gouverne- 
ment fit partir de Toulon trois mille 
hommes commandés par le général 
Mouck-d'Uzer. La ville n'offrait 
alors qu'un monceau de décombres ; 
Ben-Aïssa, en se retirant, avait 
achevé de la détruire, la citadelle 
seule était à l'abri d'un coup de 
main. Dans cette partie de la ré- 
gence, depuis si longtemps en relation avec la compagnie des conces- 
sions d^Afrique, l'arrivée des Français produisit une impression favo- 
rable sur le plus grand nombre des tribus du voisinage. 

Une seule, celle de Beni-Jacoub à laquelle s'étaient réunies les 
troupes du bey de Constantine, se montra hostile. Le 26 juin, le général 
d'Uzer marcha contre elle et la refoula dans l'intérieur. 





VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



HISTOIRE DE YOUSSOUF 



M. Christian, dans son intéressant ouvrage sur les marins, cor- 
saires et aventuriers, dépeint ainsi la vie de Youssouf jusqu'au jour oi!! 
nous le trouvons capitaine de chasseurs algériens, envoyé extraor- 
dinaire à Bône : 

« La formation des corps indigènes paraissait au général Clauzel 
un chef-d'œuvre de génie; il croyait préparer, par cette création, un 
commencement de fusion entre les deux races arabe et française; mais, 
au lieu de rallier à nos intérêts quelques tribus puissantes, il se mit à re- 
cruter des vagabonds et des maraudeurs dont l'affluence dépassa bientôt 
l'effectif de deux bataillons. On s'adressa, pour obtenir des renseigne- 
ments sur le mode d'organisation de ce corps, à un certain Joseph, 
Youssef ou Jusuph, car on l'écrit de bien des manières, et Joseph, 
Youssef ou Jusuph, n'en sait pas lui-même l'orthographe. 

« L'histoire de cet homme était assez curieuse pour que nous en 
donnions une esquisse, en lui prêtant le nom de Yusuf, sous lequel il 
est vulgairement connu en France et en Afrique. 

<< Selon les récits plus ou moins apocryphes 
de M. Genty de Bussy, ancien intendant civil à 
Alger, Jusuph est né à l'île d'Elbe, où, bien jeune 
encore, il se rappelle avoir figuré, en 1814, sur 
les genoux de Napoléon ; mais il n'a, dit-il et 
dit-on, conservé aucun souvenir de sa famille, et 
toutes les recherches faites à cet éçard seraient 
restées infructueuses. 

<< En 181 4, donc, il pouvait avoir sept ans, 
et fut embarqué pour Florence, où les personnes 
qui prenaient soin de lui voulaient le mettre au co 
lège; mais le navire qui le portait tomba au pouvoir 
d'un corsaire qui le conduisit à Tunis. Jusuph échut 
au bey. Placé dans le sérail de ce prince bar- 
baresque, et improvisé musulman, il noua plus 
tard une intrigue avec l'une des filles du bey, 
et celle-ci devint enceinte. Suivant le roman 




LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



189 



historique dû à la plume officielle de M. Genty de Bussy, qui se 
déclare parfaitement édifié sur cette aventure, Jusuph, découvert dans 
un de ses rendez-vous par un des eunuques du sérail, prit sur-le-champ 
l'audacieux parti de le suivre dans les jardins et de 
l'attirer dans un massif, où il le massacra. Le corps de 
l'esclave est jeté dans une citerne profonde, Jusuph 
n'en conserva que la tête, et, le lendemain, pendant 
que sa maîtresse l'entretenait des vives terreurs aux- 
quelles elle était en proie, il la conduisit dans une 
chambre voisine, et, dans une des armoires, lui montre 
la tête de l'eunuque dont il avait arraché les yeux et la 
langue redoutée. Mais le secret des amoureux n'étant 
pas assez garanti, Jusuph prépara son évasion. C'était en 1830 ; le 
brick français l'Adonis se trouvait en rade; un canot devait y con- 
duire Jusuph. Mais cinq Turcs sont apostés pour s'opposer à sa 
fuite. Des sentiers détournés qu'il a pris, Jusuph les a vus ; il a 
remarqué qu'ils ont laissé leurs fusils en ftiisccaux à quelque distance ; 
il s'élance de ce c6té : jeter les armes à la mer, se débarrasser de deux 
de ces hommes, mettre les autres en fuite, gagner le canot, c'est 
pour lui l'affaire d'un moment. 

" L'Adonis avait ordre de rallier la flotte française. Peu de jours 
après, Jusuph débarquait avec nos troupes à Sidi-Ferrucli. Pendant la 





iço VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 

campagne, il resta attaché au service de M. de Bourmont, et fut placé 
ensuite sous les ordres du commissaire de police d'Alger. » Tel est le 
narré de M. Genty de Bussy, dans lequel nous ne trouvons qu'un fait 
dont cet intendant puisse être bien informé, c'est-à-dire l'emploi subal- 
terne de Jusuph dans la police. Le général Berthezène, qui vit de près 
Jusuph avant M. de Bussy, ne vise pas au roman, et, dans un écrit 
fort sérieux, pose nettement les faits sans capituler avec les besoins 
de la phrase et les délicates exigences du langage. « L'histoire de 
Jusuph, du moins telle qu'il la raconte, dit M. Berthezène, tient beaucoup 
du roman. Elevé dans le sérail et destiné aux plaisirs des souverains de 
Tunis (le terme est cru, mais il ne m'appartient pas), Jusuph 
ou Joseph eut le bonheur de plaire à la fille de son maître. 
Un esclave Tayant surpris dans un rendez-vous amou- 
reux, il le fit venir dans sa chambre et, pour acheter son 
silence, lui jeta une poignée d'or. Pendant que l'esclave se 
baissait pour ramasser les quadruples, épars sur le tapis, 
Jusuph le tua d'un coup de poignard, et, après l'avoir 
coupé en morceaux et salé, il offrit à sa belle maîtresse 
une main, un œil et la langue de ce témoin dangereux. 
— Ce présent allégorique fut très agréable à la princesse, 
et redoubla son amour pour un homme qui savait si bien la 
mettre à l'abri de toute indiscrétion. Une autre fois, un jeune mameluck, 
camarade de Jusuph, l'offensa ; celui-ci dut dissimuler pour assurer sa 
vengeance ; bientôt l'occasion se présenta, et, dans une partie de 
chasse, il sut se défaire de son ennemi assez habilement pour n'être 
pas soupçonné de meurtre. Cependant, la fortune se lassa de lui être 
favorable. Accusé d'avoir volé des diamants pour une somme de qua- 
rante mille francs, et n'ayant pu se disculper, il fut obligé de chercher 
son salut dans la fuite. 11 y réussit, et passa à Alger où il fut employé 
à la police. Soit qu'il voulût rentrer en grâce, soit que l'intrigue fût 
un besoin pour lui, on assure qu'il rendait des comptes au souverain 
de Tunis. Le général en chef en fut instruit, le fit arrêter, mettre aux 
fers à bord d'un vaisseau, et ensuite en prison à Alger pour être jugé 
par un conseil de guerre comme espion. C'est pendant cette captivité 
qu'il fut, par hasard, consulté sur l'organisation à donner à un corps 
d'Arabes à cheval. Ce fut un trait de lumière pour Jusuph, et l'espé- 
rance illumina son cachot. Il imagina immédiatement la création d'un 
escadron de mameluks, uniquement consacré à l'escorte du général en 
chef, et dont il serait le capitaine. Ce projet sourit à la vanité théâtrale 




LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



191 




de M. Clauzel. Les fers de Jusuph furent brisés; mais 
plus tard, le ministre de la guerre refusa les fonds né- 
cessaires à l'entretien de cette troupe, dont il n'ap- 
prouvait point la formation et Temploi exceptionnel. 
Les mameluks furent licenciés, et passèrent, avec Ju- 
suph, aux chasseurs algériens, qui devinrent le noyau 
de nos quatre régiments de chasseurs d'Afrique. Jusuph 
manœuvra si bien, que le général Clauzel parvint à lui 
procurer un brevet régulier de capitaine. Telle fut l'ori- 
gine de la fortune de cet aventurier. >• On peut choisir 
entre la version de M. Genty de Bussy et celle du 
général Berthezène. 

Quoi qu'il en soit, Youssouf sut, par son courage et 
son intelligence, faire rapidement son chemin ; après le 
hardi coup de main qui le rendit maître de BAne. il fut' 
nommé chef d'escadron en 1H5;. puis officier de la Légion d'honneur 
en 185^. 

Après avoir battu Abd-el-Kader pendant l'expédition de Tlcmcen, 
en 1835, Youssouf reçut, en récompense de sa 
brillante conduite, le titre, qui resta honorifique, 
de bey de Constantine. 

Nommé ensuite commandant de spahis à 
Oran, puis colonel commandant toute la cavalerie 
indigène, en ifÎ4i. 11 fut élevé au grade de ma- 
réchal de camp hors cadre en 1845. C'est alors 
qu'il vint à Paris, oij il se maria avec la nièce du 
général Guilleminot après s'être converti à la re- 
ligion catholique. 

Nommé général de brigade en 1851 et in- 
scrit sur les cadres de l'armée régulière, il fit. 
année suivante, l'expédition de Laghouat et fut 
nommé grand-officier de la Légion d'honneur. 

Investi du commandement de la division 
d'Alger en 1855, il reçut le grade dégénérai de 
division, prit une part brillante à l'expédition de 
Kabylie, repoussa, en 1860, les bandes maro- 
caines qui avaient envahi le territoire algérien, 
battit, en 1864, les tribus qui s'étaient soulevées, 
et reçut leur soumission à Laghouat. 




192 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



A la suite d'un dissentiment avec le gouverneur général de l'Algé- 
rie, au sujet, dit-on, du régime à appliquer à notre colonie, le général 
Youssouf fut appelé à un commandement dans l'intérieur de la France et 
mourut en 1866. 





< 



LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



I9î 




DE BONE 



^^"- PHILIPPEVILLE 



On se rend directe- 
ment de B(')ne à Philippe- 
ville, soit par la route, soit 
par le chemin de fer ; la 
distance d'un côté ou de 
"autre est absolument la même. 

Avec la diligence, on met onze heures 
pour faire les i i ", kilomètres qui séparent 
ces deux ports ; par le chemin de fer. on 
ne met que huit heures quinze minutes. 



194 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



mais à la condition de ne pas perdre de temps à attendre les différentes 
correspondances, soit à Aïn-Makra, où l'on prend la voiture qui conduit 
à Saint-Charles, soit à ce dernier endroit, où l'on trouve le train qui 
mène à Philippeville. 

Ces deux voyages sont également intéressants, le pays que l'on 
traverse est très pittoresque. 

La route traverse le village de Jcinmapcs, situé près de l'oued 
Fendeck. et vient aboutir à El-Harroucli, à six lieues au sud de Philip- 
peville; ce village, qui compte 400 habitants, est situé à l'entrée de 
la riche vallée du Saf-Saf, qui a 18 à 20,000 hectares de superficie; 
on y a créé les centres de population de Sai/if-Charles, RobertviUe, 
GastonvilU' et Condc ; ce dernier village, qui est plus connu encore 
sous le nom arabe de Smendoii, forme la deuxième étape de Philippe- 
ville à Constantine. 




LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



'9Î 



LA GALLE 



Deux chemins conduisent de Bône à la Calle : la route, par la di- 
ligence, en onze heures, et le sentier arabe. 

Par la route, le seul endroit d'un peu d'importance que l'on ren- 
contre est le village de Morris, chef-lieu de commune de 2,400 habitants, 
parmi lesquels on compte 530 Français. 

Par le sentier, on passe au Tarf^ où anciennement les spahis avaient 
une smala. 

La Calle est la première ville française que l'on rencontre en arri- 
vant de Tunisie. — Elle est bâtie sur un rocher isolé, rattaché au con- 
tinent par un petit isthme de sable bas et étroit que la mer franchit par 
les gros temps. — C'est dans cette ville que l'ancienne compagnie 
d'Afrique, pour la pêche du corail, avait établi son siège au commen- 
cement du xvii" siècle; elle est aujourd'hui érigée en commissariat 
civil et centre d'un cercle militaire. — Sa population est évaluée à 
500 habitants. Ses environs se font remarquer par un lu.xe d'eau et de 
verdure assez rare en Afrique. 

Trois lacs, éloignés moyennement de la ville de deux kilomètres et 
demi, et très rapprochés les uns des autres, tracent autour d'elle 
comme un large canal ; au-dessus de ces trois bassins se déploie un large 
éventail de forêts, où domine le chêne-liège, dont 
on peut évaluer la contenance à 40,000 hectares. 
Les ruines du Basiillon de France, premier 
établissement des Français en Algérie, se trouvent 
à quelques lieues à l'ouest de la Calle. 




196 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



GHARDIMAOU (TUNISIE) 

Un chemin de fer relie la province de Constantine à la Tunisie, 
de telle sorte qu'aujourd'hui toutes les principales villes du littoral 
correspondent par une voie ferrée. 

Après avoir passé Duvivicr, où est l'embranchement de la ligne de 
Constantine, on arrive à Souk-Ahrras. 

La ville de Souk-Ahrras compte environ 4,500 habitants ; elle est 
bâtie sur un plateau mamelonné, à 700 mètres d'altitude. C'est là que 
s'élevait l'ancienne ville de Thagasie, patrie de saint Augustin. 

Depuis la création d'un chemin de fer, toute cette région a pris 
une importance énorme, et le commerce, qui jusque-là était resté sta- 
tionnaire, s'est développé dans de grandes proportions. Les vins de ce 
pays sont très renommés, aussi la plantation et l'entretien des vignes 
sont-ils les principales occupations des colons. 

Ghardimaou (R'ardimaou) est le premier village que l'on rencontre 
en arrivant en Tunisie par le chemin de fer. 

De Constantine à Ghardimaou, le trajet se fait en sept heures 
quarante-cinq minutes (165 kil.), et de Ghardimaou à Tunis, en sept 
heures quinze minutes (189 kil.). 




L 1 



LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



'97 



DE CONSTANTINE A BISKRA 



Une ligne ferrée est en ce mo- 
ment en construction, et conduira 
bientôt à Biskra ; jusqu'à ce jour, elle 
n'est livrée au public que 
jusqu'à El-Kantara, c'est-à- 
dire sur un parcours de i68 - 
kilomètres. 

A part Balim, on ne ren- 
contre sur cette ligne aucun 
point qui mérite d'être cité; cepen- .| 
dant, les voyageurs qui désireraient 
visiter le Medr'ascn, monument funéraire 
des rois de Numidie (d'après Léon Re- 
nier), devront s'arrêter à Aïn-Yiicouf, à 
6c kilomètres de Constantinc. où ils trou- 
veront des mulets, seul moyen de transport pour se 
rendre à 9 kilomètres de cet endroit, où se trouve le 
monument. 

Le Medr'ascn , qui rappelle le Tonilwiii de la 
Chrétienne de la province d'Alger, par la grandeur de 
ses proportions, le caractère de son architecture et le 
mystère de son origine, mérite à un haut degré l'atten- 
tion des archéologues. 

Malgré les fouilles et les recherches qui ont été 
faites à différentes reprises, on n'a pu jusqu'ici définir 
d'une façon certaine la destination de cet édifice, et le 
docteur Leclère, dans une étude sur le Medr'ascn, 
dit pour conclusion : « La famille de Massinissa 
régna pendant deux siècles sur le pays 
dont le Medr'asenoccupeà peu près lecen 
tre; ce fut elle incontestablement qui le fit ?^^^^^^»3?'*^-^-??' 
édifier. Toute autre hypothèse est interdite *'^'<S^^^^^^^^'^^ ; 
pour l'histoire. Mais quelle fut l'époque de ^-^^^»}W,L}fT'''^ 



',^<^ 








Jt=îv*- 



«4 



198 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



cette édification? Nous en voyons deux entre lesquelles on pourrait 
hésiter : les dernières années de Massinissa et le règne de Micipsa. 
Nous admettrions de préférence cette dernière ' ^ 




BATNA 



La ville de Batna est d'origine récente ; elle fut construite sur 
l'emplacement occupé en .1844 P^'" un camp destiné à protéger la route 
du Tell au Sahara et à dominer l'Aurès. 

Jusqu'en 1848, les constructions groupées autour du camp aug- 
mentèrent peu à peu et formèrent une ville connue d'abord sous le nom 
de Nouvelle-Lainbcse ; ce n'est qu'en 1B49 que celui de 5t7//u7 (bivouac) 
lui fut définitivement donné. 

Aujourd'hui, le camp est transformé en une espèce de forteresse 
dans laquelle sont réunis les casernes, l'hôpital, les magasins et les 
différents services militaires. 

La ville, quoique détruite pendant l'insurrection de 1871, a été en 
partie reconstruite depuis ; les rues sont larges, bordées de platanes, et 
les maisons, qui n'ont généralement qu'un rez-de-chaussée, sont bien 
alignées. Les environs de Batna sont excessivement intéressants pour les 
touristes et particulièrement pour les savants ; on peut citer entre autres : 
Lainbcse, à 11 kilomètres de Batna, et Tiingad, à 57 kilomètres, où de 
nombreux monuments romains ont été conservés. 




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LA PROVINCE DE CONSTANTINE 



199 



EL-KANTARA 



El-Kantara est la première oasis que 

l'on rencontre en se dirigeant dans le sud '•'">,£" 

de la province de Cons- 

tantine ; c'est un endroit 

des plus pittoresques où 

s'élève un pont d'une 

seule arche, de construc- 
tion romaine, et qui, par 

sa possession, rendrait 

maître du passage reliant 

le Tell au Sahara. 

Cette oasis renferme 

20,000 palmiers qui sont 
dissémines autour de 
trois villages composés 
d'une population d'en- 
viron 2,000 âmes. 

Les gorges d'El- 
Kantara, citées comme 
une des curiosités de la 
province, sont très in- 
téressantes à 
parcourir; les 
points de vue 
les plus pit- -^4vk^ 














200 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



toresques y abondent. Les ruines que l'on rencontre çà et là prou- 
vent, d'une façon indiscutable, que El-Kantara, le Calcciis Herculis des 
Romains, devait être, à cette époque, une position militaire importante. 

La route qui conduit d'El-Kantara à Biskra (56 kilomètres) est des 
plus curieuses ; elle côtoie plusieurs villages arabes accrochés sur le flanc 
des montagnes et qui ne sont accessibles qu'au moyen de cordes ou 
d'échelles. 

Biskra, première ville importante du Sahara de Constantine, est 
décrite dans la quatrième partie de cet ouvrage. 





BiSKRA. — UNE RUE DANS LOASIS. 



LA. PROVINCE DE CONSTANTINE 



2D1 





■^■'■<~i 



DE SÉTIF A BOU-SAADA 



De Sétif, on peut se rendre dans le sud de la 
province d'Alger, à Bou-Saàda, en passant par Bordj- 
Bou-Areridj et M'sila; il y a là environ 195 kilomètres 
à parcourir sur une route muletière, mais on peut 
en faire une partie en chemin de fer, c'est-à-dire de 
Séiif à Bordj-Bou-Areridj (69 kilomètres). 



M'SI LA 

La fondation de M'slla date de l'an 925 de 
J.-C; ce fut une des villes les plus importantes du 
Zab, mais, comme ses voisines, elle subit l'influence 
des différentes occupations et déchut 
rapidement. 

Aujourd'hui, M'sila ne présente 
rien de particulier, et, pour la dépeindre exactement, 
nous empruntons à M. E. Vayssettes le passage sui- 
vant : 

(( Les rues, comme dans tous les villages kabyles 
ou sahariens, sont tortueuses, raboteuses, se terminant 
généralement en cul-de-sac, mais plus malpropres 
encore ici que partout ailleurs. 

i< La ville de Pise s'enorgueillit à bon droit de sa 
Mt tour inclinée. Eh bien ! M'sila en renferme non pas 
f iîg une, mais au moins dix de ce genre. Ce sont ces 
minarets formés de cubes de touba, étayés les uns 
sur les autres, au moyen de rondins sur 
lesquels ils reposent, se rétrécissant à me- 
sure qu'ils s'élèvent et conservant leur 
aplomb, bien qu'il y ait au moins un mètre 
d'inclinaison du sommet à la base. Il est 
vrai que le mérite peut bien en être rap- 



iiir-^ 






202 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



porté au temps plutôt qu'à un plan arrêté d'avance par l'architecte, 
mais le fait existe. 

« C'est dans l'une des dix-sept mosquées de M'sila, celle de Bou- 
Djemelein, le patron de l'endroit, qu'on voit la tombe du malheureux 
Naàman, bey de Constantine, qui fut étranglé en ce lieu par ordre de 
son compétiteur Tchakeur-Bey. Une double rangée de briques sur 
champ compose seule le mausolée, où d'ailleurs on ne lit aucune 
épitaphe, rien qui rappelle la mâmoire de l'illustre défunt. » 



On trouvera, dans la quatrième partie de cet ouvrage, la descrip- 
tion de Bou-Saàda. 




ITINÉRAIRES 



LES ENVIRONS DE CONSTANTINE 



KIL. 

De Constantine au Hamma ... 7 

Pont d'Aumale j 

Salah-Bey 6 

L'Oued-Begrat 12 

Direction de Kheneg 24 

Direction de Oudjel 27 

Le Pont d'Aumale ) 

Salah-Bey 6 

L'Oued-Begrat 12 

Direction de Kreneg 24 

Direction de Oudjel 27 

Aïn-Smara 18 

LeChettâba R'ar-ez-Zemma. . . 2} 

— Ain-Kerma 28 



KIL. 

Le Chettâba Arsacal 29 

— El-Goulia 29 

De Constantine à Rouffacli. . . 27 

Belfort 54 

Altkirch 42 

Ribeauvillé 49 

Eguisheim sç 

Obernai 6} 

Le Polygone 2 

Fedj-Allah-cu-Akkar 8 

Aïn-el-Bey 15 

Sidi-Mabrouk j 

L'Hippodrome 4 



DE CONSTANTINE A ALGER 

(Voir, dans la Province d'Alger, l'itinéraire d'Alger à Constantine.) 

DJIDJELLI 



De Constantine à Mila 42 

L'Oued-Endja çj 

Cold'El-Beissen 58 

L'Oued-el-Ouldja 67 

Bordj-el-Arba 75 



Fedj-Chahena. 
L'Oued- Nil. . 
Strasbourg. . . 
Duquesne. . . 

Djidjelli. . . . 



81 

92 
96 

100 
109 



COLLO 



De Constantine au Col des Oli- 
viers 41 

Oued-el-Kranga 53 



KIL, 

Souk-el-Tleta 65 

Tamalous 78 

Collo 97 



204 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



BOUGIE 



Sétif à Fermatou 

El-Ouricia 

Col d'Aïn-Gouaoua 

Amoucha 

Takitount 38 

Tizi-N'Bechar 4; 

Kerrata ^4 



Kir,. 

6 

12 

18 

26 



Bordj du Kaid-Hassen 64 

Souk-el-Etnin 79 

Cap Aokas 91 

Oued-Marsa 99 

Oued-Souman 109 

Oued-S'rir ni 

Bougie 1 1 j 



BONE 



KIL. 

De Constantine à Le Kroub . . 16 

Bou-Nouara 50 

Aïn-Abid 42 

Aïn-Begada 57 

Oued-Zemati 68 

Bordj-Sabat 84 

Aïn-Taïba 9^ 

Hammam- Meskroulin m 

Medjez-Ahmar 117 

Guelma 131 

Millesima 134 



KIL. 

Petit 139 

Nadow 151 

Duvu'ier 164 

Oued-Fraro . 171 

Saint-Joseph 178 

Barrai 189 

Mondovi 19$ 

Randon 200 

Duzerville 20S 

Bône 129 



DE BONE A PHILIPPEVILLE 



De Bône à Aïn-Mokra 



chemin 
de fer. 
route . 



33 



Jemmapes 72 

Saint-Charles 94 

Philippei'ille 113 



DE CONSTANTINE A BISKRA 



Aïn-M'lila 30 

Aïn-Feurchi 40 

Auberge de Boutinelli 44 

Lacs Tinsilt 47 

Aïn-Yacout 65 

La Fontaine Chaude 73 

Madher 81 

Ferdîs 87 

Batna .... 98 



El-Biar 108 

Caravansérail des Ksour 124 

Aïn-Touta 130 

Les Tamarins 139 

El-Kantara 16} 

La Fontaine des Gazelles .... 181 

El-Outaïa 191 

La ferme Dufour 201 

Biskra 2i8 



TABLE 



PAGES 

La Province de Conslantine iiî 

Les Khouans ou confréries religieuses 119 

Les Ais?aoua '-5 

La prière des musulmans 127 

Les Berranis '29 

La chasse aux lions »;t 

Conslantine, description et historique l>7 

Les environs de Constantine Ijî 

De Conslantine à Philippeville 1 Philippeville) i6i 

De Conslantine à Alger iSétif, El-Milia) 16; 

La petite Kabylie (Les gorges du Chabet-el-AI<hra, Bougie, les Bcni-Mansour, Djidjcili, 

Collo) 167 

L'Aurès (Krenchela, Tébessa) ITJ 

De Constantine à B6ne I79 

Bûne 181 

Histoire de Yousoul 188 

De B6ne à Philippeville ' • I9î 

La Calle, Ghardimaou (Tunisie^ 195 

De Constantine à BisUra I97 

Batna (les gorges d'EI-Kantara, Biskra) 198 

De Sélif à Bou-Saâda 201 

Principaux itinéraires -oj 



LA 



PROVINCE D'ORAN 



III. — ].A PROVINCE D'ORAN 

Physionomie générale de la province d'Oran. — Les juifs. — Les maures. 

— Les mariages indigènes. — Makhzen et goum. — L'armée d'Afri- 
que. — Le Ramadan. — La diffa. — Les mirages. — Les saute- 
relles. — Oran, son histoire, ses environs. — Description et historique 
des principales villes : Arzew, Mascara, Alostaganem, Nemours, 
Relizane, Sidi-bel-Abbès, Tiaret, Tlemcen, etc. — Les cascades 
(l'El-Ourit. — Le combat de Mazagran. — Légendes arabes, etc., etc. 

— Principaux itinéraires. 




:LA PROVINCE 



D'ORAN 



La province d'Oran, moins con- 
nue jusqu'ici que celles d'Alger et de 
Constantine, a subi, depuis une dizaine 
d'années, de r.crr.breuses transforma- 
5 lions ; le dernier soulèvement du Sud 
Oranais (Bou-Amana, i8!Ji), a con- 
tribué pour une bonne part à ce chan- 
it. car si^ le gc^uvernement 
' sTst décidé à construire une ligne 
'. ferrée dans ces régions jusqu'a- 
•^. ^^hh-J lors peu fréquentées, c'est surtout 
au point de vue stratégique. 




lî 



206 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



Aujourd'hui, les Européens peuvent sans crainte s'éloigner du 
littoral et se répandre sur les Hauts-Plateaux. Le chemin de fer qui 
conduit à Aïn-Sefra, point terminus où l'on irait en vingt-quatre heures, 
si les trains circulaient la nuit, traverse la province dans toute sa profon- 
deur, assure la tranquillité aux tribus amies dispersées dans un pays 
qui, lors des insurrections, fut le théâtre de scènes de massacre et de 
dévastation dont les traces matérielles n'ont pas encore disparu, et 

offre le précieux avantage de pouvoir atteindre, 
sans aucune fatigue, la région du Sahara, située 




à vingt-deux jours de marche de la mer. 



Au point de vue de la population, la pro- 
vince d'Oran diffère entièrement des autres; 
j\ l'élément européen y est surtout représenté 
% par les Espagnols qui s'occupent principale- 
/'^ymjijL'smiimi \ n ' """cnt de l'exploitation de l'alfa ; les Juifs et les 
f —li&îl. .flv^M y/ j Maures y sont aussi en grande quantité, et cela 
y se comprend facilement, en raison des nom- 
breuses incursions dont ce pays fut en butte, à 
toutes les époques de son histoire, de la part 
de ses voisins du Maroc et de l'Espagne. 

Les Hauts-Plateaux et l'extrême Sud de 
cette province sont appelés à devenir avant 
peu un nouveau centre de colonisation, laissant même de côté l'ex- 
ploitation de l'alfa, plante avec laquelle on fabrique aujourd'hui des 
ouvrages de sparterie, des tissus, des cordages, et surtout de la pâte à 
papier. Cette région présente de vastes étendues où l'on peut faire l'éle- 
vage méthodique et en grand des moutons, comme il se fait dans 
certaines contrées de l'Amérique ; d'ailleurs, cette industrie est déjà pra- 
tiquée par les tribus nomades, mais dans des proportions insignifiantes. 



L'alfa. 




LA PROVINCE D'ORAN 



207 



DESCRIPTION GÉNÉRALE 

La province d'Oran, située entre celle d'Alger et le Maroc, a une 
superficie d'environ 11,^^2,800 hectares, dont 4,750,000. dans le Tell. 

Sa longueur, du nord au sud (d'Arzewà Figuig, qui est à peu près 
sa limite extrême dans le sud), est de 560 kilomètres. Sa longueur, sur 
le littoral (de l'Oued-Kiss, à l'Oued-Aberri), est de ?6o kilomètres 
environ. 



J^'^ - 



Les principaux massifs montagneux de cette province, sont : 

Le massif des Traras, dont le point cul- 
minant est le Filhaoïtsscn (i.i^f! mètres d'al- 
titude), le massif volcanique d' A'in-Temouchent 
dont le plus haut sommet est le Scha-Chiowk 
( 666 m. d'alt.) ; le massif iXOran, qui com- 
prend de nombreux mamelons dont le plus 
élevé, V Observatoire^ ne dépasse pas 588 mè- 
tres ; le massif des Beni-Snoiiss, avec le Ras- 
Ashfour (1 .589 m. d'alt.); le massif de Tlemccn 
avec le Niuior (1,560 m. d'alt.); le massif de 
Tcssali, dont le point le plus élevé est le D/'c- 
hcl-Tcssala (1,065 ^•)'i 'c massif du Da/ira, 

it, le Djcbcl-Tiic/itci, n'a 

le. 

les Hqiils-Plateau.r, on 




tude 



ou ([,470 mètres d'alti- 
nnc (1,440 m. d'alt.); 
le Djebel - Tcnnaten 
(i ,",40 m. d'alt. 1, et le 
Djebel- Cliemakr (1,419 
m. d'alt. '1. 

Au >vA des chotts 



Rarbi et Chergui. 



se 



trouvent : 

Le Djebel- A iiLir 



2o8 VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 

(1,678 mètres d'altitude); le Djcbcl-el-Biod (io2i m. d'alt.'l, le Ca- 

ret-el-Krachaoua (1,269 "i- d'alt.), le Djebel-Sid Okba (1,642 m. d'alt.}, 

et le Djchcl-Gouroii (1,650 m. d'alt.). 

Enfin, le inassifsaharien dont les points les plus élevés sont : 

Le Djebcl-Touïla (i ,937 m. d'alt.); le Djebcl-Mcrkeb ( i ,494 m. d'alt.) 

et le Djcbcl-Boii-Moukta (1,1 79 m. d'alt.) 



Entre ces nombreux massifs, s'étendent les plaines de Zcydour, 
des Anddlouses, à'Oran^ delà Mléfa, du Tlc'lat^ du S/V, du Ftlabra, 
Occidentale du Chéliff, de la Mékerra, à'Egrisx. 

La plus grande partie des plaines du Tell sont cultivées, sillonnées 
de nombreuses routes et bien arrosées par de nombreux canaux. 

Les Hauts-Plateaux sont couverts d'alfa, plante exploitée par plu- 
sieurs compagnies qui, ainsi que nous l'avons déjà dit, emploient là un 
grand nombre d'ouvriers espagnols. 



Les principales forêts de cette province, où l'on trouve le chêne- 
licge, le chêne vert, le pain d'Alep et le thuya, sont situées dans la région 
des Hauts-Plateaux; elles couvrent une étendue d'environ 160.000 hec- 
tares et s'étendent aux environs de Tiaret, de Frenda, de Sainte-Barbe 
du Trélat, de Mascara, de Sidi-bel-Abbès, de Sidi-Aliben-Youb, 
(Chanzy), de Daya, de Saïda, de Tlemcen et de Sebdou. 



Les cours d'eau les plus importants dans le Tell sont : VOued- 
Kiss, dont l'embouchure sépare le Maroc de l'Algérie; la Tafna, dont 
le cours est de i4('i kilomètres; le i?/o-Sa/atyo, qui arrose la région d'Aïn- 
Temouchent; la Mac/j^ formée du 5/^;- et de VHabra; \e Chcliff^ qui 
reçoit ÏOued-Riou, ÏOucd-Djuiiouia, et la Mina. 

Dans le Sahara se trouvent VOiied-el-Namoiis, ÏOucd-cl-Kcbir, 
VOued-Seggeur et ÏOiicd-Zcrgoun. 



Les lacs et chotts formés par les eaux pluviales et celles des oueds 
en sont pas si nombreux dans cette province que dans celle de Constan- 



LA PROVINCE D'ORAN 



209 




ARABE DE LA FRONTIÈRE DU MAROC 

(d'après Couverchel) 



210 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



tine; on ne compte que trois lacs, le lac salé de Sidi-Bou:iicin, le lac 
d'Oiwi et le lac cf A/-;;'tw; et deux chotts, le chott El-R'arb, et le chott 
El-Cher^tii. 



Comme curiosités naturelles, on peut citer particulièrement, les 
belles cascades à'El-Ourit, celles de Hourara, de Ti^uigacst,de Tagre- 
inaret de Y Oued Fekan, de Visser occidental et de Ma-ouim. 

Les sources de A'in-Sefra, A'in-Merdja, A'In-Fckon, A'in-Tifrit, A'in- 
el-Hadjar, Na^ereg du Sig, A'in-Tellouf, Aïn-Sultan, Aïn-Isser, A'i'n- 
Sidi-Brahim, de la Tafna, du Keirder et les deux belles fontaines de 
Chan^y, dites Aïn-Skhonna et Aïn-Mekareg. 



Le climat de cette province, après avoir été des plus meurtriers, 
a été considér,ablement amélioré par suite des travaux d'assainissement 
qu'on y a exécutés et des nombreux arbres qu'on y a plantés; la tempé- 
rature est un peu plus élevée que celle des autres provinces, la moyenne 
est de 14" sur le littoral, de 16° dans le Tell, de 19° sur les Hauts- 
Plateaux, et varie de 5 345, et même au-dessus, dans le Sahara. 




LA PROVINCE D'ORAN 



21 



LES JUIFS 




On rencontre beaucoup de Juifs dans presque 
toutes les villes de l'ALérie. D'après les derniers 
recensements, notre colonie en renferme envi- 
ron 42,^00. Le peuple d'Israël est ici, comme 
dans toutes les parties du monde, adonné au com- 
\ merce, au brocantage, et d'une avarice sordide. 
11 est reconnaissable par ses caractères phy- 
siques, ses mœurs, ses coutumes et ses pratiques 
religieuses. 

Les Juifs paraissent s'être réfugiés en Afrique 
après la ruine de la Judée par l'empereur Ves- 
pasien ; mais ceux d'Alger font sur leur venue dans ce pays un 
conte des plus ridicules, et dont cependant toutes les parties sont pour 
eux des articles de foi. « Quand les musulmans possédaient l'Espagne, 
disent-ils, ils nous avaient permis d'habiter parmi eux, de nous livrer 
au commerce, et d'exercer librement notre sainte religion. Lorsque 
les chrétiens les eurent chassés, et eurent reconquis ce beau pays, 
ils nous laissèrent tranquilles pendant quelque temps; mais envieux 
des richesses que nous avions amassées par notre travail, ils ne tar- 
dèrent pas à nous tyranniser. En 1 590, le grand rabbin 
de Séville, Simon-Ben-Smia. fut chargé de fers et jeté 
en prison, avec soixante des principaux chefs des fa- 
milles juives. Cet acte arbitraire fut le signal de cruautés 
encore plus grandes que celles que nous avions éprou- 
vées jusque-là. La mort du rabbin et de ses compa- 
gnons d'infortune fut ordonnée, et ils allaient être exé- 
cutés, lorsque le ciel les délivra par un de ces miracles 
dont nos annales offrent tant d'exemples. 

'( Tous ceux qui étaient avec Simon, voyant ap- 
procher leur dernière heure, accablés de douleur, 
s'abandonnaient au désespoir; mais ce grand homme 
restait calme, et semblait se résigner avec courage à 
son malheureux sort. Tout à coup, ses yeux se rem- 
plirent de feu, sa figure s'anima, et un rayon de lumière 
brilla autour de sa tête ; dans ce moment, il prit un 




212 VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 

morceau de charbon, dessina un navire sur la muraille, et se tournant 
ensuite vers ceux qui pleuraient, il leur dit d'une voix forte : « Que 
<' tous ceux qui croient en la puissance de Dieu et qui veulent sortir 
« d'ici à l'instant même mettent avec moi le doigt sur ce vaisseau. » 
Tous le firent, et aussitôt le navire dessiné devint un navire véritable, 
qui se mit de lui-même en mouvement, traversa les rues de Séville, au 
grand étonnement de tous les habitants, sans en écraser un seul, et 
se rendit droit à la mer avec tous ceux qui le montaient. Le vaisseau 
miraculeux fut conduit par le vent dans la rade d'Alger, ville qui 
n'était alors habitée que par des mahométans. Sur la demande que leur 
firent les Juifs de s'établir parmi eux, les Algériens, après avoir écouté 
le récit de la manière miraculeuse dont les Juifs avaient échappé à la 
cruauté des chrétiens, consultèrent un marabout fameux qui vivait à 
Miliana. Sur sa réponse qu'il fallait accueillir les enfants d'Israël, ils eu- 
rent la permission de débarquer, et les habitants, ayant à leur tête les 
chefs de la religion et de la loi, sortirent en foule pour les recevoir. » 

On accorda aux juifs tous les privilèges dont ils avaient joui en 
Espagne sous l'empire des Maures; ils obtinrent même le droit de faire 
des liqueurs et du vin. Toutes les conditions du traité furent écrites 
sur un parchemin que les rabbins d'Alger conservent encore dans 
leurs archives. 

Mais quand les Turcs se furent emparés de cette ville, leur 
despotisme, qui s'étendit bientôt sur tous les habitants, de quelque 
religion qu'ils fussent, s'appesantit particulièrement sur les Juifs; le 
peuple d'Israël devint encore esclave, et ses fers ne furent brisés 
que par l'armée française qui détruisit la puissance algérienne. 




LA PROVINCE D'ORAN 



21; 




TYPE JUIF 



214 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



Les mœurs et les usages des Juifs de ces contrées sont presque les 
mêmes qu'au moyen âge. Le costume féminin est un mélange hétéroclite 
des modes anciennes du nord, de l'Europe et de celles de l'Orient. Le 
Ye'mcni qui serre le front et barre hermétiquement le passage aux che- 
veux^ est la coiffure de rigueur pour les femmes mariées. 

Les Juives ne se tatouent pas le visage, la Bible leur interdit ce 
genre d'ornement ; elles sont en général remarquables par la blancheur 
de leur teint. Comme elles ne quittent point la maison (c'est le mari 
négociant qui court au dehors), elles ne cherchent pas à briller, et se 
contentent du confortable pour leur accoutrement. L'élégance de leur 
costume s'en ressent ; la plupart du temps, il est fait de tissus assez 
grossiers, et il n'a pas la coupe gracieuse de celui des Mauresques, 
bien qu'il leur soit emprunté en grande partie. Le corsage n'est pas 
taillé pour soutenir la gorge comme chez ces dernières, et les Juives 
l'ayant communément volumineuse, à défaut de goût, de soins, quoi- 
qu'il y en ait nombre de fort jolies, leur fait de bonne heure le plus 
grand tort. Leurs longues jupes ne laissent voir que le bas de la jambe 
nue et le pied chaussé de pantoufle sans quartier, ne recouvrant que les 
doigts. Elles portent des caleçons, et lorsqu'elles sortent, enveloppées 
depuis le haut du bonnet jusqu'aux talons, elles ne se cachent que la 
moitié du visage, se conformant ainsi à un usage antérieur à l'islamisme, 
car il proviendrait des anciens peuples idolâtres de l'Asie et de 
l'Afrique. 

Actuellement, les Juives du Sud, seules, continuent à sortir avec 
le visage voilé; celles du littoral et des grandes villes ont complètement 
abandonné cette coutume, et beaucoup d'entre elles, même, s'habillent 
à l'européenne. 




LA PROVINCE D'ORAN 



2n 



LES MAURES 

Sous la dénomination de Montres, on peut distinguer trois peuples 
différents : 

r Les habitants de l'ancienne Mauritanie, qui sont les Maures pro- 




prement dits, ancêtres présumés des Amarzighs qui habitent actuelle- 
ment le Maroc. 

2° Les Arabo-Maures qui occupèrent l'Espagne, du viii' au 
xvi" siècle. 

3" Les Berbères actuels, qui paraissent issus d'un mélange de 
Maures avec les Arabes. 

Nous ne nous occuperons donc ici que de ceux qui nous inté- 
ressent, c'est-à-dire des Maures actuels ou Berbères. 

Fille de la terre africaine, en ce sens du moins que les plus vieilles 
traditions, les monuments les plus anciens nous la montrent dans les 
mêmes lieux et qu'on ne lui connaît pas d'origine étrangère, la race 
berbère, autrefois compacte et souveraine, aujourd'hui éparse et déshé- 



2i6 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 

ritée, primitivement couvrait toute cette zone du continent qui se déve- 
loppe en un arc immense depuis la mer des Indes et la mer Rouge jus- 
qu'aux colonnes d'Hercule et à l'Atlantique. 

Selon les contrées que les Berbères occupèrent dans cette vaste 
étendue, ils reçurent des Égyptiens et des Phéniciens, et après eux, 
des Grecs et des Romains, les diverses appellations de Eybiens, de 
Numides et de Maures. 

<i Ils formèrent, dit M. Henri Duvergier, la population primordiale 
des vastes territoires que le Nil arrose ou traverse, de même qu'ils 
occupèrent les fertiles vallées que l'Atlas domine. Mais, à l'exception 
de l'Egypte, dont les obscures origines ne projettent aucune clarté sur 
les temps antiques, elle ne se constitua nulle part en corps politique 
et résjulier. » 

Comme les populations éternellement nomades de la haute Asie, 
la race berbère restera partout enchaînée à la vie pastorale. Aussi 
voit-on, d'époque en époque, ses éléments plutôt juxtaposés que ci- 
mentés par des rapports intimes, se désagréger, se déplacer, parfois 
se perdre et disparaître sous la pression des invasions étrangères. Ce 
sont d'abord les Carthaginois; après les Carthaginois, les Romains; 
après ceux-ci, les Grecs de Byzance; puis, les Vandales, ensuite les 
Arabes, et plus tard, les Turcs ottomans dont la domination barbare 
s'est affaissée devant le drapeau de la France. 

De ces dominations successives, antérieures à 1830. une seule, 
la domination arabe, a laissé dans ce pays, à côté des Aborigènes, un 
second élément de population dans des proportions considérables. 

C'est vers le milieu du xi° siècle, quatre cents ans après la pre- 
mière apparition des musulmans dans l'Afrique romaine et leur première 
prise de possession, qu'un nouveau flot de tribus arabes déborda sur le 
Maghreb, extf;rmina ou refoula une grande partie des Berbères de la 
côte, s'empara des plaines et des plus riches vallées et y forma la 
souche de trois millions d'Arabes qu'on y voit actuellement. 

De cette époque date la distribution des Berbères, telle que nous 
la voyons aujourd'hui, entre les Syrtes et l'Atlantique. C'est dans ce 
vaste espace que sont disséminés les débris de ce qui fut autrefois la 
nation berbère. Elle y forme trois groupes principaux, si l'on peut ap- 
pliquer ce terme aune telle dissémination, distingués par les noms dif- 
férents : les Berbères du Maroc ou Chelloucli ; ceux de l'Atlas algérien 
ou Kabyles; et ceux du déserl ou Touaregs (Larousse). 




MAURE ALGÉRIEN. 



LA PROVINCE D'ORAN 



21: 



Dans le reste de l'Afrique septentrionale, et même au Maroc, on 
appelle particulièrement Maures les habitants des 
villes, surtout sur le littoral; détritus indéterminé 
de toutes les races qui s'y sont succédé, chez les- 
quelles brillent encore d'un certain éclat les souve- 
nirs et les vestiges' de la splendeur acquise en 
Espagne. Dans les générations qui se sont transmis 
ce nom, il y a plus souvent tradition de résidence, 
d'habitudes et d'intérêts que tradition de sang. Les 
Maures de notre temps se livrent au commerce, r 
exercent de petites industries, habitent leurs ma - 
sons de ville fermées comme des prisons, pos- 
sèdent et font cultiver des biens de campagn 
Beaucoup parmi eux sont remarquables 
par la beauté de la figure, l'ampleur élé- 
gante de la démarche, du costume et des 
manières. Ils ont généralement la peau plus 
blanche, le visage plus plein, le nez moins 
aigu, le profil moins anguleux, les cheveux 
plus fins, tous les traits de la physionf)- 
mie moins accentués que les Arabes, 
parmi lesquels pourtant un grand 
nombre d'entre eux se sont recrutés 
anciennement : effets naturels du 
séjour des villes. Leurs femmes 
appelées MaureSijucs sont blan- 
ches et souvent fort belles : par 
leur alliance avec les Turcs, elles 
ont donné naissance à la famille 
des Koulouglis, dans les trois 
anciennes régence d'Alger, de 
Tunis, et de Tripoli. Au Maroc, 
l'origine berbère domine par- 
mi les Maures des villes, quoi 
qu'elle soit atténuée par ^rf 
une éducation et 
des moeurs qui ont 
adouci la rusticité 



sauvage de 




Po- ^ 



2l8 



VOYAGE A TRAVERS LALGÉRIE 



pulation des campagnes. A Alger les orignes berbères, espagnoles 
et arabes se partagent la classe des Maures qui décline de jour en four 
au contact des Français dont la présence a fait renchérir la vie maté- 
rielle, tout en diminuant les revenus antérieurs qui se puisaient dans 
la propriété des maisons et des terres, dans l'industrie et le commerce. 
A Tunis, un nouvel élément se combine aux précédents : ce sont les 
descendants des Arabes qui, de Sicile, repassèrent en Afrique, chassés 
par les princes chrétiens. 

Dans ces deux villes, beaucoup de Maures ont du sang européen 
ou asiatique dans les veines, par suite de la conversion à l'islamisme 
de captifs ou d'aventuriers espagnols, grecs, italiens, circassiens. On 
trouve çà et là des groupes qui portent encore le nom à'Andalous^ en 
souvenir du séjour de leurs pères en Andalousie, et qui montrent avec 
un orgueil navré les clefs de leurs maisons de Grenade et de Cordoue. 
A Tripoli, l'élément arabe domine presque exclusivement : là se trouve, 
en effet, la station la plus rapprochée de l'Egypte et de l'Arabie, ses 
foyers primitifs. A mesure que de l'est on avance vers l'ouest, son 
influence diminue comme sa proportion matérielle, et le type berbère, 
maure ou kabyle reprend le dessus, qu'il conserve surtout au Maroc. 

Si les Maures sont les hommes les plus doux de la Barbarie, ils 
sont aussi les plus paresseux : ils passent la plus grande partie de leur 
temps, les jambes croisées sur un banc ou sur une natte de joncs, à 
fumer leur pipe et à prendre du café. Us sont très religieux et s'acquit- 
tent fort exactement de toutes les pratiques que leur impose le Koran. 
Quand l'heure de la prière sonne, ils se prosternent partout où ils se 
trouvent et prient avec la plus grande ferveur, en faisant tous les baise- 
ments de terre et les salutations voulues, sans s'inquiéter en aucune 
façon de ceux qui les environnent. 





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ce 

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LA PROVINCE D'ORAN 



219 




Le nom de Mauresques est donné aujourd'hui aux l'emmes indi- 
gènes qui habitent les principales villes de l'Algérie; bien peu d'entre 
elles sont de véritables Mauresques issues des vieilles familles venues 
d'Espagne; elles sont, pour la plupart, d'origines très variées et ne 
doivent le nom qu'on leur donne qu'au costume qu'elles portent. 

C'est d'ailleurs à ce costume que ces soi-disant Mauresques 
doivent aussi tous leurs succès, car il ne faut pas se dissimuler qu'à 
part quelques exceptions, elles ne méritent pas la réputation de beauté 
qu'on se plaît généralement à leur faire. Le pantalon et la veste brodés 
jouent un grand rôle dans leur existence, aussi comprend-on difficile- 
ment qu'il y en ait parmi elles qui consentent à échanger de temps en 
temps leur costume oriental contre un costume européen. 

Rien dans leur personne n'autorise une semblable fantaisie, les 
imperfections de leurs formes si bien cachées par l'ampleur du saroueil 
(pantalon bouffant), par la ceinture et par le corsage, ressorlent alors d'une 
façon d'autantplus sensible, qu'elles possèdent souvent unénormeembon- 



220 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 




point fort estimé, paraît-i), parmi 
les Maures, qtii considèrent ce 
charme comme supérieur aux 
agréments de la figure et à la 
régularité des traits; mais qui, à 
nos yeux, ne peut que les rendre 
fort disgracieuses. 

Afin déplaire àleurs époux 
et maîtres, ces femmes ne savent 
qu'inventer pour engraisser ; 
quand la vie du harem, oisive^ 
sédentaire, ne suffit pas. on-. 
% mange force farineux et, dit-on, 
toutes sortes de choses étran- 
ges, comme les Scarabées, dont 
usent les Egyptiennes qui sont 
dans le même cas. En géné- 
ral, ces Mauresques du far- 
niente engraissent jusqu'à ac- 
quérir des formes assez exubé- 
rantes pour être gênées dans leur 
marche ; cela prête à leur allure 
habituelle une physionomie par- 
ticulière, celle des cannes de 
basse-cour. Par une affectation 
de ton, les femmes qui n'ont 
pu parvenir à se procurer les 
inconvénients physiques qui 
occasionnent cette démarche, 
ne manquent pas de prendre la 

tournure forcée des autres ; cela leur sert à se distinguer des femmes 

des basses classes dont la démarche est aisée et agile. 

La véritable Mauresque, celle qui a conservé le type de ses. 

ancêtres, est très jolie lorsqu'elle est jeune ; svelte et délicate de. 

formes, elle possède une tête ravissante dont les poètes orientaux ont 

chanté les charmes multiples sur tous les tons. 

Mais tous ces avantages disparaissent vite devant le traitement 

énergique dont nous avons parlé plus haut et, bientôt, il ne reste plus de 

cette séduisante personne, que des formes lourdes et épaisses, sans 



LA PROVINCE D'ORAN 




MAURESQUES 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



lesquelles elle ne croit pas avoir tous les charmes de la distinction. 
La Mauresque que l'on rencontre le plus souvent dans les quar- 
tiers excentriques des grandes villes est des plus ordinaires; la jeunesse 
même ne lui accorde aucune faveur; d'allure vulgaire, de formes gros- 
sières, les traits accentués, elle ne ressemble en 
rien à la Mauresque de race, et si elle peut avoir 
quelques charmes aux yeux de ceux qui pos- 
sèdent des illusions à son ét-ard, ce n'est certai- 
nemenl que par son costume, par la facilité de ses 
mœurs et l'abandon de ses manières. 

Les Mauresques ont une existence des 
plus insignifiantes, elles passent leur temps à 
prendre des bains, à faire leur toilette et à se 
reposer; leur intelligence, déjà peu développée, 
se ressent encore de ce genre de vie, aussi n'y 
a-t-il rien d'étonnant à ce que, dans de telles 
conditions, elles ne se révoltent pas contre le joug 
que les mœurs et les habitudes leur imposent. 

C'est chez les Mauresques que se recrute 
les danseuses et les chanteuses sans lesquelles 
il n'y aurait pas de fêtes arabes; elles sont aussi 
indispensables que les fantasias; celles qui possèdent l'un ou l'autre 
de ces talents obtiennent toujours un énorme succès et sont alors 
entourées d'un trrand nombre d'admirateurs. 

Les noms les plus répandus parmi les Mauresques sont ceux de : 
Aïcha, Fatma, Halima, Khredoudja, Khreira, Meriem, Mimi, Mouni, 
Rosa, Sofia. Yamina, Zina, Zohra, etc., etc. 

La Mauresque vieillit vite en raison de sa précocité; enfant, elle 
ne jouit d'aucun des avantages accordés aux garçons, on ne lui apprend 
absolument rien ; la femme, chez les musulmans, est une chose, un objet, 
un meuble que l'on possède et qui ne doit ni penser ni agir. Si elle est 
de famille pauvre, elle est souvent battue et succombe sous la fatigue; 
si elle appartient à des parents aisés, elle est reléguée dans un coin, 
abandonnée aux soins d'une négresse; aussi n'aspire-t-elle qu'à la 
liberté. Pauvre, elle n'a qu'un seul désir, celui d'échapper au logis pa- 
ternel pour se livrer à la prostitution, si toutefois ses parents ne l'ont 
pas déjà vendue. Riche, elle mangera, grandira, se mariera, n'ayant 
d'autre but que la coquetterie la plus effrénée et quelques intrigues. 
Le costume habituel de la Mauresque ne se compose que d'une 




LA PROVINCE D'ORAN 



225 




chemise en gaze à manches courtes et dépassant à peine 
la ceinture, et d'un pantalon (serroua!) en calicot blanc 
ou en indienne, large, bouffant, descendant au-dessous 
du genou; les jambes sont nues, les pieds chaussés 
de babouches Ce costume d'intérieur est souvent com- 
plété par une veste (djabadolii, espèce de brassière qui 
tient lieu de corset, ou par une espèce de corsage en 
étoffe de soie brodée d'or (zlilai. 

Lorsque la Mauresque porte la veste, elle noue 
au-dessus de ses hanches une étoffe en soie rayée, ap- 
pelée foula et tombant jusqu'à terre ; elle enroule alors 
par-dessus une ceinture en soie ou en or, dont les 
bouts pendent par devant. 
La coiffure est formée soit d'un foulard de couleur vive, soit de 
la calotte brodée dont le gland long et épais s'étale sur une épaule. 

Pour sortir, la Mauresque ne garde que le pantalon, la veste ou 
le corsage; elle noue derrière la tête un mouchoir qui lui cache la 
figure à l'exception des yeux, et s'enveloppe le corps d'un haïk. pièce 
de laine d'une étoffe très claire et très fine, qui de loin lui donne 
l'apparence d'un paquet de linge. 

Les Mauresques, comme les Kabyles, et en général toutes les 
femmes du littoral barbaresque, se décorent diverses parties du corps 
avec des tatouages fixes ou passagers. — Outre le kohol dont elles se 
noircis-sent le tour de l'œil pour l'agrandir, ainsi que l'ont pratiqué 
les Orientaux de tous les temps, elles emploient 
encore cette poudre d'antimoine pour dessiner sur 
leur front et leur menton de légers dessins symé- 
triques, ou pour piquer des mouches éparscs sur 
leur figure. Ces tracés à l'aiguille d'un noir bleuâtre 
durent cinq à six jours. Il y en a d'autres plu-^ te- 
naces et résistant à tous les détersifs ordinaires, 
ou à la poussière colorante de la feuille du henné. 
Cette teinture, rouge-orangé est emplovée là. * 
comme dans l'indoustan (iu en Perse, pour teindre 
les ongles et les paumes de la main; les courti- 
sanes en embellissent jusqu'à la plante de leurs 
pieds, les ongles de leurs orteils et les malléoles 
de leurs chevilles. Ce genre singulier de parure 
est principalement porté aux jours de fête, et 




224 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



surtout dans les célébrations de noces. Il est aussi commun aux chré- 
tiens qu'aux musulmans. 

Ainsi que les femmes arabes, et les Oulad-Naïl en particulier, 
les Mauresques se couvrent de nombreux bijoux. Leurs colliers, bra- 
celets et diadèmes sont parfois très originaux et, quoique de fabrication 
grossière, sont faits avec une certaine recherche ; les pierres qui en 
font le principal ornement sont quelquefois disposées avec beaucoupde 
goût. Les colliers de pièces d"or sont ceux qui obtiennent le plus de 
succès ; ils représentent généralement la fortune de leur "propriétaire 
et servent de réclame aux yeux des admirateurs. 





DANSEUSE MAURESQUE 



LA PROVINCE D'ORAN 



22 



LES 



MARIAGES ^^ -^ 




Le mariage chez les Maures 
comme chez les Arabes n'est point 
une cérémonie relitrieuse, c'est ^' 
une espèce de marché qui se fait 
d'une manière extrêmement bizarre. 

Les hommes et les femmes ne peuvent 
point communiquer librement entre eux; les 
demoiselles qui ont atteint l'âge de puberté 
ne sortent jamais ou très rarement, non plus 
que les jeunes femmes; il n'y a que celles déjà 
d'un certain âge qui soient libres de sortir, le vi- 
sage couvert de manière qu'on ne puisse voir que 
les yeux, et enveloppées de tant de draperies , 
qu'elles ressemblent à des paquets de linge am- 
bulants. Les Maures ne laissent pas pénétrer leurs 
amis chez eux; ils les reçoivent à l'entrée de la 
maison, sous un vestibule où ils sont assis sur des 
tapis, les jambes croisées, et fumant leur pipe 
en prenant du café. Cette manière de vivre 
s'oppose à ce que les jeunes gens puissent 
voir les demoiselles et leur faire la cour. 
Les mariages se font donc par arrangement 
entre les parents, ou par commérage, sans 
que les enfants se soient jamais vus. 

11 arrive quelquefois qu'un jeune hom- 
me ayant beaucoup entendu parler de la ''(^-O-) 1 beauté et des 
vertus d'une demoiselle, se monte l'imaginationX i/y^ et se prend de 
belle passion pour elle. Alors il emploie tous y^ les moyens pour 
acquérir des renseignements sur l'objet de son '2/ amour : s'il ne 
peut décider sa mère à aller s'assurer par elle-même de toutes les 
qualités qu'il a entendu prôner , il s'adresse à une vieille femme 



226 VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 

connue pour se charger de négocier les mariages, et il y en a beaucoup 
en Barbarie; il lui promet des cadeaux et de l'argent si elle veut aller 
dans la maison de la jeune filie s'assurer de tout ce qu'il a ouï dire, et 
venir lui en rendre compte. 

La messagère s'introduit dans la maison en prétextant une autre 
raison que celle qui l'amène, et, tout en causant avec les parents, elle 
ne manque pas de leur faire comprendre adroitement sa mission, sur- 
tout si le jeune homme est riche. Quand ceux-ci trouvent le parti avan- 
tageux, ils font à cette femme des cadeaux et de belles promesses, pour 
l'engager à vanter les qualités et la beauté de leur fille, et la négocia- 
trice se trouve ainsi payée par les deux parties. De retour auprès de 
celui qui l'a envoyée, la vieille fait un rapport, souvent moins dicté par 
les charmes de celle qu'elle est allée voir, que par la manière dont elle 
a été traitée par ses parents : c'est là ce qui fait que beaucoup de maris 
trompés répudient leurs femmes peu de temps après les avoir épousées. 
Quand un jeune homme est satisfait des informations qu'il a fait prendre 
sur une demoiselle, il engage son père, ou son plus proche parent s'il 
n'a plus de père, à la demander en mariage. 

De quelque manière que les préliminaires aient eu lieu, les pères 
qui sont tombés d'accord pour unir leurs enfants se rendent chez le 
cadi (juge), et, devant ce magistrat, ils déclarent leurs intentions et 
stipulent la somme que le futur est convenu de donner à son épouse. 
Après cette déclaration, qui est inscrite sur un registre, le cadi fait 
apporter de l'eau sucrée qu'il boit avec les contractants ; ensuite ils se 
prosternent tous les trois, et adressent à Dieu une prière (fcata) pour 
lui demander de bénir l'union qu'ils viennent de conclure. Avant de se 
séparer, les parents fixent, devant le cadi, le jour où la jeune fille sera 
conduite chez son époux. En attendant ce moment, elle travaille à faire 
une chemise et une culotte pour son mari, qui doit s'en parer le jour 
des noces. 

Ce jour arrivé, la jeune épouse prend un bain, après lequel on la 
pare de ses plus beaux habits; le dedans de ses mains et le dehors de 
ses pieds sont teints en rouge avec du henné ; on lui dessine une fleur 
au milieu du front; ses sourcils sont peints en noir; on dessine avec un 
bouchon brûlé des lignes en forme de zigzag sur ses mains; et, assise 
très gravement sur un divan, elle attend le coucher du soleil, époque 
à laquelle ses parents, ainsi que ceux de son futur, hommes et femmes, 
avec ses meilleures amies qui ont ordinairement assisté à sa toilette, 
viennent la prendre pour la conduire chez son mari. Deux vieillards 



LA PROVINCE D'ORAN 



prennent alors la jeune épouse par la main, et se mettent en marche 
vers sa nouvelle habitation, suivis de toutes les personnes réunies autour 
d'elle, et font entendre de temps en temps le cri de joie des Algériens : 
You! youl yoiil Dans la maison du futur, une chambre superbement 
décorée et illuminée avec des bougies et des verres de couleur, a été 
préparée à l'avance ; la jeune épouse y est conduite avec toutes les 
femmes qui l'ont accompagnée. Là, on leur sert un souper, et elles 
restent jusqu'à minuit à boire, manger et se divertir entre elles. Les 
hommes, qui sont demeurés sous la galerie, soupent ensemble dans une 




Préseiitalion des fiancés. 



autre pièce. Le mari n'est point avec eux; il mange tout seul dans une 
chambre à part, probablement pour que les convives ne l'excitent point 
à la débauche, et qu'à l'heure fixée il puisse se présenter d'une ma- 
nière décente auprès de celle dont il s'est chargé de faire le bonheur. 
Cette heure, c'est minuit, époque à laquelle les mosquées sont rou- 
vertes. Chacun se retire et les deux époux restent libres. 



228 VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



Ainsi que nous l'avons déjà dit dans la partie relative aux Arabes, 
les musulmans ne peuvent épouser que quatre femmes; mais il 
leur est permis d'avoir chez eux autant de concubines qu'il leur plaît. 
Les habitants des villes usent rarement de la permission que leur accorde 
le Koran ; ils n'ont presque tous qu'une femme légitime, et la plupart 
n'ont point de concubines. 



MAKHZEN ET GOUMS 

En outre des spahis indigènes détachés dans les bureaux arabes, 
le gouvernement y entretient encore des cavaliers irréguliers, chargés 
d'assurer le service soit comme escorte, plantons ou même interprètes 
à l'occasion. Leur connaissance parfaite des tribus voisines, auxquelles 
ils appartiennent, est d'une grande utilité pour les officiers des bureaux 
arabes chargés de missions administratives ou judiciaires et peut, dans 
beaucoup de circonstances, abréger des recherches quelquefois fort 
difficiles. 

Ces cavaliers, en temps ordinaire, prennent le service à tour de 
rôle; en cas d'insurrection, leur rassemblement est aussitôt ordonné 
et le commandement de cette troupe est confié à un agha. 

N'ayant pas de costume particulier, les goumiers, afin de ne pas 
être confondus avec les insurgés, portent une marque distinctive, c'est- 
à-dire, un cordon rouge enroulé autour de leur coiffure. 

Parmi les goums les plus importants, on peut citer celui commandé 
par l'agha Lakdar de Laghouat, il fait partie de toutes les expéditions 
du Sud et se distingue chaque fois dans le service de guide, d'éclaireur 
ou d'avant-garde. 

Dans le Sahara algérien, où les communications sont encore très 
difficiles, les cavaliers sont montés sur des chameaux de course 
(méhari) et prennent le nom de makhzen ; c'est eux qui font le service 
de la poste, franchissant en quelques heures, grâce à leur monture, 
des distances qui nécessiteraient plusieurs jours de marche, même avec 
un excellent cheval. 

Les voyageurs qui se hasardent dans ces régions éloignées peu- 
vent, s'ils en font la demande au commandant supérieur du cercle, se 
faire accompagner par quelques-uns de ces cavaliers qui servent alors 
de ijuides et d'escortes. 



* 







MAURESQUE 



LA PROVINCE D'ORAN 



229 



LES AMULETTES ET TALISMANS 




Le iimiivais œil ou l'a'// envieux, accusé de toutes 
les maladies, de tous les événements fâcheux qui sur- 
viennent, c'est la croyance de tout Oriental. Ce sont 
les marabouts qui font et donnent les talismans, nom- 
més telsciu, auxquels est reconnu le pouvoir préser- 
vateur. Il y en a de beaucoup de sortes, doués de 
vertus particulières, servant de moyens curatifs, en 
grande réputation. Un médecin arabe contente son 
client en lui remettant un morceau de papier, un frag- 
ment de parchemin, sur lequel sont inscrits les noms 
de Dieu, des prophètes, certains versets du Koran. 
C'est toute une pharmacopée talismanique, en pier- 
res plus ou moins précieuses, tantôt chargées d'ins- 
criptions, tantôt non gravées, mais toutes infaillibles. 
Le Maure regarde la topaze (yiigi^iit-iistcir) comme un 
spécifique souverain contre la jaunisse et les affections bilieuses. La 
cornaline ou sardoine, la gemme rouge, que les Arabes nomment /ud- 
jar-ed-dam, pierre du sang, est excellente contre le flux de sang et l'hé- 
morrhagic. Les nourrices manqueraient à tous leurs devoirs si elles ne 
portaient pas de bagues dont les chatons sont des turquoises, qui aug- 
mentent la qualité nutritivede leur lait. Le rubis fortifie le cœur, éloigne 
la foudre et la peste; il apaise la soif, etc. L'émeraude guérit la piqûre 
des vipères, ou toute autre blessure venimeuse. Elle aveugle même les 
serpents auxquels on la présente ; elle chasse les démons et les mauvais 
esprits; c'est un spécifique contre l'épilepsie, les douleurs d'estomac, 
les maux d'yeux. Le diamant [elmâs) n'est pas moins utile et a des vertus 
analogues. La cornaline a encore d'autres qualités que celles signalées 
plus haut ; elle calme la colère, guérit les maux de dents; elle préserve 
delà mauvaise fortune, est un gage de bonheur constant et de prolonga- 
tion de la vie. L'hématite (inaghnâttvs) calme les douleurs de la goutte, 
facilite l'accouchement, détruit l'action des poisons. Le jade (rec/ini) 
garantit de la foudre et des mauvais rêves. Enfin, la gemme appelée 
œil-de-chat [ayn-el-hor) préserve de l'influence des mauvais regards et 



lîo VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



met à l'abri des coups du sort; bien plus, dans un combat, elle rend ce- 
lui qui la porte invisible aux yeux de son adversaire, etc. Ces précieuses 
recettes sont consignées par un écrivain arabe, nommé Tcvfâchy, dont 
le manuscrit est conservé à la Bibliothèque nationale de Paris. Cette 
étrange pharmacopée occupe l'ouvrage entier; tous les spécifiques y 
sont indiqués : contre la gale, la peste, la fièvre et la rogne, et même 
contre les chutes de cheval et les blessures de toute espèce. 




LE RAMADAN 

Le Ramadan ou Ramazan ide Ramdham, formé de Rhamana, avoir 
miséricorde) est l'époque du carême des Arabes. 

Les musulmans calculent leur année d'après le cours de la 
lune. Elle a onze jours de moins que la nôtre, puisque le mois lunaire 
n'est que de vingt-neuf jours douze heures; de sorte qu'au bout de 
trente-trois ans, le mois de Ramadan se trouve avoir parcouru toutes, 
les saisons de l'année. 

C'est pendant ce mois de carême, que les Arabes gardent l'absti- 
nence la plus sévère, depuis le lever jusqu'au coucher du soleil. Toute 
boisson leur est interdite d'une façon absolue ; ils ne fument pas et^ 
lorsque, dans une ville, ils passent à côté d'un infidèle ayant aux lèvres 
son cigare ou sa cigarette, ils portent la main à leur bouche pour em- 
pêcher qu'un atome de fumée y pénètre. 

Dans les places pourvues d'un détachement d'artillerie, un coup 
de canon, tiré au moment où le soleil disparaît à l'horizon, annonce aux: 
musulmans que l'heure est venue où ils peuvent se substenter; dans les 
campagnes, c'est le chant du marabout qui donne ce signal. 

C'est alors que les Arabes remplissent les cafés maures et se préci- 
pitent sur les aliments que les gargotiers ont soin de préparera l'avance, 
en grande quantité ; car, en général, si pendant ce carême, on jeûne le 



LA PROVINCE D'ORAN 



2^1 




jour, il n"eo est pas de même la nuit. et. 
sous prétexte de se réconforter, les Arabes 
en profitent pour faire de véritables or- 
gies. 

Le Beir^Tin, ou fête du mouton, ter- 
mine le Ramazan. 

On distingue deux sortes de Beiram : 
le grand, qui arrive le premier jour de la 
lune qui suit le Ramadan et qui dure trois 
iours ; le petit, que l'on célèbre soixante- 
dix jours après le premier et qui en dure 
quatre. 

Pendant la fête du grand Beiram, tout 
.-travail cesse et tout le monde se livre au 
plaisir. Elles sont annoncées par le canon 
qui est bientôt accompagné du son des trompettes, des tambours et de 
tous les tamtams disponibles. 

Des distributions sont faites dans les mosquées et attirent dans ces 
lieux saints une foule considérable; partout, dans le gourbi, sous la 
tente, aussi bien que dans les plus riches habitations, la fin du Ramadan 
est fêtée; partout, chez le pauvre comme chez le riche, le mouton est 
sacrifié, et tous les musulmans se livrent sans réserve aux plaisirs de la 
table. 

Le petit Beiram est une fête essentiellement religieuse. 
Le sacrifice du mouton, dans cette circonstance, doit rappeler 
celui que l'ange Gabriel plaça sous le couteau d'Abraham et qui sauva 
la vie à Isaac. 



LE COUSCOUS 



Le Couscous ou, plus vulgairement, couscoussou, est un plat de 
viande et de farine roulées en boulettes, dont les Arabes font leur nour- 
riture habituelle et qui, avec le msovare (mouton rôti), compose géné- 
ralement la difi'a. 

» Dès que la récolte du blé est rentrée dans les silos, dit 
M. Hardy, les femmes arabes réunissent dans un lieu commode, bien 
aéré et exposé au soleil, la quantité de blé destinée à cette prépara- 
tion, ce qui a lieu ordinairement à la fin d'août. On mouille bien ce 



2?: 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



blé, on le ramasse en un tas en plein soleil, et on le recouvre encore 
de pièces d'étoffe mouillée, dans le but de le faire fermenter et renfler 
plus vite. Lorsque le grain est suffisamment gonflé, sans attendre que 
la germination commence, on l'étend en couche bien mince sur une 
aire ou sur des tuiles, toujours au soleil, pour le faire sécher. Lors- 
que le grain ne contient plus d'eau, on le passe entre deux meules 
légères en calcaire dur, dont la supérieure est mise en mouvement 
par le bras d'une femme. Le grain ne se réduit pas en farine, comme 
dans l'état ordinaire, mais se casse en grumeaux un peu plus gros que 
du millet à grappes; ces grumeaux sont de nouveau exposés au soleil, 
puis on les vanne pour les séparer de l'écorce ou de l'endocarpe du 
blé, qui s'est détaché. 

Quand le couscoussou est suffisamment sec, on le renferme dans 
des peaux de mouton et de chèvre, et on le conserve ainsi indéfini- 
ment au sec sous la tente. 

Pour manger cette substance, on la fait bouillir dans de l'eau ; 
on l'assaisonne avec du beurre, du sel et du poivre; quelquefois on y 
ajoute des morceaux de viande de mouton, mais les grumeaux restent 
toujours durs et en font une nourriture assez pénible pour le gosier 
européen. 





NEGRESSE MARCHANDE DE PAIN 



LA PROVINCE D'ORAN 



LA DIFFA 




La diffa arabe 
consiste en une sor- 
te de réception ou 
hospitalité, offerte 
par un chef, une tribu ou 
un parliculier , à une troupe de passage, à 
luie autorité mi'itaire ou civile, ou même à 
de simples voyageurs. 

L'hospitalité arabe est depuis long- 
temps proverbiale; riche ou pauvre, le mu- 
sulman doit asile et nourriture au voyageur qui se présente à la porte de 
son logis en prononçant les paroles sacramentelles : « O maître de la 
"tente, voici un invité de Dieu. « A quoi l'on répond aussitôt : <i La 
(bienvenue soit avec toi. » A partir de ce moment, l'étranger n"a plus à 
s'occuper ni de sa personne, ni de ses serviteurs, ni de son cheval. 

Nous extrayons d'Une E.vcitrsion dans le Sa/hv\i, de M. de Belle- 
!niare, la description détaillée d'une dilfa : 

" Le maître de la maison parut, portant lui-même un bâton de six 
pieds de long environ, gros à peu près comme le bras, au milieu du- 
quel pendait un mouton rôti dans son entier. Chacun de nous, après 
.avoir reçu un pain arabe, qui ressemble assez, quant à la forme, à une 



254 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



galette épaisse ou à un de ces pains plats que l'on sert dans nos restau- 
rants, put satisfaire son appétit, non pas, du moins, pour ceux d'entre 
nous initiés aux mœurs indigènes, sans avoir prononcé les mots par 
lesquels tout repas doit commencer et finir, les mots : Bism Illah (au 
nom de Dieu), qui sont les premiers du Koran. 

<c Plus d'un lecteur se demande déjà comment il est possible, sans 
aucun accessoire ressemblant à une fourchette ni même à un couteau, 
de venir à bout d'un mouton entier. Je vais chercher 
à le lui faire comprendre. Un mouton est saigné, 
écorché, vidé en un instant, puis... je ne dirai pas 
embroché, mais empalé avec le bâton dont il a été 
question plus haut. Avant, toutefois, de le placer sur 
le brasier qui l'attend, une importante opération doit 
être exécutée. De chacun des côtés de l'épine dor- 
sale, et dans toute sa longueur, est faite une incision 
qui va jusqu'aux côtes; sur cette première incision, 
et perpendiculairement à elle, se greffent vingt ou 
trente incisions plus petites, faites à la distance d'un 
pouce l'une de l'autre. Dans cet état, le mouton est 
placé au-dessus d'un feu très clair et tourné par deux 
hommes pendant le temps nécessaire à sa cuisson. 
L'action du feu, racornissant les chairs, ne tarde pas à élargir les traces, 
d'abord à peine visibles, du couteau et à séparer chaque tranche, qui 
offre ainsi à la main une prise facile. C'est, en effet, de la main qu'il faut 
se servir pour manger. Quand le mouton fut littéralement réduit à l'état 
de squelette, un immense couscoussou fut servi dans un grand plat, 
de bois... Pour manger ce plat, il est évident qu'on ne peut user de 
l'instrument tout primitif dont on se sert pour manger le rôti. Aussi, 
chaque convive reçoit-il une cuiller en bois, dont la forme se rapproche 
assez de celle de nos cuillers à sucre, avec cette différence cependant 
qu'elle est moins profonde. Muni de cet ustensile, il va puiser dans 
l'immense gamelle, le couscoussou qu'elle renferme, réservant les doigts 
pour saisir les morceaux de viande qui le recouvrent. 

<i Le mouton rôti, le couscoussou, tels sont les deux plats qui 
composent le repas arabe ; il en est un troisième que l'on nomme 
hamis. Dire de quoi se compose le hamis, j'avoue que cela me serait 
impossible; je sais seulement qu'il y entre un grand nombre de mor- 
ceaux découpés et une énorme quantité de poivre rouge. Le tout est 
mélangé dans une sauce semblable à celle d'un civet de lièvre, à laquelle 




LA PROVINCE D'ORAN 



'■3^ 



le poivre aurait donné une couleur rougeâtre. Il est facile de com- 
prendre qu'un semblable assaisonnement fasse éprouver de prime 
abord une grande cuisson au palais. Cette sensation est, du reste, dis- 
sipée après les trois ou quatre premières bouchées, et l'on ne sent plus 
qu'un goût un peu fort, si l'on veut, mais qui n'est pas désagréable. 
Ai-je besoin de dire que les doigts sont les seuls auxiliaires auxquels 
on ait recours pour manger ce plat ; que c'est avec les doigts qu'on 
est obligé d'aller à la recherche des morceaux de viande, souvent 
recouverts par la sauce, et que, quant à la sauce, le seul moyen de la 
goûter, c'est de la puiser en y trempant des morceaux de pain? Des 
Arabes m'ont assuré que c'est au poivre que renferme le hamis qu'ils 
doivent la beauté de leurs dents. Sans ajouter absolument foi à leur 
affirmation, je suis cependant assez disposé à croire que le poivre y 
est pour quelque chose, ainsi que le remplacement de l'eau par le lait 
pour beaucoup. Il est, en effet, à remarquer que, plus on avance dans le 
Sud, plus les dents des Arabes sont éclatantes de blancheur, et cela sans 
qu'ils en prennent soin, sans qu'ils fassent rien pour l'entretien de leur 
bouche. 

Un autre motif m'a été donné par un Arabe, pour mexpliquer la 
beauté des dents des habitants du Sahara : c'est que, disait-il, nous 
ne mangeons jamais trop chaud et ne buvons jamais trop froid. Qua- 
tre sortes de boissons peuvent figurer dans les repas arabes : l'eau, 
le lait de chèvre ou de brebis, le Icben ou lait aigre, et le lait de 
chamelle. Ces boissonsse servent dans degrands vases 
que l'on nomme mordjen et qui sont ordinairement itC >i>v 
en fer-blanc. Tant qu'il y a un contenu, ces vases ^' * «\*^S 
se passent de l'un à l'autre, et chacun 
boit alternativement selon sa soif. Le 
vase vide est immédiatement rempli. 
Le Français boit toutes les fois qu'il 
a soif; il n'en est pas de même de 
l'Arabe : l'Arabe n'a soif qu'une fois 
par repas, ou du moins il ne boit 
qu'une fois, ordinairement à la fin. 
Le café sert naturellement de clôture 
au dîner. Une dernière opération 
reste à faire après un dîner 
arabe, car il est facile de 
comprendre qu'on ne se sert^ 




'7 



r.b 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



pas impunément de ses doigts en guise de fourchette : cette opéra- 
tion est celle du lavage des mains, à laquelle les Arabes ajoutent, sui- 
vant les prescriptions du Koran, le rinçage de la bouche et la for- 
mule qui commence comme elle termine le repas : Bisin Illah (au nom 
de Dieu). 



De nos jours, les diffas offertes par les chefs arabes qui ont été 
mis à même d'apprécier le confortable des réceptions françaises sont 
empreintes d'une certaine originalité ; cherchant à nous imiter dans la 
mesure du possible, ils agrémentent la traditionnelle diffa des rafine- 
ments qui les ont le plus frappés dans les repas européens, 

Lors d'un de nos voyages dans l'extrême Sud, en 1885, nous 
fûmes reçus d'une façon charmante à Ouargla, par le capitaine Abd- 
el-Kader, agha de cette ville, qui, quelques mois plus tard, devait être 
remplacé dans ce commandement supérieur par un lieutenant de bureau 
arabe. Après la fantasia qui accompagna notre entrée dans l'oasis, 
l'agha nous dépêcha son lieutenant Mohamed-ben-Belkassen, qui, 
en termes fort courtois, nous invita à dhier pour le soir même. 

C'est à ce repas qu'il nous fut donné d'assister à une scène des 
plus bizarres, lorsque, après le potage, on installa sur la table servie à 
l'européenne, au milieu des verres de bordeaux et de Champagne, le 
fameux msoware (mouton rôti, en entier), accompagné des plats de 
couscous et de hamis! 

Chaque convive laissant de côté sa fourchette et, se conformant 
en cela aux coutumes arabes, saisit alors entre le pouce et l'index le 
morceau de rôti le plus rapproché de lui et continua de la sorte jusqu'à 
ce que l'agha, jugeant ses convives rassasiés, fît signe aux domes- 
tiques d'enlever les restes. 

Il est difficile de s'imaginer un pareil spectacle ayant pour acteurs 
des gens bien élevés qui semblent ainsi, à première vue, vouloir imiter 
les cannibales ; heureusement que le Champagne est là qui vient faire 
diversion et que le choc des verres rappelle bien vite qu'on se trouve 
en aimable compagnie. 








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ci'fcxcflJi,' 



)t'?"^ 



^LA MOISSON. 



LA PROVINCE D'ORAN 



2j; 



LA TENTE ARABE 




La tente arabe s'installe sur un poteau central 
ayant 2 mètres 50 centimètres de hauteur; deux 
perches de 2 mètres de hauteur soutiennent l'édi- 
fice ; les extrémités de la tente sont fixées au sol 
par des cordes de laine raidies sur des piquets plan- 
tés en terre. La couverture est une réunion de 
bandes tissées de laine et de poil de chameau, 
cousues ensemble. Chacune de ces bandes, qu'on 
appelle fclidj (au pluriel, fcLi/'a) a une largeur de 
75 centimètres et 8 mètres de longueur. Le felidj 
est d'un dessin uniforme; les lignes brunes et 
blanches qui alternent avec des largeurs diverses 
'ne changent jamais dans leurs dimensions respec- 
tives. Toutes les tentes sont semblables ; elles ne 
varient que par le plus ou moins grand nombre de feldja et l'état de 
leur conservation. Dans les contrées où la gomme laque ou le kermès 
abondent, le felidj est teint en rouge, mais sans altération du dessin 
primitif. Quelques tribus, se rattachant à la noblesse religieuse, font 
surmonter le poteau central d'un bouquet de plumes d'autruche. 

L'intérieur de la tente arabe ne contient pas de mobilier pro- 
prement dit. On place au pied du pilier principal deux ou quatre sacs, 
les telles, qui contiennent la provision d'orge, de blé ou de dattes, 
nécessaire à la famille pour huit ou quinze jours. C'est à cette place 
que sont disposées, dissimulées par les 
telles, les cachettes où les femmes met- 
tent leurs petits trésors : la peau de bouc 
contenant les boucles d'oreilles dépa- 
reillées, les colliers, les grains de corail, 
les bijoux de diverses sortes. Chez les fa- 
milles aisées, les objets précieux ont un 
écrin spécial, Voiigada., oreiller en laine 
ouvert par le milieu, que le maître de la 
tente pose sous sa tête pendant la nuit, pour 




2}8 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 

le garder plus sûrement. Un peu partout, la place est occupée par les 
ustensiles de cuisine et des outres pour l'eau, faites de peau de bouc, gou- 
dronnées à l'intérieur, munies de leur poil à l'extérieur ; d'autres sacs, 
également en peau de bouc, mais non goudronnée et grossièrement mé- 
gissée, auxquels on donne le nom de inegoud, renferment tantôt du grain, 
tantôt desobjets indispensables àla vie, lesel, le poivre, quelques piments, 
de la viande sèche, etc.; puis vient la série des objets en bois, en terre 
ou en sparterie : le keskcs, employé pour la préparation du couscoussou ; 
le tabag pour le servir, ainsi que pour offrir les dattes ; la guenina, la 
tasse pour traire les chèvres; l'entonnoir pour le remplissage des outres; 
le sindoukh ou l'amphore, aux dimensions variées ; le guessaa, le simple 
plat en bois; le petit moulin à bras pour la mouture du grain, etc., etc. 
Le foyer, généralement placé du côté de la campagne, est formé de 
deux grosses pierres réunies; une marmite en terre sert à cuire 
le repas. Si la tente est riche, elle possède un tapis, quelquefois deux, 
mais c'est l'exception. La plupart des gens dorment sur ïasscïra, la natte 
d'alfa ou de diss. Enfin, chaque tente possède un assortiment de cordes 
en laine mélangée de poils de chameau, et un assez grand nombre de 
liens en alfa et en diss. Ces cordes servent à attacher les chevaux au 
campement, ou à maintenir, dans les migrations, le chargement des 
mulets ou des chameaux. 

A l'exception des montants et des piquets, aucun des accessoires 
de la tente ne doit être en bois ou en fer; tout doit être fabriqué en alfa 
ou en diss, qui se tressent en cordes, et dont on fait des nattes, des 
paniers, des cousins, sans que le végétal subisse aucune altération 
préalable. 

De même que le maître du lieu doit toujours être prêt à monter à 
cheval et à combattre, tout dans la tente doit pouvoir se plier, s'en- 
lever, se répartir sur les bêtes de somme, facilement et avec rapidité. 
Tous les indigènes vivant de la vie nomade sont dressés dès l'enfance à 
ces manœuvres et aussi à des travaux divers ; ils savent non seulement 
tisser l'alfa ou le diss, mais il n'est aucun d'eux qui ne soit en état, si 
un objet usuel vient à manquer, de le remplacer à l'instant. L'existence 
sous la tente exige que tout ce qui y est fabriquée la main puisse l'être 
promptement, en tous lieux, par chacun. 

Le soir venu, on clôt latente en baissant les feldja de l'entrée ; les 
vieilles femmes, les enfants, dorment d'un côté; les époux, de l'autre. 
Dans les régions froides, dans les montagnes, on entoure la tente et 
les troupeaux de branchages qui ne sont pas utiles seulement pour se 



LA PROVINCE D'ORAN 



239 



préserver des intempéries, mais servent encore à se défendre contre 
les voleurs, les entreprises des amoureux et les attaques des fauves. Un 
^L»«t7/- est la réunion d'un certain nombre de tentes, habitées généra- 
lement par des membres de la même famille. (Chez les musulmans, la 
famille, par suite de la polygamie, de l'adoption, de la légitimité des 
enfants nés des femmes esclaves, de la parentée de lait, prend des 
proportions considérables.) Les tentes sont placées en rond, l'entrée 
regardant l'intérieur du douar. 

La vie sous la tente diffère selon les occupations de ceux qui 
l'habitent. Le pasteur est nomade, et il change de campement tous les 
jours, s'il en est besoin ou si tel est son bon plaisir. Le laboureur est 
forcément retenu au champ de culture pendant un temps plus ou moins 
prolongé; son douar n'a pas la mobilité de l'autre et prend facilement 
l'aspect d'un village fixe. En Algérie, le nomade est l'Arabe saharien, 
le laboureur est le paysan tellien. Au printemps, pendant l'été, le Saha- 
rien amène ses troupeaux dans les vertes campagnes du Tell. (Racinct.) 




240 VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



LES MIRAGES 

En Algérie, et particulièrement dans le Sud, le phénomène des 
mirages cause toujours un étonnement bien naturel parmi les jeunes 
soldats qui en sont victimes; les couches d'air en contact avec le sol, 
étant fortement chauffées, les arbres éloignés, dont la vision directe 
se fait dans une direction presque horizontale, fournissent souvent une 
image renversée, comme il pourrait arriver si un lac se trouvait entre 
eux et les spectateurs de ce phénomène. 

Il arrive souvent que des soldats, trompés par ce mirage, marchent 
à la rencontre de cette nappe d'eau imaginaire et s'épuisent en vaines 
recherches pour la découvrir. 

« Vu à distance d'un point un peu élevé, dit le général Margueritte, 
le mirage jessemble à une vaste étendue d'eau dans laquelle des cail- 
loux ou de petits arbustes prennent l'apparence d'îles ou de forêts qui 
se déplacent ou changent d'aspect quand on s'en rapproche. 

« Quand il se trouve des animaux dans la partie affectée aux mira- 
ges, ils prennent aussi des proportions gigantesques et fantastiques. 

(( Des chameaux que j'ai aperçus une fois à environ trois cents 
mètres, continue le général Margueritte, m'ont semblé avoir des 
membres de dix mètres de hauteur et un corps gros en proportion. 

« Ils semblaient marcher dans l'eau qu'on aurait juré voir se dé- 
placer par le mouvement de leurs jambes. 

« Dans les Tanez Rouft surtout, (immenses plaines dans le grand 
désert) m'a raconté Cheikh-Atman des Touaregs, les effets de mirage 
sont prodigieux, parce qu'ils s'exercent sur des plaines sans fin et pla- 
nes comme une glace : un crottin de chameau semble être une grande 
tente; des brins de drine ou de végétaux de la grosseur du doigt pren- 
nent l'apparence d'arbres immenses couchés ou debout sur le sol. 

« Les animaux qui vivent dans la région où le mirage se produit ne 
s'y trompent pas; ils n'en subissent pas l'attraction, et je n'ai pas re- 
marqué qu'elle s'exerçât sur ceux qui ne le voient qu'accidentelle- 
ment. » 




LA PROVINCE DORAN 



241 




ORAN 



Oran est bâtie sur les deux flancs d'un ravin au tond duquel coule 
rOued-Rehhi, rivière qui recouvre en partie le boulevard Oudinot. 

L'ancienne ville espagnole et la vieille Kasba, occupent le pla- 
teau ouest; le Chcàteau neuf et la nouvelle ville s'élèvent en amphi- 
théâtre sur la partie est, où se trouve le plus grand nombre de maisons 
mauresques ou juives. 

A droite, on aperçoit le clocher de la cathédrale Saint-Louis, puis le 
minaret de l'ancienne mosquée d'El-Haouri; à gauche, c'est la grande 
mosquée, puis le fort Saint-André couronnant les hauteurs du quartier 
d'Austerlitz. 

Enfin, le nouveau port, qui s'étend du fort Neuf au fort de la Moune 
et où sont situés, la douane, la manutention militaire, les quais et la 
gare du chemin de fer d'Oran à Alger. 



242 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 




Le faubourg de Kerguenta, où se trouvent le quar- 
tier de cavalerie et le parc à fourrages, est relié à Oran 
par d'importantes constructions élevées sur le ravin 
de l'Aïn-Rouina. 

Le boulevard Séguin traverse ce ravin et relie le 
quartier Saint-Michel à la gare. Kerguenta à la pointe 
de Canastel; la falaise est couverte de fermes et de villas, 
c'est à cet endroit que le village d'Arcole a été créé. 
En suivant toujours cette direction, on aperçoit 
fife^i encore la montagne des Lions (Djebel-Khar) et la pointe 
-,'■'''■'-'" "^3 de l'Aiguille qui termine à l'est le golfe d'Oran et entre 
S^ lesquelles se trouve le village espagnol de Christel, 
ï^ Par un beau temps, étant envued'Oran, on peut 

"~5fe^^ encore distinguer dans cette même direction est, le 
.^li^^^ft' cap Ferrât, derrière lequel est Arzew. 

L'extrémité Ouest, du golfe d'Oran est marquée 
par le cap Falcon, dont le phare éclaire la côte; 
de cet endroit en se dirigeant vers la ville, on 
aperçoit d'abord le petit village d"Aïn-el-Turk, puis 
perché sur les rochers, Mers-el-Kebir ; enfin, au 
pied du Mourdjaja au milieu des falaises, les villages de Saint-André, 
de Sainte-Clotilde et les bains de la Reine. 

Sur le sommet du Mourdjaja on distingue le fort de Santa-Cruz, la 
tour de la Vierge et un peu pltis loin le fort San-Gregorio. 

Oran possède sur Alger un grand avantage au point de vue de 
son port, où tous les navires peuvent mouiller à quai. 




'■fii^^mcf-'.< 







LA PROVINCE D'ORAN 



24? 




ANCIENNE PORTE D'ORAN (184:^ 



244 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



La population d'Oran est actuellement de 
68,000 habitants environ, dont 15,000 Français, 
6,000 Israélites, 8,000 indigènes et 39,000 de 
nationalités diverses. 

Parmi ces derniers, les Espagnols forment 
une grande majorité ; d'ailleurs, toute la pro- 
vince en est peuplée et leur nombre augmente 
chaque jour ; la plus grande partie portent le 
costume de l'Andalousie; ils sont vêtus de grè- 
gues blanches, ont le mouchoir roulé sur la tête 
et portent la traditionnelle couverture de grosse 
laine rouge. 

Les juifs sont habillés, comme leurs core- 
ligionnaires du Maroc, avec la lévite, le pantalon 
et le bonnet noir. 




Les principales curiosités d'Oran sont, après le port, la prome- 
nade de Létang, la place d'Armes et celle de la République, le musée, 
l'église, la nouvelle synagogue, la Kasba et les mosquées de la rue 
Philippe et d'El-Haouri. 

A propos de cette dernière mosquée, convertie aujourd'hui en ma- 
gasin de campement, il existe, chez les Arabes, une légende dont le 

marabout El-Haouri fut le héros : 

A l'époque de la guerre entre les Maures 
et les Espagnols, une femme en guenilles vint 
frapper à la porte de Sidi-el-Haouri et se plai- 
gnit de ce que son fils avait été fait prisonnier et 
emmené de l'autre côté de la mer, chez les 
chrétiens. 

El-Haouri, le saint et digne homme, l'engagea à ne pas perdre espoir, 
la fit prier et ensuite l'envoya chercher un plat de viande avec du bouil- 
lon. Lorsque la lemme revint avec ses provisions, El-Haouri appela 
une levrette qui allaitait ses petits, il lui fit manger la viande et boire le 
bouillon, puis lui montra la direction du port ; la petite bête s'élança aus- 
sitôt de ce côté, monta sur un bateau qui partait pour l'Espagne et 
débarqua à l'endroit même où était le jeune captif. Celui-ci, devenu 
domestique, avait été chercher de la viande pour son maître, lorsque la 
levrette le rencontra; d'un bond, elle lui arracha ce qu'il tenait dans ses 




LA PROVINCE D'ORAN 



24 î 



mains, prit sa course vers le rivage et sauta sur un vaisseau qui venait 
de lever l'ancre et se dirigeait sur Oran. 

Le jeune Maure, qui avait poursuivi l'animal jusque sur le pont, 
ayant alors reconnu la levrette du marabout, se cacha au milieu des 
tonnes et des ballots et débarqua bientôt dans sa ville, escorté de la 
petite chienne. 

La bienheureuse mère, n'en croyant pas ses yeux, reçut son enfant 
dans ses bras, et, depuis, alla de porte en porte, raconter aux croyants 
de quelle façon miraculeuse son fils lui fut rendu. 



Oran fut fondée, sur l'emplacement de Kouiza. par les Maures 
chassés d'Espagne. A plusieurs reprises, cette ville appartint aux Espa- 
gnols, qui la prirent d'abord en i ^o(;, la perdirent ensuite en 1708, la 
reprirent de nouveau en 1712 et cnfm l'évacuèrent délinitivement en 
1 791. Pendant leur séjour, ils y firent d'importants travaux pour la défense 
ainsi que pour son embellissement; c'est dans cette ville que les sei- 
gneurs mécontents ou tombés en disgrâce étaient exilés. 

Il Sa population, d'environ i.oon âmes, dit 
M. F. Mornand, ne se composait que d'Espa- 
gnols; il y avait, en outre, dans la ville 6,000 ou 
7,000 hommes de garnison, et un nombre à peu 
près égal de prcsic/arios, galériens employés aux ' 
travaux de fortifications. Un labeur de galérien 
peut seul expliquer, en effet, une telle débauche 
de moellons, un pareil luxe de bâtiments. Sol- 
dats, forçats et habitants s'entendaient du reste 
à merveille, les uns et les autres se faisaient 
la vie très douce. Les soldats ne veillaient pas 
sur les forçats, qui s'en allaient, toutes les fois 
que la fantaisie leur en prenait, grossir les re- 
négats espagnols du Maroc, où l'on trouvait des 
villes entières peuplées de ces réfugiés. » 

Les Turcs, maîtres de la ville, commen- 
cèrent par démolir ce que leurs prédécesseurs 
avaient construit avec tant de peine; ce fut un 
élan général, et rien de ce qui avait été établi par 
les chrétiens ne resta debout. 




2j6 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



Depuis cette époque, les beys d'Oran se succédèrent rapidement, 
la place était enviée et était par conséquent le but de nombreuses intri- 
gues ; Hassen, qui commandait la ville au moment 
delà prise d'Alger, était le trente-troisième bey; 
après avoir remis la ville entre les mains des Fran- 
çais, le 4 janvier i8^ i, il se retira à la Mecque, oij il 
mourut quelques mois après. 



« Le capitaine Louis de Bourmont, dit 
M. Galibert, arriva le 24 juillet 1830 devant Oran, 
dont deux bricks, le Voltinnir et VEndYinion, fai- 
saient le blocus. Le bey en était encore maître 
ainsi que des forts voisins ; 800 Turcs restaient 
attachés à sa cause, mais au dehors, son autorité 
était méconnue ; informés de ses négociations 
avec le chef de l'armée française, les Arabes 
s'étaient déclarés contre lui, sans oser cependant 
encore aucune entreprise hostile, car son artillerie 
les tenait en respect. Le défaut de vivre pouvait seul 
réduire Hassen, et il était sur le point d'en manquer 
lorsque notre escadre arriva; aussi, dès qu'il put 
communiquer avec le Dragon, exprima-t-il le désir d'être promptement 
secouru. Son projet était de remettre Oran et les forts aux troupes fran- 
çaises et d'aller terminer dans l'Asie Mineure une carrière déjà fort 
avancée. Le capitaine Leblanc, qui commandait le Dragon, ne crut pas 
devoir attendre l'issue des négociations entamées pour s'emparer d'un 
point important : Mers-el-Kébir surtout lui paraissait une position très 
avantageuse à occuper, et ce fort n'était alors gardé que par une soixan- 
taine de Turcs. A peine les envoyés du bey furent-ils partis, qu'il mit à 
terre 110 hommes, pris dans les équipages du Voltigeur et de TEndy- 
niion, lesquels se portèrent sur le fort avec une grande rapidité, en enfon- 
cèrent la porte, qui était en mauvais état, et arborèrent le pavillon français 
sur les remparts. Les Turcs, surpris, n'opposèrent aucune résistance, 
et se retirèrent vers la ville. Cet événement n'altéra en rien les bonnes 
dispositions du bey; il ne cessait de manifester le désir de se placer 
sous la protection de la France. Le capitaine de Bourmont, n'ayant pas 
assez de troupe pour lui offrir cette protection, crut devoir se rendre 




LA PROVINCE D'ORAN 



247 



auprès de son père, afin de lui exposer le véritable état des choses. Les 
MO hommes établis dans le fort de Mers-el-Kébir, continuèrent de 
l'occuper, soutenus par les bricks le Voltigeur et rEnd/mioii, qui res- 
taient mouillés dans la rade. 

" Les renseignements donnés par Louis de Bourmont détermi- 







nèrent le maréchal à envoyer des troupes à Oran; le colonel Goutetrey 
reçut l'ordre de s'embarquer avec le 2 ["de ligne, 50 sapeurs et deux obu- 
siers de montagne. 

<< Le corps expéditionnaire était parti d'Alger le 6 août; mais à 
peine l'escadre eût-elle mouillé dans la rade de Mers-el-Kébir, qu'un 
ordre arriva pour arrêter le débarquement. M. de Bourmont venait de 



248 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 

recevoir de France de tristes nouvelles, et le même sentiment de pré- 
voyance qui l'avait porté à s'étendre, alors que tout était tranquille, le fit 
concentrer ses forces sur Alger, dès qu'il put craindre pour les destinées 
politiques de son pays. On informa le bey que le signal du départ allait 
être donné, et que, s'il le désirait, une frégate le transporterait à Smyrne 
avec les Turcs qui lui étaient restés fidèles. Mais ses négociations avec 
les Arabes lui faisant espérer une prompte soumission de leur part, il 
avait abandonné son premier projet. Toutefois, ses dispositions ne ces- 
cèrent pas d'être amicales, et il déclara au colonel Goutefrey qu'il se 
considérait toujours comme le sujet du roi de France. Avant de s'éloi- 
gner, le colonel fit sauter un des forts de Mers-el-Kébir;puis, le bateau 
à vapeur le Sphinx et les bricks le Voltigeur et rEndyinion se dirigèrent 
vers Alger avec 600 hommes du ii*" de ligne. Les autres bâtiments 
mirent à la voile deux jours après. 

(I Au mois de novembre suivant, le général Clausel, qui avait alors 
remplacé le général de Bourmont dans le commandement en chef, crai- 
gnant de voiries Marocains s'emparer d'Oran, comme ils venaient de 
le faire de Mascara et de Tlemcen, fit de nouveau occuper le fort de 
Mers-el-Kébir, ainsi que la ville. Puis, suivant une convention passée, 
le 6 février 18^ 1, avec le bey de Tunis, ce dernier envoya un de ses 
lieutenants avec une poignée de soldats pour prendre possession 
d'Oran, le fort de Mers-el-Kébir restant occupé par les Français. 

« Mais les Tunisiens, dont la présence éveillait d'anciennes haines, 
ne purent y séjourner longtemps ; ils s'en retournèrent donc comme ils 
étaient venus, sans faire plus de bruit, et le général Berthezène fit défi- 
nitivement occuper cette place par deux bataillons, sous les ordres du 
général Faudras. » 





JEUNE FILLE ARABE 



LA PROVINCE D'ORAN 



249 




LES ENVIRONS D'ORAN 

Oran n'est pas, ainsi qu'Alger et même Constanline, 
favorisée par la beauté de ses environs; ils n'offrent, dans 
cette province, rien de particulièrement intéressant et, à part 
quelques points de vue et quelques sites pittoresques, on ne 
rencontre pas ici les ravissantes promenades qui attirent 
aux alentours d'Alger, un si grand nombre de touristes. 

Peu de progrès ont été réalisés dans cette région, de- 
puis notre occupation; par-ci, par-là, cependant, quelques 
terrains ont été mis en culture, quelques vignes ont été 
plantées ; mais sur la plus grande partie, on voit encore le 
palmier nain et l'alfa, plantes habituelles des Hauts-Plateaux 
et des endrcMts non défrichés. 

La province d'Oran possède cependant de nombreuses 
curiosités, mais il faut s'avancer dans l'intérieur, où il est 
d'ailleurs facile de se rendre maintenant, grâce aux commu- 
nications de toutes sortes qui ont été créées depuis 
ieurs années. 



1^ 



LE RAVIN VERT 

Le Ravin vert se trouve 
kilomètres d'Oran, c'est 
un des en- 
droits les 
plus fréquen- 
tés par les habitants de la 
ville ; de nombreux restau- 
rants et guinguettes sont 
installés sur la route, au 
milieu de jardins fleuris, et 
attirent les clients avec des 
enseignes d'une variété et 
d'une originalité fort amusantes. Pour les promeneurs, des 
bancs ont été placés sur la route, à l'ombre de beaux pla- 

J8 



2^0 VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 

tanes, en avant de la muraille qui, avec les anciennes tours, protégeaient 
autrefois le chemin de Ras-el-Aïn. 

Cette muraille entoure maintenant un cimetière abandonné depuis 
plusieurs années et où furent enterrées les victimes du choléra de 1849. 

L'Oued-Rehhis coule au fond du Ravin vert et va, au moyen de 
canaux, alimenter les fontaines d'Oran et de Mers-el-Kébir. 

Cette promenade, à laquelle on arrive après avoir dépassé l'ancienne 
porte de Tlemcen ou du Ravin, est, par sa situation, la continuation 
du boulevard Malakoff. 




SANTA-CRUZ 

LE MOURDJAJO ET LE CAMP DES PLANTEURS 

Pour se rendre à Santa-Cruz, après avoir quitté Oran par la porte 
d'El-Santo, près de la vieille Kasba, on prend à droite un chemin bordé 
de grottes, qui servent d'habitations à une population de mendiants 
espagnols, dont les enfants se jettent à qui mieux mieux dans les jambes 
des touristes. On passe ensuite devant le fort Saint-Grégoire, qui a été 
construit en 1 589 par le général Pedro de Padissa; ce fort fut occupé, 
en 1830, parle général Damrémont, puis réparé depuis ; il sert aujourd'hui 
de prison militaire. 



LA PROVINCE D'ORAN 



-^i 



Si l'on veut abandonner le chemin en cet endroit, on peut arriver 
à Santa-Cruz en gravissant les sentiers taillés dans le roc ; mais cette 
route n'est pas des plus faciles et il est préférable de continuer la 
première. 

En avant du fort de Santa-Cruz, situé à 3 kilomètres d'Oran, se 
trouve une petite chapelle qui fut construite en 1849, après le terrible 
choléra qui décima une grande partie de la population oranaise ; une 
tour, haute de 24 mètres, s'élève à cet endroit et supporte 
la statue de la Vierge. 

Le fort de Sanla-Cru-, bâti en 1708 sur le point cul- 
minant du Pic d'Aïdour à 400 mètres d'altitude, fut rasé 
en 173 5 , puis reconstruit en 1738, et fut de nou- 
veau démantelé lors de la reddition d'Oran, par 
ordre du pacha d'Alger, qui redoutait la 
puissance de son lieutenant, Moham- 
med-el-Kébir, qui en était alors gou- 
verneur, 

Ce fort fut enfin restauré, tel 
qu'il est aujourd'hui, par les 
Français, en 1860. 

En continuant à 
route de Santa-Cruz, on arrive, 
après avoir parcouru environ 
500 mètres, au sommet du 
Mourdjajo (580 m. d'alt.), dont 




ilW^ 



2^2 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



les nombreux escarpements dominent la mer ; de ce point, la vue est 
très étendue et, dans les jours clairs, on aperçoit confusément les côtes 
d'Espagne. Une Koubba, bâtie sur ce plateau, a été dédiée à Abd-el- 
Kader-ed-Djilali. 

Le Camp des Planteurs est une jeune forêt de pins d'Alep, située 
sur les flancs du Mourdjajo, qui fut plantée en 1860 parle génie militaire. 

On y arrive en quittant la route de Santa-Cruz, après avoir dépassé 
les grottes des mendiants espagnols, pour obliquer à gauche au pied 
du Mourdjajo. 




LA PROVINCE D'ORAN 



2î? 



MERS-EL-KÉBIR 



Par sa situation exceptionnelle, Mers-el-Kébir fut, dès l'occupation 
romaine, désignée pour servir de port, sous le nom de Portas Divinus, 
et devint, en 1662, un des arsenaux les plus importants de la marine 
militaire de l'Almohade Abd-el-Moumen. 

Au xvi" siècle, une ville fut construite à cet endroit par les 
Maures qui, à cette époque, dominaient en Espagne; mais lorsqu'il- 
furent chassés de ce pays, après la chute de Grenade, Mers-el-Kébir 
devint le refuge des pirates qui infestaient alors la Méditerranée. 

En 1505, la forteresse de Mers-el-Kébir fut prise, après un siège 
de cinquante jours, par l'amiral Ramon de Cordova ; en 1509, Oran 
tombait à son tour au pouvoir des Espagnols, et, à partir de ce moment, 
ces deux villes voisines eurent le même sort. 

En 1556, Hassen le Corse, pacha d'Alger, chercha à s'en em- 
parer, mais le sultan Soliman V ayant rappelé sa flotte, Hassen fut 
obligé d'y renoncer et rexpédition fut manquée. — Il en fut encore de 
même en 156^, lorsque Hassen, fils de Kheir-ed-Din, se présenta de- 
vant Mers-el-Kébir pour recommencer l'opération avortée en 1556; 
.•3.,,^ après différentes attaques très bien dirigées, il fut, malgré cela, 

\ repoussé par don Martin de Cordova, qui commandait alors, 
,Mmm^ ,m»^ ^^ et dut se réfugier principalement à Mostaganem, pendant 

que sa flotte, après s'être échappée, regagnait 
rapidement Alger. 




254 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



En 1708, Sidi-Hassen, khalife de Mohammed-Baktache, pacha 
d'Alger, s'étant emparé d'Oran, les Turcs prirent d'assaut Mers-el- 
Kébir, et plus de 3,000 Espagnols furent ensevelis sous les ruines de 
cette place. 

En 1732, les Espagnols, après avoir battu les Arabes et les Turcs, 
s'emparèrent de nouveau d'Oran et de Mers-el-Kébir qu'ils conser- 
vèrent jusqu'en 1791, époque à laquelle Oran, ayant capitulé devant les 
Turcs, entraînait Mers-el-Kébir dans sa chute. 

L'occupation définitive de cette place par les Français date du 
14 décembre 18^0. 

La forteresse de Mers-el-Kébir, par suite de sa situation sur 
l'extrémité d'une pointe rocheuse, qui s'avance dans la baie, a été 
réparée et agrandie, et est aujourd'hui une puissante défense pour le 
port d'Oran. 

La route qui conduit d'Oran à la petite ville de Mers-el-Kébir, 
située à l'ouest de la forteresse et qui s'étend sur une des pointes du 
Djebel-Santon, est des plus intéressantes ; on y rencontre, à 3 kilomètres, 
le Biiin de la Rciiu\ petit établissement thermal dont les eaux étaient 
connues des Arabes bien avant l'occupation d'Oran par les Espagnols. 

Le nom de Bain de la Reine donné à cet endroit lui vient de 
ce que, à une certaine époque, la noblesse espagnole ayant adopté 
l'usage de ses eaux, Jeanne, fille d'Isabelle la Catholique, y fit de 
fréquentes visites. 

Pendant l'occupation arabe, cette source fut très renommée et 
les musulmans y accouraient de toutes parts ; mais chaque fois que les 
chrétiens s'y installaient, ils s'en éloignaient et finirent par l'aban- 
donner complètement après 1850. 




LA PROVINCE D'ORAN 2<,<, 

<( Les sources thermales du Bain de la Reine, dit le docteur Ber- 
thcrand, sourdent sur les bords de la mer, à ^ ou 4 mètres au-dessus 
de son niveau. Une rampe assez douce conduit à la source principale 
qui alimente abondamment les thermes : là est une grotte, creusée 
dans un rocher très dur, de ^ mètres de haut, longue de 7 mètres et 
demi, de 7 mètres de large. 

L'installation actuelle de l'établissement se compose de deux 
bâtiments séparés. Le premier forme angle avec l'autre à l'endroit 
des sources, il renferme une douzaine de baignoires isolées construites 
en maçonnerie : l'eau y est versée par des tuyaux aboutissant à un 
conduit principal disposé à la hauteur et le long de la terrasse du bâti- 
ment. Dans le second, qui est adossé au flanc des rochers, se trouve 
une piscine et un appareil à douches. La piscine est assez spacieuse 

pour recevoir douze à quinze baigneurs L'appareil à druches 

distribue l'eau à travers plusieurs tubes correspondant à trois petits 
cabinets séparés. 



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L'eau sourd par quatre trous dont le plus gros peut avoir 10 cen- 
timètres de diamètre. Trois sont du côté de la montagne, en face de la 
porte d'entrée ; le quatrième tourne le dos à Mers-el-Kébir et regarde 
l'Orient. Ces quatre sources fournissent ensemble une quantité d'eau 
qui peut être évaluée à 2-^0 litres par minute, et se déversent ensuite 
dans la mer avec 3 mètres de chute. 

Les eaux sont très claires, très limpides et inodores. Leur saveur, 
franchement saline, un peu acre, prend légèrement à la gorge. Leur 
densité est de 1,078, comparée à celle de l'eau distillée. 

En entrant dans la grotte, on perçoit une légère odeur de soufre, 
qui résulte du contact de résidus organiques et de la décomposition 



2^6 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



de sulfates à l'air libre. La température de la grotte mesure 32° C. ; 
celle de l'eau accumulée dans le puits donne 3^". 

Mais si, à l'aide d'une pompe adaptée à un tuyau directement 
mis en rapport de continuité avec un des trous, on prend la tempé- 
rature au point le plus rapproché possible de l'émergence, on obtient 
45° et même 47"). » 

Le bourg maritime de Saint-André est aussi sur la route qui con- 
duit à Mers-el-Kébir, à i kilomètre avant d'arriver à ce fort. 

C'est un endroit très fréquenté par les ouvriers et les militaires 
qui, le dimanche, en font leur but de promenade; aussi de nombreux 
cabarets se trouvent-ils mélangés aux maisons des pêcheurs. 







AIN-EL-TURK 



A'in-cl-Turk [là fontaine des Turcs) est un village situé sur la 
plage des Andalous, à 1 5 kilomètres d'Oran et qui est desservi par un 
service d'omnibus. 

C'est à cet endroit qu'eurent lieu, à différentes époques, les débar- 
quements des troupes espagnoles ou turques venant assiéger Oran et 
Mers-el-Kébir; c'est là qu'en 17321e comte de Montemar, venant 
d'Alicante, y culbuta les 40,000 Arabes qui voulaient s'opposer à la 
descente de ses troupes. 

Situé à moitié route de Mers-el-Kébir au cap Falcon, ce village 
est de peu d'importance; il ne possède qu'une rue bordée de maisons 
entourées de verdure, qui aboutit à la mer. 



LA PROVINCE D'ORAN 



2^7 



MISSERGUIN 



On se rend à Misserguin, situé à 1 5 kilomètres d'Oran, soit par le 
chemin de fer, qui y conduit en une heure, soit par les voitures, qui y 
font le service deux fois par jour. 

Par la route, après avoir quitté Oran par la porte de Tlemcen, on 
traverse le village d'Eckmiihl, on passe au pied du Djebel-Mourdjajo, 
puis on côtoie les plaines cultivées, jusqu'au lac Salé ou Sebkra 
d'Oran. 

Après une légère montée, au milieu d'une campagne aride, on 
traverse le petit hameau de Pont-Albin et l'on descend ensuite dans 
la plaine du lac Sale. 

On arrive alors à Misserguin, endroit où, d'après certains écri- 
vains, les beys d'Oran possédèrent 
une habitation de plaisance om- 
bragée, embaumée et comme blot- 
tie au milieu des orangers, des ci- 
tronniers et des grenadiers. Cette 
demeure silencieuse, de Maures- 
ques recluses, tomba en ruines 
après 183 1. 

En 1837, l'administration fran- 
çaise créa là un camp retranché où 
furent d'abord installés des militaires 
cultivateurs, puis, plus tard, un ré- 
giment de spahis, qui y séjourna 
jusqu'en 10^ i . ; 

En 1842, une pépinière de 
1 5 hectares y fut plantée et, en 1 844. 
la formation d'un village fut dé- 
crété sur l'emplacement occupé 
déjà depuis plusieurs années par 
les baraques des mercantils. 

M. l'abbé Abram, à qui furent 
concédés les bâtiments de l'ancien 
camp, créa là un orphelinat et un 
asile pour les vieillards. ~ <">"•'• '^^♦"".« 




258 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



Entre autres constructions utiles, Misserguin, qui est un chef-lieu 
de commune d'environ 3,800 habitants, possède un orphelinat de 
jeunes filles, concédé aux Samaritaines d'Oran, et un couvent de dames 
du Bon-Secours, qui, comme celui d'El-Biar, reçoit les enfants aban- 
donnés ou les jeunes filles repentantes. 




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LA PROVINCE D'ORAN 



259 



D'ORAN ATLEMCEN 

On se rend d'Oran à Tlemcen, soit par le chemin de fer qui con- 
duit I jusqu'à Aïn-Temouchent, soit directement par la route, où un 
service de diligence est établi. 

De Aïn-Temouchent, où l'on arrive après un trajet de deux heure-s 
et demie, on se rend alors à Tlemcen en voiture ; on peut parcourir 
en huit heures les 66 kilomètres qui restent à faire. 

Par la route directe, la diligence met dix-sept heures. 

On rencontre, comme principaux villages, Bou-Tlehs et Lounncl. 

Boii-Tlelis est un village bâti au pied des monts R'amera ; il 
compte environ 600 habitants, dont la majeure partie sont Alsaciens. 







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26o VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 

Bou-Tlelis tient son nom d'un marabout du xiv'' siècle qui avait la 
réputation d'accomplir des miracles ; les légendes arabes, dont il est 
le héros, sont nombreuses, et celle que nous citons, une des plus 
merveilleuses, rappelle la multiplication des pains : 

Un prince mérinide qui était en guerre avec le roi de Tlemcen, 
envoya un jour un de ses domestiques demander au marabout une 
certaine quantité d'orge ; le marabout, que l'on connaissait alors sous 
le nom de Ali, puisque celui de Bou-Tlelis est un surnom qui ne lui 
fut donné qu'après cette histoire, le marabout, disons-nous, était 
pauvre; à cette demande, il rentra donc chez lui, et, après avoir 
ramassé tout ce qu'il possédait, en ressortit bientôt avec un petit sac 
d'orge chargé sur le dos d'un lion qui lui était familier. — A cette 
vue, l'envoyé voulut prendre la fuite, mais Ali le retint, et lui dit : 
(( Conduis-moi à la tente du sultan, ton maître. » Peu de temps après, 
ils arrivaient près du prince ; celui-ci, en apercevant le petit sac d'orge 
qui contenait à peine ce qui était nécessaire pour le repas d'un cheval, 
entra dans une violente colère et menaça le pauvre homme de le faire 
écorcher vif avec son lion. Devant cette fureur et devant la perspec- 
tive d'en finir ainsi, Ali resta calme, et, pour toute réponse, prenant le 
sac qui était sur le dos du lion, il versa au pied du prince l'orge qui 
en sortait sans cesse et qui forma bientôt un énorme tas ! 

On cria au miracle, et c'est alors que le marabout Ali reçut le 
surnom de Bou-Tlelis, l'homme au petit sac 







Lourmcl^ village de 510 habitants, est situé à l'extrémité de la 
grande Sebkra, que côtoie la route d'Oran depuis Misserguin et dont 
l'étendue est de 3,200 hectares. Jusqu'à ce jour, on a tiré parti du sel 
produit par ce lac au moment où les eaux se retirent ; mais on étudie 
maintenant un projet qui a pour but son dessèchement définitif et qui 
rapporterait par la vente des terrains, défalcation faite des frais, une 
somme d'environ deux millions. 




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LA PROVINCE D'ORAN 



261 



TLEMCEN 

Dans les temps anciens, Tlemcen faisait 
partie de la Mauritanie césarienne. Les Romains 
s'y établirent et la nommèrent Trcmis ou Treinici 
colonia; on y retrouve encore quelques traces de 
leur séjour. Les Maures en firent la capitale du 
royaume de C2 nom, qui, au commencement du 
xvi" siècle, reconnut un moment la domination 
espagnole. Plus tard, les Turcs 
s'en emparèrent et le dey Has- 
san la détruisit en partie en 
lOjo. Elle perdit alors beau- 







202 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 

coup de son importance ; son enceinte se rétrécit, sa population di- 
minua, et rien, dans ses monuments, ne rappelle aujourd'hui son 
antique splendeur. 

Après la prise d'Alger par les Français, Abd-er-Rahman, empe- 
reur du Maroc, voulut s'emparer de Tlemcen ; il occupa une partie de 
la ville, mais le Méchouar fut toujours défendu par les Koulouglis, 
d'abord pour le compte des Turcs, puis pour celui des Français ; les 
Marocains se virent obligés de se retirer en 1834, par suite du traité 
signé, le 20 février de la même année, entre le général Desmichels et 
Abd-el-Kader. 

Le 8 janvier 1836, le maréchal Clausel sortit d'Oran à la tète du 
même corps qui avait fait avec lui l'expédition de Mascara, mais réduit à 
sept mille cinq cents hommes, carie ministère avait eu déjà la précaution 
de faire rentrer un régiment en France. Les généraux d'Arlanges et 
Perregaux l'accompagnaient. Le jour de son départ, l'armée fit halte à 
Bridja, et, le g, sur les bords de l'Oued-Malah ou Rio-Salado, dans le 
même lieu où Barberousse V fut tué par les Espagnols en 1517; elle 
arriva sur l'Oued-Sinan le 10, et y passa la nuit. Le 1 1, elle bivouaqua 
à Aïn-el-Bridja, 011 l'on voit beaucoup de ruines romaines; le 12, sur 
les bords de l'Aamiguer, à deux heures démarche de Tlemcen. Malgré 
tous ses efforts pour soulever les tribus, Abd-el-Kader n'avait pu 
réunir assez de forces pour nous attendre; il s'éloigna de nuit après 
avoir enjoint à toute la population maure de le suivre. Ces malheureux 
s'étaient laissé persuader que les troupes françaises ne resteraient pas 
au delà de trois jours dans Tlemcen, et qu'après une absence passa- 
gère eux-mêmes rentreraient dans leurs foyers. 

Les Koulouglis du Méchouar reçurent nos soldats comme des 
libérateurs; on ne trouva dans la ville que de pauvres juifs; le reste de 
la population était campé à deux lieues au dslà, sur le plateau d'Aouchba. 
Le maréchal fit poursuivre l'ennemi dans sa retraite par deux de ses 
brigades, auxquelles il adjoignit les Turcs et les Koulouglis de Mus- 
tapha-ben-lsmaël, quatre cents cavaliers douers et zmelas, commandés 
par El-Mezary, et quatre cents cavaliers du désert d'Angad, auxiliaires 
nouveaux que leur haine contre Abd-el-Kader avait amenés dans nos 
rangs. L'émir abandonna son camp et ses bagages pour se dérober 
encore une fois par la fuite à une poursuite active ; cependant, nos 
auxiliaires musulmans atteignirent son infanterie et la mirent en déroute 
complète : sa cavalerie avait faibli la première, et se tint constamment 
hors de portée; lui-même, vivement poursuivi par quelques indigènes, 



LA PROVINCE D'ORAN 



26j 



ne dut son salut qu'à la vitesse de son cheval. II alla demander asile 
aux Beni-Amer, suivi de cinq ou six de ses principaux officiers. 

Le maréchal ne resta que quelques jours à Tlemcen ; il continua 
bientôt sa roule, laissant au Méchouar un bataillon commandé par le 
capitaine Cavaii,mac. 

En 1857, Abd-el-Kader, mis en possession de Tlemcen par le 
traité de la Tafna, en fit sa capitale, et chercha vainement à restaurer 
l'empire des anciens émirs. 

Cette occupation ne dura que cinq années, et le 30 janvier 1842 
cette ville était de nouveau occupée par les Français. 



Do même que beaucoup de villes arabes, trois de ces côtés se 
terminent par des ravins escarpés qui en rendent l'accès difficile; on 
ne pourrait l'aborder que par sa partie sud-ouest, où la plaine se rat- 
tache aux hauteurs voisines. En partant de Biskerich, vieux fort en 




264 VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 

ruines, elle longe le ravin très encaissé d'El-Kalah, que l'on traverse 
sur deux ponts de pierre, et descend jusqu'à un escarpement qui 
domine le plateau inférieur. Dans cette partie se trouve la porte de 
Daoudi, par laquelle on entre en venant d'Oran et de Mascara. Tout 
auprès s'élève un minaret dont les matériaux paraissent provenir d'un 
monument romain. Immédiatement au dehors est le marabout très 
révéré de Daoudi, entouré de cimetières. A partir de Daoudi, l'en- 
ceinte suit l'escarpement, de l'Est à l'Ouest, jusqu'à la porte Sour- 
el-Hamman. Entre ces deux points, l'ancienne muraille, qui se confond 
un instant avec la nouvelle, est percée de quelques portes ; la plus 
abordable est celle de Bab-el-Kernadi ; les autres sont d'un accès 
peu facile, à cause de la pente du terrain. De Sour-el-Hamman, 
le reste de l'enceinte, décrivant un arc de cercle, passe dans le vallon 
qui sépare Tlemcen des montagnes, suit le thalweg et va rejoindre 
le ravin d'El-Ralah, à trois cents mètres au-dessus de Biskêrich. Le 
développement total est de cinq mille mètres. 

L'enceinte nouvelle est plus petite et embrasse à peine le tiers 
de l'espace enfermé par l'ancienne : elle s'est arrêtée, vers l'Est, à 
un léger escarpement qui la protège. 

Aujourd'hui, Tlemcen est, comme presque tous les grands centres, 
divisé en deux parties : d'un côté, la ville arabe, qui, avec son méchouar, 
ses mosquées, sa Kissaria (ancien quartier franc) et ses fondouks, en 
occupe un peu plus de la moitié ; et la ville européenne, dont les mai- 
sons bien alignées s'étendent de la porte des Carrières à la porte N... 

La commune de Tlemcen compte actuellement environ 28,000 habi- 
tants, dont 3,000 Français et 3,400 Israélites. 

Les maisons de Tlemcen ne sont que d'un étage, recouvertes en 
tuiles ; quelques-unes communiquent, comme à Alger, par des voûtes 
jetées d'une rue à l'autre; presque toutes, quoique la chaux ne soit pas 
rare, ne sont pas blanchies extérieurement, ce qui leur donne un aspect 
sombre et triste. 

« Les rues du quartier juif, dit l'abbé Barges, entre la place de la 
Mairie et l'esplanade du Méchouar, ont généralement leurs maisons cou- 
pées en deux par des alignements, maisons basses et obscures, dans 
lesquelles on descend, comme dans une cave, par un escalier de plu- 
sieurs marches ; des murs lézardés, ou tombant en ruine, sont tapissés 
extérieurement de bouse de vache et percés de deux ou trois trous, en 
guise de fenêtres; ajoutez à ce tableau des enfants sales, complètement 
nus, se chamaillant dans les cours des maisons ou au coin des rues, et 



LA PROVINCE D'ORAN 



26? 




UNE RUE A TLEMCEN 



19 



266 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 

faisant aboyer les chiens du quartier. D'un autre côté, s"uivez-nous, si 
vous le pouvez, dans ce dédale de rues et d'impasses, oij l'on ne ren- 
contre ni boutiques, ni hommes, ni bètes ; traversez avec nous ces longs 
passages couverts où, pour marcher, il faut ôter son chapeau et se cour- 
ber jusqu'à terre, si l'on ne veut pas se rompre la tète contre les poutres 
et les solives des maisons superposées. L'existence de ces rues presque 
inaccessibles, l'intérieur de ces maisons, qui ne ressemblent pas mal à 
des cavernes de brigands ; en un mot, l'aspect misérable que présente 
ce ghetto s'explique quand on se rappelle les avanies et les vexations 
de toute espèce, que les juifs étaient forcés de subir sous l'empire des 
beys turcs, et même antérieurement, sous le règne des sultans de Tlem- 
cen. L'histoire nous apprend qu'à la mort d'Abou-Abd-Allah, l'an 923 
de l'hégire (1^17 de J.-C), le quartier des Juifs fut saccagé, et que, 
depuis cette fatale époque, ils ont presque toujours été en proie à la 
misère et à la détresse. S'il y en avait dans le nombre qui possédassent 
des richesses, ils avaient soin de les soustraire à l'avarice des domina- 
teurs du pays, en affectant les dehors de la pauvreté. Aujourd'hui en- 
encore, malgré leur affranchissement politique et la sécurité que leur 
assure l'égalité des droits avec les musulmans, leurs anciens oppres- 
seurs, ils conservent des restes de cette habitude, qu'ils ont contractée 
sous les terreurs de la tyrannie... » 



Tlemcen possède de nombreuses curiosités, entre autres le Mc- 
choiiar, ancien palais des sultans Zeiyanides; sur la place de la Mairie, 
la grande mosquée; sur la place d'Alger, la niosquce ifAboul-Hassaii: 
en dehors de la ville, près la porte du N..., la mosquée de Sidi-Haloui 

A part ces trois, mosquées, les autres sont peu intéressantes et ne 
méritent pas d'être visitées à l'intérieur. 

Les vestiges de l'architecture arabe, tant vantée par certains écri- 
vains, ne se trouvent plus aujourd'hui que dans ces trois édifices. 



LA PROVINCE D'ORAN 



SO- 



LE MECHOUAR 



« C'est au Méchouar, dit un écrivain, qu'Abou-Tachfin possédait 
un arbre d'argent sur lequel on voyait toutes sortes d'oiseaux de l'es- 
pèce de ceux qui chantent. Un faucon était perché sur la cime. Lors- 
que les soufflets qui étaient fixés au pied de l'arbre 
étaient mis en mouvement et que le vent arrivait dans 
l'intérieur de ces oiseaux, ceux-ci se mettaient à ga- 
zouiller et faisaient entendre chacun son ramage 
qui était facile à reconnaître. Lorsque le vent 
arrivait au faucon, on entendait l'oiseau de proie 
L pousser un cri, et, à ce cri, les autres interrom- 
paient tout à coup leur gazouillement. » 

C'est encore au Méchouar que le sultan Abou- 
Hammou-Moussa 11 célébrait la fête du Mouloud 
(naissance du prophète), avec beaucoup plus de 
pompe et de solennité que tous les autres. 
<^J^ « Pour cela, il faisait préparer un banquet 

i^^ ,^ auquel étaient invités indistinctement les 
j^^^.^ ', nobles et les roturiers. On voyait dans la 
salle, où tout le monde était réuni, des mil- 
liers de coussins rangés sur plusieurs lignes, 
des tapis étendus partout et des flam- 
beaux, dressés de distance en distance, 
" "^j^^ grands comme des colonnes. Les sei- 
''f^^Êfi^i^''^ çneurs de la cour étaient placés chacun 
^;^^5^f-CS^''^^ selon son rang, et des pages revêtus de 
'''^^^^^"^ •''' tuniques de soie de diverses couleurs 
"^"^ *«. circulaient autour d'eux, tenant des casso- 

^^^% /0^ lettcs où brûlaient des parfums et 

t['h"i\ W^Ë y?-^ des aspersoirs avec lesquels ils je- 
taient sur les con- 
vives des gouttes 





.■^^^«^j^; 



268 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 

d'eau de senteur; en sorte que, dans cette distribution, chacun avait 
sa part de jouissance et de plaisir. — Ce qui excitait surtout l'ad- 
miration des spectateurs, c'était la merveilleuse horloge qui décorait le 
palais du roi de Tlemcen. Cette pièce de mécanique était ornée de 
plusieurs figures d'argent, d'un travail très ingénieux et d'une structure 
solide. Au-dessus de la caisse s'élevait un buisson et, sur ce buisson, 
était perché un oiseau qui couvrait ses deux petits de ses ailes. Un 
serpent qui sortait de son repaire, situé au pied de l'arbuste, grimpait 
doucement vers les deux petits, qu'il voulait surprendre et dévorer. Sur 
la partie antérieure de l'horloge étaient dix portes, autant que l'on 
compte d'heures dans la nuit, et à chaque heure une de ces portes trem- 
blait en frémissant; deux portes, plus hautes et plus larges que les autres, 
occupaient les extrémités latérales de la pièce. Au-dessus de toutes ces 
portes et près de la corniche, on voyait le globe de la lune qui tournait 
dans le. sens de la ligne équatoriale et représentait exactement la marche 
que cet astre pouvait suivre dans la sphère céleste. Au commencement 
de chaque heure, au moment où la porte qui la marquait faisait en- 
tendre son frémissement, doux aigles sortaient tout à coup du fond des 
deux grandes portes et venaient s'abattre sur un bassin de cuivre, dans 
lequel ils laissaient tomber un poids, également en cuivre, qu'ils tenaient 
dans leur bec; — ce poids, entrant par une cavité qui était pratiquée au 
milieu du bassin, roulait dans l'intérieur de l'horloge. Alors le serpent, 
qui était parvenu au haut du buisson, poussait un sifflement aigu et 
mordait l'un des petits oiseaux, malgré les cris redoublés du père, qui 
cherchait à le défendre. — Dans ce moment, la porte qui marquait 
l'heure présente s'ouvrant toute seule, il paraissait une jeune esclave, 
douée d'une beauté sans pareille, portant une ceinture en soie rayée ; 
dans sa main droite, elle présentait un cahier ouvert où le nom de 
l'heure se lisait sur une petite pièce écrite en vers; elle tenait la main 
gauche appuyée sur sa hanche, comme quand on salue un calife. » 

11 ne reste plus du Méchouar que la mosquée et la muraille créne- 
lée, flanquée de deux tours. Il renferme aujourd'hui un hôpital, des 
casernes pour l'infanterie et l'artillerie, la manutention, la pri- 
son, etc., etc. 





UNE RUE A TLEMCEN 



LA PROVINCE D'ORAN 



269 



EL-HALOUI 




El-Haloui naquit à Séville, qui fut la capitale d'un 
des plus beaux royaumes fondés en Espagne par les 
Maures; il y devint cadi (juge); puis, tout d'un coup, 
il quitta sa patrie, sa fortune et ses honneurs, pour aller 
faire un pèlerinage à Tlemcen. Là, il ouvrit une petite 
boutique de confiseur et se mit à distribuer des bon- 
bons et des sucreries aux enfants, qui lui donnèrent 
le sobriquet de « Haloui ». 

Lorsqu'il les eut attirés autour de lui par ses 
friandises et ses bouffonneries, il changea subitement 
de ton et commença à les exhorter, ainsi que la foule 
qui grossissait rapidement, et cela avec fant d'élo- 
quence, que toute la ville se convertit. 

Le bruit des miracles qu'il opérait parvint aux oreilles du sultan, 
qui le nomma gouverneur de son fils; mais cette nomination fit om- 
brage au grand visir. El-Haloui fut accusé, jugé et condamné, comme 
sorcier, à avoir la tète tranchée hors de la ville. Le soir même de cette 
exécution, qui avait soulevé l'indignation publique au plus haut degré, 
au moment où le « boubouab » (portier de la ville) avertissait, selon 
l'usage, les retardataires, qu'ils eussent à rentrer avant qu'on fermât les 
portes, il entendit une voix sépulcrale lui crier : << Ferme tes portes, 
boubouab ! Il n'y a plus personne dehors , sauf El-Haloui 
l'opprimé. » 

Pendant sept jours, la même voix se fit entendre, répétant les mêmes 
paroles, et déjà le peuple commençait à murmurer ouvertement. 

Le sultan, ayant appris ces choses, vint lui-même un soir à la porte 
de la ville, et s'en retourna en s'écriant : « J'ai voulu entendre, j'ai 
entendu. » Le lendemain matin, le grand visir fut mis à mort au même 
endroit où El-Haloui avait été exécuté. Il fut enterré vivant dans un 
tas de mortier; et, pour apaiser le saint, on construisit sur son tombeau 
la belle mosquée qui porte encore aujourd'hui son nom. Elle contient 
de fort belles colonnes d'albâtre oriental ; son minaret, revêtu d' » azu- 
lejos », est très remarquable. 



2 70 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



LES CASCADES DEL-OURIT 

On arrive aux cascades d'El-Ourit, situées à environ deux lieues 
de Tlemcen, par un chemin qui serpente dans une vallée riante, rem- 
plie de jardins où les orangers sont en très grand nombre; l'horizon est 
fermé par une magnifique chaîne de montagnes, qui forme, à l'endroit 
des cascades, une enceinte inaccessible, sauf aux pieds agiles des 
chèvres. — A El-Ourit, Teau se précipite par ricochets sur une paroi 
de rochers rougeàtres et se trouve parfois cachée par la riche végéta- 
tion dont elle est revêtue. Au milieu de la verdure, éclairée par les 
rayons du soleil tombant sur la nappe d'eau, ces cascades sont d'un 
aspect vaporeux et féerique que l'on ne peut cesser d'admirer. 





CASCADES DEL-OURIT 



LA PROVINCE D'ORAN 



271 




NEMOURS 



Nemours a été bâtie en if!44, lors de la guerre avec le Maroc, pour 
servir de point de ravitaillement aux troupes expéditionnaires. 

Dans les environs se voient quelques ruines de monuments arabes, 
notamment celles de Djama-R'azouat (la mosquée des Pirates). » Placée 
à l'est delà crique, sur un rocher d'une aridité affreuse, inaccessible du 
côté de la mer, à pentes très raides vers la terre, isolée et dominant de 
toutes parts, comme il convient à un oiseau de proie, R'azouat dresse 
encore aujourd'hui au-dessus de Nemours, sous un ciel toujours bleu, la 

vigoureuse silhouette de ses ruines, nichée 
de pirates autrefois. A la pointe du cap, on 
voit la mosquée qui lui a donné son nom; 
à l'autre extrémité du rocher, une autre mos- 
quée tombant en ruines ; autour d'elle, les 
ruines amoncelées d'une misérable enceinte 
de rocailles mêlées à celles plus misérables 
encore de la ville; et, dominant tout cet 
ensemble, un immense pan de mur flanqué 
de deux grosses tours carrées, souvenir 
magnifique de la royale Tlemcen du xiv° 
siècle. » (Larousse.) 




272 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



Nemours est située à 36 kilomètres de la frontière du Maroc, et 
est le chef-lieu d'une circonscription cantonale et d'une commune de 
plein exercice comptant environ 5,000 habitants. 

A 10 kilomètres de Nemours se trouve la fameuse koubba de 
Sidi-Brahim. 

Nous trouvons dans l'annuaire historique pour 184=;, rédigé par 
A. Fouquier, le récit suivant, sur le fait d'armes qui s"y rattache : 

« M. le maréchal gouverneur était en France, quand on apprit 
tout à coup d'affreuses nouvelles. Une colonne de quatre cent cin- 
quante hommes, amenée dans une embuscade sur la frontière du Maroc, 
avait été enveloppée par toutes les forces d'Abd-el-Kader et entière- 
ment écrasée. 

<c Déjà depuis quelques jours, l'effervescence qui accompagne 
toujours chez les musulmans, le mois de ramazan, se faisait sentir 
dans nos rapports avec certaines populations éloignées ducentre. Quel- 
ques révoltes partielles avaient été aussitôt étouffées que vues. Telles 
avaient été celles des Beni-Feritt et des Beni-Menassers, terminées 
par l'exécution immédiate des fauteurs de la révolte. Les Flittas, 
habitants des montagnes de la Haute-Mina, avaient dû aussi être châ- 
tiés vigoureusement par le général Bourjolli. 

'< Sans donner à ces événements une portée plus grande qu'ils 
n'avaient réellement, le général de Lamoricière, gouverneur général 
par intérim, s'était hâté de faire partir deux bataillons. 

(I La trahison notivelle qui amenait le massacre de quatre cent cin- 
quante Français ne donnait que trop raison à ces inquiétudes. 

'( Un chef indigène, qui jusqu'alors s'était montré très dévoué à 
la France, Moulei-Cheikh, vint prévenir, le 21 septembre, le lieutenant- 
colonel de Montagnac du i Ç léger, commandant le camp de Djemmàa- 
Ghazouat (Nemoursi, petit port de la côte 
sur la frontière du Maroc, que deux cents 
hommes, commandés par Abd-el-Kader en 
personne, allaient venir pour enlever un douar 
voisin. M. de Montagnac partit avec trois 
compagnies du 8' bataillon de chasseurs 
d'Orléans, commandés par M. Froment- 
Coste, et soixante cavaliers du 2" hussards. 

« Le 22 au matin, la colonne marchait 
sans défiance, un peloton de hussards à ïa-^ ^_J^ 
vant-garde, la compagnie de carabiniers à l3 




LA PROVINCE D'ORAN 



27? 



l'arrière-garde, le reste des troupes au centre, lorsque, tout à coup, 
prête à déboucher du dernier contrefort et du ravin qui mène dans la 
plaine, à trois ou quatre lieues au plus de Djemmàa-Ghazouat. 
Tavant-garde fut enveloppée par une nuée de Kabyles. Le co- 
lonel de Montagnac, qui marchait en tète, fut tué un des pre- 
miers. 

« Ne pouvant supposer l'ennemi en forces très supérieures. 
le commandant Froment-Coste ordonna aux soixante hussards 
de charger et de l'attendre un moment pour qu'il pîjt rejoindre 
l'avant-garde avec le gros de la colonne. Les hussards partent 
au galop, mais ils reviennent bientôt réduits de moitié : trente 
des leurs étaient restés sur le champ de bataille. Les trente qui 
restaient tentèrent un nouvel effort : un seul revint. 

« Pendant ce temps, le commandant Froment-Coste, 
qui s'efforçait toujours de dégager l'avant-garde, tombait 
mortellement blessé ; déjà l'avant-garde était complètement 
détruite. Enhardie par ce premier succès, la masse dos 
ennemis se rua sur le centre. Ce qui restait des 
deux compagnies s'était formé en carré et faisait 
un feu nourri ; mais bientôt les munitions 
manquèrent, et il fallut se battre à l'arme 
blanche. 

« Cependant, la compagnie de carabi- 
niers de l'arrière-garde, coupée 
du centre depuis le commence- 
ment de l'action, et vi- 
goureusement attaquée, 
s'était retirée en bon or- 
dre et était parvenue à 
gagner un marabout voi- 
sin, celui de Sidi-Brahim. 
Pendant deux jours, sans 
eau, sans vivres, cette 
compagnie , renfermée 
dans le marabout cré- 
nelé, résista à tou- 
tes les attaques des 
Arabes. Nos mal- 
heureux soldats n'a- 




274 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



valent entre eux tous qu'une bouteille d'absinthe; ils durent boire leur 
urine pour apaiser leur soif. Abd-el-Kader, qui dirigeait lui-même 
cette attaque, adressa plusieurs lettres écrites en français aux quatre- 
vingts carabiniers enfermés dans le marabout. Il leur promettait la vie 
sauve et de bons traitements, s'ils voulaient déposer leurs armes. 

« Quoique réduits à la dernière extrémité, ces braves gens se refu- 
sèrent à tout accommodement. Vers le soir du deuxième jour, déses- 
pérant de recevoir des secours, le capitaine de Gereaux, seul officier 
qui n'eût pas été tué, sortit avec ses soldats du marabout, pour se diri- 
ger vers Djemmàa-Ghazouat. Parvenue, après des efforts prodigieux, à 
une lieue environ du camp, cette petite troupe dut traverser un ravin 
rempli de Kabyles. Les forces de nos soldats étaient épuisées. Le 
capitaine de Gereaux fut tué : quatorze hommes seulement parvinrent 
à regagner le camp; quatre moururent de leurs blessures. ^> 




LA PROVINCE D'ORAN 



275 





SIDI-BEL-ABBÈS 

Sidi-bel-Abbès porta d'abord le nf)m de Biscuit- 
Ville, en raison du magasin d'approvisionnement 
qu'elle renfermait alors; aujourd'hui, cette ville est une 
place militaire d'une certaine importance; elle est tra-" 
versée par deux lar,;es rues bordées de superbes 
platanes, qui aboutissent aux quatre portes d'Oran, de 
Daïa, de Mascara et de Tlemcen. 

C'est depuis 1843 seulement que le territoire 
de Sidi-bel-Abbès est soumis à la domination fran- 
çaise. Le 12 juin de cette année, le général Bedeau 
en prit possession, afin de former, de 
ce côté, une barrière aux incessantes 
expéditions des Beni-Amer, tribu arabe remuante et 
dangereuse, dont Sidi-bel-Abbès était le quartier général 
et le centre. 

Une. redoute fut immédiatement bâtie à peu de 
distance, dans une situation favorable. Celte redoute 
fut sur le point d'être enlevée par surprise le 20 jan- 
vier 1845 . 

La petite garnison qui y avait été laissée après le départ du 
gros de la colonne vit bientôt une bande d'Arabes se diriger de son 
côté sans aucune apparence hostile. Ces Arabes, vêtus de haillons, 
n'ayant pour toute arme apparente que la matraque habituelle 
(bâton qui sert de canne'l, demandèrent bientôt à entrer, ce qui leur 
fut immédiatement accordé par nos soldats, qui ne voyaient en eux que 
quelques fanatiques désireux de visiter la koubba voisine. 

A peine eurent-ils franchi la porte, que le dernier se retourna vers 
la sentinelle et, d'un coup de son bâton, l'envoya rouler 

dans le fossé; aussitôt, à ce si- 
gnal, les autres sortirent les ar- 
mes cachées sous leurs burnous 
et se ruèrent sur nos malheu- 
reux soldats. 

Tout d'abord surpris par 
une attaque aussi imprévue, ces 





2/6 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



derniers courent à leurs armes, et bientôt, grâce au sang-froid et à l'é- 
nergie d'un officier comptable, ils reprennent l'offensive et passent par 
les armes les cinquante-huit insensés qui avaient failli les égorger. 

A cette époque, la ville n'existait pas encore: ce fut par décret 
du 5 janvier 1849 que la création d'une ville à Sidi-bel-Abbès fut 
décidée, et depuis lors la jeune citée a prospéré rapidement. 









ABD-EL-KADER 



LA PROVINCE D'ORAN 



277 




MASCARA 



« Mascara, assise sur deux mamelons entre lesquels coule l'Oued- 
Toudman, comprend cinq parties distinctes : Mascara, Argoub-Ismaïi, 
Baba-Ali, Aïn-Beïda et Sidi-Ali-Mohammed. Les remparts, dont le 
pourtour est de 3 kilomètres, sont percés de cinq portes. Les places 
sont au nombre de huit. Les rues sont propres et assez bien percées. 
Quatre ponts jetés sur l'Oued-Toudman relient les di- 
vers quartiers de la ville. Mascara possède trois mos- 
quées, dont l'une a été convertie en église. Une autre 
a été convertie en magasin à blé; elle offre un mihrab 
décoré d'arabesques en stuc. Signalons aussi : l'hôtel 
de la sous-préfecture, la justice de paix, l'ancien pa- 
lais de Mohamed-el-Kébir, les casernes, l'hôpital mi- 
litaire, le théâtre, les bains maures, etc., etc. 

On n'a pas de données certaines sur l'origine de 
Mascara. 

Cette ville fut choisie comme résidence du bey 

pendant l'occupation d'Oran par les Espagnols; elle 

était alors très florissante; mais elle déclina rapidement 

1 dès l'époque oîi le siège du beyiik fut transporté à Oran. 




278 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



En 18] 3, lorsque Abd-el-Kader établit le siège de sa puissance à 
Mascara, elle ne possédait plus qu'une population misérable. 

Enfin, le 7 décembre 1835, l'armée française, commandée par le 
maréchal Clauzel et le duc d'Orléans, arriva à Mascara, après une 
marche de dix jours et des combats multipliés. 

Les Arabes ayant évacué la ville, les Français la livrèrent aux 
flammes et l'abandonnèrent ensuite. 

En 1838, l'émir revint et s'y installa; il n'en fut chassé qu'en 184 1 
par les généraux Bugeaud et Lamoricière. 

Après avoir complètement détruit la forteresse de Tekedempt, cette 
colonne se dirigea sur Mascara. Renforcé de quatre mille chevaux que 
lui avait amenés Ben-Hamed, son khalifat de Tlemcen, Abd-el-Kader 
se montra, le 30 mai, sur les hauteurs qui avoisinent cette ville, mais on 
ne put encore le déterminer à combattre. L'armée y entra sans résistance 
et la trouva tout à fait déserte : les portes et les meubles étaient brisés, 
mais les maisons intactes. Plusieurs bâtiments servirent, au moyen de 
quelques réparations, à l'hôpital, aux magasins et au casernement. 
Avant de reprendre le chemin de Mostaganem, le général Bugeaud 
laissa dans Mascara le colonel Tempoure avec deux bataillons du 
15' léger, un bataillon du 41' de ligne, trois compagnies du génie et 
deux demi-batteries d'artillerie. Le défilé d'Akb-el-Kredda, qu'il avait 
choisi comme la route la plus directe, présente partout un terrain hé- 
rissé d'aspérités; en le traversant, l'arrière-garde dut repousser l'attaque 
de cinq à six mille Arabes, qui lui tuèrent ou blessèrent quelques 
hommes; ils y laissèrent près de quatre cents des leurs, beaucoup de 
chevaux et sept des principaux chefs. Ce fut le dernier engagement 
que nous eiimes à soutenir jusqu'au 3 juin, jour où ces troupes rentrè- 
rent dans leurs cantonnements sans avoir ressenti trop de fatigue, malgré 
les difficultés qu'elles avaient eues à surmonter en traversant les chaînons 
entrecroisés de l'Atlas. 




LA PROVINCE D'ORAN 



279 



ARZEW 

Arzew, située à 42 kilomètres d'Oran, est un petit port qui, par 
suite de la construction de la ligne ferrée qui conduit maintenant à 
Saïda et à Mecheria, prend chaque jour une importance plus grande, 
et peut actuellement abriter plus de deux cents navires de toutes gran- 
deurs. 

La compagnie Franco-Algérienne, qui a le droit exclusif de l'ex- 
ploitation de l'alfa sur plus de 300 hectares au delà de Saïda, dirige sur 
ce port tous ses convois et chargements. 

Avec ses annexes de Moulaï-Mayoun et de Sainte-Léonie, Arzew 
compte aujourd'hui environ ^,, ^00 habitants, dont la moitié sont Fran- 
çais. 












A notre arrivée en Algérie, Arzew, ancienne Asemaria des Romains, 
située à 3 kilomètres de la mer, était une ville en ruines, habitée par 
une tribu kabyle du Maroc qui était venue s'y établir sous la protection 
du gouvernement turc. Après la prise d'Oran, cette colonie rechercha 
notre amitié et fournit même à la garnison tout ce qu'elle put lui pro- 
curer. 

Abd-el-Kader, furieux de voir des musulmans aider ainsi des chré- 
tiens, fit enlever secrètement le chef de cette tribu et le fit étrangler 
après l'avoir conduit à Mascara. 



28o 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



Le général Desmichels ayant eu connaissance de cet acte de vio- 
lence, résolut de prendre possession du port d'Arzew (la Mersa) d'oia 
il pourrait protéger les habitants de la ville. Mais Abd-el-Kader 
ne l'entendit pas ainsi, et, sans chercher à inquiéter nos troupes dans 
les positions qu'elles occupaient au bord de la mer, il attaqua les fau- 
bourgs d'Arzew et parvint àen chasser les habitants, qui se réfugièrent 
à Oran et à Mostaganem, ou se mêlèrent aux Arabes de la plaine. 




LA PROVINCE D'ORAN 



281 



MAZAGRAN 




Le village de Mazagran, situé 
sur une colline en face la pointe de 
la Salamandre sur la route d'Oran à 
Mostaganem , a été complètement 
transformé depuis notre occupation ; 
les gourbis arabes qui existaient lors de la prise 
de ce village ont disparu pour faire place à de 
coquettes maisons françaises, bâties en amphi- 
théâtre en vue de la mer. Seule, l'église, son clocher et sa tour, sont les 
constructions qui méritent d'être citées au point de vue architectural. 

On lit sur la façade : 

CET ÉDIFICE A ÉTÉ CONSTRUIT 

AVEC LE PRODUIT NATIONAL D'UNE SOUSCRIPTION 

EN COMMÉMORATION 

DU FAIT D'ARMES DE MAZAGRAN. 

« Un petit fort élevé à la hâte par les mains des Français était 
occupé par la 16° compagnie du bataillon d'Afrique, forte de cent vingt- 
trois hommes et commandée par le capitaine Lelièvre. Quant au ma- 
tériel de guerre, il se bornait à une pièce de 4, quarante mille cartou- 
ches et un baril de poudre. Dans la matinée du i"" février 1840, un poste 
avancé signala l'approche des éclaireurs de l'ennemi, dont le gros n'ar- 
riva que le lendemain : il se composait des contingents de quatre-vingt- 



282 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



deux tribus, formant ensemble douze à quinze mille hommes. Mustapha- 
ben-Tehamy, khalifa de Mascara, marchait à la tête de cette masse aussi 
confuse que barbare, qu'appuyaient deux pièces de canon et un bataillon 
d'infanterie régulière de l'émir. Le 2, les Arabes commencent à menacer 
la chétive fortification en ouvrant à 500 mètres le feu de leur artil- 
lerie, puis viennent planter quatorze de leurs étendards au pied de 
ses murs en terre, à l'assaut desquels ils se précipitent avec une fureur 
qu'excitent à la fois le fanatisme et l'appât des récompenses promises 
par leur chef. — Pendant quatre jours et quatre nuits, l'héroïsme de la 
défense fut égal à la fureur de l'attaque. 

« Doué d'un rare courage, d'un sang-froid à toute épreuve, le capi- 
taine Lelièvre se montra constamment à la hauteur de sa noble tâche. 
Plus de la moitié de ses cartouches étant consommée dès la première 
journée, il recommande, afin déménager le reste, de ne plus se servir 
que de la baïonnette pour renverser les assaillants. Plusieurs fois, le 
drapeau national, arboré sur l'humble redoute, eut son support brisé; il 
fut constamment relevé avec enthousiasme, et sa flamme criblée de 
balles, agitée comme par un chevaleresque défi. Aussi modeste qu'in- 
trépide, le brave qui commandait à ces braves n'a pas voulu accaparer 
toute la gloire; montrons-nous, comme lui, juste envers les hommes 
placés sous ses ordres immédiats, et qui le secondèrent le plus digne- 
ment : c'est l'intrépide lieutenant Magnien,qui n'abandonnait la brèche 
que pour porter secours aux blessés; c'est le sous-lieutenant Durand; 
ce sont les sergents Villemot et Giroux, qui se multiplièrent en quelque 
sorte pour se trouver partout en aide à leurs frères d'armes. Rapporter 
les faits héroïques et isolés qui firent briller ces mémorables journées 
serait chose impossible ; nous ne pouvons mieux remplacer les détails 
que par les deux passages suivants extraits d'un rapport du capitaine 
Lelièvre. 

« Le 3 , un peu avant la pointe du jour, je fis placer quinze hommes 
au-dessus de la porte pour la défendre, sous les ordres de M. le sous- 
lieutenant Durand. Avant de l'enfermer dans ce faible réduit, je lui serrai 
la main en lui disant : u Adieu, il est probable que nous ne nous rever- 
rons plus, car vous et vos hommes devez mourir en défendant ce poste. » 
M. Ekirand et ses hommes s'écrièrent : « Nous le jurons. » 

Dans la soirée du 4, voyant que ses munitions allaient être épui- 
sées, il réunit sa troupe, et lui adresse cette courte mais énergique 
allocution : 

<( Nous avons encore un tonneau de poudre presque entier et 



LA PROVINCE D'ORAN 



283 



douze mille cartouches; nous nous défendrons jusqu'à ce qu'il ne nous 
en reste plus que douze ou quinze; puis nous entrerons dans la pou- 
drière pour y mettre le feu, heureux de mourir pour notre pays. Vive 
la France ! Vive le roi ! » 

« La 10' compagnie accepta cette glorieuse résolution du capitaine 
et répéta son cri patriotique. 

« Enfin, un Arabe, qui a aussi rendu compte de ce beau fait d'armes, 
s'exprime ainsi : « On se battit quatre jours et quatre nuits. C'étaient 
quatre grands jours, car ils ne commençaient pas et ne finissaient pas 
au son du tambour : c'étaient des jours noirs; caria fumée de la poudre 
obscurcissait les rayons du soleil; et les nuits étaient des nuits de feu 
éclairées par les flammes des bivouacs et par celle des amorces. » 

Dès l'apparition des Arabes, le chef de bataillon Dubarrail, qui 
commandait à Mostaganem, avait eu la pensée d'envoyer du renfort à 
Mazagran; mais la faiblesse de sa propre garnison ne le lui avait pas 
permis. Grandes furent donc les craintes à Mostaganem, tant que le 
retentissement de la fusillade et du canon y parvint. Pour apprendre à 
son supérieur qu'il continuait de tenir ferme, le capitaine Lelièvre 
lança par intervalles plusieurs fusées qui ne diminuèrent que bien fai- 
blement les inquiétudes auxquelles le premier était en proie, inquié- 
tudes plus vives encore lorsque, le 7 au matin, il 
vit la plaine déserte et qu'aucun bruit ne s'élevait du 
côté de Mazagran. L'ennemi s'était-il rendu maître 
j^ du fort? Ce morne silence était-il le présage 

^^%^^^^ '^^ destin funeste de ses valeureux défenseurs ? 
Pour sortir de cette perplexité, le commandant 
Dubarrail s'y transportait avec une partie des 
y- siens, lorsque le drapeau flottant sur les 

les à demi détruites lui apprit que 








les Arabes s'étaient retirés, 
honteux et vaincus, malgré 
ur immense supé- 
riorité 




284 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



numérique. La joie fut égale de part et d'autre, et la lo' compagnie, 
accablée de fatigue, fut portée en triomphe, pourrait-on dire, par ses 
frères d'armes sur qui semblaitrejaillir un rayon de sa gloire. (Galibert.) 



SAIDA 




Un service de diligences est établi de Mas- 
cara à Saïda et fait ce trajet en neuf heures, le 
jour en hiver, et pendant la nuit en été. 

On peut encore se rendre à Saïda par le 

chemin de fer en prenant à Mascara un omnibus 

qui conduit en une heure de temps à Tizi, et de 

y S^^-^^ \ '^ '® chemin de fer qui arrive à Saïda trois heures 

s,après. 

Saïda, situé à 880 mètres d'altitude, compte 
590 habitants, dont la plus grande partie sont 
Espagnols. 

C'est à 2 kilomètres de là qu'existait la 
vieille Saïda, ville bâtie par Abd-el-Kader, puis 
occupée et complètement ruinée par nos troupes 
en 1844. Cette ville était carrée et défendue sur 
trois faces par de fortes et hautes murailles dont 
la moitié existent encore. 

On voit sur les pentes les moins raides l'a- 
mandier, l'olivier et le térébinthe. Enfin, au fond 
de la gorge, roule le torrent, traversant des roches 
couvertes de vignes, lauriers-roses et autres 
plantes produisant un effet des plus jolis et des 
plus pittoresques. 
L'enceinte de la nouvelle Saïda contient dans sa partie Est un 
pavillon d'officiers, une caserne, des magasins pour une garnison de 
deux cents hommes et cinquante chevaux, puis un hôpital. 

Une petite mosquée se trouve sur la place du marché arabe. 
Le climat est des plus sains, les eaux abondantes et le pays fertile; 
ses vignes et ses cultures ont pris un développement considérable, 
ainsi que la ville elle-même depuis l'ouverture du chemin de fer, 
dit des Hauts-Plateaux, reliant Arzew à Mecheria, par Saïda. 



LA PROVINCE D'ORAN 



28? 



..r 




MOSTAGANEM 




La ville de Mostaganem est située à 90 kilomètres d'Oran. 
On peut s'y rendre en dilii^encedans l'espace de six heures; chef- 
lieu d'arrondissement d'une commune d'environ 14,000 habitants, 
parmi lesquels on compte 3,000 Français. Mostaganem fut oc- 
cupée par nos troupes en 1833. 

L'histoire de cette ville est des plus confuses. Les uns pré- 
tendent qu'elle disparut dans un tremblement de terre, à l'époque 
delà domination romaine, d'autres disent qu'elle fut fondée par 
les Arabes vers l'an 45^ de l'hégire (1061 de J.-C.i; toujours 
est-il qu'en 1516 elle passa au pouvoir du sultan de Tlemcen, 
sous la domination turque. C'est à cette époque qu'elle fut des 
plus florissantes, de nombreux Maures s'y étant établis, entre- 
prirent de grandes exploitations agricoles et la culture du coton y 
fut alors importée avec succès. Malheureusement cette ère de 
prospérité fut de courte durée : les invasions espagnoles et les 
incursions arabes paralysèrent bientôt le mouvement agri- 
cole et industriel, et en 1830, à l'é- 
poque de la prise d'Alger, Mosta- 
ganem et ses environs avaient repris 



286 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



leur aspect primitif et ne produisaient plus que le strict nécessaire pour 
la consommation des habitants. 

Aujourd'hui, cette ville se divise en deux quartiers, Mostaganem 
d'un côté et de l'autre Matmore, séparés tous deux par le ravin de l'Aïn 
Seufra. Autour de cette ville, et dans un rayon restreint, on compte 
vingt villages en pleine prospérité. A4 kilomètres au Sud, on rencontre 
les charmants sites de la Vallée des Jardins. 

Un chemin de fer de Mostaganem à Tiaret est en ce moment en 
construction, et traversera la vallée de la Mina. 



MECHERIA 

Aujourd'hui, une ligne ferrée conduit d'Arzew à Mecheria en dix- 
sept heures. 

Ce voyage se divise ainsi : 

Sept heures vingt-cinq de trajet pour aller d'Arzew à Saïda. où l'on 
est obligé dépasser la nuit, et neuf heures quarante entre Saïda et Me- 
cheria, avec arrêt d'une heure au Khreider où un buffet est installé. 

Mecheria, à 182 kilomètres de Saïda, compte environ 750 habitants. 
Un poste pouvant contenir 2,000 hommes s'étend derrière la gare ; de 
l'autre côté se trouvent quelques cabarets turcs et marchands de comes- 
tibles. Sur un des sommets du Djebel-Antar se trouve une redoute à 
proximité du camp. 

Grâce à la ligne d'Arzew à Mecheria, on peut désormais concen- 
trer sur ce dernier point les troupes, les munitions et les approvision- 
nements qui parviennent d'Oran en dix heures, etd'Algeren vingt-qua- 
tre heures. 

Autrefois, les troupes devaient fournir quinze journées de marche 
pénible pour se rendre du littoral à Mecheria. 




LA PROVINCE D'ORAN 



287 



MAZOUNA 







:nce qui part tous les jours 
conduit à Cassaigne, petit 
64 kilomètres de Mazouna ; 
. pour aller à ce dernier en- 
, on doit prendre la route 
tratégique qui conduit à Renault, 
vallées du Mcdiouna. 

Ma\oiina compte 2,12^ 
habitants, parmi lesquels 
plusieurs Européens et 
",un instituteur dirigeant 
r, une école arabe-française. 
Mazouna, qui a dû 
être fondée par les Ro- 
mains, est un des 
sites les plus 
beaux de la pro- 



288 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 

Après avoir suivi les grandes vallées du Médiouna, on est agréable- 
ment surpris par l'aspect de la ville et de son vallon que l'on domine d'une 
hauteur de loo mètres. Rien ne peut rendre l'effet de ce jardin fleuri, 
limité par deux larges collines vertes. Vous découvrez de là un mé- 
lange de champs, vignes, jardins, chemins entourés de fleurs, sources 
serpentant parmi les arbres qui les ombragent et au centre de tout cela 
les blanches maisons arabes décorées de leurs terrasses. La ville est 
étagée sur trois larges mamelons en forme de pyramide. Vue du haut 
des collines, la ville paraît avoir une certaine importance et n'est en réa- 
lité qu'un amas de masures en ruine. — A l'entrée de la ville, le ruisseau, 
qui plus loin devient affluent de droite du Chelif, sous le nom d'Oua- 
rizane, forme une très curieuse cascade de 1 1; à 20 mètres, tombant 
sur une véritable, draperie d'incrustations calcaires. Les jardins sont ar- 
rosés par plusieurs sources qui se trouvent en amont. La vallée se 
creuse au-dessous de la ville pour se transformer en une étroite fissure 
qui aboutit à la plaine du Chelif. 

C'est à Mazouna, sur une hauteur, qu'est situé le berceau des 
Senoussia. 

C'est là qu'habitait le cheik Mohammed-ben-Ali-el-Senoussi-el- 
Medjahiri, qui quitta La Mecque, après s'être fait des ennemis par 
son austérité et sa rigidité. 

Après avoir fondé El-Beïda, à la fois monastère, mosquée, 
école, etc., il se retirait dans l'oasis de Faredgha. 

Son fils, qui lui succéda en 1B59 dans sa capitale de Djararoub, 
est aujourd'hui le grand chef de tous les khouans du monde. 

On trouve à Mazouna des poteries semblables à celles de la 
Kabylie et qui sont fabriquées par les femmes indigènes. 




LA PROVINCE D'ORAN 



289 



TIARET 



Tiaret, qui signifie « station » en berbère, se trouve près de la limite 
du Tell et des Hauts-Plateaux, sur un point culminant d'où l'on em- 
brasse une très grande étendue ; on aperçoit le Djebel-Goudjila, le 
Djebel-Amour et le Nador. C'est en 1843 que le général Lamoricière, 
relevant les ruines romaines à Tiaret, commença le rétablissement 
d'une ligne de postes. C'est de là qu'Abd-el-Kader s'élança contre 
nous, à l'origine de la lutte. 

L'enceinte de Tiaret estbastionnée et percée de trois portes. C'est 
par la porte du Nord ou de Mascara qu'on entre dans le quartier de la 
Redoute, habité par des Européens et des Juifs; c'est le quartier com- 
merçant. Sidi-Khraled, réuni aujourd'hui à Tiaret. en est le quartier 
principal et le plus vivant; c'est là que se trouve \a place des Caravanes, 
entourée par la poste, l'hôtel d'Orient, la gendarmerie, la prison et 
l'énorme escalier conduisant à la mosquée; l'Oued-Tiaret qui le traverse 
forme de nombreuses cascades et arrose de superbes jardins à l'ouest. 
Dans le Fort ou quartier militaire se trouvent: un quartier de cava- 
lerie, deux casernes d"infanterie, un hô- 
pital, des magasins, un cercle pour les 
officiers et une chapelle. 

Le marché, qui se tient tous les 
lundis, est très important. Aux envi- 
rons se trouvent d'immenses pâturages 
et de grands troupeaux. 

Le territoire est fertile en céréales, 
la vigne y vient très bien. 

On se rend de Mascara à Tiaret à 
cheval ou à mulet. 




290 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 




AIN-SFISIFA 

A'in-Sfisifa, près de la frontière du Maroc, est 

l'oasis la plus importante en venant d'Oran par Tlem- 

cen; elle compte environ 1,000 habitants. Aïn-Sfisifa 

doit son origine à la Koubba de Lella Sfixa, mère des 

]=^^ Oulad-Nahr; elle est bâtie en amphithéâtre, unacque- 

ducen bois amène les eaux dans le ksar; le climat est 

très froid et l'absence de palmiers rend Aïn-Sfisifa peu 

agréable à la vue. 

Une diligence fait le service, d'Oran à Tlemcen, en dix-sept heures; 

mais, pour se rendre ensuite à Aïn-Sfisifa, ce voyage rencontre de 

grandes difficultés. 

De Sebdou à El-Aricha, il faut traverser des forêts de chênes jus- 
qu'aux hauts plateaux qui se trouvent à environ 13 kilomètres de Sebdou. 
En sortant d'El-Aricha, on parcourt de grandes plaines arides et on 
arrive au chott Gharbi ou de l'Ouest ; on franchit ensuite le Djebel Amara, 
qui se trouve au centre, pour arriver à Aïn-ben-Khrelil, redoute située 
à 1,190 mètres d'altitude. Après Aïn-ben-Khrelil, on traverse une zone 
coupée de montagnes sablonneuses, de plaines et de vallées sans aucune 
végétation. 




LA PROVINCE D'ORAN 291 



GERYVILLE 

GJryville, poste militaire sur la lisière sud des Hauts-Plateaux, tient 
son nom du colonel Géry, qui, en 1845, forçait Abd-el-Kaderà rentrer 
dans le Maroc. Géryville compte environ 875 habitants, et. grâce à son 
altitude très élevée (1,300 m.), possède un excellent climat. Des 
sources très pures et très abondantes arrosent son ravin. 

On se rend d'Oran à Géryville. en prenant le chemin de fer 
d'Oran à Perrégaux, puis de Perrégaux à Saïda, et enfin la route straté- 
gique de Saïda à Géryville. 




SEBDOU 

Sebdou (350 habitants), qui signifie lisière, était une petite place 
militaire élevée par Abd-el-Kader. 

Située sur un oued (ou rivière), à 958 mètres au-dessus de la mer, 
Sebdou possède un climat désagréable, très froid en hiver et fiévreux 
en été. 

Tous les Jeudis, marché arabe. 

Un service de diligences est établi entre Tlemccn et Sebdou ; le 
trajet se fait en cinq heures. 







21 



20)2 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



RAS-EL-MA 

Ras-el-Ma se trouve être, quant à présent, la limite de la future 
ligne de pénétration dans le Sud-Ouest oranais. 

Le chemin de fer venant d'Oran conduit de Sldi-bel-Abbès à Ras- 
el-Ma. 




AFLOU 

Ce n'est qu'à cheval ou à mulet qu'on peut aller de Tiaret à Aflou. 

On rencontre: Oussckr, pose de ravitaillement qui se trouve sur 
l'oued Bou-Hcidjjr. 

Le village à" Aflou, situé à 1,3,0 mètres d'altitude, dans le 
Djebel-Amour, au Nord-Ouest et à 20 kilomètres d'El-Aricha, compte 
environ 1,300 habitants; il possède une maison de commandement et 
un bureau arabe, annexe du cercle de Tiaret. 




//<. ' 




— ^"'f«'^'^-[j'""tri 



LA PROVINCE D'ORAN 



293 




MANSOURA 



Ibn-Khaldoun raconte comme suit l'histoire de Mansoura : 
" A l'endroit où l'armée avait dressé ses tentes, s'éleva un palais 
pour la résidence du souverain; ce vaste emplacement fut entouré d'une 
muraille et se remplit de grandes maisons, de vastes édifices, de palais 
magnifiques et de jardins traversés par des ruisseaux. Ce fut en 702 (1502) 
que le sultan fit bâtir l'enceinte des murs et qu'il forma ainsi une ville 
admirable, tant par son étendue et sa nombreuse popu- 
lation que par l'activité de son commerce et la solidité 
de ses fortifications. Elle renfermait des bains, des cara- 
vansérails et un hôpital, ainsi qu'une mosquée où l'on cé- 
lébrait la prière du vendredi, et dont le minaret était 
d'une hauteur extraordinaire. Cette ville reçut de son 
fondateur le nom d'El-Mansoura, c'est-à-dire la Victo- 
rieuse. De jour en jour, elle vit sa prospérité augmenter, 
ses marchés se gorger de denrées et de négociants venus 
de tous les pays ; aussi prit-elle bientôt le premier rang 
parmi les villes du Mar'zeb. » 

Ainsi que Tlemcen,la prospérité de Mansoura subit 
de nombreuses fluctuations et finit par disparaître com- 




294 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



plètement , lorsqu'après une sanglante défaite et une cruelle invasion, 
elle fut frappée d'un arrêt de destruction. 

Aujourd'hui, que cinq siècles ont passé sur les ruines de Mansoura, 
il ne reste plus qu'une partie de son enceinte et le minaret de la mos- 
quée. A l'extrémité du village français qui a succédé, au bout de cinq 
cents ans, à cette grande cité, on voit encore les vestiges d'un édifice 
qui n'était autre que le palais du sultan, s'il faut en croire l'inscription 
suivante trouvée sur un chapiteau : « La construction de cette demeure 
fortunée, palais de la Victoire, a été ordonnée par le serviteur de Dieu, 
Ali, émir des musulmans, Abou-Saïd, fils de Yakoub, fils d'Abd-el-Hak; 
elle a été achevée en 545; hég. (i 344-1 345). » 





LES CHASSEURS D'AFRIQUE 



LA PROVINCE D'ORAN 



291 



L'ARMÉE D'AFRIQUE 




* L'armée d'Afrique, malgré les nombreuses 
modifications qui ont été apportées dans son système 
de recrutement depuis 1871, a su conserver cette su- 
périorité incontestable, qui, à toutes les époques de 
son histoire, lui a valu tant d'honneur et de gloire. 

Si , dans maintes circonstances, il nous est 
encore donné d'admirer la bravoure et le sang-froid 
déployés par nos troupes d'Afrique, nous le devons 
bien un peu à leur ancienne réputation, car, à côté 
de la valeur individuelle et de l'habitude acquise de 
vaincre toutes les difficultés, il faut placer le respect 
et l'amour de la tradition, l'esprit de corps, qui, 
sur tous ces soldats, jeunes et vieux, a une si grande 
influence. 

C'est l'esprit de corps qui, dans les moments 
"de défaillance, relève le moral; c'est l'esprit de corps 
qui, dans les moments difficiles, donne la force nécessaire pour garder 
intacte la réputation laissée par les anciens. 

Aujourd'hui, si l'armée d'Afrique est complètement transformée 
sous le rapport du recrutement, elle ne l'est point en ce qui 
touche à cette idée, à ce sentiment; les souvenirs des héroïques faits 
d'armes inscrits en lettres d'or dans l'historique de ses régiments, 
n'ont pas peu contribué à stimuler la bravoure de ces jeunes soldats 
qui, fiers de leurs devanciers, fiers de leur drapeau, se sont, tout derniè- 
rement encore, conduits si brillamment pendant l'expédition du Tonkin. 
La vieille armée d'Afrique n'était composée que de régimentaires 
et d'engagés volontaires, et c'est là précisément ce qui faisait sa 
force ; chacun y poursuivait un but, celui-ci l'avancement, celui-là la 
retraite. Le régiment était alors une grande famille où l'on pouvait y 
passer vingt-cinq ou trente ans de son existence, puisqu'à cette époque 
la promotion à un grade supérieur n'entrahiait pas le changement de 
corps. Les officiers connaissaient leurs hommes, comme Iqs hommes 
connaissaient leurs officiers, et de là existait une confiance réciproque 



296 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



qui dégénérait souvent en camaraderie, chose heureuse et aussi néces- 
saire pour les uns que pour les autres, surtout en Algérie. 

Tout pour l'honneur du régiment, c'était la devise de ces braves 
troupiers, et on les a vus sur tous les points du globe, en Afrique, en 
Crimée, en Chine, au Mexique, en Italie, etc., défendant vaillamment 
leur drapeau et le couvrant de gloire. 

Les champs de bataille de Vissembourg, Sedan, Patay, etc., virent 
cette vieille armée anéantie après un suprême et dernier effort, mais 
les zouaves, tirailleurs, chasseurs d'Afrique et spahis ne pouvaient 
disparaître ainsi, et les restes de cette armée d'élite, échappés au désas- 
tre, devaient voir bientôt se grouper autour d'eux une nouvelle géné- 
ration pleine d'admiration pour ses prédécesseurs et prête à marcher 
sur leurs traces. 

Actuellement, à l'exception des spahis, les régiments d'Afrique 
reçoivent le contingent annuel ; mais ce qui fera toujours leur force 
et qui leur donnera toujours une supériorité marquée sur les autres 
armes, ce sont les engagés volontaires, qui vont là-bas en très grand 
nombre, pleins d'illusions et d'espérances, et parmi lesquels on trouve 
facilement d'excellents sujets pour la formation des cadres. 




LES ZOUAVES 

L'utilité de former un corps de troupes dans lequel seraient admis 
les indigènes se révéla presque aussitôt la prise de possession d'Alger, 
et M. de Bourmont eut la pensée d'organiser ce corps; mais ce fut 
le général Clausel qui, par arrêté du i"' octobre i8",o, ordonna la 
formation de deux bataillons d'indigènes, sous le nom de zouaves. 

Aujourd'hui, les zouaves, entièrement composés de Français, sont 
divisés en quatre régiments, répartis de la manière suivante : 

!"■ Alger (Alger), colonelJuffé; — 2° Oran (Oran), colonel Thiéry ; 
— 3" Philippeville et Constantine), colonel Lucas; — 4° Tunis (Tuni- 
sie), colonel Faure-Biguet. 




SPAHI FRANÇAIS 



LA PROVINCE D'ORAN 



297 




LES TIRAILLEURS 

Une ordonnance du 7 décembre 1841 
prescrivit la formation de bataillons d'infan- 
terie indigène, prenant la dénomination de 
baiciillons de tirailleurs indigènes et portant, en 
outre, le nom de la province ou de la subdi- 
vision dans laquelle ils furent organisés. 

Dès le début, le nombre de ces bataillons 
fut fixé à trois, dont un pour la province d'Al- 
ger et de Tittery, un pour celle de Constan- 
tine, et le troisième pour celle d'Oran. 

Actuellement, les tirailleurs, appelés vul- 
gairement turcos, sont divisés en quatre ré- . 
giments, répartis comme suit: 
I" Blida (Alger), colonel Mourlan; — 2° Mostaganem (OranI, co- 
lonel A vezard ; — 3' Constantine (Constantine), colonel Marmet; — 
4° Sousse (Tunisie), colonel Vincent. 



LES CHASSEURS D'AFRIQ.UE 

Les r'" et 2" régiments de chasseurs d'Afrique furent 
organisés en vertu d'une ordonnance 
royale du 17 novembre 183 1, qui 
prescrivit la formation de deux régi- 
ments de cavalerie légère. 

Une autre ordonnance royale, du 
6 janvier 1833, prescrivit la formation 
définitive, à Bône, d'un autre régiment •* \ 
de chasseurs d'Afrique, sous le nu- -^EicrS^r^.. 
méro 3. Le 4" régiment fut créé par une ^r^fi^ 
ordonnance du roi, datée du u août 
1839, et organisé immédiatement pour 
être employé dans la province de Cons- 
tantine. Les 5° et 6° régiments furent 
créés en 1M87. 




298 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



Voici quel est leur emplacement actuel : 

i" Blida (Alger), colonel Bonnefous; — 2' Tlemcen (Oran), colo- 
nel Roullet; — 3" Constantine (Constantine), colonel Buffet; — 4° La 
Manouba (Tunisie), colonel Courteil; — 5° Alger (Alger), colonel de 
Girardin; — 6' Mascara (Oran), colonel Poulleau. 



LES SPAHIS 

Indépendamment de la cavalerie formée en 183 1 et 1832, 
trois corps de spahis furent organisés, le i" en septembre 1834, pour 
la province d'Alger; le 2° en juin 1835, pour la subdivision de Bône ; 
le 3° en août 1836, pour la province d'Oran. 

Ces corps, composés d'indigènes et d'un certain nombre de Fran- 
çais, se recrutèrent pendant longtemps parmi les cavaliers arabes les 
mieux montés et sur lesquels on avait les 
meilleurs renseignements. 

Les spahis ayant justifié les espérances 
que l'on avait conçues de leur institution, 
ce corps de cavalerie reçut un grand déve- 
loppement en 1841 et fut porté à vingt esca- 
drons. 

Ces spahis, répartis dans les différentes 
provinces de l'Algérie, furent alors placés 
sous le commandement supérieur du colonel 
Yousouf. 

Actuellement, les spahis, toujours com- 
posés d'indigènes, ne comptent comme 
Français que la moitié des gradés, les élèves 
brigadiers, les trompettes et les ouvriers. Ils 
sont divisés en quatre régiments, trois pour 
l'Algérie et un pour la Tunisie. 

i"Médéa (Alger), colonel Béchade; — 
2'' Sidi-bel-Abbès (Oran), lieutenant-colone 
Blanc; — 3" Batna (Constantine), lieutenant- ë 
colonel Mohamed-ben-Daoud; — 4'' Sfax 
(Tunisie), lieutenant-colonel Ramond. 




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ITINÉRAIRES 



LES ENVIRONS D'ORAN 



Le Ravin-vert . . 
Santa-Cruz. . . . 
Bains de la Reine. 



KIL. 

3 
5 
3 



Mers-el-Kébir 
Aïn-el-Turi< . 
Misserguin. . 



KIL. 

7 
'5 



D'ORAN A ALGER 

(Voir l'itinéraire d'Alger à Oran dans la province d'Alger.) 

D'ORAN A TLEMCEN 



KIL. 

D'Oran à la Senia 6 

Misserguin 20 

Aïn-Brcdéa 31 

Bou-Tlclis 36 

Lourmel 47 

E!-Rahel 56 

Rio-Salado 62 

Chabet-el-Lham 70 



Ain-Temouchent 76 

Aïn-Sefra 92 

Aïn-Terkalet 99 

Ferme Joignot 105 

Pont-de-l'Isser m 

L'Oued-Amïeur 119 

Tleniccn 142 



DE TLEMCEN A NEMOURS 



De Tlemccn à Brëa. 
Hanaïa 



Caravansérail de l'Oued-Zitoun 

L'Oued-Sidi-Brahim 

Koubba de Sidi-L'Hassen . . . 

L'Oued-Bridj 37 

Hammam-Bou-R'ara 40 



KIL. 

4 
1 1 
22 

24 

28 



Bled-Chaba ... 42 

Lella-Mar'nia ^2 

L'Oued-Mouila 58 

Aïn-Tolba 63 

Nédroma 74 

Nemours 98 



D'OR.\JSr A SIDI-BEL-ABBÈS 



D'Oran à Sainte-Barbe du Tlélat. 

Saint-Lucien 

Les Lauriers-Roses (Mekedra) . 
Oued-Imber 



KIL. 

26 

42 
^5 



Les Trembles 62 

Sidi-Brahim 68 

Le Rocher 73 

Sidi-Bel-Abbès 78 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



D'ORAN A MASCARA 



D'Oran à Saint-Denis-du-Sig . 
Ferme d'Aïn-el-AUouf 



KIL. 

63 



Oued-el- Hammam . 
Mascara 



// 
96 



D'ORAN A ARZEW 



D'Oran à Sidi-Marouf. 

Hassi-bou-Nif 

Hassi-Ameur 

Hassi-ben-Okba . . . . 



KIL. 
12 

19 
1 2 



Saint-Cloud . . 
Mefessour. . . 
Sainte-Léon.ie 

Ar^ci"-lc-Poii. 



D'ARZEW A MÉCHERIA 



KIL. 

D'Arzew à Saint-Leu 7 

La Makta 21 

Debrousseville 38 

La Ferme- Blanche 42 

Perrégaux 51 

Dublineau (Oued-el-Hammam) . 71 

La Guetna 81 

Bou-Hanefia 88 

Tizi 100 

Froha 107 

Thiersville 115 

Taria 127 

Charrier 140 

Franchetli , . . 145 

Nazerey 166 

Saïda 171 



Aïn-el-Hadjar 

Tafaraoua 

Khrafalla .■ . . . 

Bordj de Moulaï Abd-el-Kader 

El-Beïda 

Modzba-Sfid 

Tin-Brahim 

Hassi-el-Madani 

Le Kreider 

Bou-Guetoub 

Rezaïna 

Bir-Senia 

El-Biod 

Khrebazz.a 

Méchcria 



35 
36 
42 



KIL. 
182 

206 
215 
224 
230 
236 
248 

271 
28, 
299 
313 
323 
336 
5)2 



D'ORAN A MOSTAGANEM 



D'Oran à Arzew 42 

Damesme 48 

Saint-Leu 50 

La Makta 62 



La Stidia. . . 
Ouréa . . . . 
Mazagran . . 
Mosiaganem 



74 
80 

85 
90 



TABLE 



PAGES 

La province d'Oran 207 

Description gén<5ralc - . . . 2o~ 

Les juifs 211 

Les maures 215 

Les mauresques 2i'i 

Les mariages 22i 

Les amulettes et talismans 22'; 

Le ramadan 2)0 

Le couscous 2,"i 

La dilTa 2;j 

La tente arabe 2;; 

Les mirages 240 

Oran. description et liistoriqtic 241 

Les environs d'Oran 247 

DOran à TIemcen 259 

TIemcen 261 

Le Méchoiiar-cl-Haloui, cascades d'EI-Ourit 267 

Nemours, Sidi-bel-Abbés, Mascara, Arzew, Mazagran, Saïda 271 

Mostaganem, Méclieria, Mazouna, Tiaret, Aïn-Sfisifa 28; 

Géryville, Scbdou, Ras-el-Ma, Allou 201 

Mansoura 29; 

L'armée d'Afrique (zouaves, tirailleurs, chasseurs d'Afrique et spahis' 295 

Principaux itinéraires 291 



LE 



SAHARA ALGÉRIEN 



IV. — LE SAHARA ALGÉRIEN 

Physionomie générale du Sahara. — Les Arabes sédentaires et nomades. 

— Les chameaux. — Les chasses à la gazelle, à l'autruche et au fau- 
con. — Description et historique des principales oasis. — Laghouat. 

— Bou-Saàda. — Aïn-Madhi. — Le M'zab. — El-Goléa. — Ouargla. 

— Les missions Flatters. — L'oued R'rir. — Biskra. — Les Oulad- 
Naïl. — Tougourt. — Temacin. — Les Ziban. — L'oued Souf. — Les 
dunes et le simoun. — Les Oulad-Sidi-Cheikh. — Géryville. — Les 
fantasias. — Le cheval arabe. — El Abiod. — Les Hamlam-R'araba. 

— Aïn-Sefra. — Tiout. — Les principaux itinéraires, etc., etc. 






DESCRIPTION GENERALE 

La partie de notre colonie algé- 
rienne comprise entre les Hauts-Pla- 
teaux et nos dernières possessions dans 
le Sud est connue sous le nom de 
Sahara algérien. 

Le Sahara algérien commence au- 
dessous de Géryville, dans la province 
d'Oran, à Laghouat, dans la province 
d'Aller, et au-dessus de Biskra, dans la 
province de Constantine. 

D'un aspect sauvage et désolé, ce 
Pays des dalles, comme on le nomme 
aussi, présente quelques collines rocail- 
leuses, quelques monti- 
cules sablonneux, tantôt ^ 
soles, tantôt formant des on- 
ulations, puis quelques mas- 
sifs d'arbustes épineux , dans 



.... A,<Vv;« 



l^'r-^.-.^' 




502 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



les dayas, près des redhirs, et enfin les ksour(villages arabes) entourés 
de leur oasis aux innombrables palmiers. 

Malgré son aridité, ce pays serait, cependant, susceptible d'être 
colonisé, si l'on voulait y continuer les travaux commencés et y apporter 
les améliorations indispensables pour y attirer les Européens. 

Nous trouvons actuellement dans le Sahara de Constantine, une 
preuve de ce que nous avançons; là, d'importantes plantations ont été 
faites depuis quelques années, de nombreuses oasis ont été créées, 
et, grâce aux puits artésiens répandus dans toute cette région, sa 
fertilité devient, chaque jour, plus grande et ses palmiers-dattiers, 
continuellement arrosés, produisent des quantités de fruits d'une 
qualité très recherchée. 

Le dattier ne pousse que sous une température moyenne de 20 à 25 
degrés. Il faut qu'il ait « la tète dans le feu et les pieds dans l'eau ». 
Ses fleurs se montrent chaque printemps vers la fin de mars, et ses 
fruits atteignent leur maturité vers la fin d'octobre. Un dattier produit 
par an une dizaine de régmies contenant chacun de 8 à 10 kilos de dattes 
et rapporte environ 25 francs ; un hectare produit une centaine de pal- 
miers, c'est donc un rapport annuel de 2,500 francs. Mais ces chiffres 
n'ont rien d'absolu, le prix des dattes variant selon les années, les pro- 
vinces et la récolte. 

Dans le nord du Sahara, les centres de population sont, le plus 
souvent, séparés entre eux par des espaces complètement nus et 
distants de plusieurs jours de marche. 

Cependant, sur toutes les lignes et dans toutes les di- 
Dctions, on rencontre des puits qui servent à la fois de lieu 
station et d'indication de route. 

Il est rare de faire trois jours de marche sans trouver 
de ces puits. 
Dans le Sahara, la température est extrêmement variable,' 
journées sont très chaudes et les nuits sont excessivement 
froides; il arrive, assez souvent que, dans l'espace 
S^^ de vingt-quatre heures et sous l'influence du rayon- 
nement nocturne, le thermomètre descend à 5 de- 










'^=^^'^^5 



tZ"0^'^ 



LE SAHARA ALGÉRIEN 



50? 



grès au-dessous de zéro après avoir atteint plus de 50 degrés au- 
dessus. 

C'est là le pays des chameaux et des moutons, c'est là la région 
des chasses à la gazelle, à l'autruche et du vol au faucon. 



Vf^/'- 






La population saharienne comprend les sédentaires et les nomaiies. 
Les sédentaires habitent dans les ksour et dans les oasis. 

Le ksar (singulier de ksour) est généralement un village fortifié, 
construit dans les plis ou sur 
le flanc d'une montagne et 
dans lequel les nomades dé- 
posent leurs réserves de pro- 
visions ou leurs denrées. 

Les maisons de ces vil- 
lages sont, le plus ordinaire- • •'^ ,7^'/yJl''^â 
ment, construites en terre se- -^'i^-^' ''y^l^fJS 
chée au soleil, puis blanchies "■ ^fy-Ô '^^^"^1^/- 
à la chaux ; les rues sont étroi- '•- •'■•^•^~^>'> >"i- ■■>« 
tes, tortueuses, mal aérées; 
la population, de sang mêlé, 
est presque partout chétivc et 
malingre. 

Les sédentaires cultivent 
des jardins dont les légumes 
sont la principale production. 
Ces jardins, plantés au milieu 
des palmiers , entourés de 
murs en terre et arrosés par 
de petits canaux, ont un as- 
pect vraiment merveilleux et constituent ce qu'on appelle l'oiUi^. 
Tout y pousse] avec une rapidité prodigieuse, les arbres fruitiers tels 
que pêchers, abricotiers, etc., etc., y sont en assez grand nombre; 
on y voit aussi de la vigne qui grimpe après les palmiers et dont les 
rameaux, entrelacés aux branches de ces arbres, forment un dôme de 
verdure impénétrable au soleil. Aussi, après avoir marché pendant 
plusieurs jours sous un soleil de plomb et sur un sol brûlant, le voya- 
geur éprouve-t-il un bien-être indéfinissable en pénétrant au milieu 










304 



VOYAGE AU TRAVERS L'ALGÉRIE 








- de cette frondaison et de cette 
^^ fraîcheur. Le plus grand calme 

règne dans ces jardins, les nègres, qui 
le plus souvent s'en occupent, travaillent 
sans bruit, et le silence n'est troublé que 
par le roucoulement des tourterelles, le chant des oiseaux et le gémis- 
sement de la poulie des puits. 

Les populations sédentaires vivent du produit de leurs jardins et 
de leur commerce d'échange avec les nomades. 

Les nomades ont leurs tentes autour des villages et dans un rayon 
plus ou moins étendu. 

A l'approche des grandes chaleurs, au mois de mai généralement, 
ils se dirio-ent vers le nord, s'arrêtent dans les endroits où la végéta- 
tion tardive leur offre des ressources en herbage, puis descendent 
dans le Tell où ils échangent, contre des grains, une partie de leur 
bétail de leur laine, ainsi que les divers produits de leur industrie. 

C'est pendant cette période de voyages que les tribus nomades sont 
susceptibles d'être razziées; de temps à autre et lorsque le bétail 
et les o-rains provenant de la dernière razzia commencent à s'épuiser, 
les Oulad-sidi-Cheikh ou les Chambâa se mettent en campagne et pro- 
fitent de la première occasion qui se présente pour remplir leurs silos 
et reformer leurs troupeaux; puis, ainsi réapprovisionnés, ils vivent 
ensuite en honnêtes gens pendant plusieurs années. 

11 est vrai qu'il arrive parfois que les voleurs eux-mêmes se 
trouvent volés et que leurs caravanes sont à leur tour razziées par 
les pirates du désert, leurs voisins les Touaregs. 





ij^'ffsrft'f^ 



TOUAREG 



LE SAHARA ALGÉRIEN 



505 




'*V?j*-t. 



A 

l'Oued 

A 



^/"' Les oasis du Sahara for- 

ment trois archipels principaux. 
Au centre {Sahara algérien) : celui 
des Beni-M'Zab, non loin duquel est la 
vaste oasis de Ouargia. 
l'Est [Sahara de Constantine) : celui des Ziban, du Souf et de 
•R'rir. 
l'Ouest (Sahara oranais) : celui des Oulad-sidi-Cheikh. 



LES CHAMEAUX 



Le chameau, cet animal si grotesque 
et cependant si nécessaire, comprend deux 
espèces : 

Le chameau à deux bosses et le cha- 
meau à une bosse ou dromadaire. 

C'est cette seconde catégorie qui est 
employée dans notre colonie algérienne et ■'^' 

qui rend de si grands services aux popu- 
lations sahariennes. 

Les formes du chameau sont absolument défec- 
tueuses et disproportionnées; aussi font-elles de ces 
animaux des êtres dont la vue est assez désagréable; 
mais leur sobriété singu- 
lière, la facilité qu'ils ont 
de passer plusieurs jours 
sans boire et l'extrême 
utilité dont ils sont pour 
l'homme sous une foule de 
rapports, les mettent au 
rang des animaux les plus 
précieux. 




3o6 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



La faculté qu'ils ont de supporter la soif pendant plusieurs jours, 



tient sans 
pourvus de 
d'une ma 
Cet ap 
des camé 
qu'il con 
On suppose 



doute 



ce que les côtés de leur panse sont 
amas de cellules cubiques disposées 
nière assez régulière. 
pareil, exclusif apanage de la famille 
lides, a reçu le nom de réservoir parce 
tient toujours une certaine quantité d'eau, 
généralement que ce liquide est une por- 
tion de l'eau que cet animal a ab- 
sorbée comme boisson; mais il y a 
lieu de croire que cette eau 
est au contraire sécrétée par 
l'appareil lui-même. 

Dans différentes cir- 
constances, il est arrivé que 
des voyageurs surpris par le 
manque d'eau, se sont trou- 
vés dans la nécessité d'a- 
battre leur monture pour 
s'emparer de cette poche, 
qui, grâce à sa réserve, leur 
permettait d'échapper à la 
mort et d'atteindre les puits, 
les plus proches. 

Les chameaux ont les 
doigts réunis en dessous, 
jusque près delà pointe, par 
une semelle commune, et le dos chargé de loupes graisseuses. 

Cette semelle protège la partie inférieure du pied et donne à l'a- 
nimal une assiette solide lorsqu'il marche dans les sables. 

Quant aux loupes graisseuses, quoiqu'elles donnent à ces ani- 
maux un aspect difforme et une tournure disgracieuse qu'augmente 
encore la laideur d'une tête trop petite, par rapport au volume du corps, 
et placée horizontalement à l'extrémité d'un long cou, elles jouent un 
rôle des plus importants. 

En effet, lorsque les chameaux ne reçoivent pas une ration suf- 
fis.ante, on voit ces loupes ou bosses s'affaisser par suite de la résorp- 
tion de la graisse qu'elles contiennent, 

La bosse, dans ce cas, se réduit à une peau flasque et vide flot- 







LE SAHARA ALGERIEN 



tant sur le dos, mais elle redevient pleine et solide dès que l'animal 
reçoit, sans excès de fatigue, une 
alimentation suffisante. 

La sobriété proverbiale du 
chameau est une ver- 
tu acquise par l'édu- 
cation. 

L'Arabe ne com- 
mence à exercer cet 
animal qu'à l'âge de 
quatre ans ; jusque-là 
on l'exempte de tra- 
vail ; néanmoins on 
s'en occupe cons- 
tamment et on lui fait 
souvent faire de longs 
voyages en compa-- 
gnie de chameaux de 
course ou de charge. 

A quatre ans, on 
l'accoutume par de- 
gré à porter des far- 
deaux de plus en plus 
pesants : il est aussi 
graduellement habi- 
tué à se passer long- 
temps de boisson et 
d'aliments. 

La charge d'un 
chameau de force or- 
dinaire est de 400 à 
500 kilogrammes. 
Quelques-uns peu- 
vent porter jusqu'à 
600 kilogrammes ; 
mais dans les longs 



voyages à travers le 
désert, on ne leur fait 
pas porter au delà de 




5o3 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 

300 kilos et leur journée de marche ne dépasse jamais 50 kilomètres. 

La chamelle porte un an et allaite son petit pendant le même temps. 

La chair des animaux abattus jeunes est saine et mangeable sans 
être très bonne; le lait est de bonne qualité et plus abondant que celui 
de la vache, au moins chez les femelles qui ne souffrent pas du manque 
de vivres. 

Le poil qui recouvre inégalement le corps, par touffes, est de 
deux qualités différentes; l'une assez fine pour qu'on puisse en faire 
des tapis et toutes sortes de tissus; l'autre grossière et très solide, 
dont les tribus nomadeis font l'étoffe de leurs tentes. 

Le gouvernement français entretient pour son compte quelques 
centaines de chameaux qui, avant toute réquisition, sont d'abord mis 
à la disposition des autorités militaires, lorsqu'il s'agit du départ d'une 
colonne ou d'une expédition. 

La smala des chameaux est située à Talmitt, à 30 kilomètres de 
Laghouat; elle est confiée à un officier du bureau arabe pour l'admi- 
nistration, et à un sous-officier de spahis pour la direction. 

Ce dernier emploi, ingrat au possible, exige du titulaire une 
entière abnégation des habitudes françaises, une connaissance parfaite 
de la langue, du caractère et des coutumes arabes et par-dessus tout 
un courage à toute épreuve. 

Seul Français au milieu d'une petite tribu composée de quatre 
spahis indigènes, de leur famille et de quelques sokrars (domestiques), 
le maréchal-des-logis Vilmet, qui est là depuis dix ans déjà, s'est ha- 
bitué à cette existence avec une facilité extraordinaire et il sera cer- 
tainement difficile de le remplacer lorsqu'il quittera ce poste. 

Constamment en voyage pour faire manger ses chameaux, il par- 
court le Sahara en tous sens, vêtu en Arabe, vivant de leur existence 
bizarre et n'ayant pour toute distraciion que la chasse. 

Aussi, le gouvernement, reconnaissant les services rendus par 
ce sous-officier, a-t-il été bien inspiré en le décorant de la médaille 
militaire. 

Les méharis (ou mehara) chameaux de course avec lesquels, dans 
nos possessions de l'extrême sud, sont montés les cavaliers du makh- 
zen, sont habitués très jeunes à lutter de vitesse avec les meilleurs 
chevHux, 

Ils deviennent rapidement d'excellents coureurs; les plus com- 
muns font, en un jour, trois journées de marche ordinaire; ceux d'une 
qualité moyenne, sept journées; enfin, on en rencontre qui peuvent 



LE SAHARA ALGERIEN 



309 



parcourir en un jour jusqu'à neuf journées ; ces derniers sont exces- 
sivement rares et d'un prix très élevé. 

Dans une course de mehara de Tougourt à Biskra en 1887, le 
vainqueur a franchi 22:; kilomètres en vingt-six heures, soit 8 kilo- 
mètres 654 mètres à l'heure. 

C'est grâce aux chameaux que nous nous sommes rendus maîtres 
de la région saharienne et que nous y pénétrons chaque jour davantage, 
et c'est grâce aux mehara, avec lesquels s'effectue le service de la 
poste, que nous sommes en relations constantes avec nos possessions 
extrêmes. 

Les Touaregs doivent aussi aux mehara les tristes succès qu'ils 
remportent avec tant de facilités sur les caravanes du Soudan et sur les 
missions européennes; sans eux, d'ailleurs, il leur serait impossible 
de vivre dans le désert, d'affronter les innombrables difficultés qu'il 
présente dans son immense étendue et de poursuivre, avec un achar- 
nement aussi cruel, les malheureux qui s'y engagent. 




310 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 




LES CHASSES DANS LE SAHARA 

LA GAZELLE 

La gazelle qui, comme l'autruche, s'enfonce de 

^ plus en plus dans le désert au fur et à mesure que 

nous nous y engageons, est de la taille du chevreuil 

'^y dont elle a aussi les formes élégantes. Ses cornes 



sont rondes, grosses et noires, son pelage fauve- 
clair dessus et blanc dessous, présente une bande 
--- brune le long de chaque flanc. La douceur du re- 
gard, la souplesse et la délicatesse de ses formes 
ont été mille fois célébrées par les poètes orientaux. 

Elles vivent en troupe et lorsqu'à la vue des chasseurs elles 
s'échappent par bandes, des dayas où elles se réfugient d'habitude, leur 
course folle à travers monts et vallées est tellement rapide que sou- 
vent les cavaliers les mieux montés renoncent à les poursuivre. 

Aussi, le talent du chasseur consiste-t-il, lorsqu'il aperçoit un 
troupeau, à essayer tout d'abord de gagner au vent, il s'en rapproche 
ensuite à une petite allure; puis, quand il est à 6 ou 700 mètres, il 
lance sur lui son cheval à fond de train et Tapprochc en une minute 
ou deux de la distance de soixante à quatre-vingts pas. 

C'est alors que sans ralentir l'allure, le chasseur tire dans le 
principal groupe ses deux coups de fusil chargés à balle ou à che- 
vrotines. 

Dans cette chasse on a le double plaisir du courre et du tir; 
quand un bon chasseur en possède l'habitude, il est rare qu'il ne tue 
pas une ou deux gazelles dans le troupeau couru. 

Les sloughis (lévriers) ou chiens du désert sont les seuls ani- 
maux qui puissent lutter de vitesse avec elles, aussi les emploie-t-on 
dans toute chasse bien organisée. 




LE SAHARA ALGERIEN 



îli 




AVANT LA CHASSE 



!I2 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 




L'AUTRUCHE 

'autruche, le géant de sa classe, atteint jusqu'à 2 mètres 
de hauteur, et son poids est de 40 kilogrammes. 

Sa tète petite, munie de grands yeux à paupières mo- 
biles et garnies de cils, d'oreilles dont l'orifice est à dé- 
couvert, et son cou effilé, long de près de trois pieds, 
sont presque nus ou seulement recouverts de poils épars. 

Le mâle adulte a le plumage du corps noir, varié de blanc et de 
gris, avec les grandes plumes des ailes et de la queue blanches et noires. 

La peau nue du cou couleur de chair, prend de même que celle 
des jambes également nues, une teinte de rouge vif au temps de 
l'accouplement. 

La femelle est brune et d'un gris cendré sur le corps où le mâle 
est noir; elle n'a de plumes noires qu'à la queue et aux ailes. 

L'autruche se couche en pliant d'abord le genou, puis en s'appuyant 
sur la partie recouvrant le sternum et calleuse à cet effet; ensuite 
elle se laisse tomber sur la partie inférieure du corps. 

Elle court avec une telle rapidité qu'un cheval au galop ne peut 
l'atteindre que lorsqu'elle est fatiguée. 

Son instinct la porte, lorsqu'elle est poursuivie de près, à lancer 
en arrière, avec ses robustes pieds, tout en 
courant, des pierres sur son ennemi. 

Elle a l'ouïe fine et la vue perçante, mais 
en même temps les sens du goût et de l'odo- 
rat extrêmement obtus et presque nuls, à ce 
qu'il paraît; car, en domesticité, on l'a vue 
avaler non seulement toutes les substances 
végétales et animales , mais encore des ma- 
tières minérales, même les plus pernicieuses, 
telles que du fer, du cuivre, du plomb, des pierres, de la chaux, du 
plâtre, tout ce qui se présente enfin, jusqu'à ce que son grand estomac 
soit rempli; il est doué, du reste, d'une force si digestive et si dis- 
solvante, qu'elle rend les métaux qu'elle a avalés, usés et même percés 
par le frottement et la trituration. 

L'autruche malgré sa force n'attaque pas les animaux plus faibles 
qu'elle, et ne se soustrait au danger que par une prompte fuite. 

Son cri ressemble à une sorte de gémissement, plus fort chez 




LE SAHARA ALGÉRIEN 



5>5 



le mâle que chez la femelle, mais tous deux, quand on les irrite, 
font entendre un sifflement analogue à celui des oies. Lorsque le 
mâle recherche la femelle au temps d'accouplement, ce cri ressemble, 
dit-on, quelque peu au rugissement du lion. 

La chasse à l'autruche, dans le Sahara algérien, se faisait, il y a 
une vingtaine d'années, entre Laghouat, le M'zab et les Oulad-sidi- 
Cheikh; mais aujourd'hui il faut aller fort loin et dépasser nos dernières 
posessions. 

Il y a deux manières de forcer l'autruche : 

Dans la première, le chasseur prend l'autruche avec le même 
cheval, sans relai ni rabatteur; c'est la chasse la plus difficile, celle 
qui demande le plus de science du courre et les meilleurs chevaux 
elle ne se fait qu'isolément. Dans la seconde, si les chasseurs sont 
en grand nombre, ils s'embusquent à un endroit convenu, près d'un 
point culminant, d'un arbre élevé, d'où on puisse voir de loin les 
autruches que les rabatteurs vont lancer. 

Ce qui rend cette dernière manière possible, c'est que les 
autruches suivent presque toujours la direction qui leur est donnée 
au moment du lancer. 

Si l'autruche, comme la gazelle et bien d'autres animaux, re- 
prenait haleine dans sa course lorsqu'elle est poursuivie , on ne 
parviendrait pas à la forcer avec les moyens employés; mais du 
moment où elle est lancée, jusqu'à celui où elle succombe, elle four- 
nit sa traite avec la même raideur et se crève positivement elle- 
même. 

Ce n'est donc qu'après une course des plus opiniâtres que les 
chass-eurs, très bien montés, parviennent à s'emparer des autruches. 
Victime de l'habitude, elle décrit, en fuyant, de grands cercles 

que le chasseur sait couper à propos, épar- 

«znant ainsi à son cheval une partie du trajet. 

Ce n'est qu'après avoir répété ce 

fois 

et seulement, parfois^ 

après huit ou dix 

eures de chas- 



se, que le 

chasseur 

parvient à 

s'emparer 



manège un bon nombre de 




3'4 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



de l'oiseau dont la course est beaucoup plus rapide que celle du cheval 
le plus léger. 

Si on emploie des lévriers pour cette chasse, elle devient moins 
pénible et moins longue. 




CHASSE AU FAUCON 



La chasse au faucon présente des péripéties bien autrement 
émouvantes que la chasse à la gazelle et à l'autruche; elle exige du 
chasseur une science toute particulière. 

Le faucon indigène de l'Algérie est celui désigné en histoire 
naturelle sous le nom de Lanicr. Il est très brave et de haut vol; 
l'éducation développe ses qualités naturelles. 

Pour prendre les faucons, les biàzes (chasseurs 
ayant cette spécialité) se servent de perdrix, de pi- 
geons et de gangas. 




Ils enveloppent ces volatiles d'un réseau de 
lacs et les mettent en vue en plein champ, ou les 
placent près des endroits où se réunissent les oi- 
seaux qu'ils veulent prendre. 

Le faucon, en se précipitant sur ce qu'il croit être une proie, se 
prend les serres dans les lacs disposés à cet effet; il en détermine 
l'action en cherchant à emporter l'appas qui est attaché à une ficelle 
fixée à une pierre assez lourde pour ne pas être en- 
levée. Le biàze, qui est resté à l'affût, s'approche alors 
avec précaution, s'empare du faucon qu'il coiffe d'abord 
d'un chaperon pour lui ôter toute défense; il lui met ensuite de pe- 
tites manchettes en cuir, auxquelles il attache des lanières de 6 à 
8 pieds de longueur, rattachées par leur autre extrémité au gant de 
cuir, à la crispin, que porte tout fauconnier lorsqu'il a son oiseau sur 
le poing. 

Trente ou quarante jours suffisent ordinairement pour amener le 
faucon à fondre, au milieu des gens et des chevaux, sur les lièvres et 




C^Pi-f.^c/i-.-S^-^ 



LA CHASSE AU FAUCON (Les Chasseur 



LE SAHARA ALGÉRIEN 



?M 




les outardes; à les prendre à pleine serre, à les tuer à coups 
de bec, à obéir au cri de rappel et enfin à venir se poser sur 
le leurre quand la proie a été manquée. 

De toutes les descriptions qui ont été faites relative- 
ment à la chasse au faucon, la plus exacte nous paraît être 
celle que le général Margueritte a donnée ; nous la 
reproduisons en partie : 

" C'est un spectacle qui exalte au possible 
que celui de plusieurs faucons qui fondent en 
cascade l'un après l'autre, sur le lièvre! 

" Quelquefois celui-ci est tué du premier 
coup ; le plus souvent après plusieurs passes 
de haut en bas. 

« Le faucon qui a tué ou pris un lièvre 
obtient une petite curée, c'est-à-dire qu'on 
lui donne une ou deux becquées de 
chair chaude et saignante, pour le ré- 
compenser et le tenir en haleine. 
Pendant la chasse, si un aigle ap- 
paraît, quelque éloigné qu'il soit du théâtre de l'action, on rappelle 
les faucons et on les chaperonne, parce que l'effroi qu'ils ont de l'aigle 
les fait fuir et les rend sourds, la plupart du temps, aux cris de 
rappel. » 

Après la chasse aux lièvres, vient la chasse aux 
outardes, racontée aussi par le général Margueritte : 

« Les deux faucons désignés furent dé- 
chaperonnés, élevés sur le poing, et aperçu- 
rent bientôt celles-ci. 

(< Un seul fut lâché d'abord. 

(( Les outardes, en voyant arriver l'oiseau sur elles, se réunirent 

en un groupe à la façon des bœufs attaqués par un loup; ellej firent 

tète en hérissant leurs collerettes, en étalant leurs 

ailes et en faisant du haut et bas le corps comme 

des coqs de combat. 

« Chaque fois que le faucon passait sur elles, 
elles se rasaient à terre pour se relever ensuite 
et faire face à l'agresseur. 
« Voyant que le faucon seul n'osait attaquer sérieusement la 
bande, le second fut lâché. 




.^^^ 




5i6 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



» A ce renfort les outardes qui se sentirent entre deux attaques, 
eurent peur et s'envolèrent dans toutes les directions. 

« Le premier faucon lâché, qui avait l'attitude et le vent favorable, 
profita de sa position pour fondre sur une outarde qui vint à passer 
"au-dessous de lui; il fut assez heureux pour lui casser l'aile droite du 
jDremier coup de serre et l'abattre! 

« Elle n'avait pas touché terre, qu'il l'avait saisie par le cou et 
tombait avec elle en conservant son avantage, c'est-à-dire le dessus. 

« Le second faucon fut moins heureux que le premier; devancé 
■par les outardes, il fit vainement tous ses efforts pour les rejoindre et 
n'y put réussir. 

« Après plus de deux lieues de poursuite, il allait s'égarer quand 
son maître qui l'avait suivi à distance, arriva assez près pour lui faire 
entendre le cri de rappel et lui jeter le leurre. » 












LA CHASSE AU FAUCON iLe repas) 











e. 



^-- 




SAHARA ALGÉRIEN 



LAGHOUAT {EL-AR-QUAT) 



Première grande étape de la route de Tombouctou, Laghouat est 
aussi la première oasis que l'on rencontre dans le Sahara algérien 
proprement dit, en arrivant directement d'Alger. 

Situé à 446 kilomètres au sud de cette ville, Laghouat est bâtie en 
amphithéâtre sur deux mamelons qui divisent en deux partieç une oasis 
de 200 hectares. 

Administrée par un conseil municipal, dont le commandant supé- 
^^^ rieur est le président, 

cette ville offre aux Euro- 

j-j^ _ péens qui n'y sont encore 

qu'en très petit nombre 

■■^^ - ^ une sécurité 

absolue. 




VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



Une garnison importante donne à la ville l'aspect 
d'une immense caserne, et cela avec d'autant plus 
d'apparence que les bâtiments militaires do- 
minent de toutes parts. Là c'est le fort 
Morand; ici c'est le fort Bouscarin; sur la 
plate-forme la plus élevée, c'est l'hôpital 
militaire; en plein centre, la place 
Randon , le bureau arabe, 
l'hôtel du commandant supé- 
rieur, le cercle mi- 
litaire; non loin de 
là, le bureau de 
la place, puis, au 
bout de la rue 
d'Alger le quar- 
tier des spahis et 
enfin, en dehors 
des murs , mais 
à proximité, 
le nouveau 
camp qui , 
par l'êten- 
'due et la diver- 
sité de ses con- 
structions , forme 
une nouvelle ville. 
Les vieilles rues 
de Laghouat, tor- 
tueuses et étroites, ont 
été décrites par Théo- 
phile Gautier, d'après 
Fromentin ; en voici 
extrait : « Une rue de 
Lar'ouat ne plairait pas aux 
amateurs du progrès, qui 
demandent , pour toutes les villes de 
l'univers, trottoirs, macadam, aligne- 
ment, becs de gaz et numéros sur lave de Volvic. De chaque côté 
do la voie accidentée comme ua lit de torrent à sec, s'élèvent des 




LE SAHARA ALGERIEN 



Î19 



vo 



maisons, les unes en saillie, les autres en retraite; celles-ci surplom- 
bant, celles-là se penchant en arrière et se terminant par un 
ansle carré sous un ciel d'un bleu intense, calciné de chaleur. v 

Grands murs blancs, petites fenêtres noires semblables a jf ij \ 
des judas, portes basses et mystérieuses, tout un côté /'^ ,'- " ^ 
dans le soleil, tout un autre dans l'ombre; voilà le dé- / ■'|'^.. 'L*j 
cor. Au premier coup d'œil la rue paraît déserte; à ^^j -■^<^ 
l'exception d'un chien pelé qui fuit sur les pierres  ^'. ^'^^m ""x^ - 
brûlantes comme sur le sol d'un four, et d'une /f/' 'S"' ) ^, 

petite fille hâve se dépêchant de rentrer, quel- jifr , /> '' ,, , /} .-J*, 
ques paquets au bras, on n'y distint 
cun être vivant; mais suivez, quand 
regard sera moins ébloui par la vi\ 
lumière, la tranche d'ombre bleue 
découpée au bas de la muraille à 
droite, vous y verrez bientôt 
une foule de philosophes pra- 
tiques, allongés l'un à côté de 
l'autre, dans des poses flasques, 
exténuées, semblables à des ca- 
davres enveloppés de leur suaire, 
qui dorment, rêvent ou font le 
kiir, protégés par la même ban- 
delette bleuâtre. Lorsque le soleil 
gagnera du terrain, vous les 
verrez se lever chancelants de 
somnolence, étirer leurs mem- 
bres, cambrer "leurs poitrines 
avec un effort désespéré, se- 
couer leurs draperies pour se 
donner de l'air, et, traînant leurs 
savates, aller s'établir autre part, 
Jusqu'à ce que vienne la nuit, 
apportant une fraîcheur relative. ' ^ 
A Lar'ouat, le bonheur comme l'entend Zofari : Dormir la tôle à l'ombre 
cl les pieds au soleil, serait incomplet; il faut aussi que les pieds soient 
à l'ombre, sans cela ils seraient bientôt cuits, » 




5 20 



VOYAGE A TRjAVERS L'ALGÉRIE 



L'origine du nom de cette ville est El-Aghouat (pluriel de El- 
ghout, bas-fond). 

Elle fut bâtie par les Beni-Laghouat, tribu maghraonienne. 
Lorsqu'en 1838, Abd-el-Kader se fut emparé du Ksar d'Aïn-Ma- 
dhi, il voulut aussi conquérir Laghouat, située dans le voisinage, et, 
profitant des divisions de partis, il parvint à y installer un de ses lieu- 
tenants. 

Mais après diverses vicissitudes, son autorité fut renversée, 
et Ahmet-Ben-Salem, chef du Hollaf et maître du pouvoir depuis 1828, 
reprit le commandement suprême qu'il exerça paisiblement jus- 
qu'en 1844. 

A cette époque, voulant se mettre à l'abri d'un nouveau coup de 
main d'Abd-el-Kader, il fit demander au gouverneur général de 

l'Alçérie, l'investiture et la confirmation 
de khalifa de Laghouat. 
maréchal Bugeaud saisit avec em- 
sement cette occasion d'étendre l'in- 
ence française sur les oasis et les tribus 
nomades disséminées dans le 
Sud. Le général Marey fut char- 
gé de cette expédition, qu'il 
accompli heureusement et Ben- 
Salem fut proclamé khalifa et re- 
connu par les chefs secondaires. 
Pendant les années qui suivirent, l'autorité française, quoiqu'un 
peu ébranlée par les dissentiments intérieurs, ne fut pas mé- 
connue. 

En novembre 1852, l'agitateur Mohamed-Ben-Abdallah, plus 
connu sous le nom de chérif de Ouargla , 
après s'être créé un parti dans la ville, y 
pénétra et s'empara du commandement en- 
levé au fils de Ben-Salem, représentant de 
la France. 

A cette nouvelle, le général Pélissier, 
commandant supérieur de la province d'Oran, 
reçut l'ordre de se rendre devant la ville 
qu'assiégeait déjà le général Yusuf. 

Après une canonnade de quelques 
heures, le 4 décembre 1852, nos troupes, les zouaves en tète> 






DANSEUSE OULAD-NAÏL. 



LE SAHARA ALGERIEN 



J2I 



étaient maîtresses de tous les postes et faisaient un épouvantable car- 
nage d'Arabes. 

Dès ce jour, Laghouat reçut une garnison importante et l'année 
suivante le cercle fut créé. 




L'oasis de Laghouat est superbe et la végétation y est prodi- 
gieuse : la vigne, le figuier, le grenadier y croissent mêlés à tous les 
arbres à fruits du midi de la France. 

Cette oasis renferme environ quinze mille palmiers. 

Un grand barrage construit sur l'Oucd-M'zi a rendu possible la 
culture d'une grande partie de la vaste plaine qui l'entoure. 

Une pépinière plantée depuis plusieurs années déjà, donne 
aujourd'hui de très beaux résultats, grâce aux nombreuses améliora- 
tions apportées par le colonel Fulcrand, qui fut commandant supérieur 
de Laghouat, de 1881 à 1884. 

Par sa situation, la ville de Laghouat est appelée à prendre une 
extension et une importance considérable, si les projets relatifs à une 
ligne ferrée, reliant ce centre à Alger, et présentés à différentes 
reprises par le colonel Fulcrand, sont enfin adoptés; il y a tout lieu 
de l'espérer, puisque déjà de grandes difficultés vont se trouver vaincues 
par suite de la con- 



struction d'une ligne al- 
lant d'Alger à Médéa. 

Actuellement, par 
la voiture qui fait le 
service de la poste, 
on peut franchir les 
446 kilomètres, qui séparent Alger de Laghouat, en quatre jours, en 
passant par Blida, Médéa, Boghari et Djelfa. 

Les troupes qui viennent par étapes mettent ordinairement dix- 
neuf jours, y compris les séjours. 




322 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



Ce voyage n'est pas des plus attrayants en raison des fatigues 
qu'il occasionne. La route laisse beaucoup à désirer, surtout dans la 
partie comprise entre Boghari et Laghouat et les voitures qui font le 
service sont loin de présenter le confortable nécessaire. 

Cependant, les voyageurs que ces inconvénients n'épouvantent 
pas ou qui peuvent faire ce voyage à cheval, en sont récompensés par 
le spectacle vraiment original que présente une grande cité saharienne. 




Avant la terrible inondation 
de 1884, qui a anéanti une partie du 
vieux Laghouat oij habitaient les nègres, les trou- 
pes de cavalerie (chasseurs d'Afrique) étaient in- 
stallées dans un endroit situé à 2 kilomètres de la ville, de l'autre côté 
de l'oasis, près de la prise d'eau. 

On appelait cet endroit le vieux camp et il ne manquait pas 
d'originalité. 

Construits depuis plusieurs années par les zouaves, des gourbis 
de toutes formes et de toutes dimensions, bâtis en terre et cailloux, 
blanchis à la chaux, recouverts de branches de palmiers, donnaient à 
ce camp un aspect étrange. 

L'intérieur des habitations était primitif et le confortable man- 
quait absolument. 

Quatre piquets plantés en terre, suspendant un filet dans lequel 
était placé un sac rempli d'alfa ou de dys, voilà pour le lit; puis une 
planche clouée au mur, sur laquelle on installait les effets, voilà pour 
l'armoire et c'était tout. 

Les sous-officiers et officiers seuls avaient une fourniture com- 
plète, c'est-à-dire un châlit, une paillasse et un matelas. 

Cependant, les détachements qui se renouvelaient tous les ans, 
amenaient presque chaque fois quelques sous-officiers dont l'imagina- 
tion fertile trouvait le moyen de faire quelque chose avec rien. 

Peu de temps avant la destruction du camp par les eaux, les 



LE SAHARA ALGERIEN 




escadrons, qui y étaient alors 
installés, comptaient dans leurs 
rangs un maréchal des logis fourrier, qui, de 
son gourbis, grand comme un mouchoir de poche, fit une véritable 
bonbonnière. 

Rien n'y manquait : portière, tapis, rideaux au lit, vélum au pla- 
fond, et les murs tendus d'une étoffe rouge sur laquelle se détachaient 
les bibelots arabes et les inévitables photographies, souvenirs de la 
famille et des amis. 

C'était bien l'endroit le plus ravissant qu'on puisse désirer dans 
un semblable pays, surtout à l'époque de la sieste. 

La chaleur ne pouvant y pénétrer, on respirait à l'aise et l'on 
pouvait ainsi passer agréablement les heures chaudes de la journée et 
échapper a ce besoin de sommeil qui, à ce moment, absorbe et 
anéantit les plus courageux. 

Aussi, l'hôte de ce boudoir en miniature, aimable et charmant 
garçon, en faisait-il profiter ses amis, lesquels, toujours indiscrets, se 
trouvant fort bien, abusaient souvent de l'hospitalité qui leur était 
offerte et y restaient de longues heures, oubliant 
parfois le service et ses exigences. 

Ce sous-officier, qui nous pardonnera de citer 
son nom, connu aujourd'hui de tous, se nommait 
Linière, etquoiqu'aimant le confortable, chose bien 
naturelle, savait aussi faire son devoir et supporter 
les privations dans les moments difficiles. Il en 
donna la preuve, lorsque quelques mois plus tard, 
ayant obtenu^ sur sa demande, de faire partie 
du premier détachement de cavalerie envoyé 
au Tonkin,sous les ordres du capitaine La- 
perrine, il se trouva parmi cette poignée 
de héros qui protégèrent la retraite de 
Lang-Son. Nommé d'abord maréchal des logis chef, puis promu sous- 
lieutenant, il fut décoré de la Légion d'honneur après Lang-Son et 




524 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



revint ensuite en France; il démissionna quelques mois plus tard, se 
voyant dans l'impossibilité par suite de ses blessures de faire un service 
actif. 

C'est aussi pendant que ces escadrons de chasseurs d'Afrique 
étaient à Laghouat que fut organisé, au vieux camp, un théâtre mili- 
taire, qui, tous les dimanches, donnait une représentation des plus 
variées et des plus amusantes. 

Le capitaine Laperrine, de glorieuse mémoire, intrépide et élégant 
cavalier, était l'instigateur de ce spectacle, comme d'ailleurs de tout 
ce qui pouvait faire plaisir aux hommes placés sous ses ordres; il savait 
allier l'utile à l'agréable et était un de ces chefs 
qui, sachant commander, font envisager une corvée 
comme la chose la plus charmante du monde. 

Aussi s'explique-t-on facilement, quand on 
a connu ce brillant officier, les actes d'hé- 
roïsme exécutés par ses chasseurs d'Afrique, 
pendant la première partie de l'expédition 
du Tonkin! Ces gens-là étaient électrisés 
par la bravoure de leur chef, qui, méprisant 
le danger, ne connaissait pas d'obstacle; 
vaincre ou mourir était leur 
devise et ils se seraient fait tuer 
jusqu'au dernier s'il l'avait fallu. 
Seule, l'histoire du chasseur 
Graillot en est une preuve 
convaincante. 

Ce cavalier, ordonnance du 
capitaine Laperrine, sur le point 
d'être libéré du service au moment du départ pour le Tonkin, rengagea 
pour suivre son officier et se trouva ainsi à la retraite de Lang-Son. 
Au moment le plus terrible de cette triste journée, où les chas- 
seurs d'Afrique se multiplièrent, Graillot aperçut le D' Gentit qui, 
gravement blessé, allait succomber sous le nombre des ennemis, 
il s'élance alors pour le secourir, lui fait un rempart de son corps et 

bientôt, tombe percé de toutes parts 

Resté évanoui, il ne revint à lui qu'au moment où les Chinois 
allaient lui trancher la tête et fut assez heureux pour être secouru à 
temps, par quelques hommes du train à la recherche des blessés et 
devant lesquels les ennemis se retirèrent. 




LE SAHARA ALGÉRIEN 



P5 



Décoré et réformé, Graillot est aujourd'hui gardien au palais de 
Versailles. 




De Laghouat à Bou-Saàda, il y a 263 kilomètres que l'on peut 
parcourir soit à cheval, soit à dos de mulet; 
on rencontre alors : 

El Assafia, ancien ksar qui fit long- 
temps la guerre à Laghouat et dont la moitié 
fut détruite et l'autre moitié fortement en- 
dommagée en 1842 dans les luttes entre le 
khalifa d'Abd-el-Kader et Laghouat. 

Messad, capitale des ksour des Oulad- ^ 
Naïl. On y compte environ cent trente mai- 
sons et une mosquée construite par les Fran- jj^ ■ 
çais en 1850. C'est dans cette mosquée 
qu'est installé le caïd, pour lequel le rez-de-chaussée a été aménagé. 

Messâd possède de très beaux jardins d'une très grande fertilité, 
arrosés par l'Oued-Hamouida. 

A 200 mètres des jardins, on aperçoit les ruines du Ksar-cl- 
Baroiid et un peu plus loin Dcmincd, ksar beaucoup moins important 
que Messâd, construit au pied du Gada, pic sur lequel sont encore 
les ruines de l'ancien Demmcd. 

AiN-SoLTAN, ruines romaines et ksar de peu d'importance dont 
les jardins sont arrosés par l'Oued-Naçeur. 

Amoura, gîte d'étape sur les hauteurs des Djcbcl-bou-Ka- 
bril, d'où l'on aperçoit à l'horizon le Djebel-Amour. — Sources et 
jardins. 

Et AiN-RiCH, caravansérail environné de verdure, de vignes, 
d'arbres fruitiers, près duquel se trouvent les koubbas de Sidi-Mo- 
hamed-Aklid et Sidi-Mohamed-el-Rekik, entourées toutes deux de 
nombreux débris provenant de l'occupation romaine. 




326 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 







BOU-SAADA 



Bou-Sâada est l'oasis la plus proche d'Alger, elle n'est distante 
de cette ville que de 258 kilomètres, que l'on peut franchir en 
trois jours avec la voiture qui fait le service de la poste. 

Bâtie en amphithéâtre, cette ville a l'aspect tout à fait saharien : 
petites rues étroites et pierreuses bordées de maisons en terre à la 



teinte grisâtre. 



Le fort et le réduit où doivent se réfugier les troupes en cas 
d'investissement, dominent la ville (kasba). 

Les quelques constructions européennes, particulières ou affectées 
au services de l'administration, se trouvent sur la place la plus impor- 
tante et au pied de la kasba. 

Bou-Scâada est entourée par les jardins dont les palmiers sont au 
nombre d'environ huit mille. 

Il s'y fait un commerce d'échange assez considérable sur le 
marché de Rahbat-Nouader, au sud-est de la ville. 

La population est composée d'environ 5,500 habitants dont 
•500 Français, 3 jolsraélites et 4,5 50 indigènes des Oulad-Sidi-Harakta, 
des Achacha et des Oulad-Atik, descendants de Si-Tamer qui fonda 
la ville vers le vi° siècle de l'hégire. 

Bou-Sâada a été occupé le 14 novembre 1849 par les troupes fran- 



LE SAHARA ALGÉRIEN 327 

çaises, sous le commandement du colonel Daumon, plus tard général 
de division à la suite de l'insurrection du Hodna et de Zaatcha. 

Le cercle militaire du Bou-Sâada fut constitué la même année. 



On peut se rendre de Laghouat à Géryville par la route mule- 
tière (191 kilomètres) ou par le chemin arabe, mais ce dernier, tracé 
par des tribus nomades, est un peu plus long que l'autre. 

Par ce chemin on passe à l'endroit bien connu sous le nom de 
Krcncg-el-Mclh (défilé du seli, qui n'est autre chose que le lit d'une 
rivière toujours à sec, servant de route aux caravanes et dont la lon- 
gueur est d'environ 16 kilomètres. 

C'est un des rares passages qui conduisent de la province d'Oran 
au grand désert; on y voit encore les rampes par où le général Pélis- 
sier fit passer les canons qui battirent en brèche les murs de Laghouat, 
ainsi que les endroits où campa Abd-el-Kader, lorsqu'il vint assiéger 
Ai'n-Madhi. 

Par la route, on rencontre : 

Tadjemout, qui fut bâtie sur les bords de l'Oued-M'zi, par une 
centaine d'habitants de Laghouat, chassés de cette ville à la suite de 
guerres intestines. 

<■ Je ne connais pas, dit Fromentin dans son ouvrage sur 
l'Algérie, de village arabe qui se présente avec plus de correction, 
ni dans des conditions plus heureuses que Tadjemout, quand on ap- 
proche en venant de Laghouat. Elle couvre un petit plateau pierreux 
qui n'est qu'un renflement de la plaine, et s'y développe en triangle 
allongé. La base est occupée par un rideau vert d'arbres fruitiers et 
de palmiers; les saillies anguleuses d'un monument ruiné en marquent 
le sommet. Un mur d'enceinte accolé à la ville suit la pente du coteau 
et vient, par une descente rapide, se relier, au moyen d'une tour carrée 
aux murs extérieurs des jardins. Ces murs sont armés, de distance en 
distance, de tours semblables; ce sont de petits forts crénelés, légè- 
rement coupés en pyramide et percés de meurtrières. — La ligne 
générale est élégante et se compose par des intersections pleines de 
style avec la ligne accentuée des montagnes du fond... Le ton local 
est gris, d'un gris sourd, que la vive lumière du matin parvenait à 
peine à dorer. Une multitude de points d'ombre et de points de 




328 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 

lumière mettaient en relief le détail intérieur de la ville, et, de loin, lui 
donnait l'aspect d'un damier irrégulier de deux couleurs. 

(< Deux koubbas posées à droite sur la croupe même du mamelon, 
l'une rouge, l'autre blanche, faisaient mieux apparaître encore, par 
deux touches brillantes, la monochromie sérieues 
du tableau... A mesure que nous approchions, tour- 
nant les jardins pour entrer par l'est, l'aspect 
de Tadjemout changeait ; les montagnes s'abais- 
saient derrière la ville, et tout ce tableau 
oriental se décomposant de lui-même, il 
n'en resta plus, quand nous en fûmes tout 
près, qu'une pauvre ville mise en ruine 
par un siège, brûlée, aride, abandonnée, et que la solitude du désert 
semblait avoir envahie. » 

Voilà un tableau absolument exact des sensations qu'éprouve le 
voyageur à l'aspect d'une ville ou d'un village arabe ; de loin c'est 
idéal, de près, c'est affreux ! 

Ain-Madhi, située à 60 kilomètres ouest de Laghouat, sur un 
petit mamelon, au milieu d'une plaine aride et légèrement ondulée. 

Ses maisons très rapprochées les unes des autres sont au nombre 
de cent cinquante à deux cents, à un seul étage et circonscrites par 
une muraille d'enceinte dont les créneaux, formés de petits chapiteaux 
en pyramide, produisent un effet très pittoresque. 

Résidence des marabouts Tedjini, Thistoire d'Aïn-Madhi se rat- 
tache à celle de cette famille dont les chefs, depuis plus de cent ans, 
ont su, par leur courage, leur probité et leur religion, s'allier toutes 
les populations des ksour environnants et des tribus voisines. 

Aïn-Madhi a soutenu plusieurs sièges sous le règne des Turcs; en 
1783, le marabout Sidi-Ahmet-ben-Salem-Tedjini, quicommandaitalors, 
dut capituler et payer une forte contribution devant l'impossibilité de 
résister aux menaces du bey d'Oran, Mohamed-el-Kebir. 

Mais il profita delà leçon, releva les fortifications, organisa la dé- 
fense et fit si bien que deux ans après, lorsque le bey d'Oran revint 
assiéger la ville afin d'obtenir de nouvelles contributions, ce dernier 
fut contraint de se retirer après deux mois et demi de siège. 

Depuis ce jour les beys d'Oran vinrent à plusieurs reprises échouer 
devant les murs d' Aïn-Madhi. En 1826, le bey Hassan fut obligé de 
battre en retraite dans le plus grand désordre, après un siège de qua- 
torze jours ; poursuivi par Si Mohamed-el-K.ebir, fils de Sidi-Ahmet- 



LE SAHARA ALGÉRIEN 



P9 




ben-Salem-Tedjini, il prit cependant une revanche éclatante à Mas- 
cara, et infligea des pertes énormes au marabout, qui lui-même fut tué 
dans cette affaire. Si Mohamed-el-Srir, frère de Si Mohamed-el- 
Kebir, lui succéda alors dans le gouvernement d'Ain Madhi. 

Affranchie, par l'énergie 
\\|4 Ifl. -.. àfî,. M .'i-/' ' '^es Jedjeni, du tribut que 



les Turcs lui avaient jusque- 
là imposé, la petite ville vivait 
indépendante et tranquille, 
lorsqu'on 1838 Abd-el-Kader 
voulut s'en emparer. 

L'intention de l'émir 
était de s'en servir comme 
quartier de ravitaillement a- 
près y avoir installé sa famille, 
ses trésors et ses munitions. 
Le siège dura huit mois; 
Abd-el-Kader furieux d'une 
aussi longue résistance, 
mit tout en action pour 
en finir, mais il n'ob- 
tint rien parla force 
il fut contraint 
d'cmplo^-cr la 
ruse pour ar- 
river à son 
but. Ilen- 
oya à 



350 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



Si Mohamed-el-Srir une députation de marabouts qui exposèrent ainsi 
leur demande : « Abd-el-Kader a juré d'aller faire la prière dans la 
mosquée d'Aïn-Madhi; dans quelle déconsidération tomberait donc 
l'islamisme, si celui qui s'en est déclaré le soutien contre les Fran- 
çais ne pouvait pas accomplir un vœu sacré et cela par l'opiniâ- 
treté d'un homme chérif et marabout. 

Si Mohamed, confiant dans ces considérations religieuses, céda 
et conclut le traité suivant : « Si Mohamed-el-Srir Tedjini évacuera 

se retirera à Laghouat. Pour que sa sortie 

inquiétée, l'émir portera son camp à Sidi- 

prètera ses chameaux et ses mu- 



la ville et 
ne soit pas 
Bou-Zid ; il 
lets pour le 
bout et 




transport des effets du mara- 
de sa suite. Le fils de Tedjini 
restera en otage entre les 
mains de l'émir jusqu'au re- 
tour des bêtes de charge. 

« Après cinq jours de 
séjour dans la ville, l'émir 
l'évacuera et Tedjini pourra 
y rentrer et reprendre le commandement. » 

Tedjini partit ainsi qu'il s'y était engagé et Abd-el-Kader entra 
dans la ville, mais il oublia immédiatement le traité et ses conditions, 
fit raser les fortifications et abattre les maisons, ne respectant que la 
mosquée (Tombeau de Tedjini) et la maison qu'il habitait, demeure 
des marabouts. 

Enfin, rappelé dans le Tell pour s'opposer aux conquêtes des 
Français, l'émir fut obligé d'abandonner le pays et Si Mohamed-el- 
Srir, troisième chef de l'ordre des Khouan, fondé par son père Si 
Ahmed, après les diverses vicissitudes de sa fortune, rentra dans Aïn- 
Madhi, dont il restaura les murailles, et, mourut deux ans après. 
Son successeur comme chef de l'ordre de Tedjini fut Si Mohamed- 
el-Aïd de la zaouïa de Temacin près Tougourt. 

Si Mohamed-el-Srir laissa deux fils qui continuèrent à habiter 
Aïn-Madhi ; l'un d'eux, compromis dans une insurrection du Sud, 
fut envoyé en captivité en France et fut interné à, Bordeaux. 

Pendant son séjour dans cette ville il s'éprit de la fille de son geô- 
lier avec laquelle il se maria. 

Ce descendant des marabouts Tedjini, marabout lui-même, habite 
aujourd'hui une ravissante propriété à Aïn-Madhi, en compagnie de 



LE SAHARA ALGERIEN 



351 



son épouse française, et a su , malgré ce mariage, conserver une in- 
fluence considérable sur les populations sahariennes. 

Depuis son retour on a jugé prudent d'installer dans ce ksar 
une annexe du bureau arabe de Laghouat et un petit détachement 
d'infanterie. 



A partir de Aïn-Madhi, la route de Laghouat à Géryville appar- 
tient à la province d'Oran et la description de Sidi-Tifour, Bou- 
Alam, etc., etc., se trouve par conséquent dans la troisième partie 
de cet ouvrage. 

Aujourd'hui il est facile de se rendre de Laghouat au M'zab 
(189 kilomètres) sans crainte de se perdre, ainsi que cela pouvait 
arriver encore en 1882 ; une route à peu près carrossable a été faite 
et de plus le télégraphe a été installé jusqu'à Ghardaïa. 

Cette route ne présente rien de particulier, elle traverse quel- 
ques dayas insignifiantes où les troupes font généralement étape, et s'il 
n'y avait les citernes de Nili et de Tilremt on ne rencontrerait 
aucune construction avant d'arriver à Berrian , première ville du 
M'zab. 

La citerne de Nili est à ^6 kilomètres de Laghouat; construite 
en 1856 par le général Margueritte, elle contient cinq cent cinquante 
mille litres d'eau quand 
les averses l'ont remplie. 

Celle de Tilrcinl, 
bâtie un an après, est à 
40 kilomètres de Nili et 
à 44 de Berrian, elle par- 
tage ainsi cette portion 
de la route en deux par- 
ties et offre , par sa 
situation au milieu de 
très beaux arbres , un 
gîte d'étape fort apprécié 
des troupes. 

Cette seconde ci- 
terne contient un million 
cent mille litres d'eau ; elle est surmontée d'un petit fortin où vingt 




3)2 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 




/i^ hommes peuvent trouver abri et se 
défendre contre des forces très supé- 
rieures. 

Construite en très bonne maçonnerie 
de pierres avec mortier de chaux hydrau- 
lique, elle semble défier l'action du temps. 
Elle se remplit souvent et conserve l'eau fraîche 
^^^~~ et excellente pendant plus d'un an. 

Après avoir quitté Tilremt, on arrive dans la confédération du 
M'zab, qui fut annexée à la France en 1882. 





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LE SAHARA ALGERIEN 



333 




Le 

M'zab 

orme un 

énorme 

massif auquel on a 

donné le nom de Chebka 

ilileti parce qu'il se compose 

de petites montagnes nues et 

pierreuses qui s'entrelacent dans 

v,'^^ tous les sens et représentent les 

-i-j& mailles d'un filet. 

V Ainsi entouré de crêtes ro- 

cheuses, traversé par quatre vallées princi- 
pales, le M'zab forme une sorte de camp 
retranché au milieu du Sahara. 
Aussi, grâce à cette situation, les habitants de cette région 
ont pu se soustraire au joug des Turcs, aux attaques de leurs 
voisins, et ce n'est qu'en 1853 qu'ils se décidèrent à accepter 
un protectorat. 

Aux termes de la convention qu'ils conclurent avec le gouverneur 
général, ils acceptaient le protectorat de la France et s'obligeaient 
à payer un tribut annuel de 45,000 francs. 

En échange, le gouvernement français s'engageait à ne point 
intervenir dans leur administration intérieure, à les laisser se régir 
suivant leurs us et coutumes, mais sous la condition expresse que 
l'ordre serait maintenu dans leur pays et qu'ils ne pactiseraient pas 
avec nos ennemis. 

Les M'zabites oublièrent souvent ces conditions, car non seule- 
ment ils eurent entre eux des démêlés sanglants, mais encore reçurent 



!54 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



parmi eux des malfaiteurs et firent bientôt de leurs villes des centres 
d'approvisionnements où toutes les tribus insoumises venaient acheter 
les armes et les munitions qui leur étaient nécessaires. 

Las de cet état de choses, le gouvernement français se décida à 
en finir, et en iP-82, on organisa une expédition sous les ordres du 
général prince de La Tour d'Auvergne, qui fut chargé d'annexer la con- 
fédération du M'zab. 

Tout se passa pour le mieux, partout les djemâa (sorte de con- 
seils municipaux) vinrent au-devant des troupes afin de présenter leurs 
hommages au général, seuls les Tolbas et la ville de Mélika firent 
quelque résistance. 

Les Tolbas furent rapidement convaincus que l'intervention des 
Français leur assurait la tranquillité et arrêtait les guerres intestines ; 
quant à la rébellion de Mélika, elle fut aussi, rapidement enrayée par 
suite de l'arrestation d'un des chefs qui fut aussitôt dirigé sur Alger pour 
y être jugé. 

Le i" novembre 1882, l'annexion fut prononcée et un nouveau 
cercle fut formé comprenant en outre des sept villes de la confédéra 
tion, Medili des Chambàa, el-Goléa et Ouargla. 

Un bureau arabe fut aussitôt installé sous les ordres du capitaine 
Massoutier et le commandement supérieur du cercle fut confié au 
commandant Didier qui avait déjà fait ses preuves à Bou-Sâada. 

Les troupes de cette expédition séjournèrent six mois devant 
Ghardaïa; le télégraphe et la poste furent presqu'aussitôt installés 
dans un des petits bordj de cette ville, et ce premier bureau, créé 
dans le désert, fut confié à un brigadier de spahis nommé Trom- 
pette. 

Cette innovation fut fort appréciée des M'zabites, dont les rela- 
tions sont répandues dans toute l'Algérie ; aussi, le brigadier Trom- 
pette, qui pendant plusieurs mois s'occupa seul de ce service, fut-il 
pendant les premiers temps surchargé de travail. 

Le télégraphe surtout marchait sans cesse, chacun voulait commu- 
niquer avec ses correspondants et apprécier par lui-même les avanta- 
ges d'un semblable système. 

C'est à la même époque que la construction du bordj (fort) fut 
entreprise. Placé sur un mamelon, à quelques pas de Ghardaïa, ce 
bordj commande toute la vallée de l'Oued-M'zab et renferme toutes 
les constructions nécessaires à la garnison et aux différents services 
militaires. 



LE S.^HARA ALGÉRIEN 



?n 



Grâce à l'initiative du commandant supérieur, secondé par e capi- 
taine du bureau arabe, cette région a reçu depuis cette époque une 
impulsion énorme et se transforme peu à peu. 

Des écoles françaises ont été créées et les enfants m'zabites y 
viennent en grand nombre. Une pépinière a été plantée dans un sol 
rocailleux environnant le bordj et après bien des tentatives infruc- 
tueuses, donne maintenant des résultats vraiment satisfaisants ; des 
puits ont été creusés; enfin, aujourd'hui, les habitants de 
y _^ ^^"s^ cette région sont mis à même d'apprécier tous les 
bienfaits de la civilisation et du progrès. 

L'histoire du M'zab est assez vague et incer- 
taine, plusieurs versions existent et chacun des 
historiens hésite à donner son avis; pour 
preuve, nous empruntons au colonel Tru- 
melet, le passage relatif à l'origine des 
M'zabites, dans son ouvrage intitulé : Les 
Fiwiçais dans le désert. 
ZT'-^^^ « Si l'on en croit la tradition, 

dit le colonel, les populations 
-. -^/^'A^sA i^^ rOued-M'zab ne seraient 
i'^ T''',<i'i*x'A»*5««ï, pas toutes origmaires des 

mômes contrées ; ainsi, 

les Ouled-Ammi-Aïça, 

fondateurs de Ghar 

"~"^^^ daïa, seraient venus des 

environs de Ouargla, 

tandis que ceux 

ri A r<! des autres villes 




auraient eu 
pour ber- 



556 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



ceau la plaine d'Er'ris et le bassin de la Mina, dans le Tell et la 
province d'Oran. 

« ' Ce serait un conquérant venu de l'Est qui aurait forcé ces der- 
niers à chercher un refuge dans les affreuses gorges de l'Ouad-M'zab, 
dont ils prirent le nom. 

« A quelle époque eut lieu cette émigration? 

« Quel est le conquérant venu de l'Est? Nous n'en savons rien.- 

« A l'arrivée de cette population dans le pays, on n'y comp- 
tait qu'une petite ville, le Qseur-Mourki, dont on nous a montré les 
rumes près de Bou-Noura, sur des rochers qui en ont conservé le 
nom. 

« Le premier établissement qu'auraient créé les Béni-M'zab dans 
la vallée serait, ainsi que son nom semble l'indiquer, le Qseur-el- 
Aououel (le premier) dont on voit encore les ruines, nous dit-on, près 
d'El-Ateuf. 

« Le territoire choisi par les Beni-M'zab n'aurait eu à subir, grâce 
à son éloignement du Tell et à sa pauvreté, qu'une seule invasion, 
celle d'une armée turque commandée par le baï El-Abacci, venu d'El- 



Qalâa des Bni 
infructueuse 
de 



avec 



Abbas. Les Turcs, après une attaque 
sur R'ardaïa (Ghardaïa), auraient été repoussés 
grandes pertes. 

vent les pachas d'Alger demandèrent aux Bni- 
soit leur soumission, soit le payement d'un cer- 
but ; mais les M'zabites les sachant dans l'im- 
sance d'appuyer leurs exigences par la force, 
quèrent toujours de ces maîtres de la côte. 
Abd-el-Kader lui-même ne fut pas plus heureux 
que les pachas ; il s'en vengea, on le sait , en 
faisant incarcérer tous les M'zabites qui se trou- 
vaient dans la partie du Tell qu'il commandait 
et ces malheureux ne recouvrèrent leur 
liberté qu'en lui payant une forte amende 
qui les ruina. 

« Mais, pour être à l'abri des coups 
des maîtres du Tell, les M'zabites ne jouirent pas pour cela des 
bienfaits de la paix; sans cesse en guerre les uns contre les autres, 
ces malheureuses petites républiques, divisées en deux partis, 
payèrent trop souvent le tribut du sang à la déesse des combats. 

(V Plus d'une fois les motifs les plus futiles leur mirent les armes 





JUIVE DU M'ZAB. 



LE SAHARA ALGERIEN 



537 



à la main et la poudre, ce juge brutal et aveugle, fut appelé à décider 
de quel côté était le droit. » 

Actuellement, le M'zab se compose de sept villes, dont cinq 
dans l'Oued : 

Ghardaïa, Beni-Isguen, Melika, Bou-Noura, El-Attef, et deux en 
dehors, Berrian etGuerrara; cette dernière sur 
la route de Laghouat à Ouargla. La population - j 
de ces sept villes est d'environ 28,000 habitants. \ 

Les M'zabites sont musulmans, mais ce- }-■'»' 

gnent ^^^ \,_ ^J^^ 

de l'orthodoxie par des '' """^ ~^ 

différen - 
ces dans 
les prati- 
ques reli- 
gieuses. 
Les or- 
thodoxes 
les ap - 
pe lien t 
• k h o u a - 
redj(chis- 
matiques) 
ou bien 
encore 

khouamès ^de kha- 
msa, cinq , parce 
qu'ils ne commen- 
cent la série légi- 
time des khalifs 
qu'au cinquième). 

Les M'zabites ont incontestablement une supériorité sur les 
Arabes, en général; ils sont d'abord plus travailleurs et plus intelli- 
gents, puis ils ont la réputation d'être probes et de professer une 
grande répugnance pour le mensonge. 

Leurs mœurs sont très pures et la débauche est punie chez 
eux par une espèce d'excommunication, la Téhria. 

Lorsqu'un M'zabite est sous le coup de cette punition, il ne 
possède plus aucun droit et est pour ainsi dire mis hors la loi ; s'il 




3?8 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



veut obtenir sa grâce, il doit faire amende honorable, c'est-à-dire 
qu'après s'être purifié physiquement il doit se rendre les mains croi- 
sées sur la poitrine auprès de la Djemâa des Tolbas en disant : 

Ana men Allah ou mcn cl tiabine (Je suis des gens de Dieu et 
des gens qui s'amendent). 

Les femmes chez eux sont beaucoup mieux considérées que chez 
les Arabes; leur costume pour le dehors ne se compose que d'une 
grande pièce d'étoffe carrée dont elles s'enveloppent des pieds à là tête 
et qu'elles croisent sur le visage de façon à ne laisser voir qu'un œil; 
d'ailleurs dans les rues on ne rencontre guère que des enfants, des 
vieilles femmes ou des négresses. 

Dans leur intérieur, les femmes ne manquent pas de coquetterie, 
leurs cheveux noirs tombent en boucles de chaque côté de leur visage 
dont ils relèvent la pâleur mate, et forment par derrière un chignon à 
la grecque. — Leur costume est alors très simple, il se compose en- 
core d'une pièce d'étoffe, retenue sur la poitrine par deux agrafes et 
à la taille par une ceinture. 

Les femmes sont généralement jolies, mais les ophtalmies sont si 
répandues, que beaucoup de ces malheureuses sont borgnes où aveu- 
gles. 

L'adultère est sévèrement puni et la femme qui s'ent rend cou- 
pable est renfermée pendant trois mois, ne recevant que la nourri- 
ture strictement nécessaire pour qu'elle ne meurt pas de faim; puis, 
au bout de ce laps de temps, elle est bannie du pays. L'homme, de 
son côté reçoit une forte bastonnade, paye une amende et est expulsé 
aussi. 

La principale occupation des femmes est le tissage des laines et 
la confection des burnous. 

Quant aux hommes, ceux qui ont la bosse du commerce par trop 
prononcée pour se contenter des maigres avantages que leur offre le 
pays, s'expatrient et vont dans toutes les villes du Tell vendre des 
légumes, des poteries, du charbon, etc., etc. 

Ceux qui restent chez eux s'occupent de leur jardin, soignent 
leurs palmiers et se font les intermédiaires des populations saharien- 
nes pour les fournitures des produits du Tell, du blé particulière- 
ment. 

Le M'zab, est ainsi, le principal entrepôt du commerce entre le 
sud de l'Algérie et le Sahara central. 

Les M'zabites habitent des constructions solides et commodes ; 



LE SAHARA ALGERIEN 



359 



alors qu'ils étaient entourés d'ennemis, le soin de la défense commune 
les obligeait à grouper leurs ksour dans un espace très resserré, oii 
la plus grande partie des forces de la confédération aurait pu au besoin 
être réunie presque instantanément. 

Les villes du M'zab sont tenues avec une propreté que l'on ren- 
contre rarement dans les villages arabes; seul, le quartier habité par 
les juifs à Ghardaïa est d'une malpropreté repoussante, et il est fort 
étonnant que les émanations qui s'en échappent ne soient pas la cause 
de quelque épouvantable épidémie. 

11 est vrai que, depuis l'annexion, de nombreuses améliorations 
ont été apportées à cet état de choses et que les juifs, qui jusqu'alors 
n'avaient pu sortir de chez eux avec une gandoura propre, ou une chéchia 
neuve sans s'en voir immédiatement dépouillés par les indigènes, doi- 
vent, à l'heure actuelle, avoir échangé leurs loques sordides contre 
des vêtements dignes de gens naturalisés Français. 




340 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



Berrian. — Berrian est la première ville du M'zabque l'on ren- 
contre en venant de Laghouat, elle en est distante de 85 kilom. S.-E. 
Sa population est de 4,400 habitants. 

Un mur flanqué de quelques tours sert de fortifications à cette 
petite ville qui compte environ trois cents maisons bien bâties, avec 
terrasses couvertes. 

L'oasis, bien irriguée, est partagée en quatre parties et renferme de 
riches jardins qui sont arrosés à l'aide de puits creusés dans le lit de 
la rivière. 

Un immense réservoir y a été construit et y donne de Feau une 
partie de l'année; de plus, pour ne pas perdre les eaux pluviales, des 
barrages ont été aménagés dans chaque ravin. 

Depuis l'annexion, Berrian est en voie de prospérité; se trou- 
vant placé sur la route de Laghouat à Ghardaïa, à 45 kilomètres de 
cette dernière ville, elle sert de gîte d'étape et ses habitants ont main- 
tenant à leur disposition des moyens de transport plus faciles et plus 
économiques. 

C'est dans cette ville qu'habitaient les fameux Mkalifs qui furent 
souvent les compagnons du général Margueritte dans ses chasses à 
l'autruche. 

Aujourd'hui cette tribu est à peu près disparue; d'ailleurs, mainte- 
nant, les autruches sont loin et les caravanes mieux gardées et mieux 
armées qu'à l'époque éloignée où, pillant et massacrant les voyageurs, 
les Mkalifs étaient devenus la terreur du Sahara. 

Berrian fut fondée en iioi de l'hégire par une fraction de Ghar- 
daïa, chassée de cette ville. 

Cette date est indiquée au bas du minaret de la mosquée. 




LE SAHARA ALGÉRIEN 



34' 



Ghardaïa. — Ghardaïa est la principale ville duM'zab, c'est le 
chef-lieu du cercle; elle est bâtie en amphithéâtre autour d'un mamelon 
dont le minaret de la mosquée forme le sommet, et barre une grande 
partie de la vallée de l'Oued-M'zab. 

Sa population est de 10,400 habitants dont trois cents familles 
Israélites, originaires du Maroc, qui occupent un quartier à l'est de la 

ville. 

Les M'zabites habitent le centre, et les Médabias, Arabes du Sud, 
liés à la ville par des conventions particulières, sont installés au 
sud-est. 

Comme toutes les villes du M'zab, Ghardaïa n'a qu'une seule 
mosquée, qui sert à la fois de temple religieux, d'hôtel de ville et 
d'arsenal. 

Une muraille de 3 mètres de hauteur avec quelques petits bordjs 
dans les angles, entoure la ville. 

Un énorme barrage a été construit sur l'Oued-M'zab entre la 
ville et les jardins. Ces derniers sont superbes et renferment environ 
quinze mille palmiers. 




Mélika. — Au sud-est, et à 2 kilomètres de Ghardaïa, Mélika 
fut construite par une petite fraction de M"zabites chassés de Metlili 
en 75 1 de l'hégire. 

Située au sommet d'un mamelon rocheux avec des fortifications 
et des ouvrages avancés fort bien compris, cette ville devait avoir, 
malgré son peu d'importance, un avantage considérable dans les 
guerres intestines qui dévoraient cette malheureuse confédération. 

Mélika compte 1,750 habitants et huit mille palmiers. 

C'est la ville sainte du M'zab, on y vient de toutes les parties de 
la contrée visiter le tombeau de Sidi-Aïssa, le saint le plus vénéré 
du pays. 



3-12 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



C'est à Sidi-Aïssa que l'on doit ce fameux puits qui a 80 mètres 
de profondeur dans le rocher. 11 fut creusé par toute la population à 
l'endroit même où Sidi-Aïssa, après avoir prié Dieu pour obtenir de 
l'eau, laissa tomber une corne de bélier. 




MELIKA 



Bén'i-Isguen. — Béni-lsguen, à 2 kilomètres 600 mètres de Ghar- 
daïa, est bâtie en amphithéâtre, sur la rive droite de l'Oued-M'zab. 

C'est la ville la plus riche, la plus propre et la mieux construite 
de la confédération. 

Les murs d'enceinte, d'une hauteur de 5 mètres, ainsi que les bas- 
tions crénelés sont en très bon état; tout, en un mot, dans Béni-lsguen 
respire le confortable et la tranquillité. 

La population est de 4,695 habitants et son oasis, située à 
500 mètres de la ville, renferme environ douze mille palmiers. 

Les habitants de Béni-lsguen vivent en très mauvaise intelligence 
avec les Chambâa de Metlili ; à plusieurs reprises, ils eurent des 
démêlés au sujet des différences de rites, et les M'zabites, après une 




BOU-NOURA (M'/ab. Sahara algërien). 



LE SAHARA ALGÉRIEN 



34> 



guerre où ils eurent le dessous, furent obligés de payer à leurs ennemis 
la somme considérable, pour eux, de 4,000 réaux. 




Bou-NouRA. — Bou-Noura, quoique construite d'une façon très 
pittoresque sur des rochers, est une ville fort peu importante. 

Au sud-est et à i kilomètre de Mélika, elle ne compte que 1,100 
habitants. Sa partie supérieure est en ruine, et ses murailles, bâties sur 
des amas de pierres qui, à cet endroit, bordent la rivière de chaque 
côté, lui donnent de loin Taspect d'un vieux château féodal. 

Une seule porte, toute petite, par laquelle cependant passent les 
cavaliers et les chameaux, donne accès dans la ville. 



El-Attef. — A4 kilomètres au sud-est de Bou-Noura et toujours 
en suivant le lit de l'Oued-M'zab, on rencontre El-Attef qui compte une 
population de 16-0 habitants. 

Bâtie en amphithéâtre, comme ses voisines, les minarets de 
ses deux mosquées dominent la ville, l'un à droite, l'autre à 
gauche. 



346 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



Les murailles sont bien construites et ses portes bastionnées bien 

-^ organisées pour la défense. 

-=£=3ss- ^ , Au su(} (Je la ville se 

'-^'- ^ r _-^- trouve l'oasis qui est arrosée 

"■"' par de nombreux puits, ali- 

--_— ^x^-'S^-— __ mentes par une nappe sou- 
terraine à 40 mètres environ 
de profondeur. 

Il existait à El-Attef un 
barrage immense, monument 
imposant de la volonté et de 
r;V l'opiniâtreté de ses habi- 
>y,, tants; il mesurait 8 pieds de 
t haut, 250 mètres de long sur 
S 10 mètres d'épaisseur et bar- 
rait complètement l'Oued- 
M'zab à sa sortie delà Cheb- 
ka. Aujourd'hui, il est com- 
plètement recouvert par les 
sables. 

C'est vis-à-vis d'El- 
Attef que l'on trouve le che- 
min qui mène à Guerrara; 
après avoir monté un ma- 
melon rocailleux, à l'accès 
difficile pour les chevaux, on arrive sur un plateau aride et dénudé 
que l'on parcourt pendant 65 kilomètres pour atteindre à Guerrara. 




Le voyage de Ghardaïa à El-Goléa(273 kilomètres) ne peut se 
faire qu'avec des chevaux, des mulets ou des chameaux ; il est mdis- 
pensable d'emporter des approvisionnements pour l'aller et le retour, 
car, à partir de Ghardaïa, on ne rencontre dans ces contrées aucun 
mercantile européen ou juif. 

Depuis l'occupation du M'zab, une route carrossable a été tracée 
j usqu'à Metlili, en contournant les mamelons qui environnent Béni- 




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LE SAHARA ALGÉRIEN 



347 



Isguen. La première voiture qui a passé sur cette route est celle de 
M. Bourlier, actuellement député d'Alger et qui, en 1884, accompagnait 
M.TÎ?man, gouverneur général de l'Algérie, dans son voyage dans le Sud. 

Metlili-des-Chambaa. — Metlili, du même ton terreux que les 
montagnes qui l'environnent, ne se voit pas au premier abord, il faut 






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la chercher pour en trouver les ruines amoncelées sur un petit 
mamelon dont le sommet est, comme toujours, couronné par la mos- 
quée, qui elle, du moins, a été reconstruite. 

Dans le bas, quelques maisons blanches, celle du caïd entre 
autres, puis une ruelle à peu près convenable, et c'est tout. 

Depuis 1 865 , époque à laquelle la ville fut bombardée par les Fran- 
çais, la population ne voulant pas se donner la peine de la rebâtir, se 
dispersa dans l'oasis; aussi les jardins sont-ils entretenus avec un soin 
tout particulier, et quoique leur irrigation soit extrêmement difficile en 
raison de la rareté de l'eau, la végétation en est cependant merveilleuse. 

Deux ruisseaux alimentés par les orages sont la richesse de 
l'oasis; malheureusement, dans toute cette région, les pluies sont rares. 

Metlili n'a pas de murs d'enceinte, d'abord parce qu'il n'y a rien 
à défendre dans la ville et ensuite parce qu'elle est suffisamment pro- 
tégée par les nombreux nomades des Chambàa-Berazga qui, alliés à 
Foasis, sont toujours campés dans les environs. 



348 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



EL-GOLEA 



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El-Goléa est à 906 kilomètres d'Alger et à 462 de Laghouat, 
c'est la deuxième grande étape de la route de Tombouctou. 

Le commandant Letellier raconte ainsi la première expédition 
qui fut envoyée à El-Goléa en 1873, sous les ordres du géné- 

V- - — ra! mar- 

q u i s de 
Gallifet : 
« Parti de 
B i skara 
( Biskra ) 
le 20 dé- 
. c e m b r e , 
le général 



de Galli- 
fet arriva 
à Tou - 
gourt le 
30 du mê- 
me mois 
et à Ouargla le 8 janvier. Il se remit 
en marche le i i janvier et atteignit 
Goléa le 24 du même mois. 

<( Le résultat de cette heureuse 
opération fut de montrer aux tribus 
disposées à la rébellion que le châ- 
timent pouvait les atteindre jusqu'à 
ce point extrême, qu'elles croyaient inaccessible à nos armes. Des 
protestations d'amitié nous furent envoyées d'In-Salah, situé bien au 
delà d'El-Goléa, à plus de moitié chemin de la mer à Tombouctou. 
(< La limite de l'influence française sur les oasis du désert se trouve 
ainsi reportée à une centaine de lieues plus au sud. 

« El-Goléa, ksar, puits appelés Foggara, à galeries. Dix mille 
palmiers. 

'( Population sédentaire, Zenata et nègres nomades, Chambâa- 
Mohadi. 

(( Le ksar, en ruine, est situé sur un mamelon, surmonté d'une 





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VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



kasba d'où Ton aperçoit le lit de l'Oued-Seygueur qui sert de route 
aux caravanes de In-Salah et de Tombouctou. 

« Au bas de la kasba, les habitants ont creusé dans la terre glaise 
des magasins où ils renferment leurs provisions. Les jardins, clos de 
murs et ayant presque tous une petite maison en terre et un puits à 
bascule, s'étendent vers le sud, sur une longueur de 2 kilomètres, 
jusqu'à l'Erg, où commencent des dunes de sable presque infranchis- 
sables. 

« De loin, la kasba a l'air d'une forteresse et fait un très bon effet 
par le soleil couchant. 

(. Le ksar a été une première fois démoli et conquis par un empe- 
reur du Maroc qui y a fait sa résidence pendant quelques années avant 
la conquête d'Alger. — A son départ, les Zénata sont revenus, mais 
les Chambâa-lVIohadi les ont razziés de nouveau et en ont fait leurs 
khammès; ils viennent pour la récolte des dattes, et font cultiver 
leurs jardins avec l'aide d'esclaves nègres du Soudan. Ils ont de nom- 
breux troupeaux et font un échange de produits entre le sud et le 
M'zab. 

" Une plaque commémorative du passage de la colonne du lieute- 
nant-colonel Belin du i" régiment de tirailleurs, 17 décembre 1881, 
a été placée à côté de celle déjà laissée par le général Gallifet le 
21 janvier 1873. » 



In-Salah se trouve à environ 500 kilomètres d'El-Goléa, c'est-à- 
dire à dix-sept jours de marche et se com- 
posede sept ksour et de dix mille palmiers. 
Ce pays est habité par des Arabes, 
les Oulad-Bahamor et les Oulad-Mokhtar 
qui ont pris les mœurs de leurs voisins, 
les Touaregs, et qui, comme eux, se voi- 
lent la face. 



Seules, les caravanes peuvent franchir 
les 307 kilomètres qui séparent Laghouat 
de Ouargla. 

La première partie de la route, de Laghouat à Guerrara, en pas- 
sant par Ksar-el-Hairan, est assez fréquentée par les indigènes, aussi 
un sillon est-il suffisamment tracé pour indiquer la direction à suivre. 
II y a 187 kilomètres divisés par étapes à peu près égales où l'on 




LE SAHARA ALGERIEN 




ne rencontre que quelques dayas, sous les arbres desquels on est 
heureux de s'abriter. Les rhedirs, qui sont en assez grand nombre sur 
cette route, sont, la plupart du temps, entièrement desséchés. 

Les 120 , [kilomètres qui restent à faire sont d'une aridité 
effrayante; là, il n'y 
a absolument rien 
pour déterminer 
l'étape , aussi les 
double-t-on souvent 
pour arriver plus 
rapidement à 
N'Gouça, qui n'est 
qu'à 19 kilomètres 
de Ouargla. 



On peut aussi 

se rendre de Laghouat à Ouargla en passant par Ghardaïa; de cette 
dernière ville, il y a alors cinq à six jours de marche, sans eau. 

Ksar-el-Hairan se trouve à 50 kilomètres Est de Laghouat, sur 
la rive droite de FOued-Djedi. 

Pauvre petit village entouré de jardins peu considérables, il ne 
compte qu'une centaine de maisons assez mal construites. 

L'eau y est très rare, aussi la végétation y 
fait-elle triste mine à côté des splendides oasis 
environnantes. 

La saison des pluies, seule, apporte quel- 
que bien-être dans ce pays ; l'oued toujours à 
sec se remplit alors et les Arabes s'empres- 
sent d'en diriger les eaux dans les puits pres- 
que toujours taris en temps ordinaire. 

Ksar-el-Hairan n'a qu'une soixantaine 
d'années d'existence, il fut détruit en grande 
partie en I042, au moment de la guerre entre 
Ben-Salem et les partisans d'Abd-el-Kader. 

GuERRARA. — Guerrara est surtout importante par son oasis qui 
renferme vingt-huit mille palmiers. Ses dattes sont renommées pour 
leur excellente qualité. 

La ville est bâtie sur un rocher au fond de l'oasis"; elle est en- 




VOYAGE A. 



RAVERS L'ALGÉRIE 



tourée d'une double muraille sur trois de ses faces et d'une seulement 
du côté des jardins. 

Les environs de Guerrara sont couverts de dunes de sable d'une 
aridité complète ; aussi le manque d'eau est-il fréquent dans cette 
région, malgré les puits renfermés dans la ville et dans l'oasis. 

Située à mi-chemin de Laghouat à Ouargla par la ligne directe, 
Guerrara pourra voir son importance augmenter le jour où de nou- 
veaux puits auront été creusés et permettront alors aux populations 

émigrantes de venir s'y installer. Actuel- 
lement, l'oasis n'est arrosée que tous les 

deux ou 



trois ans , 
c'est - à - 
dire au 
moment 




LE SAHARA ALGERIEN 



3)5 



des grandes pluies. Les eaux de l'Oued-R'rir sont alors détournées 
par les barrages qui y sont aménagés, les jardins sont inondés et les 
habitants s'y transportent au moyen des portes de leurs maisons trans- 
formées en radeaux pour cette circonstance. 

N'Gob'ÇA, à 228 kilomètres de Laghouat et à 19 de Ouargla, 
se compose d'un ksar et d'une oasis très bien organisés. 

Quatre mille huit cents palmiers dattiers sont répartis dans les 
jardins arrosés par trente-cinq puits artésiens, sans compter les puits 
ordinaires. Leur eau chaude, amère et salée, comme à Ouargla, se dé- 
verse sans cesse dans des canaux profonds et étroits et sert à l'arro- 
sement des dattiers. 

Les habitants de N'Gouça, comme ceux de Ouargla, ont la cou- 
leur et les traits de la race nègre ; cependant les lèvres sont moins 
épaisses et le nez moins large. 

La route de N'Gouça à Ouargla se fait à travers les dunes, la 
marche est extrêmement pénible pour les chevaux qui enfoncent jus- 
qu'à mi-jambes, tandis que les chameaux, avec leurs gros et larges 
pieds, y laissent à peine l'empreinte de leurs pas. 

A N'Gouça, la promenade des mariés se fait d'une façon toute 
particulière; les époux, généralement jeunes, de douze à quatorze ans, 
sont assis séparément dans une espèce de cage construite en branches 
de palmier. Portées par quatre forts gaillards, ces cages sont remplies 
des objets les plus précieux que possède la tribu et les pauvres 
enfants qui y sont installés, parés eux-mêmes comme des châsses, sont 
littéralement enfouis au milieu de tout cet attirail. 

Pendant le trajet, du cadi à la demeure des nouveaux mariés, les 
jeunes gens et les jeunes filles vont par groupes de deux, trois ou 
quatre, danser sous ces espèces de palanquins, accompagnés du tam- 
bour, de la flûte, du chant des hommes et des cris des femmes. 




354 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



OUARGLA 



Située à 800 kilomètres d'Alger, l'oasis de Ouargla se compose de 
1,400 maisons environ, agglomérées et contiguës, la plupart cons- 
truites en pisé et en pierre à plâtre et revêtues d'un crépissage. 

Ces maisons sont souvent décorées d'un verset du Coran, dessiné 
sur leur façade en gros caractères. 

Sans grande importance à l'origine, Ouargla devint peu à peu 
une véritable place forte. 

En 1228, l'émir Abou-Zekérie, poursuivant à travers le désert 
son ennemi Ibn-Rania, s'arrêta à Ouargla et, frappé par la beauté du 
site et de la position favorable de la ville, y fit construire l'ancienne 
mosquée dont le minaret existe encore. 

Aujourd'hui, Ouargla, malgré son grand nom- 
bre de maisons, ne compte guère que 2,000 ha- 
bitants environ; cela tient aux émigrations surve- 
nues depuis qu'un 
poste français y a été 
installé et depuis que 
es ca- 
ravanes 
du Sou- 




LE SAHARA ALGERIEN 



555 



dan qui y apportaient des produits et des esclaves passent maintenant 
au delà de l'oasis sans s'y arrêter et se dirigent sur la Tripolitaine. 

Ouargla possède actuellement deux superbes mosquées dont les 
minarets élevés dominent la ville et du haut desquels on embrasse 




le coup d'œil de toute l'oasis et de ses deux cent cinquante mille pal- 
miers arrosés par cent quatre-vingts puits jaillissants. 

Ouargla a six portes, qui communiquent chacune avec l'oasis au 
moyen d'un pont jeté sur le fossé. 

Ces portes, reliées par une enceinte fortifiée, précèdent, pour la 
plupart, un passage voûté et profond; d'énormes blocs qu'on y a rou- 
lés et autour desquels serpente le chemin, en font un défilé d'un 
accès difficile et dangereux en temps de guerre. 

La kasba, de construction récente, est fort bien organisée, et le 
petit bordj qui la précède domine la porte et la place où a été élevé 
le monument Flatters dont elles portent le nom. 



Le ksar de N'Goiisa dépend de l'aghalik de Ouargla ainsi que: 
La zaouïa de Sidi-Khouh, a 14 kilomètres au N.-E.; 
Choit, appelé aussi Aïn-Amcur (100 maisons, 20,000 palmiers); 
Adjadga (^yo maisons, 16,000 palmiers); Rouissat (40 maisons). 



5^6 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



A 12 kilomètres à l'est de Ouargla, on rencontre aussi les traces 
d'une ancienne ville des Sedrafa. 

Les tribus nomades qui campent autour de Ouargla sont au nom- 
bre de cinq : 

Les Chambâa-Bou-Rouba, les Béni-Sour, le Moukadma, les Saïd- 
Othba, les Fatnana. 

Toutes ces tribus possèdent ensemble environ 1,300 tentes et 
i,06o fusils. 



A Ouargla, comme dans toute l'Algérie, les mariages sont l'oc- 
casion de grandes réjouissances et la fantasia, à pied ou à cheval, 
en fait toujours partie; mais ici, il y a encore une autre coutume fort 
originale et qui mérite d'être citeé. 

Le soir des noces, lorsque la nuit est venue, la population de 
la tribu se réunit autour d'un immense brasier, afin d'assister aux 
danses nuptiales exécutées par les filles et les garçons. 

Ces danses seraient mieux à leur place à la suite d'un enterre- 
ment, elles sont lugubres! D'ailleurs, tout y prête, l'exécution, le cos- 
tume des danseuses, et surtout l'effet produit par le feu de bois, dont 
les flammes vacillantes, en éclairant la scène de lueurs rougeâtres, 

rendent encore plus épaisses les ténèbres 
environnantes. 

Tout d'abord, on voit se dessiner, dans 
l'obscurité, une longue file de costumes som- 
bres qui, après avoir long'é les maisons des 
i ruelles voisines, arrive tout doucement, à 
jpas lents et comptés, se placer dans le rayon 
lumineux. 

La face voilée d'un tissu brun, vêtues 
d'étoffes noires, bleues et marron, coude à 
coude, les mains jointes et battant la me- 
sure, les filles marchent ainsi, à petits pas, 
bien cadencés et par côté, accompagnant 
seulement de quelques longs gémissements, qu'elles poussent avec en- 
semble de temps à autre, le flûtiste endiablé, qui, soufflant de toute la 
force de ses poumons, jette au milieu de ce silence les notes aiguës 
de son terrible instrument. 







vV- 



LE SAHARA ALGERIEN 



?57 



Les garçons, avec leur sérouel blanc (pantalon) et leur chéchia 
rouge (calotte), imitent les filles, mais avec un peu plus de gaieté, plus 
d'entrain, et alors, chaque file ainsi organisée passe et repasse devant 
le feu, décrivant de longues serpentines, se croisant et s'entrecroisant 
avec la file opposée et ainsi de suite jusqu'à ce que le signal du 
départ soit donné. 



Ouargla est actuellement notre dernier poste dans le Sahara, 
entre la province d'Alger et la province de Constantine, mais il faut 
espérer qu'avant peu, cette limite sera dépassée et que l'on pénétrera 
plus avant dans cette partie du Sahara central où tant de nos compa- 
triotes, hardis explorateurs, ont déjà trouvé la mort ! 




358 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



H 



I r^^^m ' -^ 




MISSIONS FLATTERS 



Le but de la première mission Flatters , partie de Biskra le 
7 février 1880, était de reconnaître le pays situé au delà de Ouargla 
dans la région des Touaregs, afin de pouvoir appuyer par des données 
certaines le projet du chemin de fer transaharien. 

Cette première mission, composée à la hâte avec des Arabes de 
bonne volonté pris parmi les tribus du sud, ne présentait pas les ga- 
ranties nécessaires pour mener à bien une entreprise aussi difficile. 
Au bout de peu de temps, les chefs s'aperçurent qu'ils ne pouvaient 
avoir aucune confiance dans une troupe aussi indisciplinée, et, après 
avoir vainement employé tous les moyens de répression et d'intimi- 
dation, se virent dans la nécessité de rebrousser chemin étant déjà 
arrivés au lac Menghough par aô-jo' de latitude nord et à six jours 
de marche de la ville de Ghat. 

Le 18 novembre de la même année, une seconde mission, tou- 
jours sous les ordres du colonel Flatters, partait de Laghouat, mais 
cette fois, formée d'hommes sur lesquels on pouvait compter et appar- 
tenant aux 1" et 3° régiments de tirailleurs algériens. 

L'effectif total s'élevait à 97 hommes. Voici quelle était la compo- 
sition de la mission : 

Etat-major : 

Colonel Flatters, capitaine Masson, lieutenant Dianous de la Perro- 
tine, Guiard, médecin aide-major de r" classe. MM. Beringer, 
Roche, Santin , ingénieurs. Dennery, maréchal des logis au 
3° chasseurs de France ; Pobéguin, maréchal des logis au 3° spahis. 



LE SAHARA ALGÉRIEN 5^9 



Deux ordonnances français, Brame et Marjollet, portaient à onze 
le nombre des Européens. 

Le restant de la troupe était composé moitié de tirailleurs indi- 
gènes et moitié d'Arabes des tribus, dont une partie avait fait le pre- 
mier voyage. 

Tout le monde était monté, et 97 mehara avaient été choisis à 
cet effet. 

Les provisions se composaient de quatre mois de vivres et de 
huit jours d'eau, portés par 180 chameaux. Seuls, trois chevaux, des- 
tinés à servir de cadeaux en arrivant au Soudan, étaient emmenés avec 
l'expédition. 

Lors de la première mission, organisée avec beaucoup trop de 
précipitation, le colonel Flatters n'avait pas eu le temps d'avertir les 
chefs touaregs de son voyage dans le désert; aussi, cette fois, s'y 
était-il pris à l'avance et avait-il correspondu dès le mois d'avril avec 
les personnages les plus influents de ces régions. 

A tous, il demanda de favoriser son entreprise, toute com- 
merciale, en lui ouvrant les routes qui mènent au Soudan et, comme 
cela se fait toujours en pareilles circonstances, tous, d'un commun 
accord, envoyèrent une réponse fort évasivc, prétextant mille 
raisons, soit pour retarder le départ, soit pour faire avorter complè- 
tement ce projet. — En un mot, ils ne s'engagèrent à rien et se con- 
servèrent la liberté d'agir comme bon leur semblerait le moment venu. 
Le colonel Flatters, quoique se rendant compte du peu de succès 
de ses démarches, n'en résolut pas moins de partir, et le 50 novem- 
bre il arrivait à Ouargla, d'où il repartait le 4 décembre après avoir 
organisé définitivement son expédition. 

Nous n'entreprendrons pas de décrire au jour le jour la marche 
de la mission à travers le Sahara, franchissant ces vastes solitudes 
aux horizons sans fin, subissant les privations les plus terribles et mar- 
chant ainsi à la recherche de l'inconnu! Non, ce serait trop long, et 
d'ailleurs des ouvrages spéciaux ont été écrits à ce sujet; nous nous 
contenterons donc de donner à nos lecteurs un aperçu des princi- 
paux faits qui ont occasionné et accompagné la perte de cette mal- 
heureuse expédition. 

Le 16 février 1881, c'est-à-dire après soixante-quinze jours de 
marche, la mission, conduite par des guides qui avaient comploté sa 
perte, campa dans un endroit où l'eau, manquant complètement, ren- 
dait sa situation très difficile. 



jOo 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



Le colonel Flatters , depuis quelque temps déjà , se tenait sur 
ses gardes; rendu soupçonneux par le voisinage des Touaregs qui, 
à chaque instant, sous divers prétextes, s'intro- 

camp, il avait à plusieurs re- 
sentinelles pendant la nuit ; 
fut-il pris d'une certaine appré- 
hension^ lorsque les guides en- 
voyés en reconnaissance revin- 
rent lui dire qu'un puits se trou- 
vait à une dizaine de kilomètres 
de là et l'engagèrent à 
y envoyer les chameaux 
privés d'eau depuis plu- 
sieurs jours. 

Tout d'abord, le co- 
lonel hésita à donner un 
ordre semblable, éche- 
lonner ainsi sa colonne 
ur un espace relativement con- 
idérable et sous les regards an- 
ieux des Touaregs, lui parut dan- 
ereux , surtout obligé qu'il était 
e diviser ses forces en plusieurs 
fractions pour assurer la garde du 
camp et fournir une escorte aux chameaux; mais malheureusement, 
il changea bientôt d'avis et dans la crainte de ne pas rencontrer de 
puits avant plusieurs jours et de démoraliser les hommes en ayant 
l'air de prendre de trop grandes précautions, il accepta le conseil de 
ses guides. Le lieutenant Dianous, le maréchal des logis Pobéguin et 
40 hommes furent laissés au camp, et le colonel ainsi que le capi- 
taine Masson, le docteur Guiard et MM. Roche et Béringer, de- 
vançant la colonne des animaux, se dirigèrent immédiatement vers 
le puits, afin d'en reconnaître l'emplacement et d'y organiser le ser- 
vice le plus rapidement possible. 

Peu d'instants après leur arrivée, alors qu'ils avaient mis pied à 
terre, des cris épouvantables se firent entendre tout à coup, et une 
bande nombreuse de Touaregs, tous montés sur des mehara, fondit 
sur eux en quelques minutes. 

L'attaque fut si prompte que personne n'eut le temps de se 




LE SAHARA ALGERIEN 



561 





défendre; seuls le colonel et le capitaine Masson déchargèrent leur 
revolver, mais ils tombèrent bientôt 
sous les coups de ces sauvages. 

Le docteur Guiard, ainsi que 
MM. Roche et Béringer furent tués 
dès le début par les guides. Le maré- 
chal des logis Dennery, qui conduisait une troupe de chameaux escortée 
par plusieurs hommes, était encore à quelques centaines de mètres, 
lorsqu'il aperçut des chameliers qui fuyaient de son côté; il se rendit 

aussitôt compte du danger, mais avant 
qu'il ait pu faire quoi que ce soit, les 
Touaregs l'entouraient; il n'eut que le 
temps de décharger son revolver, puis, 
ayant cherché à gagner une hauteur, il 
arriva épuisé, toujours poursuivi, et tomba bientôt percé de toutes parts. 
Dans leur acharnement ^^ après les Français, les 

Touaregs oublièrent la plu è^lss^ ^^^^ ^^^ Arabes qui se 
sauvèrent 
dans tou- 
tes les di- 
rections ; _ 
plusieurs ^, -?2^^-^ -^'^ 
regagnèrent le camp et apprirent alors l'épouvantable nouvelle à la 
petite troupe qui y était restée. 

L'anxiété fut grande parmi ces derniers, et les chefs, ne sachant 
encore au juste ce qui s'était passé, résolurent immédiatement de se 
porter au secours de leurs compagnons. 

Le lieutenant Dianous partit avec vingt hommes, mais il s'aperçut 
vite de son impuissance devant les nombreux Touaregs qui, de tous 
côtés, sillonnaient la contrée; il rentra rapidement au camp avant 
la nuit et, après avoir tenu conseil, il fut décidé que l'on battrait en 
retraite immédiatement. 

N'ayant plus de chameaux, les hommes se chargèrent le plus 
possible de provisions et de munitions, puis les caisses que l'on ne 
pouvait emporter furent brisées et l'on se mit en route la mort dans 
le cœur. 

Pendant une quinzaine de jours, tout alla aussi bien que possible 
pour la petite troupe; ces malheureux, que soixante jours séparaient 
encore de Ouargla, étaient bien un peu fatigués par la marche, mais la 




362 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



perspective d'être secourus bientôt leur donnait le courage nécessaire 
pour franchir ces interminables étapes. 

Malheureusement les vivres s'épuisèrent, l'eau qu'on ne pouvait 
transporter vint à manquer et les Touaregs, qui jusque-là étaient restés 
éloignés, revinrent par petites troupes, prétendant ne pas appartenir 
aux tribus du Soudan qui avaient massacré la mission et cherchant à 
capter la confiance des survivants en leur offrant des dattes et en leur 
vendant des chameaux à des prix exorbitants! 

Le 9 mars, les Touaregs, qui ne cessaient d'accompagner la co- 
lonne et de surveiller ses mouvements, offrirent au lieutenant Dianous 
de lui vendre plusieurs moutons et quelques chameaux 
qu'ils devaient recevoir le lendemain; l'officier ayant 
accepté, on lui remit immédiatement une provi- 
sion de dattes afin de soulager ses hommes qui 
en étaient réduits à manger de l'herbe et de 
la peau de chameau pilée! 

Les dattes eurent le succès prévu, tous 
en mangèrent, sauf les sentinelles qui échap- 
pèrent ainsi à la tentative d'empoisonnement dont 
furent victimes tous leurs compagnons ! Ces mal- 
heureux, frappés de vertige, parcouraient le 
camp poussant des cris aigus et gesticulant 
comme des possédés; le lieutenant Dianous, 
qui voulait se tuer, fut attaché ; le maréchal 
des logis Pobéguin, dansant comme un véritable 
insensé, se coupa le pied sur une pierre tranchante 
et se trouva ainsi dans l'impossibilité de marcher! 
Les moins malades ayant fait chauffer de l'eau soignèrent les 
autres et bientôt un calme relatif régna dans le camp. Le lendemain, 
tout le monde était sur pied comme de coutume, mais tous se ressen- 
taient encore de la terrible secousse et s'ils se mirent en route, ce fut 
avec la perspective de rencontrer un puits et de trouver l'occasion 
de se venger des ennemis qui les avaient ainsi pris en traîtres! 

Cette occasion ne tarda pas à se présenter : les Touaregs, qui 
avaient disparu depuis la veille, reparurent dans la soirée ; ils 
furent reçus à coups de fusil et bientôt une véritable bataille s'engagea. 
Cachés dans les rochers, les deux partis se tinrent longtemps en 
échec; cependant le feu des tirailleurs, qui était plus juste et plus rapide 
que celui des Touaregs, infligea de nombreuses pertes à ces derniers, 




LE SAHARA ALGERIEN 



363 




qui se replièrent enfin pour ne plus reparaître ; malheureuse- 
ment les nôtres avaient à déplorer la mort du lieu- 
tenant Dianous, de Brame, de Mar- 
jollet et de quelques indigènes! 
M. Santin avait disparu pen- 
dant la marche de ce jour et fut 
considéré comme perdu! 

Mais, hélas! ce succès relatif n'améliora 
pas la situation des pauvres survivants, la faim 
se faisait toujours sentir et, tout en marchant 
groupés autour de Pobcguin, qui était monté 
sur le dernier chameau, ils cherchaient quels 
moyens ils pourraient bien employer pour résister encore quelques jours! 
C'est alors qu'épuisés au moral comme au physique, ces malheu- 
reux en vinrent à se manger entre eux! Tous ceux qui tombaient 

étaient achevés et dépecés comme de vé- 
ritables animaux! Le maréchal des logis 
- Pobéguin, lui-même, après avoir lutté 
jusqu'au dernier moment, fut assassiné 
deux jours avant l'arrivée des secours, le 
51 mars, par le nommé Belkacem-ben- 
Zebla et, comme ses camarades, fut mangé à son tour!... 

La lettre qui suit, adressée par le commandant Belin alors en 
tournée dans le Sud, au général de la Tour d'Auvergne, explique mieux 
que nous pourrions le faire la fin de cette horrible tragédie ! 




Ouargla, 21 avril i38i. 

Le ckefde balailhn Belin, convnandanl supiricur de Laghcuat, en tournée, 
au général commandant la subdivision de Médéa. 



Mon Général, 

J'ai l'honneur de vous rendre compte de l'arrivée à Ouargla, le 20 avril, du ma- 
réchal des logis Mohamed-ben-Belkacem, khalifa del'agha, et des cavaliers du magh- 
zen qui s'étaient portés avec lui à la rencontre du reste de la mission Flatters. 

Les douze hommes qui ont pu être sauvés marchent à petites journées avec le 
convoi et ne pourront arriver ici que dans trois ou quatre jours. — Étant moi-même 
dans l'impossibilité de les attendre pour les raisons mentionnées dans mon télégramme 
du 18 courant, et, par suite de l'exiguité de nos ressources en vivres et en orge, 
qui ne permet plus de prolonger mon séjour à Ouargla, j'ai donné des instructions 
au khalifa et je lui ai laissé l'argent de la mission trouvé sur les tirailleurs El-Mokhtar- 



364 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 

ben-ghezal et Abd-el-Kader-ben-Ghorib, arrivés le 30 mars, pour qu'il pourvoie aux 
besoins des malheureux qui doivent rallier Ouargla dans quelques jours. 

Ces douze hommes devront se reposer ici tout le temps nécessaire et être en- 
suite dirigés sur Laghouat dès qu'ils seront en état de supporter la fatigue du voyage. 

Les détails qui m'ont été donnés par !VIohamed-ben-Belkacem sont navrants; le 
détachement commandé par le maréchal des logis Pobéguin est resté quatorze ou 
seize jours à Hassi-el-Hadjadj, point situé sur la route des caravanes se rendant de 
Ghadamès à In-Salah, espérant vaguement être secourus par une de ces caravanes 
et ne voulant pas, d'un autre côté, abandonner leur chef qui était blessé aux pieds et 
ne pouvait plus marcher. Les vivres faisant totalement défaut, les survivants en ont 
été réduits ù se nourrir de chair humaine prise sur les cadavres de leurs camarades 
mourant successivement. C'est ainsi que ces hommes, parmi lesquels le malheureux 
Pobéguin qui serait mort vers le 30 mars, ont été mangés. 

Les douze survivants affolés se sont remis en marche après la mort du maréchal 
des logis et sont arrivés à Hassi-Messeguem, au campement d'une fraction d'Am- 
ghad au moment où le nommé Radja, qui revenait d'In-Salah et qui avait été 
guide de la mission jusqu'à Amguid, se préparait à aller à leur secours. Ils ont été 
paraît-il, l'objet de spéculations infâmes de la part des Amghad (à l'exception toute- 
fois de Radja), qui leur ont vendu des objets de première nécessité à des prix exor- 
bitants; c'est à Hassi-Messeguem, au moment où ils revenaient d'Hassi-el-Hadjadj 
où ils s'étaient rendus à chameau, accompagnés de Radja, pour enlever certains 
objets leur appartenant, abandonnés par eux au moment où ils s'étaient enfuis de ce 
point après la mort de Pobéguin, qu'ils ont été trouvés par les mehara du maghzen 
de Ouargla envoyés en éclaireurs, lesquels ont eu quelque peine à leur faire prendre 
la route du nord, les Amghad manifestant le désir de les conserver encore quelque 
temps chez eux pour les exploiter, sans doute, et peut-être finalement pour les tuer. 

A rOued-Messied, ils ont été rencontrés par le kalifa et son maghzen qui ont 
pu les protéger plus efficacement. 

Une très grave responsabilité paraît devoir peser sur les tirailleurs du 1" régi- 
ment susnommés, El-Mokhtar-ben-Ghezal et Abd-el-Kader-ben-Ghorib, qui se sont 
sauvés d'Hassi-el-Hadjadj en emmenant avec eux le dernier et seul chameau dont 
disposait encore le détachement de Pobéguin et sont arrivés à Ouargh, le 30 mars, 
porteurs d'une somme de i.ioo francs. Il semble prouvé que si ces hommes n'avaient 
pas emmené ce chameau, cette bète de somme aurait pu servir ou à la nourriture du 
détachement pendant deux ou trois jours et permettre à Radja d'arriver à Hassi-el- 
Hadjadj avec des vivres, tout au moins avant la mort du malheureux Pobéguin, ou 
servir à transporter ce dernier, ce qui aurait permis au détachement d'arriver beau- 
coup plus tôt à Hassi-Messeguem qui n'est distant d'Hassi-el-Hadjadj que de deux 
ou trois jours. Ces deux tirailleurs paraissent aujourd'hui comprendre toute la gra- 
vité de leur situation et cherchent ù excuser leur conduite en disant qu'ils avaient 
perdu la tête et que, dans un moment d'affolement, ils n'ont songé qu'à eux. Je les 
emmène avec moi à Laghouat, ainsi que les hommes de la mission arrivés successive- 
ment à Ouargla les 28 mars et 6 avril. 

Je ne terminerai pas cette lettre, mon général, sans témoigner du zèle, de l'in- 
telligence et de l'énergie dont a fait preuve, dans la mission qu'il a accomplie, le 
maréchal des logis Mohamed-ben-BeIkacem, khalifa de l'agha de Ouargla; ce sous- 



SAHARA ALGERIEN 



î65 



officier qui, du reste, a été parfaitement secondé par les caïds des Saïd-Otba, des 
Beni-Thour et des Hadjadj, ainsi que par son maghzen, a fait tout ce qui était humai- 
nement possible de faire pour arriver à sauver le détachement à la rencontre duquel 
il s'était porté. Lui et ses compagnons n'ont pas fait moins de 60 à 80 kilomètres par 
jour et se sont hardiment avancés dans un pays pour ainsi dire inconnu pour eux et 
où ils étaient loin d'être à l'abri de toute attaque, soit de la part desBa-Hamou, soit 
de la part des Oulad-Sidi-Cheikh. Tous ceux qui ont fait partie de cette expédition 




MOHAMED-BEN-BELKACEM, 
Khalifa de Ouarsrla. 



seront l'objet de propositions pour récompenses honorifiques ou pécuniaires, mais j'ai 
tenu d'ores et déjà, à vous signaler leur conduite. 

Le caïd des Chambâa Bou-Rouba, qui était à Hassi-Bou-Zid, pour une affaire 
de service, lorsque les contingents ont été convoqués parle khalifa et dont les tentes 
sont, d'ailleurs, éparpillées au sud, à l'ouest et au nord de Ouargla, à des distances 
très éloignées les unes des autres, s'occupait, sur mon ordre, de réunir une centaine 
de mehara pour se porter à la rencontre de Mohamed-ben-Belkacem ; lorsque la 
nouvelle du retour de ce dernier m'est parvenue, j'ai, naturellement, contremandé 
la convocation des Chambâa, jugeant qu'il était inutile d'augmenter les forces du 
khalifa qui ne se trouvait plus qu'à quelques jours de Ouargla. 

Si la saison n'était pas si avancée, et si l'époque où la plupart de nos tribus no- 
mades prennent leurs campements d'été dans le Tell ou dans le Djebel-Amour n'était 

5 



566 VOYAGE A TRAVERS L'ALGnRIE' 



pas si rapprochée, il serait peut-être possible de réunir quatre ou cinq cents mehara 
des Mekhadma, des Saïd-Otba ou des Chambâa, et d'organiser une harka à laquelle 
on donnerait mission d'aller ghazzer les Touaregs-Hoggar et venger nos compatriotes 
aussi lâchement assassinés. 

Cette expédition, commandée par un homme vigoureux et intelligent, aurait, à 
mon avis, grand'chance de réussir; j'en ai parlé ici au khalifa ainsi qu'aux caïds qui 
l'ont accompagné, et, à tous, l'idée a paru réalisable, mais à une autre époque de l'an- 
née. Pour le moment, il m'a donc fallu prescrire au khalifa de rechercher quelques 
hommes de bonne volonté qui voulussent se charger d'aller recueillir les divers objets 
(carnets, papiers, instruments, etc.) qui, n'ayant aucune valeur aux yeux des Touaregs, 
ont pu être abandonnés sur le lieu du massacre ou sur la route suivie par le détache- 
ment qui a battu en retraite après la mort du chef de la mission. Ces épaves pour- 
raient avoir une importance réelle au point de vue scientifique. 

Ces hommes devront également s'efforcer de se procurer quelques effets ou 
objets ayant appartenu au personnel français de la mission et faire leurs efforts pour 
donner la sépulture aux morts qu'ils pourront trouver. Dès que le khalifa aura réuni 
des hommes de bonne volonté, il me fera connaître quelle somme ils demanderaient 
pour se charger de ces recherches et j'aurai l'honneur, mon général, de porter à votre 
connaissance les conditions imposées par eux, afin que, si vous le jugez convenable , 
vous puissiez les soumettre à l'autorité supérieure. 

E. Belin. 



Six années se sont écoulées depuis cet épouvantable massacre, 
et rien, jusqu'à ce jour, n'a été fait pour donner suite au projet pré- 
senté par le commandant Belin dans la lettre ci-dessus. 

Cet officier, actuellement colonel au ly' de ligne, avait eu là, 
cependant, une excellente idée, qui non seulement nous aurait permis 
de venger la mort de nos compatriotes, mais encore aurait relevé notre 
prestige aux yeux des populations sahariennes. 

Une expédition composée d'indigènes dévoués, comme l'indiquait 
le commandant Belin, et commandée par un homme énergique et in- 
telligent tel que le khalifa 'de Ouargla, Mohamed-ben-BeIkacem, 
aujourd'hui officier et décoré, aurait énormément de chance de réussir. 
Les hommes des tribus de Ouargla connaissent le désert et s'ils y ont 
des ennemis dans les Touaregs, ils y comptent aussi beaucoup d'amis, 
parmi les tribus nomades, qui, à un moment donné, pourraient leur 
être d'une grande utilité. 

C'est là le seul moyen de nous venger des Touaregs-Hoggar: 
les poursuivre avec acharnement, les battre et les razzier une bonne 
fois, et peut-être ainsi les rendrons-nous plus sociables, ou du moins 
plus craintifs. 



308 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



Si cette excellente idée avait été mise à exécution après le 
massacre de la mission Flatters, nous n'aurions probablement pas eu 
à déplorer encore la mort du lieutenant Palat, tué par ses guides, 
dans les mêmes régions, en 1885. 

L'impunité étant ainsi assurée aux assassins, le Sahara deviendra 
de plus en plus difficile à explorer ; aussi serait-il temps d'agir, si 
l'on veut faciliter les voyages et les études nécessaires aux projets de 
chemins de fer transaharien ou de mer intérieure. 



Le gouvernement a fait élever, en 1885, un monument à l'endroit 
même où la mission Flatters campa pendant son séjour à Ouargla. 

Tous les noms des malheureux qui firent partie de'cette expédi- 
tion sont gravés sur une plaque de marbre pour l'encadrement de la- 
quelle on aurait pu choisir un motif plus gracieux que cette espèce de 
mausolée, sans aucun style, qui a coûté, paraît-il, 1 5,000 francs. 




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•.^-,. SAHARA 
DE CONSTANTINE 



BISKRA 

BiSKRA est la première oasis que Ton rencontre dans la province 
de Constantine. 

Située à I20 kilomètres de Batna, cette ville est aujourd'hui 
reliée au littoral par un chemin de fer qui, en partant de Constantine, 
passe à El-Guerra, les lacs, El-Mader, Batna, Aïn-Touta, les Tama- 
rins, El-K.antara et Biskra. 

La première occupation française de Biskra eut lieu en 1844 par 
un corps expéditionnaire sous les ordres du duc d'Aumale. 

Une petite garnison indigène, commandée par des cadres français, 
y fut laissée, mais elle fut massacrée, quelques semaines plus tard, par 
la population soulevée. 

Au mois de mai suivant, les troupes françaises l'occupaient de 
nouveau et cette fois pour n'en plus partir. 

Cette ville, aujourd'hui chef-lieu d'un cercle de la subdivision de 
Batna qui compte 91^,500 habitants, est un des points les plus impor- 
tants de notre possession, comme poste militaire et comme centre 
commercial. 



370 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



C'est aussi la capitale politique du Zab, pays étendu , renfermant 
de nombreux villages séparés de la plaine ;,^,'j^^. '^'-i Hodna par des 

m a s s i f s monta- 



Le quartier 
français de la ville 
consiste principa- 
lement en une lon- 
gue rue bordée 
d'arcades d'un 
seul côté , a- 
boutissant au 
fortSaint-Ger- 
„ main, du nom 

^ÊÊHBB^^^^^^J^M ^ ^^ comman- 
.. ' ^^^^BBSm^^r ^m dant tué en 

1849 pendant 
l'expédition de 
Zaat-cha. Les caser- 
nes, l'hôpital et la ma- 
nutention sont dans ce fort; 
à ses pieds, s'étend une grande 
place sur laquelle s'élèvent le cercle 
militaire, l'église, l'école, le marché, deux 
hôtels et de nombreuses maisons particulières. 
Le village nègre fait suite à la ville française ; c'est un 
amas de petites rues étroites et pierreuses que bordent des mai- 
sons construites en pisé et en briques séchées au soleil. 

C'est dans le village nègre que se trouvent les cafés maures où 
dansent, le soir, les filles de moeurs faciles, les Oulad-Naïl. 




Les Oulad-Naïl constituent une fraction de la grande tribu arabe 
des Zor'eba et sont venus dans l'Afrique centrale vers la fin du 
xi' siècle de notre ère; ils forment aujourd'hui une très forte confédé- 
ration de tribus qui occupent un vaste territoire situé entre les 
Ziban, Bou-Saâda et le Djebel-Amour. 

Ils cultivent un peu de céréales, quand ils peuvent établir des 



LE SAHARA ALGERIEN 



?7I 



canaux d'irrigations ; leurs troupeaux sont nombreux et très renom- 
més ; ils possèdent beaucoup de chameaux. 

Les femmes Oulad-Naïl travaillent la laine, et les filles, danseu- 
ses du sud, errent librement dans le pays, cherchant çà et là l'occasion 
de gagner quelque argent ; elles servent surtout d'amu- 
sement aux étrangers, qui sont certains d'en rencontrer 
dans tous les cafés maures des villes du Sahara; souvent, 
elles s'assemblent par troupes et s'en vont, oiseaux 
voyageurs, cherchant fortune tantôt dans une ville, tan- 
tôt dans une autre ; souvent aussi, la fortune est rebelle, 
et les pauvres Oulad-Naïl courraient parfois le risque de 
danser à jeun, si elles n'avaient avec la danse la ressource 
beaucoup plus productive de plaire aux Arabes qui vien- 
nent assister à leurs exercices. Le trafic de leurs charmes 
n'a d'ailleurs rien de répréhensible aux yeux de leurs 
concitoyens ; il est convenu qu'elles vont chercher une 
dot, en se prostituant dans les ksour ou dans les villes du 
littoral. Ces femmes ne conservent pas leur argent, elles 
le convertisse au fur et à mesure qu'elles le gagnent, soit en colliers, 
soit en bijoux, dont elles se parent comme des châsses. 

Leur costume, très simple, ne se compose, le plus sou- 
vent, que d'une pièce d'étoffe de couleur voyante, 
^^ retenue sur la poitrine par deux larges 

~-'*-,^ agrafes et à la taille par une ceinture; seule 
leur coiffure présente une certaine ori- 
ginalité en raison de sa dimension exa- 
gérée et des nombreux ornements 
qu'elles y ajoutent. 




^-^Li^/.. 





572 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 




Les danses ont généralement lieu le soir, dans les cafés maures. 
C'est alors que l'on entend le bruit assourdissant du tam-tam (espèce 
de tambour) et de la flûte, accompagnés de la der- 
ka (sorte de pot fermé d^un parchemin sur le- 
on frappe avec les doigts), qui marque la 
ence et dont le trémolo continuel produit ce 
bourdonnement qui, sans aucune transition, 
passe du forte au piano, et vice versa. 

C'est au bruit de cette musique 
que les Oulad-Naïl exécutent leurs 
différents exercices, tels que la danse 
des foulards, du ventre, des douros, 
e.'.c., etc.; elles y mettent souvent un amour-propre exagéré, et 
parfois dansent pendant plusieurs heures sans discontinuer, jusqu'à 
ce quelles s'affaissent évanouies, aux grandes acclamations de l'as- 
semblée. 

Elles dansent généralement l'une après l'autre, mais souvent aussi 
plusieurs en même temps. Il n'y a alors aucune différence appréciable 
entre les gestes, les jeux de mine, les torsions convulsionnaires de 
celle-ci ou de celle-là. Chacune de ces poses languissantes, folles, cha- 
que pulsation de ce délire, chaque anneau de cette spirale, est noté 
comme un pas de deux. 

L'Arabe se fait une véritable fête d'assister à ces exercices, 
cependant bien monotones ; tranquillement installé sur [un divan, une 
natte ou un tapis, savourant son kaoua, ou fumant sa petite pipe de 
kiff, il se laisse bientôt gagner par le délire sensuel si énergiquement 
et si naïvement exprimé par l'Oulad-Naïl; mais jamais l'idée ne lui 
vient de se livrer de sa personne, sous couleur de divertissement, à 
un exercice aussi fatigant et hautement attentatoire à la dignité mas- 
culine. 




Les indigènes, à Biskra, habitent les petits villages qui entou- 
rent le quartier européen et qui forment ainsi les faubourgs de la 
ville. Beaucoup d'entre eux sont aussi campés dans les environs. 



LE SAHARA ALGÉRIEN 



?75 



Les jardins arrosés par les eaux de l'Oued- 
Biskra sont merveilleux, et leurs palmiers, au nom- 
bre de 150,000, produisent des dattes excellentes. 
Ces jardins contiennent aussi de la vigne, 
des abricotiers , des grenadiers, de no 



m 



breux figuiers et oliviers. 

A un kilomètre de Biskra, sur la 
rive droite 
de rOued, se 
trouve la vil- 
la Landon , 
grand parc 
de 2 hecta- 
res, renommé 
pour ses 
fleurs et ses 
plantations 
de bananiers, 
bambous, co- 
cotiers , ca- 
féiers, etc., 
etc. 

A 6 
kilomc- 





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de la 
ville 
se trouve aus- 
si un petit éta- 
bli s s e m c n t 
thermal connu 
sous le nom 
de Fontaine- 
Chaude (Ham- 
manes-Salhin). 



S 



La route 
de Biskra 



à Ouargla traverse la région de 



rOued-R'rir, elle se dirige vers le 
ud jusqu'à Tougourt, et vers le sud-ouest, 
Tougourt à Ouargla. 
Cette route n'est accessible qu'aux 
caravanes; cependant, avec une voiture légère et bien attelée, on 
peut arriver jusqu'à Tougourt; à partir de ce point, le chemin devient 
plus difficile en raison des dunes. 



.-4 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



rOUED-R'RIR 

L'Oued-R'rir, qui touche au pays des Beni-M'zab à l'ouest et 
à rOued-Souf à l'est, est une vaste région au sol sablonneux couvert 
de bas-fonds qu'émaillent de nombreuses oasis parmi lesquelles Den- 
doura, Ourlana, Djema, Sidi-Amran, Sidi-Rached, Tebesbet. 

Seules, les importantes oasis de Mr'aïer, de Tougourt et de 
Temacin offrent un intérêt réel. 

Depuis une trentaine d'années, on a creusé dans cette région, 
jusqu'alors si désolée, de nombreux puits artésiens, et aujourd'hui le 
sol présente une merveilleuse fertilité. 

Les puits creusés avec tant de peine par les Arabes, avant cette 
époque, étaient établis dans de trop mauvaises conditions pour rendre 
les services qu'on attendait d'eux ; les uns s'écroulaient, les autres, 
s'ils donnaient un peu d'eau, tarissaient tout à coup et c'était toujours 
à recommencer ! 

La tribu des Rouara avait la spécialité de creuser les puits et 
formait la corporation des r"tass (plongeurs). 

Les r'tass, quoiqu'ayantle monopole de ce travail, opéraient sans 
aucune donnée, creusant n'importe oiJ, enlevant la terre avec des 
pioches et la transportant à l'aide de paniers. 

Le moment le plus intéressant de cet ouvrage était celui où, après 
avoir atteint une certaine profondeur, on jugeait l'instant venu de faire 
descendre le plongeur; celui-ci, attaché par des câbles en fibres de 
palmier, se. graissait le corps, se bouchait les oreilles avec de la 
graisse de chèvre et se laissait ensuite glisser dans le puits. 

C'était là le travail le plus difficile et le plus périlleux, car souvent 
il arrivait que le r'tass, surpris par un éboulement ou par les eaux 
qui jaillissaient avec violence, était retiré asphyxié. 

Malgré ces dangers, les r'tass étaient fort jaloux de leur métier 
qui non seulement les faisait vénérer de leurs coreligionnaires, mais 
encore leur rapportait de grands bénéfices. 

Aujourd'hui, le travail des puits artésiens est fait par des soldats 
qui appartiennent, le plus souvent, aux bataillons d'Afrique ou aux 
compagnies de discipline, et qui se rendent ainsi d'une utilité incon- 
testable. 

Dans le parcours des 355 kilomètres qui séparent Biskra de 
Ouargla, on rencontre comme oasis méritant d'être citées : 




■yî'avfefe/ 



LES PUITS ARTÉSIENS UA.NS LOUED RRIR - TYPES DU SUD. 
VUE DE OUARGLA 



LE SAHARA ALGERIEN 



375 



El-Our'ir, dont l'importance était insignifiante avant la cons- 
truction d'un puits artésien, dû à l'initiative de M. Jus, ingénieur; 
depuis, un bordj y a été construit et la koubba de Sidi-Makfi, qui 
attire dans cette oasis un grand nombre de pèlerins, a été relevée. 

Aux environs d' El-Our'ir, se trouvent : Tola-cm-Mou'ldi, qui fut 
créée en 1879 par le capitaine Ben-Dris; Chria-Sa'ia, plantée en 1881 

par la Compagnie de l'Oued-R'rir ; et 
Our'ir, Sidi-Mahia et Aj'ata, que la 
Société de Batna et du Sud Algérien 
ont créés de 1882 à 1886, en creu- 
sant dans cette région sept puits arté- 
siens et en y plantant environ cin- 
quante palmiers. 



AIER, 




les quatre-vingt 
mille pal- 
miers font 
un des en- 
droits les 
plus inté- 
ressants 
de l'Oued- 
R'rir. De 
nombreux 
puits in- 
digènes et 
cinq arté- 
siens ar- 
cette oasis, qui est 
ant des plus mal- 

bordj est bien côn- 
es maisons, au 
cinq cents en- 
viron, sont ha- 
bitées par une 



3-6 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



vieille population appartenant à la race 
noire saharienne. 

Sous cette oasis, passent, dans 
des espèces de canaux souter- 
rains, formés par leur infiltration, 
es eaux de l'Igharghar, de l'Oued- 
Mïa, de l'Oued-R'rir et même de 
Oued-Souf. 

Our'lana, qui compte 
environ trente mille palmiers, 
arrosés par trois puits arté- 
siens. 

Le bord) se trouve à 
l'est de l'oasis. 

Le capitaine Ben-Dris, 
et les Sociétés de l'Oued- 
R'rir et agricole de Batna y possèdent de superbes propriétés. 

Tamerma-Djedida, oasis qui fut fondée par le cheik Brahim 
il y a environ soixante-dix ans. 

C'est là que le premier puits artésien fut creusé, en 1856, grâce 
à l'initiative du général Devaux. 

Sidi-Rached, où se trouve une longue forêt de palmiers que l'on 
peut traverser en voiture. 





TOUGOURT 

Tougourt est la capitale de l'Oued-R'rir; sa population est de 
1,300 habitants, parmi lesquels on compte quelques Français; le 
nombre de ses maisons est d'environ trois cents. Ces dernières, cons- 
truites en briques séchées au soleil, n'ont qu'un rez-de-chaussée sur- 
monté d'une terrasse; quelques-unes cependant ont un étage. 




ZAOUÏA DE TEMACIN 



LE SAHARA ALGÉRIEN 



579 







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'éi^ÙaiA v^-'a. 








Une cour intérieure est 
aménagée au centre de chaque 
habitation; c'est là que les femmes travaillent, 
tissant les laines et fabriquant les haïcks dont Tougourt a la spé- 
cialité. 

La ville est divisée en plusieurs quartiers habités par des indi- 
gènes de diverses origines; elle a trois portes, Bab-el-Blid, Bab- 
Biskra, Bab-el-Khadhra et possède plus de vingt 
mosquées dont les deux principales sont soute- 
nues par des colonnes de marbre. 

Une oasis considérable entoure la ville, on 
y compte quatre cent mille palmiers. 

Tougourt possède de nombreux puits, les 
uns creusés par les indigènes, les autres artésiens, 
qui fournissent de l'eau en abondance à 
'oasis et à la ville, 

Temacin, à lo kilomètres sud- 
ouest de Tougourt, compte environ 
mille deux cents tentes, sept cent cin- 
quante maisons et vingt-six mille cinq 
cent cinquante palmiers. 

La ville est construite comme tou- 

-. tes celles du Sahara algérien et ne 
-* . .. 

possède comme curiosité que sa zaouia 

oii réside le chef religieux de l'ordre des Khouan de Tedjini, dont 

l'influence se fait sentir chez les Touaregs et jusqu'au Soudan. 

Temacin est comprise entre Tagalick de Tougourt, la Tripolitaine 

et le caïdat des Oulad-Sahia. 




38o 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



De Temacin à Ouargla la route ne présente rien de remarquable, 
à part l'oasis de N'gouça dont la description a été donnée dans la 
partie relative aux oasis de la province d'Alo-er. 




Les Ziban se divisent en trois parties : 

p^ -^'Si^^^^>"^ le Zah-Chergid (est), le Zab-Guebli [sud) et le 

' , -r"*" Zab-Dahraoïii (nord). 

ji(<ju,;^^ Les routes ou, plutôt, les itinéraires qui traversent 

les principales oasis des Ziban ne peuvent se parcourir 

qu'avec des chevaux ou des mulets, et il est indispensable de se munir 

d'approvisionnements. 

On rencontre, comme oasis : 

Siki-Okba, capitale religieuse du Zab , renommée à cause de 
sa mosquée, qui contient les restes de Sidi-Okba, l'un des premiers 
propagateurs de l'islamisme, et qui est un lieu de pèlerinage pour 
toutes les tribus de l'est. La tradition rapporte que le minaret remue 
chaque fois qu'un croyant évoque Sidi-Okba. 

La population de cette oasis se compose de 2,200 habitants 
environ ; elle y est misérable et atteinte de maladies d'yeux. 

Zeribet-el-Oued, située à 04 kilomètres sud-est de Biskra, n'a 



LE SAHARA ALGÉRIEN 



581 



aucune importance ; ses jardins sont insignifiants et ses palmiers peu 
nombreux. Seule, la koubba de Sidi-Hassen-el-Koufi mérite d'être 
signalée. 

Krenguet-Sidi-Nadji, de fondation moderne ; ce village fut 
bâti, il y a deux cent cinquante ans, par Sidi-Embareck-bel-Kassem- 
ben-Nadji, un des ancêtres du caïd actuel et chef de la grande tribu 
des Oulad-Nadji. 

Les quelques monuments de Krenguet diffèrent complètement 

de ceux que l'on rencontre dans les Ziban ; 
ils ont été construits en pierre et en mar- 
bre, par des ouvriers tunisiens, aussi of- 
frent-ils un caractère tout particulier 

Krençuet est situé à l'endroit où 
l'Oued-el-Arab sort des gorges de TAurès. 




Zaatc 
à jôkilomè 
au nord-est 
Biskra ; la ville 
s'élève au mi- 
lieu des jardin s. 
Elle est célèbre 
parle siège mé- ^ 
morable qu'elle 
soutint, pendant cinquante Jours, contre nos troupes, en 1849. 

Un ancien portefaix d'Alger, Bou-Zian, saisit l'occasion du mé- 
contentement général causé par l'élévation de la taxe sur les palmiers, 
pour exciter les indigènes à la révolte. — Les tribus voisines et les 
habitants de Zaatcha, enfermés dans la ville, opposèrent une résis- 
tance désespérée. Il fallut faire le siège de chaque maison ; enfin, 
l'assaut eut lieu sous les ordres des colonels Canrobert (aujourd'hui 
maréchal), de Barrai et de Lourmel (tous deux morts généraux). La 
ville fut prise, puis rasée et reconstruite quelques années après. 

6 



582 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



El-Amri, à 10 kilomètres au nord-est de Zaatcha ; on a beau- 
coup parlé de cette oasis en 1876, lors de la révolte des habitants. 

Excitée par un marabout, qui prétendait être invulnérable aux 
balles françaises, la population d'El-Amri refusa de payer l'impôt et 
prit les armes, voulant reconquérir son indépendance. 

A la nouvelle de ce soulèvement, une colonne composée d'infan- 
terie, de cavalerie et d'artillerie, sous les ordres du général Carteret- 
Trécourt, fut immédiatement envoyée de la province de Constantine, 
pendant qu'une autre, formée de la même façon, quittait la province 
d'Alger (Médéa, Blida et Aumale) et se dirigeait sur El-Amri en 
passant par Bou-Sâada. 

La défense de l'oasis fut très bien organisée, et, quoique le ma- 
rabout invulnérable eût été tué dès les premiers coups de feu, les 
habitants tinrent bon jusqu'au jour oij le général Carteret, voulant en 
finir au plus vite, résolut de se servir de l'artillerie. 

Après deux jours de bombardement, El-Amri se rendit enfin et 
ce qui restait de la population fut émigré et envoyé dans la province 
d'Oran, sous bonne escorte. 

Ainsi que cela arrive souvent dans les insurrections, au moment 
de la reddition de la ville, les chefs avaient réussi à s'esquiver, et 
l'on ne trouva dans les murs que les malheureux qui n'avaient pu en 
faire autant. ,--. 



^^-r\ V 




L'OUED-SOUF 

L'OuED-SouF, situé entre l'Oued-R'rir et la Tunisie, est un pays 
aride, couvert de dunes mobiles. 

La population totale de l'Oued-Souf est de 25,000 habitants ré- 
partis dans sept ksours dont le principal, El-Oued, en compte 8,000; 
les autres, sans importance, sont : 

Kouinin, Tarzout, Ighoum, Behima, Debila et Sidi-Roum. 

De Tougourt à El-Oucd, la distance est de 80 kilomètres, que 
l'on peut franchir en trois jours en passant à travers les dunes. 



LE SAHARA ALGÉRIEN 



î8î 



«. ^^r-^à- ^-^ ^^"-^î-SB^r. 




LES DUNES ET LE SIMOUN 



Ainsi que la Hollande, la Belgique et principalement les envi- 
rons d'Ostende, le Sahara possède des dunes immenses. 

Le sud de la province de Constantine en est particulièrement 
couvert; elles atteignent là des hauteurs prodigieuses et s'étendent à 
perte de vue. 

Poussées et toujours augmentées par le vent du désert (le si- 
moun), elles vont, viennent, se déplacent en un mot. avec une rapi- 
dité incroyable. 

Ces dunes mouvantes sont un réel danger pour le voyageur, qui 
peut facilement s'y égarer , et sont un obstacle presque insurmon- 
table pour la construction de lignes ferrées et même de routes. 

Depuis 1882, époque de l'annexion du M'zab, de grands tra- 
vaux ont été entrepris par le génie militaire afin de faire des chemins 
de communication entre les différentes oasis du Sud; mais il est cer- 
tain que c'est peine perdue, et que, dans quelques années, ces tra- 
vaux, qui auront coûté beaucoup, disparaîtront sous les sables, ab- 
solument comme la plupart des ouvrages de ce genre, exécutés par. 
les Arabes avant notre arrivée. 

Plusieurs tentatives ont été faites, plusieurs essais ont été 
entrepris pour arrêter l'invasion des sables; mais devant une sem- 
blable force, rien n'a réussi. 

C'est là la^ principale difficulté qui se présente tout d'abord 



384 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 

devant le projet d'un chemin de fer transsaharien, mettant l'Algérie en 
communication avec le Soudan; il y en aurait bien d'autres encore, 
mais la question des sables serait certainement une des plus impor- 
tantes. 

Le projet de mer intérieure du commandant Roudaire, s'il était 
exécutable, serait de beaucoup préférable à la ligne ferrée, car non 
seulement on atteindrait le même but, mais on trouverait peut-être là 
le moyen de fertiliser un pays immense qui ouvrirait alors des débou- 
chés considérables. 




Le simoun ou siroco, comme l'appellent les troupiers français, est 
un vent qui devient brûlant en passant sur les sables du désert; il souffle 
du sud-est et élève la température jusqu'à 45 degrés centigrades. 

Le simoun s'annonce par une grande tache brune qui couvre 
l'horizon et qui augmente continuellement jusqu'à ce que le vent se 
fasse sentir. 

Le ciel s'obscursit alors, l'ombre des objets s'efface, le vert des 
arbres paraît d'un bleu sale, les oiseaux sont inquiets, les animaux 
effrayés. 

La chaleur devient suffocante; le thermomètre atteint parfois 
jusqu'à 52 degrés. 

Le sable est agité comme la mer et s'amoncelle en monticules. 

L'homme est contraint de se jeter à terre et de se voiler la face 
pour n'être pas étouffé! 

Le passage du simoun dure souvent plusieurs heures, quelques 
fois même plusieurs jours. 

Pendant ce temps, il est impossible de faire quoi que ce soit ; 
tout est couvert par le sable que dépose le vent en passant; aussi nos 
malheureux soldats sont-ils fort à plaindre lorsqu'ils sont surpris, 
dans une expédition, par cet épouvantable fléau. 

La marche se continue quand même, mais avec quelles peines on 
avance; les fantassins sont épuisés, leurs pieds s'enfoncent dans le 



LE SAHARA [ALGÉRIEN 



585 



sable et la soif les torture ; afin de ne pas être aveuglés, ils se 
couvrent entièrement la tète avec leur chéchia et vont ainsi, titubant 
comme des gens ivres! 

Les chevaux s'encapuchonnent, cherchant à respirer plus à l'aise 
et à éviter la poussière qui leur vient dans les yeux; voyant à peine, 
ils marchent d'une allure incertaine, allant tantôt à droite, tantôt à 
gauche, éternuant et soufflant afin de chasser le sable qui pénètre dans 
leurs narines. 

Les chameaux seuls supportent à peu près le simoun ; leur marche 
en est encore ralentie, c'est vrai, mais enfin ils avancent, poussant, de 
temps en temps, leur cri guttural et sans avoir l'air de trop souffrir. 





SAHARA ORANAIS 



GÉRYVILLE 

Géryville est située à 323 kilomètres d'Oran, c'est le point le 
plus central pour se rendre dans les oasis du Sud Oranais. 

Chef-lieu d'un cercle dépendant de la subdivision de Mascara, 
Géryville est une redoute renfermant une caserne, un pavillon d'of- 
.ficiers, des magasins et un hôpital. 

A l'endroit où les troupes de passage établissent leur campe- 
ment, Si-Hamza, l'ancien khalifa des Oulad-Sidi-Chcikh, a fait bâtir 
une belle maison ; non loin de là se trouve le petit village de Géry- 
ville, habité par une population d'Européens et d'indigènes. 

Le bordj de Géryville fut construit en 1853 sur l'emplacement 
d'un petit ksar en ruine du nom d'El-Biod, et tient son nom du colonel 
Géry qui^ en 1845, fit le premier son apparition dans cette région, 
après avoir battu les Oulad-Sidi-Cheikh, commandé par Si-Hamzaet 
forcé Abd-el-Kader à se réfugier au Maroc. 



C'est particulièrement dans cette contrée que l'on peut admirer la 
splendeur et l'originalité des réjouissances arabes; ici, il ne se passe 







VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



pas un Jour de fête sans être accompagné de danses et de coups 
de fusil. 

LesOulad-Sidi-Cheikh, tribu puissante, aiment la 
[) poudre; aussi, quand ils ne peuvent ou s'insurger ou 
se mettre en campagne pour razzier leurs voisins, se 
rattrapent-ils en exécutant de brillantes fantasias. 

Ces fantasias sont un composé des anciens car- 
rousels des Maures et des évolution militaires en 
usage dans leurs combats; mais au lieu des exercices 
savants, des méthodes gracieuses des anciens Maures, 
on ne trouve ici que la fougue, l'impétuosité et le dé- 
sordre du sauvage; lancer son cheval à toute bride, 
l'arrêter court, le mener tantôt à droite, tantôt à gauche, 
sans but déterminé, tirer son coup de fusil et charger 
en courant, tel est le fond des fantasias^ spectacles si cher aux peu- 
plades de l'ancienne barbarie. 

Quoi qu'il en soit de la bizarrerie, il y a quelque chose qui émeut 
fortement l'âme à voir s'élancer ces nombreux cavaliers, partant tous 
à la fois, poussant des cris, agitant leurs armes, faisant feu de toutes 
parts; à voir les chevaux s'animer à l'imitation de leurs maîtres, bondir 





et se cabrer, suer sang et eau, franchir les ravins, descendre les 
collines, voler comme des fîèches, et s'arrêter court tandis que leurs 
naseaux fument et que le feu semble sortir de leurs ardentes prunelles. 
L'amour de l'Arabe pour son cheval est proverbial; il faut pour 
tant en rabattre beaucoup là-dessus comme sur bien d'autres vertus 
qu'on lui a si étrangement prodiguées. Parce que l'Arabe aime son 
cheval plus que sa femme, cela ne prouve pas qu'il l'aime beaucoup. 
Tout est relatif. 



LE SAHARA ALGERIEN 



389 




LE FUMEUR DE KIFF 



590 VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 

Il passe souvent de longues heures à le contempler, et refuse 
parfois de le vendre à des prix très élevés; mais il n'y a là rien de ce 
sentiment qui porterait, par exemple, bien des personnes à conserver 
leurs chiens, même au prix de grands sacrifices et quoiqu'ils ne leur 
soient d'aucune utilité. C'est tout simplement l'avare qui se complaît 
dans la vue d'un objet de haute valeur; c'est le guerrier qui tient à 
ses armes, parce qu'elles lui sont utiles, ou l'homme vaniteux qui con- 
temple avec orgueil les richesses qu'il possède. 

Les selles arabes et berbères sont comme celles des Turcs. Le 
mors de la bride est un anneau de fer, dont la partie qui entre dans la 
bouche porte un bras de levier qui s'appuie contre le palais quand le 
cavalier marque un temps d'arrêt. Les éperons de celui-ci sont deux 
broches de fer, légèrement recourbées aux extrémités, avec lesquelles 
il pique doucement le ventre du cheval ; mais s'il n'obéit pas, il lui 
déchire les flancs et l'animal part aussitôt. La manière dont le mors 
est construit permet au cavalier d'arrêter court son cheval, même au 
grand galop. Cette particularité causa toujours un certain étonnement 
à nos troupes, lors des guerres d'Afrique, quand elles voyaient les 
Arabes arriver sur elles, au grand galop, s'arrêter tout court à portée 
de fusil, tirer, faire demi-tour, fuir avec la rapidité de l'éclair en se 
couchant sur leurs chevaux. 

Le cheval africain n'est pas de race arabe pure; sans ressembler 
tout à fait à ces beaux coursiers de l'Egypte et de la .Syrie que pos- 
sèdent certains Arabes riches, il s'en rapproche néanmoins. Le plus re- 
marquable et le plus illustre de cette espèce est le cheval barbe, qui 
est resté encore aujourd'hui un modèle de vigueur et d'élégance. 

Il a plus de taille que le cheval arabe; il a la tète un peu longue 
et légèrement busquée; sa poitrine est magnifique, ses membres forts 
et nerveux. Son arrière-main laisse quelquefois à désirer, mais son 
ensemble est merveilleux de grâce et d'élégance; il a le pied sûr, la 
course rapide, et se plie néanmoins facilement aux travaux les plus 
compliqués du manège; sa docilité est extrême. 

Les chevaux barbes ont été renommés dans tout le moyen âge, à 
cause de leur douceur, de leur mérite et de l'âge avancé auquel ils par- 
viennent, et qui a donné lieu à ce proverbe : les barbes meurent, mais 
ils ne vieillissent pas. 

Le cheval africain est le type du cheval de guerre par excellence: 
on pourrait seulement lui souhaiter un peu plus de taille, car il n'a 
jamais plus d'un mètre cinquante-cinq centimètres. 



\ 



LE SAHARA ALGÉRIEN 



391 



Il a les jambes 
peu longue, les flancs 
ventre , les épaules 
et bien placée , le cou 
A voir l'ensemble 
sèches et anguleuses, et, 
peu l'œil. Mais lorsqu'on 
près, on trouve que tout 
biné de manière à réunir les 
tions de force, de vigueur et de 
Ainsi, capacité thoracique 
très développée, épaules mus- 
culeuses, forte- 
ment inclinées ; 
avant-bras longs 
et recouverts de 
fortes saillies 
musculaires; ge- 
noux lare;es, ca- 
nons courts, ten- 
dons forts et détachés; sabots 
durs et bien contournés : reins 
droits et courts; jarrets étirés, 
larges et plats. Quoique très 
léger à la course , le cheval 
africain est cependant pares- 
seux et a besoin d'être stimulé. 
[Histoire du chcvai de Houël.) 



La distance qui sépare Gé- 
ryville des Oulad-Sidi-Cheikh, 
demande à être parcourue en 
caravane, ainsi que celles qui 
séparent cette même ville, soit des H 
miam-R'araba, soit de Brezina ou 
Metlili des Chambâa. Les routes n'exis- 
tent qu'à l'état de sillons, tracés par les tri- 
bus nomades ou par les troupes qui vont 
et viennent dans ces régions. 



parfaitement faites, la croupe un 
un peu ronds sans beaucoup de 
légères et plates , la tète petite 
long et peu chargé de crins, 
les formes peuvent paraître 
généralement , elles flattent 
examine ces animaux de 
est com- 
c o n d i - 




392 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



Les descendants du grand cl' 



LES OULAD-SIDI-CHEIKH 

Les Oulad-Sidi-Cheikh, tribu de marabouts 
qui passent pour descendre en ligne directe du 1/ 
prophète, possèdent une autorité mo- 
rale énorme sur toutes les populations 
indigènes du Sud Oranais. 



hef"s;§^ 
Si-Hamza qui, après avoir été notre 
ennemi, était devenu notre allié, se "^^î^^ 
tournèrent de nouveau contre nous à 
la mort de ce dernier (1861) et en 
1864, alors qu'une petite colonne commandée 
par le colonel Beauprêtre s'avançait dans le 
Sud, Si-Slima, deuxième fils de Si-Hamza, 
l'attaqua, la détruisit complètement et lui- 
même, qui avait levé l'étendard de la révolte, 
fut tué dans cette affaire. 

Les deux frères de Si-Slima, Mohamed et 
Ahmet, prirent successivement le commande- 
ment de cette 'puissante tribu; ils moururent le premier en 186^, le 
second en 186- et Si-Kaddour, qui commande encore actuellement, 

leur succéda à cette époque. Son neveu Si- 
Hamza hérita de l'autorité religieuse. 

Ce n'est qu'en 1882, après avoir chassé 
dans l'Ouest les tribus insurgées par Bou- 
Amama, que nous prîmes enfin possession 
des nombreux ksour des Oulad-Sidi-Cheikh 
et qu'afin de maintenir désormais toute cette 
région sous notre autorité directe, plusieurs 
postes militaires y furent créés et entre 
autres celui d'Aïn-Sefra. 

La superbe oasis de Figuig, qui est si- 
tuée sur le territoire marocain, sans cepen- 
dant obéir au sultan de ce pays, et qui est 
voisine de notre frontière, en donnant l'hospitalité aux tribus insurgées et 
en leur fournissant des armes et des munitions, peut nous faire craindre 
à chaque instant une nouvelle attaque de ce côté. Aussi, afin de parer 





LE SAHARA ALGÉRIEN 



39Î 



à cette éventualité, une ligne de chemin de fer, partant d'Arzew et se 
dirigeantdirectementsur le Figuig, est-elle en ce moment en construction. 

L'oasis du Figuig est une réunion de neuf ksour indépendants, 
qui entourent une grande forêt de palmiers. 

Une longue muraille, fort bien construite et très bien comprise 
pour la défense, enferme le tout; elle est elle-même protégée par nn 
cercle de petites friontagnes qui, étant bien fortifiées, rendraient l'at- 
taque de cette oasis relativementdifficile. 

On estime que la population de ces neuf ksour est d'environ 
15,000 habitants ayant trois mille fusils. 

Sidi-el-Hadj-ben-Ahmeur, à 9 kilomètres de Géryville, n'est 
plus qu'un ksar en ruine qui fut fondé, il y a environ deu.\ siècles, par 
un marabout qui lui a donné son nom. Les jardins seuls existent en- 
core ainsi que deux koubbas, l'une où est enterré le marabout fon- 
dateur et l'autre élevée en l'honneur d'Abd-el-Kader-el-Djilali. 

Les Arbaouat, situés à 43 kilomètres de Géryville, sont deux 
ksour aux murailles pittoresques qui de loin font l'effet de quelque 
vieux château fort. Comme Metlili des Chambàa ces ksour, couleur 
sombre, se confondent au milieu des montagnes environnantes et il faut 
se trouver très rapproché d'eux pour en distinguer les détails. 

Leurs murs renferment environ soixante-dix maisons et leur po- 
pulation est à peu près de 500 habitants. 

El-Abiod-Sidi-Cheikh. — A 386 kilomètres d'Oran et à 65 kilo- 




mètres de Gé- 

_ ryville dans la direc- 

^^ tion du Sud, sontgroupés cinq 

r ksour, Ksar-ech-Chergui, 

Ksar - Sidi - Abder - Rahman, 

sar-el-Kébir, Ksar-Abid-K'eraba, 

lieu desquels s'élève la fameuse 



394 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



koubba de Sidi-Cheikh qui fut rasée par l'ordre du général Négrier, 
pendant la dernière insurrection du Sud Oranais (Bou-Amama, 1881) 
et qui depuis fut reconstruite sur la demande et aux frais des indigènes. 

Ces cinq ksour renferment environ 2,000 habitants et une cen- 
taine de maisons. 

Près du Ksar-ech-Chergui, qui est le plus important, s'élèvent aussi 
les koubbas des fils de Sidi-Cheikh: Sidi-bou-Kars, Sidi-Mohamed- 
ben-Abd-Allah, Sidi-ben-ed-Din et Sidi-Abd-el-Hakem. 

La koubba de Sidi-Abd-er-Rahman se trouve dans le ksar du 
même nom, lequel ne possède que trois pauvres maisons. 

Le grand marabout Sidi-Cheikh, dont les descendants ont su con- 
server une si grande influence sur les populations du Sud, mourut à 
Rassoul. Sur le point d'expirer il demanda qu'après sa mort on le 
mît sur sa mule et qu'on la laissât libre d'aller où bon lui plairait, 
qu'à la première pose qu'elle ferait on descendît son corps pour le 
laver, et qu'on l'enterrât à l'endroit où elle s'arrêterait pour la seconde 
fois. 

Bol'-Semr'oun, à 40 kilomètres au sud-ouest d'El-Abiod, est un 
petit ksar; sa population est d'environ 500 habitants. 

Le D' L. Leclerc, dans ses relations de voyage, 
dépeint ainsi ce village : « En entrant par la porte de 
l'Est, percée en ogive, on arrive bientôt à une 
place entourée de bancs en pierre; une rue 
couverte, également garnie de bancs, vient y 
aboutir. Au nord se 
détache de la place 
une rue, la plus lon- 
gue et la plus régu- 
lière de toutes, mais 
aussi la plus sale ; 
on pourrait l'appe- 
ler : Via Sterco- 
raria... 

(( Bou-Semr'oun 
est le ksar le plus 
infect et le plus malsain, mais aussi le plus industrieux que nous ayons 
rencontré. La pierre entre en notable proportion dans les construc- 
tions. Les maisons ont généralement un rez-de-chaussée et un premier 
étage. Au rez-de-chaussée, sont une sorte de cuisine, des écuries et 




LE SAHARA ALGÉRIEN 



395 



un tas hideux d'immondices. Le premier étage est habité constamment, 
à part le moment des fortes chaleurs. Les serrures sont confectionnées 






en bois et 

d'une façon 

aussi ingénieuse 







qu'originale. " 

La mosquée de Bou- 

Semr'oun, située au milieu 

du ksar, est bien bâtie; 

elle a un minaret carré , terminé 

par une petite flèche. 

Dans tous les édifices publics, 
on se ressent ici du voisinage du 
Figuig, renommé pour ses maçons... 
A côté de Bou-Semr'oun est un cimetière 
très étendu, au milieu des tombes s'élèvent 
quatre koubbas ; la plus considérable, en l'honneur de Sidi-Ahmet- 
Tedjini, le marabout d'Aïn-Madhi, est plus grande et plus grandiose 
que le tombeau de Sidi-Cheikh à El-Abiod... 

Chellala-Gueblia se trouve à i8 kilomètres au nord-ouest de 
Bou-Semr'oun. Quand on sort de cette dernière ville on longe, pendant 
3 kilomètres environ, les palmiers de l'oasis au bout de laquelle sont 
les ruines du ksar de Oulad-Moussa; il ne reste debout que le minaret 
de la mosquée, qui peut avoir de 1 5 à 20 mètres de hauteur. 

Chellâla-Gueblia ne compte qu'une centaine d'habitants des- 
cendants d'Abd-cr-Rahman qui, venant de l'ouest, fonda ce ksar à 
une époque indéterminée et leur laissa le titre de chorfa (pluriel de 
chérifi. 

Chellala-Dahrania ou Chellàla-du-Nord, comme on l'appelle 
ordinairement, est située à 6 kilomètres au nord-ouest de Chcllàla- 
Gueblia. 

Bien construit en pierre, ce petit village, qui compte environ 



596 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 




400 habitants, est divisé par quatre rues princi- 
pales, partant de la place publique. 

Beaucoup mieux tenu et beaucoup mieux con- 
struit que les ksour voisins, ses maisons sont à un 
éta^e et sa mosquée s'élève à l'angle nord-est. 
Les jardins, dans lesquels on n'a- 
perçoit que quelques rares palmiers, 
sont bien cultivés, çrâce à une irriça- 
tion bien comprise et alimentée par 
des eaux abondantes. 

C'est dans le cimetière de 
Chellàla-Dahrania , que s'élève 
la koubba de Lella-Fatma, fille 
de Ben-Yussef de Miliana, ainsi 
que celle de Sidi-Mohamed-ben-Sliman, père de Sidi-Cheikh. 

El-Asla, petite oasis qui se trouve à 14 kilomètres au sud-ouest 
de Chellàla-Dahrania et à 40 kilomètres au nord de Tiout, ne compte 
que 400 habitants et les jardins n'ont pas plus d'un quart de lieue 
d'étendue. 





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LE SAHARA ALGERIEN 



597 



LES HAMIAM-R'ARABA 







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La grande tribu des Hamiam occupe, dans le sud de la province 
d'Oran, tout le territoire compris entre les chotts de l'ouest et de l'est 
et les ksour des Oulad-Sidi-Cheikh. 

C'est dans cette région que se trouvent : 

Aïii-ben-K/irelil, bordj construit à 1,190 mètres d'altitude sur la 
frontière marocaine pour surveiller les popu- 
lations de Figuig et des environs (329 kilo- 
mètres d'Oran). 

Aïn-Sfisifa, située aussi sur la frontière 
du Maroc, première oasis que l'on rencontre 
en venant de Tlemcen ; elle n'a rien de com- 
parable aux oasis des provinces d'Alger et de 
Constantine; ici, pas de palmiers, rien que des 

jardins encaissés au fond d'un ravin à côté du Ç;^~--;>^ "l'^'W/^ 
plateau sur lequel est bâtie la ville. )-^-^ .. 

Autour de Sfisifa, on voit un grand nombre 
de koubbas, les unes isolées, les autres 
par groupes. 

Mor'ar-Foukania ne possède 
qu'une mosquée et un caravansérail; c'est 
un ksar insignifiant qui ne compte que 
400 habitants, tous occupés à la culture 
des jardins. 

Mor'ar-Tahtama, qui a envi- 
ron fioo habitants, possède une forêt 
de palmiers arrosée par une source. 

Le minaret de la mosquée s'élève 
au-dessus du ksar, un 
peu plus important 
que celui de Mor'ar- 
Foukania. 

C'est dans ces 
deux ksour que prit naissance l'insur- 
rection de Bou-Amama en 1880. Le 




598 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGÉRIE 



premier fut détruit, en 1881, par le général Delbecque, à la suite de 
ce soulèvement. 

Depuis 1883, un poste avancé de spahis a été placé dans les deux 
Mor'ar. 

Aïn-Sefra, sur la ligne du chemin de fer d'Arzew à Figuig, a une 
physionomie tout à fait particulière et ne ressemble en rien aux oasis 
traversées jusqu'alors. Ses maisons bien bâties, propres et spacieuses, 
ses fortifications solidement construites lui donnent l'aspect d'une petite 
ville du Nord. 

Ce ksar, entouré de dunes d'une immense étendue, compte envi- 
ron 800 habitants (413 kilomètres d'Oran). 

TiouT, située à 1,055 mètres d'altitude, a 700 habitants; son as- 
pect est des plus pittoresques au milieu de magnifiques bouquets de 
palmiers et de grands rochers de grès rouge. 

Le ksar est enfoui au milieu de jardins très étendus dans lesquels 
des vignes gigantesques s'entrelacent aux amandiers, aux pêchers, aux 
figuiers. 

De nombreux et curieux dessins creusés sur le flanc vertical des 
roches, à l'entrée de l'oasis, ont été trouvés par le docteur Jacquot. 

Les guerriers y sont représentés avec des plumes 
sur la tète et armés d'arcs et de flèches. On y 
voit aussi figurer un éléphant, animal qui n'a 
pas paru dans ces contrées depuis les anciennes 
époques. 



De Géryville à Brézina, la distance est de 
86 kilomètres ; on rencontre : 

Stïttex, ksar ayant la forme d'un grand rec- 
tangle, et entouré d'une muraille flanquée de quatre 

tours informes qui servent 
de fortifications. 

Au-dessus du ksar 
existe une espèce de 
kasba, dans laquelle, 
en cas d'attaque , on 
pourrait aussi organiser 
la défense. 







LE SAHARA ALGÉRIEN 



599 




Les jardins sont plantés de 
nombreux arbres fruitiers et en- 
semencés d'orge ; les indigènes 

s'en occupent beaucoup, tout en fabricant du goudron et en tissant 

des étoffes de laine. 

Aïn-Mer'asil (Fontaine des lotions), à 23 kilomètres de Géry- 
ville, endroit où, selon la légende, la mule de Sidi-Chcikh s'arrêta 
pour la première fois. 

R'asoul, qui doit son nom à une magnésite en pierre à savon qui 
est très employée par les Arabes. 

Bien mieux située que Stittcn, elle est bâtie sur un promontoire 
abrité du vent par les hauts sommets du Djebel-Riar. 

Les maisons en pisé, couleur de terre, ressemblent plutôt à des 
gourbis creusés dans le sol; elles sont au nombre d'une centaine. 

Comme à Stitten, les habitants cultivent les jardins fruitiers et 
s'occupent des céréales. Ceux qui ne sont ni jardiniers ni commer- 
çants, chassent une espèce d'antilope nommée beygueur-el-ouach et 
s'occupent de la vente des peaux. 

Brézina, à 86 kilomètres de Géryville, est située à l'extrémité de 
l'oasis et protégée par trois forts à tours crénelées. Les maisons, au 
nombre d'une cinquantaine, sont entourées d'une muraille en très mau- 
vais état. L'oasis, composée de nombreux 'jardins, renferme de douze 
à quinze mille palmiers dont la plus grande partie des dattes ne mû- 
rissent qu'à moitié. 

Les puits sont à bascule, comme à El-Goléa; il y en a beaucoup 
et ils fournissent une excellente eau. 



400 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



Brezina est le point de communication entre leM'zab et le centre 
de la province d'Oran. 

11 y a environ 316 kilomètres de Géryville à Metlili des Chambaà; 
jusqu'à Tadjourna, on rencontre quelques oasis; mais à partir de ce 
point, c'est le désert dans toute son aridité. 

Bou-Alan, à 52 kilomètres de Géryville, est une oasis sans aucune 
importance, située sur un mamelon à l'entrée d'une vaste plaine. 

SiDi-TiFOUR n'est connue que par la réputation de ses habitants 
qui, se disant marabouts, exploitent leurs coreligionnaires et vivent à 
leurs dépens, entretenant tant bien que mal la koubba oi!i est enterré 
le marabout vénéré qui a donné son nom au ksar. 

Tadjrouna est une oasis absolument dénudée, où l'on ne 
;ultive que les céréales. 

Situé à 104 kilomètres de Géryville et à 
212 kilomètres de Metlili, ce ksar ressemble 
à tous ceux que Ton rencontre dans le 
Sahara. 

Sa muraille est flanquée de plu- 
- ~ , sieurs tours en assez mauvais état, 
et plusieurs petites portes donnent 
accès dans la ville dont les rues tor- 
tueuses et sales rappellent celles 
de Bou-Semr'oun. 

Aïn-Massin est un simple 
puits entouré de quelques palmiers, à moitié chemin de Tadjrouna 
à Metlili. 




lÊi. 




^ti^ft'éf ^ fn*rtt.H 



^^''^l! 



ITINÉRAIRES 



SAHARA ALGERIEN 



DE LAGHOUAT i;44('. kilom. d'Alger) A BOU-SAADA 



KIL. 

El-Assafia l'ksan 12 

ICsar Entila (petit village ... 46 

Mguied (puits artésien) .... 65 

Mes?acl(ksar) 80 

Aïii Soltan ^ksar) 104 

Amoura (sources) 152 

Ogla-Seba (puits) 1^0 



Ogla-Feid-el-Betoum (puits) . . 16; 

Aïn-Rich (bordj) 18: 

AïvMelah (source) 207 

A'n Ror'ab (étape) 25 j 

Dermal (ksar) 244 

Bou-Saâda (ksar). 26J 



DE LAGHOUAT A GERYVILLE 



Tadjemout (ksar et oasisi 
Aïii-Madhi (oasis et ksan 
Trellia (petit ksar) . . . 



1 1 
. 60 
■ 69 
Aïn-Taieb (source) 96 



Sidi-Tifour (ksar) \ii 

Bou-Alam (pauvre oasis). ... 150 

Aouïnet-el-Fareb (pauvre oasis) . 160 

Géryville (à 52? kilom. dOranj. ii;i 



DE LAGHOUAT AU M'ZAB 



Kll,. 

Oued-Bou-Trekfin (étape) ... 24 

Daya-el-Diba (étape) 44 

Nili (citerne) <,2 

Tilremt (étape) 88 

Oued-Setafa (puits) 117 

Berrian (premièreville duM'zabi. 14^ 



KIL. 

Oued-Our'irlou (étape) 17; 

Ghardaïa (capitale du M'zab . . 189 

Melika (ville du M'zab) . : . . . 1 

Beni-Isguen 1 

Bou-Noura 2 

El-Attef (> 



402 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



DE LAGHOUAT A OUARGLA 



Ksar-el-Haïran (étape) .... 
Daya-Moussa (pas d'eau) . . . 
Dayade l'Oued-Mrarès (p. d'eau) 
Daya de l'Oued-Zéguérir id. . 
Daya-Fouchat id. . 

El-Guerrara (ville et oasis). . . 



KIL. 

M 
62 

91 

167 
187 



El-Armodh (pas d'eau) .... 23^ 

Targui id 236 

El-Melah id 260 

N'Gouça (ksar et oasis). . . . 285 
Ouargla (à 751 kilomètres d'Al- 
ger) 307 



DE GHARDAÏA A EL-GOLEA 



KIL. 

Hassi-el-HadJ-Aïssa (puits) ... 14 
Metlili des Chambaâ (ksar et 

oasis) 22 

Oued-el-Gâo(pas d'eau) 70 

Hassi-el-Thouil (puits) 82 

Oued-Kihal (pas d'eau) 107 

Bir-Rekaoui (puits) 137 



KIL. 

Ougaït-el-Hadjadj (pas d'eau). . 172 

Hassi-Zirara (puits). 194 

Dakhilet-el-Amoud (pas d'eau). 207 

El-Feidh (pas d'eau) 248 

El-Goléa (à 906 kilomètres d'Al- 
ger) 273 



SAHARA DE CONSTANTINE 



DE BISKRA (218 kilom. de Constanline) A OUARGLA 



KIL. 

Burdj-Saâda (hois de tamarins). . 20 

Taer-Rashou (bordj) 28 

Bir-Djeffer (puits) 40 

Chegga (caravansérail) 51 

Sethil (puits) 72 

El-Our'ir (oasis) 99 

Mr'aier ( oasis) 107 

Aïn-el-Kerma (source) 117 

Sidi-Khelil (oasis) 120 

Aïn-Rfihan (source) 142 

Zaouiet-Riab (oasis) 148 

Mazer (oasis) 150 

Ourl'ana (oasis) 1^2 

Djema (oasis^ 153 



Hamerma-Kedima (oasis). ... 161 

Hamerma-Djedida (oasis). . . . 164 

Sidi-Rached (oasis) 179 

Ghamra (oasis) 192 

Tougourt (ville et oasis) .... 207 

Temacin (ville et oasis) 220 

Zaouïa de Temelhat (oasis). . . 221 

Blidet-Amar (oasis) . . . . . . 230 

El-Hadjira (oasis) 278 

Hassi-el-Arifd ji (puits sau- 

mâtre) 300 

N'Gouça (village et oasis) ... 339 
Ouargla (à 573 kilomètres de 

Constantine) 3^5 



DIVISIONS DE L'OUVRAGE 



I. — LA PROVINCE D'ALGER 

L'Algérie. — La population européenne. — L administration indigène. — La justice française 
et musulmane. — Les Arabes. — Les mariages. — Les Kouiourns. — Physionomie géné- 
rale de la province d'Alger. — Alger, son histoire, ses environs — Description et histo- 
rique des principales villes: Aumale, Blida, Cherchell, Dellys. Médéa Miliana, Orléans- 
ville, Ténès, Téniet-el-Haâd, Tizi-Ouzou, etc., etc. — Les gorges de la Chilîa et de 
Palestro.— Hammam R'irha. — Les Kabyles. — Légendes arabes, etc., etc. — Princi- 
paux itinéraires. 

H. — LA PROVINCE DE CONSTANTINE 

Physionomie générale de la province de Constanlinc. — Les Aissaoua. — Les Khouan ou 
confrérie religieuse. — Les Berranis. — Les nègres. — La prière du musulman. — Les 
mirages. — Constantine, son histoire, ses environs. — Description et historique des prin- 
cipales villes : Batna, Bône, Bougie, Djidjelli, Guelma, La Callc, Phillippeville, Sétif, 
Tebessa, etc., etc. — Les gorges du Chabet-el-Akhra et d'EI-Kantara. — Histoire de 
Yusuf. — Légendes arabes, etc., etc. — Principaux itinéraires. 

III. — LA PROVINCE D'ORAN 

Physionomie générale de la province d'Oran. — Los juifs. — Les maures. — Les mariages 
indigènes. — Makhzcn et goum. — L'armée d'Afrique. — Le Ramadan. — La diffa. — 
Oran, son histoire, ses environs. — Description et historique des principales villes : 
Arzew, Mascara, Mostagancm, Nemours, Rclizane, Sidi-bel-Abbès, Tiarct, Tlemcen, etc. 
Les cascades d'El-Ourit. — Le combat de Mazagran. — Légendes arabes, etc., etc. — 
Principaux itinéraires. 

IV. — LE SAHARA ALGÉRIEN 

Physionomie générale du Sahara. — Les Arabes sédentaires et nomades. — Les chameauii. 
— Les chasses à la gazelle, à l'autruche et au faucon.— Description et historique des 
principales oasis. — Laghouat. — Bou-Saâda. — .•Xïn-Madhi. — Le M'zab. — El-Goléa. — 
Ouargla. — Les missions Flatters. — L'Oued R'rir. — Biskra. — Les Oulad-Nail. — Tou- 
gourt. — Temacin. — Les Ziban. — L'oued Souf. — Les dunes et le simoun. — Les 
Oulad-Sidi-Cheikh. — Géryville. — Les fantasias. — Le cheval arabe. — El-Abiod. — Les 
Hamlam-R'araba. — A'in-Sefra. — Tiout. — Les principaux itinéraires, etc., etc. 



LEXIQUE 



AGHA. — Chef arabe, nommé par le gou- 
vernement pour surveiller les ca'ids des 
différentes tribus placées sous ses ordres 
et pour centraliser l'impôt. 

AGHALICK. — Territoire soumis à l'auto- 
rité d'un aglia ; résidence de ce fonc- 
tionnaire. 

ALFA. — Plante fourragère qui couvre une 
grande partie de la province d'Oran. 

BAI ou BEY. — Titre que les mahométans 
donnent au gouverneur d'une province 
ou d'une ville. 

BASSOUR. — Espèce de palanquin porté 
par les chameaux et dans lequel les 
femmes arabes voyagent. 

CADI. — Fonctionnaire remplissant diver- 
ses fonctions et entre autres celles de 
juge et de notaire. 

CHÉRIF (Chorfa au pluriel). — Ce titre 
appartient a tout musulman qui, direc- 
tement et par les mâles, descend du 
prophète par la branche de Fatnia 
Zohra, sa fille, mariée à Ali-ben-Bou- 
Taleb. 

CHOTT. — Lac salin, plus ou moins des- 
séché. 

DAYA. — Bas-fond. On trouve dans la plu- 
part une riche et vigoureuse végétation. 

DYS. — Plante fourragère poussant en 
gros gazons touffus sur le flanc des mon- 
tagnes. 

DJEBEL. — Montagne. 
GHAZZER. — Orthographe arabe du mol 
razzier, de razzia. 

HARKA. — Expédition composée d'indi- 
gènes. 

K.HALIFA. — Titre qui, avant la conquête, 
ciait supérieur à celui d'agha et qui, 
maintenant, est donné à l'un des subor- 
donnés de ce dernier. 

KHAMMÈS. —-Métayer qui cultive au cin- 
quième. 



KHOUAN. — Secte religieuse. 

KIFF ou KIEF. — Le véritable sens de ce 
mot a quelque chose de très vague, et 
le nombre de ses acceptions est pour 
ainsi dire infini. Il correspond à la fois 
à nos différents mots, santé, plaisir, re- 
pos, bonheur, délassement, flegme, dis- 
traction, humeur, etc. On l'emploie 
aussi pour désigner le fumeur ,qui se 
grise avec le hachisch. 

KOUBB.A. — Chapelle, tombe de]l mara- 
bout. 

KSAR (Ksour au pluriel). — Villageîarabe. 

M.AKHZEN. — Cavaliers irréguliers fai- 
sant le service dans les bureaux arabes. 
— Dans le Sahara, ces cavaliers sont 
montés avec des chameaux de course 
(mehara). 

MARABOUT. — De l'arabe morabet — 
qui signifie « lié, attaché ». La qualité 
de marabout, qui est héréditaire, n'a au- 
cune analogie avec celle de prêtre chez 
nous; cependant, l'influence se perd si 
ceux à qui il est transmis ne s'en ren- 
dent pas dignes par une continuation de 
piété et de bonnes œuvres. 

MERC.ANTIL. — Marchand ambulant, 
juif ou arabe, qui, généralement, suit 
les expéditions. 

OUED. — Rivière avec ou sans eau. 

OULAD. — Enfants de... gens de... 

REDHIR. — Mare d'eau pluviale. 

TARGUI. — Singulier de Touareg — nom 
des tribus berbères qui habitent le 
Sahara central. 

TOLBAS. — Savants, personnages intluenls 
dans la tribu. 

ZAOUIA. — Ermitage musulman, centre de 
confrérie où l'on professe quelquefois 
l'enseignement arabe supérieur. 




CQ 



Ll! 

Q 



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o 
z 

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Q. 



LE SAHARA ALGÉRIEN 



40} 



DE BISKRA AU ZAB-CHERGUI 



Sidi-Okba (oasis) 20 

Aïn-Naga (oasis) 44 

Sidi-Saiah (oasis) U 



Zeribel-el-Oued (oasis) 84 

Krenguet-Sidi-Nadji (oasis). . . 107 



DE KRENGUET-SIDI-NADJI A KRENCHELA 



Kheiran (oasis) . . . 
Sidi-Kebeloub (oasis) 



KIU 
22 

58 



Krenchela (oasis) 82 



DE KRENGUET-SIDI-NADJI A BISKRA 



Badès (oasis) 12 

Zeribet-Ahmet id 19 

El-Faïd id Î9 

Sidi-Mohamed-Moussa 9? 



El-Haouch (oasis) 104 

Taher-Rashou (maison de com- 
mandement) 129 

Biskra 1^5 



DE BISKRA AU ZAB-GUEBLI 



Oumach (oasis). 

Meliii-et-Bigou id. . 
Ben-Thious id. . 

Saïra id. . 



KIL. 
16 
28 
?6 
42 



Lioua (oasis) 44 

Oulad-Djellal id 84 

Sidi-Khaled id 92 



DE BISKRA AU ZAB-DAHRAOUI 



Bou-Chagr'oum (oasis) 3' 

Lichana id 3) 

Zaatcha id 5^ 



Tolga (oasis) 40 

El-Amri id 48 



404 



VOYAGE A TRAVERS L'ALGERIE 



SAHARA[ORANAIS 

PE GÉRYVILLE (325 kilomètres d'Oran) AUX 0,U LAD-SIDI-CHEIKH 



Sidi-El-Hadj-ben-Ameur (ancien 

ksar) <> 

Les Arbaouat (ksoury 41 

El-Abiod-Sidi-Cheikh iksour et 
koubbas) 63 



I Bou-Semr'oun (ksar) .... lo? 

Chellala-Gueblia id 121 

Chellala-Dharania id 127 

El-Asla (oasis) 141 



D'EL-ASLA A AIN-SFISIFA 



KIL. 

Tiout (oasis) 40 

Aïn-Sefra (ksar) ^2 



Aïn-Sfisifa (à ^85 kilomètres 
d'Oran, par Tlemcen) 



D'EL-ASLA A MOR'AR TAHTANIA 



KlL. 

Tiout (oasis) 4° 

Aïn-Sefra (ksar) ça 

Mor'ar Foukania (oasis) O4 



Mor'ar Tahtania (à 440 kilo- 
mètres d'Oran, par Tlemcen) . 



79 



DE GÉRYVILLE A BRÉZINA 



Stitten(ksar) 15 

Aïn-Mer'asil (source) 23 



R'asoul (ksar) 

Brézina (ksar et oasis j. 



86 



DE GÉRYVILLE A METLILI DES CHAMBAÂ 



Stitten (ksar) 1 î 

Bou-Alam (oasis) ^2 

Sidi-Tifour (ksar) 70 

Kreneg-el-Melh (défilé) 76 



Tadjrouna (oasis). . . 
Aïn-Massin (puits). . . 
Metlili (ksar et oasis). 



104 
276 
516 




TABLE 



PAGES 

Physionomie générale du Sahara joi 

Les Arabes sédentaires el nomades jo? 

Les chameaux >o5 

Les chasses à la gazelle, à l'autruche et au faucon ;io 

Description el historique des principales oasis >17 

Laghouat "^ 

Bou-Saâda î-^' 

Aïn-Madhi >^^ 

Le M'zab »" 

El-Goléa '-i^ 

Ouargla >'■• 

Les missions l'iatters î)» 

Biskra ''"} 

LesOulad-Naïl JT» 

L'Oued R'rir "-t 

Tougourt '■" 

Temacin '"9 

Les Ziban !»<» 

L'oued Souf '"- 

Les dunes el le simoun 3''' 

Geryvillc '**" 

Les fantasias ' " 

Le clicval arabe >'^" 

LesOulad-Sidi-Cheikh '9^ 

El-Abiod >'>' 

Les Hamiam-R'araba '97 

Aïn-Sefra '"^ 

Tiout 



î98 



Les principaux itinéraires, etc., etc 40i 



IMPRIMERIE G. ROUGIER ET C' ', RUE CASSETTE, I. 



TABLE 



PAGES 

L'Algérie * 

La population européenne - . . . 

o 

L'administration indigène 

La justice française et musulmane '° 

Les Arabes " 

La province d'Alger '^ 

Alger, description et historique '7 

Les environs d'Alger • ■ '^ 

D'Alger à Oran (Boufarick, Beni-Mered, Blida, Affreville, Orléansville) 5Î 

LaMitidja (Koléa, Tombeau de la Chrétienne, Cherchell.Tenès.Teniet-el-Haâd, Miliana, 

Hammam-R'irlia) * 

D'Alger à Constantine (MénerviUe, Palestre, Bouîra, Le Fondouk, l'Arba, Saint-Pierre 

et Saint-Paul) "' 

La Kabylie ^^ 

Les Kabyles (Dra-el-Mizan, Tizi-Ouzou, Fort-National, Dellis, Azzefoun) 84 

D'Alger à Laghouat (Douera, les gorges de la Chiffa, Médéa, Boghari, Boghar, Djelfa). 91 

Le Djebel-Amour. Aflou '°° 

D'Alger à Bou-Saâda (Aumale, la forêt du Ksenna) i°' 

D'Aumale à Tiaret '°' 

Principaux itinéraires ' 



ERRA TA 



Page 308, ligne 16. — Le maréchal des logis Vilmet a pris sa retraite dernière- 
ment et a été remplacé dans son poste par un sous-officier indigène nommé, Kaddour. 

Page 375, ligne i;. — Lire : En y plantant environ cinquante mille palmiers. 




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